dimanche 14 septembre 2014

Marc Uyttendaele et l’unif : “Etudiants, nous étions plus libres qu’actuellement”


Marc Uyttendaele est avocat au Barreau de Bruxelles mais aussi professeur de droit constitutionnel et président du Centre de droit public de l’Université libre de Bruxelles. Il est également l’époux de Laurette Onkelinx depuis 1998.

QUEL EST VOTRE PARCOURS UNIVERSITAIRE?

J’ai fait des études de droit à l’ULB entre 1978 et 1983. C’était vraiment une révélation pour moi qui avait eu une scolarité plutôt médiocre avant ça. J’apprenais à aimer à apprendre. Là je pouvais enfin faire ce qui me plaisait, et ça me réussissait.

QUELS SOUVENIRS GARDEZ-VOUS DE CETTE ÉPOQUE?

Peut-être est-ce la nostalgie qui parle mais j’ai l’impression que le monde universitaire a beaucoup évolué. J’ai l’impression que nous étions bien plus insouciants à l’époque que ne le sont les étudiants actuellement. Aujourd’hui, sur les campus mais aussi dans les cercles étudiants, j’ai l’impression que les jeunes sont plus graves, plus sérieux et même un peu plus carriéristes. Ce n’est d’ailleurs pas forcément de leur faute car ils subissent de plus en plus de pression. C’est aussi l’orientation qu’a prise la société en général. Je pense qu’à mon époque, nous étions plus insouciants. Plus libres. Mai 68 était passé depuis quelques années mais il continuait de nous influencer.

QUELLES SONT VOS MEILLEURES EXPÉRIENCES DE LA VIE UNIVERSITAIRE?

Je n’ai que des bons souvenirs de ma vie à l’unif. D’ailleurs, ils étaient si bons que j’ai décidé d’y rester (rires). C’était vraiment une époque où on se sentait libres. Si je devais résumer mes années entant qu’étudiant en un seul mot, ce serait celui de l’engagement. Les universités étaient beaucoup plus politisées qu’aujourd’hui. Sur le plan personnel aussi , c’étaient de belles années. Les amis sont restés, et les amours sont passées. L’ULB pour moi ce n’était pas un choix mais plutôt une évidence et pendant ces quelques années, elle est véritablement devenue ma maison.

Propos recueillis par Thomas Casavecchia Le Soir

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« MAI 68 CONTINUAIT DE NOUS INFLUENCER. »

Mai 68 fut à l’ULB une espèce de happening triste.

C’était un mercredi après-midi, je sortais d’un cours magistral, -au sens de l’excellence- de Henri Plard, notre maître à penser et sublime traducteur des oeuvres de Ernst Jünger. Il venait de nous immerger dans le monde poétique et magique de Goethe, l’olympien. Selige Sehnsucht : « Und wenń du das nicht hast ; dies STIRB UND WERDE bist du nur ein trüber Gast auf der dunklen Erde. ».  

« Meurs et deviens » la devise de l’Orient reprise dans son « Divan Oriental Occidental », c’est précisément  de cette manière que Daniel Barenboim nommera son orchestre mixte de jeunes Palestiniens et de jeunes Juifs. En descendant les escaliers, je vis par une fenêtre donnant sur l’avenue Franklin Roosevelt une épaisse fumée et sur la pelouse centrale tout un alignement d’autos pompes anti-émeutes et de combis de police, tous gyrophares allumés.  Une bouffée de colère m’envahit, le président Simonet avait donc osé briser le tabou et autorisé la police à envahir l’enceinte inviolable de l’université. C’est que des étudiants inoculés au virus contestataire de Mai avaient envahi et occupé son cabinet de Président et aussi celui du recteur, avaient fumé ses havanes et téléphoné partout où soufflait l’esprit soixante-huitard, à Paris, à Berlin, aux States, à Prague. Alors commença le temps des assemblées libres où des tribuns étudiants se voyaient pousser des ailes et des vocations à la Cohn-Bendit, à la Alain Geissmar. La grande et très digne mademoiselle Suzanne Sulzberger, grande spécialiste de l’art byzantin, leur tint la dragée haute à la tribune en tailleur noir et chignon blanc. Le doyen Henri Plard perdant son sang-froid lança à un blanc bec qui l’invectivait en le traitant de vieux con : « Sachez mon jeune ami qu’il n’y a pas plus vieux schnock qu’un jeune con ». Les brillants assistants Moureaux et Hasquin prirent du galon sur les barricades virtuelles, les cours furent interrompus, Jean Weisgerber, très perturbé nous réunit, les yeux mouillés de larmes « expliquez-moi, je ne comprends pas ». Personne ne comprenait : la Sorbonne était en ébullition, l’ULB avait le hoquet. Tout rentra dans l’ordre  « Je préfère commettre une injustice que de tolérer un désordre » (Goethe) et les examens furent organisés en juin. A la rentrée académique d’octobre le professeur Jean Weisgerber céda la moitié de son temps académique à ses étudiants qu’il chargea d’animer des conférences selon un programme établi par lui : ce fut d’un ennui total.

L’ULB se démocratisa et les professeurs furent écrasés de besogne et de responsabilités administratives. Les petites secrétaires et les ronds de cuir eurent désormais leur mot à dire et les étudiants enragés aussi. Cela ne contribua en rien à améliorer le taux de réussite ni à réduire celui des redoublements.

MG

 

 

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