vendredi 12 septembre 2014

Le référendum écossais, prélude à un printemps des régions européennes ?


Le Vif


Le référendum d'indépendance de l'Ecosse, à l'approche duquel le camp indépendantiste est désormais aux coudes-à-coudes avec les unionistes, ouvre-t-il la voie à un printemps des régions européennes ? Le vote de jeudi prochain pourrait bien bouleverser l'ordre européen, mais peu s'aventurent à prédire la suite des événements.


© iStock

Une question taraude la classe politique écossaise et les observateurs de tout le continent: une Ecosse indépendante se verrait-elle octroyer automatiquement le statut d'Etat membre de l'Union européenne ? L'enjeu revêt une importance symbolique: une intégration européenne éviterait à la petite Ecosse de se retrouver seule au monde. Les Ecossais sont en outre nettement moins eurosceptiques que les Anglais, qui envisagent quant à eux un référendum de sortie de l'UE en 2017!

Le camp du oui assure que l'Ecosse pourrait devenir membre de l'Union, sans période de transition, dès la date envisagée pour l'indépendance, le 24 mars 2016. "L'Ecosse fait déjà partie de l'UE, et donc il ne fait aucun doute que nous rencontrons toutes les exigences. En outre, avec nos réserves énergétiques et halieutiques, il est clairement dans l'intérêt de l'Union que la place de l'Ecosse soit assurée", avancent les indépendantistes sur leur site Yes Scotland. Mais les choses ne sont pas aussi simples. L'adhésion de l'Ecosse dépendra en réalité des négociations de scission avec le Royaume-Uni, qui pourraient s'avérer compliquées.

Selon Fabian Zuleeg, directeur du European Policy Centre, il est vraisemblable que les conditions d'adhésion de l'Ecosse soient directement négociées entre Edimbourg et Londres, avant d'être présentées aux autres Etats membres - ou négociées parallèlement avec eux. Les 28 auraient ensuite à se prononcer, à l'unanimité. Leur approbation est loin d'être acquise. Préoccupés par leurs propres courants sécessionnistes, l'Espagne (Catalans et Basques), la Roumanie et la Slovaquie (minorités hongroises), ainsi que la Grèce et Chypre (chypriotes turcs) n'ont, par exemple, jamais reconnu le Kosovo indépendant. Il n'est pas certain qu'ils accepteraient sans broncher l'adhésion de l'Ecosse.

"Ils ont pourtant tout intérêt à la faire, afin de montrer que c'est un processus différent, constitutionnel", estime Fabian Zuleeg. Contrairement au référendum écossais, la consultation catalane prévue le 9 novembre a en effet été déclarée inconstitutionnelle par les institutions espagnoles. Dans ce contexte incertain, la Commission européenne reste aussi discrète que possible. Longuement questionnée cette semaine par des journalistes de tous pays, une porte-parole de a refusé de se prononcer sur la question "spéculative" d'une adhésion écossaise. La Commission est soucieuse de ne pas interférer dans le processus électoral, a-t-elle ajouté.

L'exécutif européen n'a pas toujours fait preuve d'autant de prudence. Son président, José Manuel Barroso, avait fait couler de l'encre en février dernier en soulignant à quel point une adhésion serait "difficile". "Nous avons vu que l'Espagne s'est opposée à la reconnaissance du Kosovo, qui est un cas similaire, dans une certaine mesure. Donc je pense qu'il sera extrêmement difficile, si pas impossible, pour un nouvel Etat membre issus de l'un de nos pays d'avoir l'accord des autres", avait-il déclaré à la BBC, provoquant la fureur des indépendantistes. Auparavant, la Commission avait déjà donné quelques clarifications légales: selon elle, "si une partie d'un territoire d'un Etat membre cessait d'être part de cet Etat pour devenir un nouvel Etat indépendant, les traités ne s'appliqueraient pas à ce territoire. En d'autres termes, un nouvel Etat indépendant deviendrait un Etat tiers vis-à-vis de l'UE". L'Ecosse devrait donc, comme les autres pays candidats, suivre le tortueux parcours des négociations d'adhésion. Le cas écossais est suivi avec attention dans toutes les régions d'Europe qui rêvent comme elle d'accéder à l'indépendance. La Catalogne est au premier rang, avec son propre référendum, contesté par Madrid, prévu le 9 novembre. Le Pays Basque et la Flandre sont en embuscade.

Pour l'eurodéputé N-VA Marc Demeskaeker, l'Europe doit se préparer à des événements "historiques". S'il salue "le climat de respect" qui prévaut au Royaume-Uni, il dénonce l'attitude du gouvernement espagnol face aux Catalans. Madrid "se crispe sur l'indivisibilité du pays et juge le référendum anticonstitutionnel. La question est de savoir si cette question est un tant soit peu légitime. Un mariage forcé, ça devrait être exclu en 2014", tranche-t-il. Comparaison n'est toutefois pas raison, admet l'élu N-VA. "Toutes les nations ont leur propre histoire. L'autodétermination peut être atteinte par l'indépendance, mais aussi par l'intégration dans un ensemble plus grand ou par le fédéralisme ou le confédéralisme", dit-il. Eric Defoort, qui siège pour la N-VA dans les instances dirigeantes de l'Alliance Libre européenne (l'ALE, une coupole de partis régionalistes européens), croit quant à lui déceler une similitude entre l'Ecosse et... la Wallonie. Maintenant qu'une coalition suédoise est appelée à diriger la Belgique, les deux régions se retrouvent marginalisées à gauche dans un pays gouverné par la droite. De quoi redonner du souffle au régionalisme wallon, anticipe-t-il.

Mais de telles prévisions relèvent davantage de la politique-fiction que de la science exacte. Entre ceux qui annoncent un printemps des régions, lointain écho au printemps des peuples de 1848, et les adeptes du statu quo, peu des certitudes émergent. L'Histoire européenne pourrait réserver encore bien des surprises.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE HIRONDELLE ECOSSAISE NE FAIT PAS UN PRINTEMPS REGIONALISTE EN EUROPE


Il sont quatre à rêver de leur indépendance : l’Ecosse, la Catalogne, le pays basque et last but not least la Flandre. La Bavière pourrait suivre et aussi le pays de Galles.

Alors Europe fédérale ou Europe des patries ou alors carrément Europe des régions ?

C’est aller vite en besogne. La république fédérale allemande est déjà une fédération de Länder, c’est-à-dire de régions ; pourquoi pas demain l’Europe ou alors après demain ? «  Il y a beaucoup en jeu, aussi pour la Flandre. L’Ecosse est un précédent important à l’intérieur de l’Union européenne, un cas très intéressant  » Nous autres Européens avons besoin d’un dessein commun pour ne pas mourir d’ennui et de déprime.

MG

 

UNE FOULE IMMENSE RÉCLAME L'INDÉPENDANCE DE LA CATALOGNE

Le Vif


Dans une forêt de drapeaux, des centaines de milliers de Catalans ont manifesté jeudi à Barcelone pour réclamer le droit de se prononcer par un vote sur l'indépendance de leur région, à l'instar de l'Ecosse dans une semaine.


© Reuters

Contrairement au gouvernement britannique, qui a autorisé le référendum écossais le 18 septembre, le gouvernement espagnol refuse tout référendum régional d'autodétermination. Invoquant la Constitution, il veut empêcher celui que la Catalogne prépare pour le 9 novembre. A l'heure dite, les colonnes de manifestants portant des T-shirts rouges ou jaunes se sont alignés en longues files, sur deux grandes avenues de la seconde ville d'Espagne, pour former une immense oriflamme humaine aux couleurs du drapeau catalan et en forme de V, pour Voter.

Les associations indépendantistes, qui appelaient à "remplir les rues pour remplir les urnes", avaient annoncé avoir rassemblé plus d'un demi-million de volontaires, pour cette "Diada", la "journée nationale" de la Catalogne. Dans des roulements de tambour et au son grêle des grallas, les hautbois catalans traditionnels, les manifestants ont convergé en groupes ou en famille, brandissant les drapeaux catalans ou indépendantistes, frappés d'une étoile blanche sur triangle bleu. Par endroits, les manifestants formaient les pyramides humaines traditionnelles, les "castells", en montant sur les épaules les uns des autres, tandis que montait la clameur : "In, Inde, Independencia".

Lors de la Diada de 2012, une manifestation de plus d'un million de personnes avait contraint le gouvernement régional à promettre une consultation sur le maintien de la Catalogne dans l'Espagne. Après celle de l'année dernière, pendant laquelle les militants avaient formé une chaîne humaine de 400 kilomètres de long, l'exécutif catalan a fixé la date du scrutin au 9 novembre prochain. Cette Diadamarque le 300e anniversaire de la prise de Barcelone en 1714 par les troupes du roi Philippe V, qui abolit les lois et les institutions catalanes. Symboliquement, le temps fort de la manifestation a été fixé à 17h14. Le chef du gouvernement catalan, Artur Mas, a averti Madrid qu'il ne pourrait "pas empêcher éternellement la Catalogne de se prononcer sur son avenir", dans une interview à l'AFP dans son bureau au palais gothique de la Generalitat, siège de l'exécutif régional. "Si une nation comme l'Ecosse a le droit de décider de son avenir, pourquoi pas la Catalogne ? ", a-t-il demandé.

Selon lui, le gouvernement espagnol ne doit pas continuer à opposer des arguments constitutionnels au problème politique que pose la Catalogne et cette consultation, non contraignante, est nécessaire pour savoir si les indépendantistes sont majoritaires. Fiers de leur langue et de leur culture, nombre des 7,5 millions de Catalans ne se sentent pas traités comme ils le souhaiteraient par le gouvernement central. Cette région, qui produit un cinquième de la richesse de l'Espagne, n'a pas accepté que le Tribunal constitutionnel la prive de son statut de nation en 2010, en réduisant fortement l'autonomie dont elle jouissait. Artur Mas a expliqué que cette décision avait fait basculer les mentalités en Catalogne en faveur de l'indépendance. Il compte faire adopter dans les prochains jours par le Parlement catalan une loi qui lui permette d'organiser la consultation, mais le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a prévu de saisir immédiatement le Tribunal constitutionnel pour qu'il suspende cette loi. Il serait difficile de faire reconnaître par la communauté internationale les résultats d'un scrutin organisé à l'encontre d'une décision du tribunal, reconnaît Artur Mas, mais il refuse de dire ce qu'il fera dans ce cas-là.




UN PIED AU FÉDÉRAL ET UN AUTRE EN ÉCOSSE

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir)

Un observateur des réseaux sociaux le relevait ce matin : les articles concernant le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse sont parmi les plus consultés depuis la Belgique. Et pour cause : les événements écossais sont un véritable laboratoire pour notre pays. Que le résultat soit oui ou non, il impactera les esprits flamands ou francophones. Avec une certitude : le « oui » galvanisera la détermination des dirigeants et du noyau dur de la N-VA dans leur conviction que l’indépendance n’est plus une chimère, mais une perspective réelle et qui se rapproche.

Officiellement, la N-VA est en pleine négociation pour la constitution d’un gouvernement fédéral à même de gérer la Belgique pour son plus grand bien. Mais officieusement (et simultanément), le parti de Bart De Wever aura un pied en Ecosse avec deux de ses députés en déplacement « à titre personnel » : «  Il y a beaucoup en jeu, aussi pour la Flandre. L’Ecosse est un précédent important à l’intérieur de l’Union européenne, un cas très intéressant  », déclare le député Piet De Bruyn, qui sera duvoyage. Dans un genre tout aussi schizophrénique, la N-VA a officiellement un pied dans l’ECR, le groupe du Premier ministre britannique Cameron au Parlement européen qui dit « non » à l’indépendance de l’Ecosse, alors qu’elle soutient haut et fort le « oui » et préside le groupe de régions européennes qui veulent leur autonomie.

Mais la schizophrénie n’embarrasse jamais les partis nationalistes. Bruno De Wever, spécialiste de ces mouvements, l’affirmait récemment : les nationalismes ne sont ni de gauche ni de droite mais ils sont ce qui, dans l’instant, leur permet le plus efficacement d’atteindre leur objectif indépendantiste.

Intéressant de constater que les pays menacés d’implosion tentent la même stratégie pour l’éviter : ainsi Cameron a-t-il joué son va-tout en promettant des compétences accrues, fiscales notamment, à une Ecosse qui resterait dans le Royaume-Uni. Soit l’équivalent des transferts de compétences consentis par Di Rupo et ses alliés francophones dans la 6e réforme de l’État pour calmer la Flandre et espérer réduire la force de la N-VA. Ce qui relève en fait d’une autre forme de schizophrénie, alors qu’il est désormais prouvé que la politique fiscale pour être efficace ne doit pas être éclatée, mais harmonisée au niveau européen. La tentation de l’indépendance sert l’envie identitaire du moment, mais visiblement pas l’intérêt économique.

 

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