samedi 13 septembre 2014

Taux d’échec en 1ère bac : « Il faut privilégier l’encadrement »

Le taux d’échec en première année, même s’il n’est neuf, constitue un réel problème lors de l’entrée à l’université. Quelles pistes pour remédier à cela ? Un examen d’entrée systématique permettrait-il de régler le problème ?



Photo: Belga.


Même si la question fait débat, peu de personnes semblent penser que l’examen d’entrée systématique soit une piste à explorer. « L’examen d’entée constitue un des types de barrières à l’accès à l’enseignement supérieurexplique Corinne Martin, présidente de la FEF. Le libre accès social et culturel doit être légion et l’ascenseur social ne doit pas être en panne ! »
Comme le souligne Marc Lits, prorecteur à la formation et à l’enseignement de l’UCL, certaines matières ne se prêtent d’ailleurs pas à l’examen d’entrée. « C’est facile pour les sciences exactes mais pour la psychologie par exemple, comment évaluer un étudiant qui n’a jamais été confronté à cette matière ? » Plutôt qu’un examen éliminatoire, la piste d’un test d’aptitude, non contraignant, est lancée. « L’idée est de confronter l’étudiant à la réalité et de lui montrer ce qui l’attend » explique Albert Corhay, premier Vice-recteur et recteur élu de l’ULG . « Le mot d’ordre c’est vraiment d’informer l’étudiant et de lui faire prendre conscience de la réalité universitaire. »
« Personne n’est apte ou inapte aux études supérieures » insiste Corinne Martin. De plus, comme l’explique Marc Lits, « il est faux de penser qu’on ne peut pas se réorienter directement . Bien souvent, un changement d’option est encore possible jusqu’à la fin octobre. » En effet, l’échec en 1ère bac est souvent dû à une mauvaise appréhension de l’orientation choisie et à une vision floue du métier visé.
Pour augmenter le taux de réussite, un encadrement renforcé est également nécessaire. « Il est faux de considérer que le processus de formation s’arrête à la fin des secondaires insiste Corinne Martin. Notre enseignement secondaire est d’ailleurs l’un des plus inégalitaires et encadrer les étudiants est une nécessité. » Dans la quasi totalité des universités belges, des programmes de remédiation et d’aide à la réussite existent d’ailleurs.
Enfin, une meilleure articulation avec l’enseignement secondaire paraît cruciale pour augmenter les chances de réussite des étudiants. « Les programmes pourraient par exemple être adaptés et mieuxpréparer à l’enseignement supérieur fait remarquer Marc Lits. Actuellement, on peut entamer n’importe quelles études, peu importe la filière suivie en secondaire .Il faut repenser cela pour plus de cohérence. »
Dans tous les cas, aucune solution miracle ne semble transparaître et « être trop catégorique dans un sens ou dans l’autre serait contreproductif » conclut Albert Corhay.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« DEMOCRATINISATION » DES ETUDES

Plus de 95% des élèves obtiennent leur Certificat d’Etudes de Base, pourtant le taux d’échec, de redoublement et de décrochage dans le secondaire est faramineux dans la fédération Wallonie-Bruxelles. Et surtout, le taux d’échec en première candi est hallucinant.  C’est dire qu’un CEB ne vaut pas grand-chose et qu’un diplôme de l’enseignement secondaire est tout sauf un passeport pour la réussite en première candi. Ce beau système participe d’une politique de démocratisation des études, ce que mon préfet des études qualifiait déjà en 1959 de « démocrétinisation » des études.

Le mot est terrible et extrêmement choquant, j’en conviens mais il fait mouche.

Tout diplômé du secondaire a le droit de s’inscrire en première candi qu’il vienne de l’enseignement général, technique ou professionnel. C’est dire qu’il y a du monde en première candi, si bien que 90% des étudiants en médecine échouent en première session. Certes, c’est un exemple extrême mais il est éclairant.

Globalement, l’université n’a pas revu ses critères d’exigence à la baisse ; le secondaire oui, le primaire aussi, sous la pression du politique qui, pour que les enfants de ses électeurs « réussissent », n’a pas hésité à brader voire à casser le thermomètre. Résultat on crée des dizaines de milliers de frustrés.  On sait aujourd’hui ce que peuvent devenir certains frustrés…

La solution ? Refonder l’école en la repensant de a à z, du primaire au supérieur.

Quitte à rabâcher de vieux poncifs, répétons qu’il faut sortir du primaire en sachant « vraiment » lire et écrire, de préférence sans faute et calculer convenablement. On en est souvent très loin, surtout avec les primo-arrivants, mais pas seulement avec eux. Il faut repenser la formation des instituteurs et institutrices, notamment les préparer à affronter des milieux qualifiés pudiquement de « difficiles ».

Il faut revaloriser les traitements des enseignements en fonction des mérites et pas bêtement à l’ancienneté comme l’ont exigé les syndicats.

La plupart des formateurs en école normale (formation des instits et des régents) sont des profs du secondaire, de formation universitaire certes, mais qui n’ont jamais été confrontés à un public d’élèves du primaire. En Finlande, les meilleurs élèves se destinent à l’enseignement, chez nous c’est exactement l’inverse car le politique à complètement dévalorisé et aussi démotivé la profession : merci Elio, merci Laurette et leurs successeurs.  

Le secondaire général qui est -en principe- celui qui devrait préparer le mieux aux études supérieures et en particulier à l’université est à repenser et ce n’est sûrement pas en supprimant les examens, comme déjà le promet la nouvelle Ministre Joëlle Milquet qu’on y arrivera. C’est pure démagogie. Quant aux enseignements qualifiants comme on les appelle pudiquement (technique et prof.) ils manquent souvent d’équipement et sont très loin de s’inspirer des méthodes et des traditions de pragmatisme de l’enseignement dual allemand (moitié du temps en classe, l’autre moitié en entreprise) ou celui des compagnons du Tour de France qui se fondent sur un apprentissage de terrain et une transmission de maître à apprenti.

Tout ceci est dicté par un gros bon sens et une longue carrière dans l’enseignement secondaire.

Pour réussir à l’université il faut être solidement préparé et surtout avoir acquis une excellente méthode de travail et de gestion du temps ; autrement dit, il faut avoir appris à apprendre. On a beaucoup ironisé sur cette formule : à tort. Surtout il faut avoir développé un caractère et une personnalité forte pour être capable d’affronter la lourdeur des études universitaires qui exigent l’assimilation d’énormes quantités de savoir contenues dans des lourds syllabus que l’étudiant est prié de mémoriser pour les restituer ensuite à un examinateur débordé par des foules d’étudiants qui encombrent les auditoires et dont la plupart n’ont pas la moindre chance de réussite. Tout le monde le sait, y compris les intéressés. En clair, cela veut dire qu’il faut être prêt à s’investir à fond et être capable de travailler. Il suffit de regarder autour de soi, parmi ses enfants et petits-enfants, nièces, neveux, voisins et connaissances, pour constater que « travailler les matières » n’est pas la première vertu ni préoccupation des ados d’aujourd’hui dont l’attention est distraite par tous les gadgets que la société de l’hyperconsommation les incite à acquérir pour s’emparer de leur pouvoir d’achat.

Difficile de lutter contre cela.  Si, il y a une solution : l’école inversée. (voir l’article qui suit)

Le système en vigueur en communauté française trompe l’apprenant et ses parents. Les mieux informés d’entre eux recherchent donc, en toute logique, des établissements sélectifs et élitaires qui pratiquent l’écrémage en stoemelinks (on ne garde que les meilleurs, on « réoriente » les autres) et le bachotage (on bourre les cerveaux de matière comme on bourre les oies pour développer des foies hypertrophiés). A cela le politique démagogique riposte en décrétant la mixité sociale et en rendant la vie impossible aux collèges et athénées élitaires.  C’est le politique qui a gangrené le système, c’est à lui à le réformer. Les Finlandais, les Québecquois, les Flamands et beaucoup d’autres s’y sont employés avec des succès divers. Alors pourquoi pas la Communauté française ?

La balle est dans le camp de la majorité PS-CDH. Pas de chance, c’est précisément le camp des démagos. Et ceux-là voudraient que la Wallonie s’en sorte grâce à l’innovation technologique. Impossible sans la mobilisation et la formation des meilleurs cerveaux wallons. L’avenir wallon est sombre, très sombre.

Quant à Bruxelles, elle est logée exactement à la même enseigne.

Put that in your pipe and smoke it !

MG

 


BULLETIN ÉLECTRONIQUE, RETRAIT DES EXAMENS EN 3E SECONDAIRE... NOTRE ENSEIGNEMENT TESTE !

BELGA 



Vingt-trois écoles participent à un projet pilote qui pourrait mener, d'ici deux ans, à la création d'un certificat d'enseignement du deuxième degré commun à tous les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a annoncé vendredi la ministre de l'Enseignement, Joëlle Milquet. Mille enseignants étaient présents vendredi au centre de formation de Tihange afin d'être formés au nouveau système d'évaluation qui se concrétisera notamment par la création d'un bulletin électronique accessible en permanence et qui permettra aux élèves et aux parents de mesurer en temps réel les évolutions dans les différentes matières.

Mais au-delà de ce bulletin électronique, c'est aussi la place de l'enseignant qui change. "Il y a une plus grande responsabilisation de l'élève face à l'apprentissage. L'idée est que seul l'élève peut décider d'apprendre ou pas. Ca change la place de l'enseignant qui devient une sorte de coach", explique Fabrice Primerano, le responsable de la cellule pédagogique au service général de l'enseignement.

Des activités de remédiation, de consolidation ou de dépassement, selon les besoins de chaque élève dans chaque matière, seront organisées. "L'un des aspects clé est de pouvoir offrir à chaque jeune un accompagnement dans la progression de ses apprentissages vers l'excellence", explique Joëlle Milquet.

Ce projet pilote prévoit l'abandon des examens classiques en décembre et en juin. Ce n'est qu'au terme du cursus du 2e degré que les élèves seront amenés à passer une épreuve commune au réseau.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« GUIDE ON THE SIDE »


"Il y a une plus grande responsabilisation de l'élève face à l'apprentissage. L'idée est que seul l'élève peut décider d'apprendre ou pas. » Et que se passe-il si l’élève choisit et décide de na pas apprendre…Il est bien certain que donner aux enseignants une mission de « coach » est une piste intéressante. On se situe dans le droit fil de la pédagogie active à la Freinet. Mais attention la pédagogie ne se décrète pas plus que la mixité scolaire ; la démagogie oui.

Il existe d’autres pistes celle de la « brede school » flamande qui considère que toute activité parascolaire (sport, musique, loisir) fait partie de la démarche éducative (notamment pour l’apprentissage pratique des langues) et celle de la « inverted school » laquelle inverse les logiques et utilise internet pour y installer toutes les matières (cours théoriques, drills d’apprentissage, batteries d’exercices et de tests) que l’apprenant peut consulter à loisir à domicile (cela remplace avantageusement les devoirs). L'enseignant peut alors consacrer tout le temps libéré à discuter ces matières et à réajuster le tir avec sa classe. On ne nous dit évidemment pas ce qui se passe avec les élèves qui refusent ou simplement négligent de regarder le vidéos et programmes scolaires et préfèrent glander ou écumer les rues…

«  Pour adopter les principes de la pédagogie inversée, il faut apprendre à penser différemment en tant qu’enseignant pour se défaire peu à peu des paradigmes traditionnels qui ont défini notre vision de l’éducation en tant qu’élèves, puis étudiants, puis enseignant. Et ce n’est pas si simple de s’émanciper de nos conceptions et perceptions. » Il faut bien voir que le conservatisme routinier des enseignants encroutés dans leur petites routines pédagogiques est un très gros obstacle à l’introduction d’un tel système.

« Il faut donc accepter notre nouveau rôle qui est celui d’éduquer nos élèves à rechercher et consulter les bonnes ressources grâce à un esprit critique. À cet égard, une éthique de recherche devient indispensable puisqu’il faut apprendre à vérifier les sources et à les citer adéquatement. »

Voilà qui est tout à fait séduisant et qui consiste à faire du libre examen la première exigence de l’enseignement.

« Si l’élève a des questions, il n’a qu’à texter son compagnon de classe ou poser une question sur Facebook où sa communauté d’amis lui répondra illico. D’où la pertinence de modifier ses stratégies pédagogiques pour favoriser un apprentissage plus actif, où l’élève est poussé à s’investir et à entreprendre une réelle démarche. » Il y a longtemps que le « maître » omniscient a été renversé de son piédestal par l’accès direct au savoir via internet, ce qui le force à changer de casquette pour devenir un « guide on the side », un guide, un conseiller un coach. Je renvoie une fois de plus à la scène clef de l’école buissonière (1949) où l’instit (Bernard Blier) ayant fait disparaître l'estrade déclare : « à partir de maintenant le maître est votre conseiller, votre guide, votre boussole » 


Bref, exit le Sage on stage et vive le Guide on the side pour reprendre l’expression américaine consacrée de la flipped classroom« Dans la classe inversée, nous sommes dans l’écoute et dans l’agir plutôt que dans la valorisation de l’exposé oral théorique. Nous enseignons aux élèves à apprendre à apprendre. C’est l’enseignement à la métacognition pure et simple. »

Il est franchement difficile de ne pas être d’accord avec cela. La vraie question est de savoir combien d’enseignants sont prêts à agir dans ce sens en renonçant au confort douillet de leurs petites habitudes héritées de leurs anciens instits et profs du secondaire selon l’adage qui a cours dans la plupart des équipes pédagogiques : « faites ceci en mémoire de moi ».


« Un enseignant est un professionnel doté d’un sens inné de la curiosité et de l’exploration. Pourquoi ne pas assouvir cette curiosité pour ainsi explorer les pratiques de ses autres collègues québecquois, européens ou nord-américains ? » Sans sombrer dans le pessimisme noir, je ne vois franchement pas , pour les avoir longtemps fréquentés la majorité des « maîtres » sous cet éclairage. Bien au contraire, surtout dans le primaire, la majorité des enseignant(e)s sont tout sauf des « intellectuel(le)s ». C’est désolant mais c’est ainsi.

« Il  s’avère nécessaire, voire incontournable, d’aller voir ailleurs ! Qu’est-ce qui se fait ? Quels en sont les résultats ? Comment puis-je importer cela dans mon milieu en fonction de mon style d’enseignement ? Souvent, ce sont les adaptations de ce qui se fait ailleurs qui ont le plus de succès. »

« La pédagogie inversée se situe dans le courant de l’enseignement coopératif où les élèves sont appelés à échanger et discuter ensemble afin de construire leur savoir et le vérifier auprès de leurs collègues. C’est l’instauration de mesures de tutorat par les pairs qui est, implicitement et indirectement, supervisées par l’enseignant. Autrement dit, les élèves s’aident entre eux et partagent leurs découvertes et leur compréhension de diverses situations amenées par l’enseignant. »

Il semble, si on en croit sa première déclaration,   que Joëlle Milquet veuille aller dans cette direction. C’est louable et généreux de sa part mais elle risque de se heurter à un mur d’incompréhension.

« Cela permet différentes expérimentations pédagogiques laissant libre cours à la créativité de l’enseignant. » Les enseignants créatifs sont rares, pour ma part j’en ai vraiment connu très peu, une demi-douzaine en cinquante ans de carrière. En revanche les routiniers « nommés » et planqués,  jeunes et vieux sont légions, il ne faut pas se leurrer.

« Il est primordial, voire vital, de mettre toutes les ressources au service de la pédagogie. »

Au vrai, je connais un prof de biologie qui fait cela dans le secondaire.  En revanche j’ai découvert dans les années 80/90 un établissement secondaire ixellois qui s’était doté d’un formidable centre de documentation qui est devenu son centre de gravité.

« Ils faut d’apprendre aux élèves comment utiliser leurs téléphones intelligents de façon éducative. Ils en connaissent les applications sociales,(…) il est temps de leur enseigner comment utiliser un appareil personnel et le transformer en outil professionnel lorsque besoin il y a. »

Magnifique, mais combien d’enseignants prennent-ils ce genre d’initiative ?

« Les élèves d’aujourd’hui apprennent différemment. Et comme dans n’importe quel marché, on doit s’adapter à notre clientèle et offrir des services qui attirent leur attention. »

C’est sûrement vrai mais c’est terrifiant car cela montre, une fois de plus, que le marché est devenu notre maître, même en matière d’enseignement. A assez court terme ceci va entrainer le dépérissement de l’école sous la forme où nous la connaissons. Il faut s’y préparer.

 

« Quand on va à la rencontre de la connaissance, l’aventure nous mène à toujours vouloir en savoir plus puisque nous sommes partie active intégrante de cette aventure. » Cette aventure est de nature à faire de nous des apprenants autonomes autrement dit des autodidactes.

  « CE QUE L’ON APPREND LE PLUS SOLIDEMENT ET CE QUE L’ON RETIENT LE MIEUX, C’EST CE QUE L’ON APPREND EN QUELQUE SORTE PAR SOI-MÊME. IL N’Y A POURTANT QU’UN PETIT NOMBRE D’HOMMES QUI SOIENT EN ÉTAT DE LE FAIRE. ON LES APPELLE EN GREC AUTODIDACTOI » Kant



« L’important c’est de libérer du temps en classe afin que l’enseignant intervienne de façon active auprès d’élèves actifs. »

« L’enseignant, oeuvrant en pédagogie inversée et en agissant en tant que guide et boussole crée un climat propice au développement de l’initiative et de l’autonomie afin que l’élève joue un rôle prépondérant dans ses apprentissages et dans la construction de son savoir et de sa culture personnelle. »

« L’’édification de l’estime personnelle du jeune se voit grandement favorisée car on lui fournit les conditions gagnantes à sa propre réussite. L’enseignant fournit les conditions, mais l’élève les réalise. Ainsi, un élève qui réussit en est un qui se réalise. »

Il s’agit non pas d’une panacée pédagogique universelle mais d’une piste intéressante pour un établissement scolaire qui en ferait son projet pédagogique. Mais pour cela il faut un pouvoir organisateur audacieux et un chef d’établissement charismatique convaincu par la pertinence de cette démarche téméraire mais selon nous extrêmement prometteuse.

MG  


 

LA PÉDAGOGIE INVERSÉE

Innovation éducation


Crédit : Fabrice Landry

La pédagogie inversée est une stratégie pédagogique consistant à concentrer le temps de classe afin réaliser les travaux pratiques en évacuant le temps requis pour l’exposé magistral. En réalité, ce n’est pas la pédagogie qui est inversée mais davantage la démarche d’enseignement. Puisque les élèves sont habituellement passifs lors des exposés magistraux de leur enseignant, ces derniers peuvent consulter le tout au moment et à l’endroit qui leur convient le mieux, via des canaux de communication issus des médias sociaux. Le tout implique que les élèves peuvent utiliser leur téléphone intelligent ou tablette électronique afin d’accéder au contenu publié par leur enseignant dans des médias comme YouTube, Didacti ou des portails institutionnels.

Autrement dit, l’enseignant n’a plus à répéter d’une classe à l’autre son cours. En fait, il passe davantage de temps auprès de l’élève à discuter, expliquer, supporter et orienter l’apprentissage. Il devient une ressource, un guide et un stratège pédagogique.

Les cours sont à visionner en devoir et les exercices sont à réaliser en classe, avec l’enseignant. Et ces vidéos ou podcasts sont accessibles, préférablement, en version compatible avec les appareils portatifs afin que les élèves puissent consulter ces capsules lorsqu’ils sont en transit entre l’école et la maison.

HISTORIQUE

Si vous suivez moindrement l’actualité pédagogique américaine, vous savez pertinemment de quoi il est question. Ce que les anglophones appellent la Flipped Classroom, la Reversed Classroom est une idée géniale qui commence à être importée au Québec. Effectivement, cette stratégie pédagogique est mieux connue sous le nom de pédagogie inversée ou classe inversée.

La stratégie est née récemment aux États-Unis en 2007 par hasard alors que deux jeunes enseignants de science se questionnaient comment accommoder les élèves qui étaient fréquemment absents et dont les absences influençaient négativement les résultats académiques. C’est ainsi que Jonathan Bergmann et Aaron Sams ont entrepris d’enregistrer leurs cours pour ainsi les publier afin que leurs élèves puissent les visionner au moment où ils le jugent opportun, lors de leurs temps libres, à l’extérieur des heures normales de cours.

Les résultats ont été stupéfiants puisque les deux enseignants ont noté une baisse inattendue de l’absentéisme scolaire ce qui traduit une augmentation évidente de l’intérêt porté envers la matière. De plus, on a noté une augmentation de l’interactivité en classe et des discussions constructives et productives entre les élèves. Le tutorat par les pairs s’est imposé de lui-même et la collaboration et coopération étudiante a atteint un nouveau seuil.

Devant ce succès, les deux collègues ont poursuivi la création de capsules vidéo pour ainsi libérer l’essentiel de leur tâche en classe à aider les élèves dans leurs travaux pratiques.

Un autre succès les attendait au détour. Leurs capsules vidéo ont été téléchargées des centaines de milliers de fois par des élèves de partout dans le monde. On se doute que même des enseignants les ont utilisées puisque Bergmann et Sams ont été invités à prononcer des conférences aux quatre coins des États-Unis afin de promouvoir la stratégie pédagogique dont on leur attribue la paternité.

Pendant ce temps, Salman Khan mène une expérience parallèle de tutorat à distance via téléphone et Doodle avec l’une de ses cousines basées dans un autre état américain. Le mot s’est passé dans la famille et devant les difficultés de faire concorder les horaires de tout le monde, Khan a entrepris de s’enregistrer en vidéo et de partager le tout. Ce dernier, un virtuose des sciences et des mathématiques issu de la prestigieuse Harvard University, a donc construit un bon nombre de capsules destinées à ses cousins dans le but de les aider dans leurs difficultés académiques. Les résultats ont tellement été probants que l’éducateur a abandonné son emploi du monde de la haute finance pour fonder la Khan Academy. Cette entreprise a été sous les feux de la rampe puisqu’elle a obtenu des subventions de Google (2 millions de dollars) et de la Fondation Bill and Melinda Gates (1.5 millions de dollars). Grâce à ces subventions, un site web avec tous les outils nécessaires pour créer et supporter plus de 3300 vidéos hébergées sur YouTube, lesquels ont attiré plus de 82 millions de consultations en quelques années seulement !

De retour chez-nous, c’est depuis 2011 que la pédagogie inversée apparaît dans le paysage scolaire québécois. Cette situation est sans aucun doute liée à l’omniprésence des appareils technologiques qui envahissent les classes où plusieurs enseignants et administrateurs se penchent sur la question de l’intégration des TIC en milieu scolaire. Et à cette réponse, la stratégie dont il est ici question semble apporter des éléments intéressants de réponse. Deux pionniers de la classe inversée sont omniprésents sur la toile québécoise : Éric Noël, dit le Prof Noël, enseignant de sciences et mathématiques au Saguenay, ainsi que Samuel Bernard, enseignant au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne.

 

FAÇON DIFFÉRENTE DENSEIGNER OU SE LIBÉRER DES CONVENTIONS

Derrière ces innovations pédagogiques qui ont, par accident, donné naissance à la pédagogie inversée, il y a en fait une véritable révolution scolaire alors que les fondements du quotidien pédagogique traditionnel sont ébranlés. Pour adopter les principes de la pédagogie inversée, il faut apprendre à penser différemment en tant qu’enseignant pour se défaire peu à peu des paradigmes traditionnels qui ont défini notre vision de l’éducation en tant qu’élèves, puis étudiants, puis enseignant. Et ce n’est pas si simple de s’émanciper de nos conceptions et perceptions.

Voici donc deux nouveaux paradigmes à adopter :

Paradigme 1 : L’enseignant-ressource ou un pas de plus vers une pédagogie active.

L’enseignant est toujours un outil de transmission de savoirs. Il en sera toujours un. Cependant, force est d’admettre qu’avec la démocratisation de l’information, il ne peut concurrencer Google etWikipedia. C’est la connaissance d’un professionnel contre celle du monde entier. Il faut donc accepter notre nouveau rôle qui est celui d’éduquer nos élèves à rechercher et consulter les bonnes ressources grâce à un esprit critique. À cet égard, une éthique de recherche devient indispensable puisqu’il faut apprendre à vérifier les sources et à les citer adéquatement. Nos élèves sont curieux et ils portent la connaissance du monde dans leurs poches. Mettez-vous à leur place. Vous contenteriez-vous de la connaissance de votre enseignant ou seriez-vous poussé à en savoir davantage ? Au siècle actuel, à l’époque du web social, il est tout à fait normal et compréhensible que les élèves soient plus informés ou cultivés que ces mêmes élèves d’il y a dix ou vingt ans. Cependant, force est d’admettre qu’ils sont certainement moins éduqués à utiliser cette même connaissance et moins compétents à l’utiliser en situation de la vie quotidienne. Donc, en un certain sens, c’est la fin du monopole du savoir.

Cela implique donc qu’il n’est plus nécessaire de bâtir ses cours autour d’une stratégie de cours magistraux. Et ce, pour deux raisons. Dans un premier temps, pour un élève, pourquoi serait-ce pertinent d’écouter l’exposé d’un enseignant quand tout ce qu’il dit, ou presque, se retrouve sur internet et que ce contenu est accessible au moment et de la façon qu’il le désire ? De plus, s’il a des questions, il n’a qu’à texter son compagnon de classe ou poser une question sur Facebook où sa communauté d’amis lui répondra illico. D’où la pertinence de modifier ses stratégies pédagogiques pour favoriser un apprentissage plus actif, où l’élève est poussé à s’investir et à entreprendre une réelle démarche.

Bref, exit le Sage on stage et vive le Guide on the side pour reprendre l’expression américaine consacrée de la flipped classroom. Dans la classe inversée, nous sommes dans l’écoute et dans l’agir plutôt quedans la valorisation de l’exposé oral théorique. Nous enseignons aux élèves à apprendre à apprendre. C’est l’enseignement à la métacognition pure et simple.

 

Paradigme 2 : Travailler en réseau et non en silo.

Soyons honnêtes et disons-le tout haut. Les enseignants ont tendance à travailler en silo. La notion de protectionnisme est malheureusement omniprésente dans le monde de l’éducation. C’est un peu comme si certains  enseignants protégeaient jalousement un secret d’État. Les raisons expliquant ce repli sont certainement nombreuses et probablement toutes aussi bonnes les unes que les autres, mais on constate trop souvent que deux enseignants qui enseignent la même matière au même niveau n’ont pas les mêmes exigences, les mêmes situations d’apprentissage ou les mêmes grilles d’évaluation.

Cependant, nous sommes actuellement à l’air du partage et cela n’est pas applicable seulement entre collègues de la même institution et du même niveau. La communauté éducative doit se mobiliser davantage afin d’établir des réseaux de partage d’idées et de stratégies. D’entrée de jeu, un enseignant est un professionnel doté d’un sens inné de la curiosité et de l’exploration. Pourquoi ne pas assouvir cette curiosité pour ainsi explorer les pratiques de ses autres collègues québécois, européens ou nord-américains ?

Actuellement, Twitter est un excellent outil de partage qui s’intègre bien dans la vie d’un enseignant qui est occupée et hyper sollicitée de toute part. Twitter est concis et universel. Pas d’artifice. Facebook et ses nombreux groupes sont également sollicités. Il existe des regroupements professionnels qui sont également animés par des conseillers pédagogiques qui reconnaissent l’importance du réseautage. Le succès connu par le Réseau pour le développement des Compétences par l’Intégration des Technologies, mieux connu sous l’acronyme RÉCIT, est un excellent exemple de l’importance que prend le réseautage dans le monde de l’éducation.

Devant la nécessité de modifier nos pratiques pédagogiques, il appert nécessaire, voire incontournable, d’aller voir ailleurs ! Qu’est-ce qui se fait ? Quels en sont les résultats ? Comment puis-je importer cela dans mon milieu en fonction de mon style d’enseignement ? Souvent, ce sont les adaptations de ce qui se fait ailleurs qui ont le plus de succès.

L’importance de participer à ces colloques et formations ponctuels est incontournable et mène à une grande ouverture sur le monde éducationnel en plus d’élargir les perspectives de notre développement professionnel. Si nous prenons souvent l’allégorie du médecin qui ne se renouvelle pas, elle a certainement autant de sens chez l’enseignant qui enseigne toujours de la même façon et qui ne se renouvelle pas plus !

À un niveau plus pragmatique, en classe, le programme de formation de l’École québécoise valorise clairement la compétence « apprendre à travailler en équipe ». La pédagogie inversée se situe dans le courant de l’enseignement coopératif où les élèves sont appelés à échanger et discuter ensemble afin de construire leur savoir et le vérifier auprès de leurs collègues. Ce qui émerge naturellement de ces situations d’apprentissage c’est l’instauration de mesures de tutorat par les pairs qui est,implicitement et indirectement, supervisées par l’enseignant. Autrement dit, les élèves s’aident entre eux et partagent leurs découvertes et leur compréhension de diverses situations amenées par l’enseignant.

Cette nouvelle atmosphère de travail permet différentes expérimentations pédagogiques laissant libre cours à la créativité de l’enseignant. La latitude ainsi obtenue peut permettre à ce dernier de pousser l’expérience vers d’autres niveaux qui n’ont de limites que son imagination. Mais surtout, ce qui est intéressant est que la partie magistrale maintenant largement évacuée du temps de classe, cela libère du temps pour une pédagogie plus personnalisée donc, mieux différenciée.

Paradigme 3 : Revoir l’organisation des ressources informatiques et matérielles

Les ressources informatiques et matérielles, en milieu scolaire, sont indissociables du progrès pédagogique. Ces ressources doivent être accessibles et ouvertes en terme d’attitude et de vision. Impossible de travailler en silo puisque, prônant une approche collaboratrice et coopérative, elle travaille conjointement avec la département de la pédagogie. S’il est toujours possible que l’aspect pédagogique soit abordé séparément de celui de l’informatique, l’inverse n’est pas possible. Du moins, pas dans une école inscrite dans la contemporanéité du 21e siècle.

Les ressources matérielles et informatiques sont la pierre d’assise de la pédagogie actuelle. Elles facilitent à plusieurs égards l’ouverture sur le monde et offrent de nouvelles possibilités de collaboration autant pour les enseignants que pour les élèves. Il est donc primordial, voire vital, de mettre ces ressources au service de la pédagogie. Et pour ce faire, il est impératif que les outils destinés à l’usage enseignant soient conviviaux et faciles d’utilisation. Surtout lorsqu’il s’agit des ressources informatiques. Déjà, en partant, plusieurs enseignants sont réticents à intégrer les TIC en classe, s’il faut que la transition se fasse difficilement ou de façon cahoteuse avec les outils mis à sa disposition, plusieurs enseignants ne persévéreront pas dans leur actualisation de stratégies d’enseignement.

La pédagogie implique la valorisation d’un certain exercice de créativité professionnelle chez l’enseignant. Or, pour être créatif, on doit travailler, dans la mesure du possible, avec les outils que l’on préfère, que l’on privilégie. L’imposition de certains outils ou services informatiques dans l’exercice des fonctions est navrante. Le fait d’imposer des blocages divers à l’utilisation d’un site web ou autre, devient, à la longue, démotivant et… castrant ! Bloquer Hotmail, Facebook, YouTube, Twitter, etc., est souvent plus compliqué pour les enseignants technophiles que pour les élèves eux-mêmes ! Surtout qu’actuellement, ils ont leur téléphone intelligent dans leurs poches et ils peuvent aller sur ces sites n’importe quand. Mais lorsqu’un enseignant souhaite utiliser un de ces sites à des fins éducatives, il est désagréable de devoir faire le pied de grue devant le bureau du technicien pour demander une dérogation aux règles de blocage de certains sites. Plusieurs enseignants, qui se considèrent à l’avant-garde technopédagogique, estiment qu’ils sont toujours en train de quémander de nouveaux outils ou ressources afin de satisfaire leurs besoins en TIC. Bien que tous reconnaissent qu’il y a des limites budgétaires à respecter, il est résolument nécessaire d’alimenter ces enseignants qui sont, à bien des égards, des modèles pour leurs pairs au sein du milieu. Si eux le font avec plaisir, cela influencera certainement des collègues à faire le saut !

Également, une nouvelle tendance pour les établissements scolaires est le fameux BYOD : Bring yourown device ou apportez votre propre appareil. Autoriser les téléphones intelligents en classe permet de régler une partie du problème alors qu’on se demande quel outil privilégier en classe. IPad ? Tablette Android ? MS Surface ? IPhone ou Galaxy ? Comme dans n’importe quel établissement commercial ou non, il y a des règles budgétaires à respecter. Et l’achat de matériel informatique, ce n’est pas donné. Prévoir ces dépenses, c’est une chose, mais voir cet investissement désuet après un an en est une autre. Au rythme où vont les choses, Apple sort deux nouveaux iPad par année. Il y a de quoi rendre les écoles frileuses face à l’adoption de cette technologie. Le premier iPad a été commercialisé en mai 2010 et cet appareil n’est déjà plus supporté par iOS 6 ! Bref, les appareils informatiques ont, de nos jours, une durée de vie très (trop) limitée.

Voilà donc une alternative peu couteuse et combien tendancieuse, car les établissements scolaires profitent de la « mode » de la mobilité des appareils électroniques afin de les inviter en leurs murs. Cependant, cela implique que ces mêmes établissements offrent un réseau internet complètement libre et accessible à sa clientèle étudiante. Parallèlement à cette ouverture, il est important que les élèves comprennent que l’école n’offre pas de service de soutien technique pour la pléthore d’appareils mobiles qui existent sur le marché. D’ailleurs, cela libère l’équipe technique des établissements d’enseignement alors que le fardeau du soutien technique et des mises à jour des appareils incombe directement à l’utilisateur. Génial, non ?

Mais ce qui est le plus intéressant avec le modèle BYOD, c’est certainement enfin d’apprendre aux élèves comment utiliser leur appareil de façon éducative. Ils en connaissent les applications sociales, mais très peuvent l’utilisent à bon escient. Alors comment est-ce que ces appareils peuvent devenir des outils productifs au lieu de devenir des outils de prolongement de la personnalité d’un individu. À constater quotidiennement le rapport étroit que les jeunes entretiennent avec leur téléphone intelligent, il est effectivement inquiétant de réaliser à quel point cet appareil meuble outrageusement leur existence. Il est temps d’enseigner aux élèves comment utiliser un appareil personnel et le transformer en outil professionnel lorsque besoin il y a.

La pédagogie inversée est tributaire des nouvelles technologies. Prendre le virage signifie immanquablement d’entreprendre un virage technologique afin de rendre différentes ressources disponibles pour les enseignants et les élèves. L’un ne va pas sans l’autre.

Au niveau des ressources matérielles, certaines classes doivent être réaménagées. Outre la possibilité d’y placer du matériel informatique, il est question de disposer de l’environnement physique différemment afin de favoriser la collaboration. Comment placer les tables ? Les chaises ? Le bureau de l’enseignant ? Certains enseignants arrivent en classe simplement avec… une chaise qu’ils déplacent au gré de leurs interventions. Exit le bureau du prof !

 

FAÇON DIFFÉRENTE DAPPRENDRE

Qu’on le veuille ou non, la clientèle scolaire a grandement changé depuis les dernières années. Elle a changé probablement plus ces dernières années qu’au cours des deux décennies précédentes. Ces élèves apprennent différemment. Et comme dans n’importe quel marché, on doit s’adapter à notreclientèle et offrir des services qui attirent leur attention. Si l’éducation a souvent échappé à cette logique mercantile, il n’en demeure pas moins qu’il y a lieu d’importer quelques credos. En fait, notre milieu est probablement le seul qui n’a presque jamais eu à se soucier de s’adapter à sa clientèle et même, qui pousse sa clientèle à s’adapter à ses pratiques de façon presque tyrannique. Possiblement que c’est une des raisons qui explique le haut taux de décrochage scolaire en Occident, dont au Québec qui dépasse honteusement les 30%. La pédagogie traditionnelle est une sorte de « meltingpot » qui reprend le modèle « one size fits all » alors qu’en réalité, les années 2000 sont celles de la pédagogie différenciée et des intelligences multiples.

La pédagogie inversée rompt avec ce constat et cette tendance pernicieuse afin de personnaliser les interventions éducatives des enseignants en classe, sur une base quotidienne. Également, l’accent est mis dur la nécessité d’apprendre pour apprendre, non pas pour l’objectif réducteur de simplement réussir l’examen. Il devient agréable d’apprendre pour les élèves parce qu’ils en reconnaissent la pertinence et la signifiance à la base de leur implication dans le processus d’apprentissage. Quand on va à la rencontre de la connaissance, l’aventure nous mène à toujours vouloir en savoir plus puisque nous sommes partie active intégrante de cette aventure. Lorsque nous sommes sujets d’un enseignant qui déballe son lot de connaissance et qu’elle parvient clé en main à notre intellect, nous développons une triste habitude de passivité envers notre propre processus d’éducation. Triste constat, certes, mais tellement omniprésent dans nos classes…

 

QUELQUES MYTHES À DÉBOULONNER

Le remplacement de l’enseignant par l’ordinateur ou dévaluation de la profession enseignante

Les craintes des enseignants d’être remplacés par la technologie sont répandues. C’est plutôt la maximisation de la ressource qu’est l’enseignant qui est au centre de la pédagogie inversée. Rien ne peut remplacer l’enseignant dans la classe pour une éducation de qualité. Il est erroné, voire loufoque, de croire le contraire.

La pédagogie inversée, c’est se filmer en train d’enseigner

La pédagogie inversée n’est pas seulement l’utilisation de la vidéo dans un contexte pédagogique. C’est plutôt le réaménagement du temps en classe et des stratégies qui y sont déployées qui est la pierre angulaire de cette stratégie. Les capsules vidéo du contenu magistral sont en fait la conséquence de ce réaménagement. La pédagogie inversée se prête également à la consultation de sites web ou la lecture de documents préalables au cours. L’important, au risque de répéter, c’est de libérer du temps en classe afin que l’enseignant intervienne de façon active auprès d’élèves actifs.

Manque d’autonomie et de sens des responsabilités chez les élèves

Nous entendons souvent que les élèves ne sont pas assez autonomes et matures pour assumer leur responsabilité d’apprenant et ainsi y jouer un rôle central. Dans cette optique, comment les rendre plus autonomes si on continue à solidifier le lien de dépendance qu’ils entretiennent envers l’enseignant dans leur classe ? L’autonomie n’est pas innée, mais elle s’acquiert plutôt au gré de différentes situations éducatives. Il est donc de la responsabilité de chacun des acteurs scolaires, incluant les parents, de veiller à créer des conditions de développement de cette aptitude humaine essentielle dans la vie en société. En ce qui concerne l’enseignant, oeuvrant en pédagogie inversée et en agissant en tant que guide et boussole, il crée un climat propice au développement de l’initiative et de l’autonomie afin que l’élève joue prépondérant dans ses apprentissages et dans la construction de son savoir et de sa culture personnelle. Cela dit, l’élève devient autonome puisqu’il n’a plus besoin de l’enseignant pour l’alimenter et le stimuler. Il y parvient seul et sait s’affranchir de la contribution des autres dans sa propre vie.

Inutile de vous dire que l’édification de l’estime personnelle du jeune se voit grandement favorisée car on lui fournit les conditions gagnantes à sa propre réussite. L’enseignant fournit les conditions, mais l’élève les réalise. Ainsi, un élève qui réussit en est un qui se réalise.

Il faut faire des clips vidéo de grande qualité

Bien qu’il soit important que la capture audio soit de bonne qualité et que le débit de voix soit ralenti, il n’est pas nécessaire de réaliser des clips vidéo qui deviendront finalistes à la cérémonie des Oscars. En fait, ce qui importe, c’est que l’élève reconnaisse son enseignant et qu’il soit familier avec le style d’enseignement de ce dernier. Pour le reste, le contenu est beaucoup plus important que le contenant.

Évacuez la pression issue du perfectionnisme enseignant. Il se peut que votre collègue ait plus de compétences informatiques lui permettant d’utiliser des programmes de screencasting plus évolués. Mais sachez qu’il existe plein de ressources conviviales et intuitives sur le marché dont plusieurs sont complètement gratuites.

 

 

 

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