mardi 23 septembre 2014

"Les universités, poussées à former des masses d'étudiants au rabais"

Pascal De Sutterprofesseur de psychologie, clinicien et chercheur, de nationalité belge, spécialisé dans deux domaines : la sexologie et la psychologie politique.

Source: Le Vif/L'Express


Il est politiquement correct de vouloir que l'université soit un système pratiquement gratuit et accessible au plus grand nombre. En poursuivant cette logique bien-pensante, le gouvernement francophone semble vouloir augmenter sa mainmise sur l'enseignement supérieur et universitaire. Il a échafaudé pour cela un nouveau décret dit "paysage".



© Lieven Van Assche

Il est politiquement correct de vouloir que l'université soit un système pratiquement gratuit et accessible au plus grand nombre. En poursuivant cette logique bien-pensante, le gouvernement francophone semble vouloir augmenter sa mainmise sur l'enseignement supérieur et universitaire. Il a échafaudé pour cela un nouveau décret dit "paysage".

Mais sur le fond, on observe le maintien d'une politique générant le nivellement par le bas des diplômes (notamment en modifiant la moyenne de passage à 10/20 au lieu de 12/20) et la poursuite du libre accès pour un maximum de jeunes à des études universitaires bon marché (1). Or, ces dernières années, le financement des universités a diminué de 7 % alors que la population estudiantine augmentait de 65 %. Bilan : le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pousse les universités à former des masses d'étudiants au rabais.

L'université pour tous est un mythe. Ce sont principalement les enfants des classes sociales les plus aisées qui y réussissent (2). En voulant rendre les études universitaires plus "faciles", le gouvernement communautaire va surtout faciliter la réussite des plus "riches". Et qui paiera la facture de cette injustice ? Tous les contribuables (3), y compris les ouvriers qui ont rarement la chance d'accéder à ce système mal conçu pour eux. Sans oublier tous ces jeunes qui ont étudié dur pour se retrouver en surnombre avec des diplômes peu "utilisables" sur le marché du travail.

Combien de temps allons-nous poursuivre cet incroyable gâchis financier et humain ? Alors que l'Etat, les Communautés et les universités sont pratiquement en faillite. A quand une réforme vraiment utile ? Il existe pourtant des solutions. D'abord, on pourrait faire payer le coût réel des études universitaires à ceux qui les suivent. Tout en offrant un accès facilité et plus large aux bourses (4) en fonction des talents et moyens financiers de chacun. Ensuite, nous pourrions instaurer une année préparatoire généralisée avant l'entrée à l'université. Elle serait constituée d'une sorte de service civil où les candidats devraient bénévolement travailler pour la collectivité en côtoyant toutes les couches de la société. De préférence en apprenant aussi une autre langue.

En échange, ils auraient accès à des tests d'évaluation approfondis de leur potentiel et à une orientation de carrière poussée. Les enfants issus des milieux les plus démunis, mais possédant un bon potentiel académique, seraient soutenus et encouragés à poursuivre des hautes études. Durant cette année de réflexion, si leur choix allait vers l'université, ils bénéficieraient de sérieux cours de préparation aux méthodes universitaires. L'ensemble des jeunes seraient évalués en fin d'année et seulement alors, pourraient postuler aux différentes filières universitaires. Et pour finir, laissons un peu d'autonomie aux universités. Certes, elles ont encore des progrès à faire, mais il n'est pas démontré que les ingérences et les lubies du politique améliorent la situation.

Mais rien ne vous oblige à penser comme moi...

(1) Former un étudiant à l'université en Belgique coûte en réalité 4 à 10 fois plus cher que ses frais d'inscriptions.

par Pascal de Sutter


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

«  LE GOUVERNEMENT FRANCOPHONE SEMBLE VOULOIR AUGMENTER SA MAINMISE SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET UNIVERSITAIRE. »

« Il est politiquement correct de vouloir que l'université soit un système pratiquement gratuit et accessible au plus grand nombre. En poursuivant cette logique bien-pensante, le gouvernement francophone semble vouloir augmenter sa mainmise sur l'enseignement supérieur et universitaire. Il a échafaudé pour cela un nouveau décret dit "paysage".

Mais sur le fond, on observe le maintien d'une politique générant le nivellement par le bas des diplômes »

Ce nivellement par le bas est l’expression d’une volonté politique qui s’impose en Communauté française depuis des décennies, elle vise à favoriser les médiocres et à pénaliser les élites, sous prétexte qu’elles reproduisent la classe dominante. Curieusement, la classe politique dominante, celle du PS, se perpétue de père en fils, voire de père en fille. C’est ainsi que l’escadron antisuédoise réuni par Elio Di Rupo comprend le fils de Papa et celui de Guy Mathot, sans oublier la fille de Gaston Onkelinx. Mais de qui se moque-t-on ? L’électeur donne sa voix à qui lui promet la lune en costume de Saint-Nicolas.

Mais il s’avère bien vite que cette lune est faite de papier mâché, comme les diplômes au rabais qu’un pouvoir démagogue promet à des légions d’étudiants sans caractère ni talent. C’est à croire que la classe politique redoute comme la peste la montée d’une nouvelle élite universitaire et critique. « Laissons un peu d'autonomie aux universités. Certes, elles ont encore des progrès à faire, mais il n'est pas démontré que les ingérences et les lubies du politique améliorent la situation

C’est bien en effet de lubies politiques  qu’il est question : «Etudiant : Sois médiocre, docile, dépendant et mange dans la main du pouvoir politique dominant »Cette politique est insensée et suicidaire. Elle aura pour première conséquence d’entraîner un exode de dizaines de milliers d’étudiants français supplémentaires vers la Wallonie et à Bruxelles. Autre conséquence, elle fera baisser encore le rating des universités francophones.

On a vraiment du mal à comprendre l’absence de réaction vive et concertée des recteurs de la fédération Wallonie-Bruxelles.

Pauvres Belges francophones que nous sommes, notre enseignement est dans de bien piètres mains.  Comment pouvons-nous accepter que dans beaucoup d’écoles techniques et professionnelles il y ait 3 ou 4 élèves par classe quand  beaucoup d’athénées et de collèges ont des classes pléthoriques. C’est insensé, je connais plusieurs directeurs qui sont de véritables funambules jonglant avec les normes d’ouverture et de maintien comme des croupiers de casino et se fichant de la qualité de leur enseignement comme de de Colin-tampon. Seul un audit indépendant serait de nature à mettre de l’ordre dans ces écuries d’Augias. Les syndicats sont complices de ce grand rabotage du niveau quant aux directeurs et préfets des écoles de la Communauté française, ils ont obtenu pour la plupart leur bâton de maréchal par l’entremise d’une carte de parti : servitude oblige. Et que l’on ne s’étonne pas si la Wallonie ressemble de plus en plus à une République Démocratique Allemande d’avant la chute du mur et sans Baxter soviétique pour apurer sa dette. Cela durera tant que fonctionnera la pompe à transferts que la N-VA entend bien désamorcer au plus vite.  

 

 

MG 

L'ACCÈS AUX ÉTUDES SUPÉRIEURES TOUJOURS PLUS DIFFICILE

Le Vif

Renforcer l'accessibilité aux études supérieures n'est actuellement pas la priorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a déploré lundi lors de sa conférence de presse de rentrée la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), qui craint une aggravation de la situation dans les prochains mois.



© Belga

La FEF accuse le ministre de l'Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), de "détricoter" les droits acquis par les étudiants, notamment en ne reconduisant pas le gel du minerval dans la déclaration de politique communautaire. "Le contexte politique actuel pousse la FEF à développer une action forte dès la rentrée", a souligné sa présidente, Corinne Martin.

La Fédération constate que les acquis du décret 'Wendy', tels que le gel du minerval, sa réduction pour les étudiants de condition modeste ou encore l'obligation de rendre les cours plus accessibles, n'ont toujours pas été mis en oeuvre quatre ans après avoir été votés. L'accès aux études, que ce soit en termes de coût ou de sélection, est de plus en plus compliqué pour un nombre croissant d'étudiants, déplore la FEF.

"Avec les frais indirects, une année d'étude coûte entre 6.000 et 12.000 euros, et cette somme a augmenté de 17% entre 2008 et 2011. Entre 2010 et 2012, le nombre d'étudiants s'adressant au CPAS a doublé en Wallonie et triplé à Bruxelles". Inquiète de la prochaine hausse substantielle du minerval annoncée en Flandre, la FEF se mobilisera le 2 octobre aux côtés de son homologue de la VVS.


UN ENSEIGNANT POUR NEUF ÉLÈVES

Le Vif

Source: Belga

Il y a en moyenne un enseignant pour neuf élèves dans l'enseignement secondaire en Belgique, ressort-il de l'étude de l'OCDE intitulée "Regards sur l'éducation 2014", relayée lundi par De Standaard et Het Nieuwsblad.



© BELGAIMAGE

Tant la Flandre que la Communauté française obtiennent de bons résultats en la matière, selon l'OCDE. Seul le Grand-Duché de Luxembourg investit davantage que notre pays dans le corps enseignant au niveau secondaire. Ce rapport est surtout dû à la taille des classes. En Belgique, s'il y a en moyenne neuf élèves par professeur, il y en a 17 aux Pays-Bas, 14 en Allemagne et 13 en France.

La moyenne des pays membres de l'OCDE se situe, elle, à 13 élèves par enseignant.

"L'offre de formations est très large et très fragmentée en Belgique. Surtout dans l'enseignement technique et professionnel, où il arrive très souvent que les classes ne soient composées que de deux, trois, ou de quatre élèves", souligne Dirk Van Damme, expert en matière d'enseignement pour l'OCDE.



LETTRE OUVERTE À PAUL MAGNETTE

Source: Le Vif

Cette lettre ouverte ne s'adresse pas qu'à toi ; elle s'adresse aussi à tous ceux qui sont d'une manière ou d'une autre responsables de l'état du monde que nous laissons à nos jeunes, à nos enfants.



© Belga

Monsieur le Ministre-Président,

Cher Paul ,

J'ai hésité mais va pour le tutoiement. Tout compte fait je me sens encore un peu jeune et entre jeunes on peut se tutoyer.

Cette lettre ouverte ne s'adresse pas qu'à toi ; elle s'adresse aussi à tous ceux qui sont d'une manière ou d'une autre responsables de l'état du monde que nous laissons à nos jeunes, à nos enfants.

Ce n'est pas le militant d'un parti qui t'écrit. C'est à la fois le citoyen, le père, l'économiste et le président de CPAS.

J'ai je pense écouté attentivement ton discours à Namur. Merci pour les jeunes. J'aurais certes apprécié que tu évoques aussi le sort réservé aux indépendants qui trinquent, aux aînés, aux pauvres, aux chômeurs, aux CISP, etc., dans les arbitrages budgétaires à venir.

Mais soit. Parlons des jeunes.Et acceptons la sincérité de la démarche.

L'emploi des jeunes sera la priorité as-tu martelé.

Mais penses-tu que le taux d'emploi des jeunes va augmenter suite à la mise en oeuvre des mesures déjà décidées (je ne parle pas de celles à venir) en matière de pensions ? Tout retardement de l'âge effectif de départ à la (pré)retraite impacte négativement l'emploi des jeunes. Et pendant de très nombreuses années.

Mais penses-tu vraiment que le sort des jeunes va s'améliorer avec les nouvelles règles en matière d'allocations d'insertion ? Sans parler des exclusions du chômage qui touchent jeunes et parents de jeunes, renforçant les inégalités socioculturelles et socio-économiques que tu as évoquées.

Ce sont pourtant deux mesures qu'une majorité de parlementaires francophones a adoptées au fédéral au cours de la législature 2011-2014.

Penses-tu que le non remplacement de 4 départs sur 5 dans la fonction publique wallonne va favoriser l'emploi des jeunes ? Comme président de CPAS j'enrage de ne pouvoir engager plus de jeunes, corseté que je suis par les contraintes budgétaires et par les mesures en matière de pensions qui font que les travailleurs âgés quittent la vie active de plus en plus tard.

Penses-tu vraiment que le problème essentiel des jeunes en matière d'emploi se trouve du côté de la formation, comme tu l'as dit à Namur ? Pour certains c'est une évidence. Mais pour beaucoup, leur offre-t-on, même après de longues années, un emploi dont le contenu est à la hauteur de leurs compétences et aspirations ?

Penses-tu que l'avenir des jeunes s'est trouvé amélioré à la suite des nombreux traités européens que la Belgique a ratifiés depuis 1993 pour "rester le bon élève de la classe". Qu'on se n'y méprenne pas. Il faut plus d'Europe et mieux d'Europe. Mais pas l'Europe des dumpings sociaux et de l'austérité suicidaire. Trop facile de réclamer depuis 20 ans une Europe plus sociale quand on a voté, sans état d'âme, le Traité de Maastricht qui exige une unanimité pour harmoniser à la hausse. Erasmus c'est bien. Mais le droit pour tous de vivre dans des sociétés plus solidaires, plus justes, plus durables est plus important que celui de vivre 6 mois à Barcelone pour certains.

Penses-tu encore avoir trouvé la recette magique pour éviter deux défauts majeurs de la plupart des aides à l'emploi des jeunes : ils génèrent de gigantesques effets d'aubaine (cela a été le cas avec le dispositif win-win) et laissent souvent le jeune en plan quand il arrive à ses 26 ans ?

C'est vrai. Je pense comme toi qu'une partie de nos jeunes est moins consumériste que ta et ma générations. Ils sont par exemple moins "bagnole" que nous. Mais il faut alors soutenir les transports en commun. La réduction de la dotation aux TEC va-t-elle dès lors dans le bon sens ?

Je suis tétanisé de voir à quel rythme se creusent les inégalités entre les enfants des "élites" et ceux de nombreuses familles populaires, voire même de classes moyennes

L'emploi est un problème. Le logement en est un aussi pour nos jeunes. Ils trouvent des solutions conviviales comme la co-location. Mais arrive un moment où l'envie de s'installer se fait plus fort. Va-t-on aider les jeunes en ne touchant pas au bonus-logement ? Beaucoup d'entre eux n'auront de toute manière pas l'occasion d'activer une mesure qui profite le plus souvent à des ménages relativement aisés et fait gonfler le prix des logements.

Je suis presque tétanisé de voir à quel rythme se creusent les inégalités : entre les "in" et les "out", entre les enfants des "élites" et des familles plus ou moins aisées et ceux de nombreuses familles populaires, pauvres, en difficultés, voire même de classes moyennes quand elles sont touchées par la crise et les mesures d'austérité. Je suis plus frappé encore par l'indifférence au sort des autres qui a grandi dans nos sociétés. Dommage que la majorité des hommes et femmes politiques ne veut pas comprendre que ces deux évolutions sont intimement liées au modèle de croissance économique qui est devenu le nôtre, décision après décision, renoncement après renoncement. Dommage aussi que beaucoup de jeunes ne mesurent pas l'importance de la protection sociale, en santé notamment, et qu'ils ne sont pas vraiment prêts à la défendre.

Nos deux générations ont laissé se développer une société pleine de potentialités formidables pour ceux qui démarrent leur vie et grandissent avec les nécessaires atouts et des voies de garage pour d'autres. Tu sais comme moi qu'il n'y a pas assez d'emplois pour tous les wallons pour des années encore.

Commençons donc par parler vrai. Et la récente campagne électorale, qui n'a pas abordé ni cette réalité ni les questions budgétaires, n'a pas été un modèle de parler-vrai aux jeunes (et moins jeunes).

Beaucoup ont raillé ta proposition d'offrir un repas chaud gratuit le midi dans les écoles maternelles et primaires. Pas moi. Je l'ai même défendue. Le fait qu'on puisse la railler - alors qu'elle fait partie du modèle finlandais d'école tant vanté par ailleurs - montre bien à quel point notre société wallonne et ses décideurs de toute nature ne sont pas vraiment prêts à faire ce qu'il faut pour donner une place à tous les jeunes, quels que soient leurs gênes, les revenus de leur famille, leur parcours, leurs limites et leurs atouts.

Je ne demande qu'une chose : que le gouvernement wallon puisse y arriver.

Philippe Defeyt

Namur, le 21 septembre 2014

 

 

 

 

 

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