dimanche 5 octobre 2014

C’est Bruxelles qu’ils assassinent


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef
Le Soir

C’est inscrit dans l’accord du gouvernement flamand : la Flandre a le projet de construire à Ruisbroek, dans la périphérie sud de Bruxelles, une tour culturelle servant de Centre de congrès et de culture, sur une superficie d’au moins 25.000 mètres carrés, avec une salle de 900 places, un théâtre de 350 places, des espaces d’exposition et de congrès sur 5.000 autres mètres carrés. Un centre que l’étude assimile au Singel d’Anvers ou au Concertgebouw de Bruges, pour une somme estimée de plusieurs dizaines de millions d’euros. Un projet «  entre Bruxelles et la Wallonie  », intégré dans le plan flamand de 2011 sur «  le territoire stratégique autour de Bruxelles  » (sic).

C’est le Standaard, vendredi, qui révélait la chose, en la dénonçant : « Ce plan est comme un fantôme des années 70 lorsque Bruxelles était vue telle une vilaine tache d’huile étouffant la culture flamande. » Mais s’insurge le rédacteur en chef, les choses ont tellement changé : Bruxelles est devenue une autre ville, expérience unique avec des dizaines de langues et des centaines de communautés ; la périphérie n’est plus une colonie francophone mais un concentré de superdiversité et les artistes flamands font le tour du monde, dominant souvent la scène bruxelloise : «  Ce projet montre surtout la difficulté de la N-VA face à Bruxelles  ».

Cet éditorial est la seule chose rassurante dans cet épisode. Toute la Flandre n’est pas dupe ou complice, car cette tour est un assassinat de Bruxelles, perpétré par le gouvernement flamand qui envisage un projet pharaonique culturel à quelques kilomètres de la capitale. Que fait-on ensuite de la Monnaie, FlageyBozar, du Kaaitheater, du KVS, du Wiels, du Beursschouwburg ? On prend votre stade de foot et on vous laisse les brols culturels ? Qu’on ne vienne pas nous raconter qu’il s’agit d’un projet culturel. C’est se moquer du monde alors que la Flandre compte 20 centres culturels dans un rayon de 15 km autour de Ruisbroek et que le gouvernement Bourgeois fait des coupes sombres dans les budgets, mettant nombre de scènes et de compagnies en péril.

Ce serait tellement plus simple de dire la vérité : «  Oui, nous voulons une Flandre indépendante et oui, nous abandonnons Bruxelles  ». Pourquoi la N-VA, patronne du gouvernement flamand, ne dit-elle pas ses intentions ? Pourquoi les autres partis au pouvoir à ses côtés, CD&V et Open VLD, font-ilscomme s’ils ne voyaient rien ? Sont-ils les dindons ou les complices de cette farce ? Le communautaire au frigo ? C’est ce que De Wever a promis à la suédoise. «  Il y a mille et une façons de faire du communautaire  », lui a répondu Benoît Lutgen. La tour de Ruisbroek en est un exemple.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MUSCULATION


Mark Eyskens a raison, il aurait fallu conclure une alliance rapidement. Un changement radical exige la rapidité des mouvements et pas la tergiversation. Celle-ci provient certes du CD&V instrumentalisé par son aile gauche mais aussi du MR incapable de se décider entre Michel et Reynders. Plus le temps passe, plus les chances de la reconduite d’une tripartite se renforcent. Cela dit, le « temple culturel » de l’excité Weyts est un ballon d’essai, un exercice de pure musculation. Les Flamands eux-mêmes s’y opposeront : les Anversois, les Malinois, les Gantois, les Louvanistes estiment déjà, qu’une part trop généreuse va à la capitale qui ne compte pas 10% de Flamands…

MG

 

 

 

LE GOUVERNEMENT FLAMAND VEUT CONSTRUIRE UN TEMPLE CULTUREL EN PÉRIPHÉRIE BRUXELLOISE

D.V.
Le Soir

Pour Bart Caron, député Groen, c’est « une marque d’affirmation excessive de la politique flamande dans la périphérie »  


  • Le N-VA Ben Weyts se trouve à l’iniative du projet. © Pierre-Yves Thienpont

Le gouvernement flamand a l’intention de construire un véritable temple culturel à Ruisbroek, section de la commune de Leeuw-Saint-Pierre, en Brabant flamand, à un jet de pierre de Bruxelles. L’information, révélée par De Standaard, a fait l’effet d’une bombe dans l’opposition. Ruisbroek est déjà qualifié par les socialistes flamands de « Uplace » culturel, du nom de ce pharaonique centre commercial qui devrait s’ériger à Machelen, aux portes de la capitale.

Ce nouveau phare culturel construit en périphérie n’aura rien à envier à des institutions culturelles aussi réputées que le sont « De Singel » à Anvers ou « Het Concertgebouw » à Bruges. Il sera construit sur un terrain de 25.000 mètres carrés qui doit accueillir une grande salle de 900 places et une salle de théâtre de 350 places. Auxquelles s’ajoute un espace réservé à des expositions et des congrès de 5.000 mètres carrés.

L’information est rendue publique moins de deux semaines après la « déclaration de septembre » du gouvernement flamand qui annonçait des économies drastiques dans le secteur culturel, dont certains acteurs craignent pour la survie de leurs activités.

« Un pied de nez à Bruxelles »

L’initiateur du projet n’est autre que Ben Weyts, vice-président de la N-VA et ministre du « Vlaamse rand » (de la périphérie flamande) où il réside (à Beersel, non loin de Ruisbroek). Il ambitionne de faire de ce projet un levier puissant pour la culture, l’économie et le tourisme dans la périphérie. L’opposition SP.A souligne encore la présence de vingt centres culturels dans un rayon de 15 kilomètres autour de Ruisbroek et l’existence de 22 centres communautaires et culturels flamands à Bruxelles. « On ne peut pas parler d’un déficit de phares culturels dans cette région », conclut le parti socialiste flamand. Bart Caron, député Groen, livre son analyse politique du projet : « A six kilomètres de Bruxelles, ce phare construit en terre flamande veut barrer les autres influences linguistiques et culturelles. C’est un pied de nez à Bruxelles et une marque d’affirmation excessive de la politique flamande dans la périphérie. »                                                                                                                                                      

Le N-VA Ce



MARK EYSKENS: «DE WEVER EST PATIENT MAIS RESTE DANGEREUX»

Georges Lauwerijs Le soir

Invité du Grand Oral La Première/Le Soir, le Ministre d’État CD&V Mark Eyskens évoque un climat de « peur bleue » au sein des partis de la suédoise. 



Mark Eyskens

« J’ai des hésitations sur la méthode suivie » 

«  Après les élections du 25 mai on aurait dû trancher avec ce très mauvais exemple qui est devenu un traumatisme : la formation du précédent gouvernement où on a mis 541 jours pour le former. On aurait dû « risquer le paquet » et faire un gouvernement rapidement, si possible avant le 21 juillet, en cernant les grands objectifs à réaliser sur le plan socio-économique, en précisant un éventail de mesures possibles et soumettre ces mesures à la négociation avec les partenaires sociaux. Pour faire ce qu’on veut faire dans un pays comme la Belgique, où la sécurité sociale est gérée pour les deux-tiers par les partenaires sociaux, il faut aussi ouvrir le dialogue aux partenaires sociaux.  »

C’EST CE QUI MANQUE AUJOURD’HUI DANS LA FORMATION DE CE GOUVERNEMENT : LE DIALOGUE AVEC LES PARTENAIRES SOCIAUX ?

«  J’espère que le gouvernement, une fois formé, va se tourner vers les partenaires mais ce sera évidemment avec des mesures qui sont peut-être à prendre ou à laisser. J’aurai préféré une discussion constructive avec les partenaires. Et si jamais il y avait eu un blocage, ce qui est concevable, alors j’aurais préconisé les méthodes de Martens 5, à savoir des pouvoirs spéciaux.  »

« SI ÇA RATE ON OUVRE UNE CRISE DE RÉGIME »

«  Je ne veux rien exclure mais il est clair qu’il faut essayer d’aboutir et en arriver à une coalition suédoise telle qu’on la négocie depuis 4 mois. Si ça rate, soyons clairs, on ouvre une espèce de crise de régime et on donnera raison à Mr De Wever. Il pourra clamer sur tous les toits qu’il avait raison  :« La Belgique est devenue ingouvernable et avec mon programme confédéral j’avais vu juste : on peut supprimer le gouvernement fédéral et le remplacer par une réunion mensuelle ou hebdomadaire des trois présidents des trois régions ».

VOUS AVEZ ENCORE UN DOUTE SUR LA MISE EN PLACE DE CE GOUVERNEMENT ?

«  Évidemment j’ai encore un doute. En politique ça change tout le temps !  »

CE N’ÉTAIT DONC PAS UNE « CRISETTE » LE DÉPART DE WOUTER BEKE ? C’EST UN PROBLÈME PLUS IMPORTANT ?

«  Oui c’était un problème de fond, c’est clair. SI on prend des mesures qui demandent un effort considérable des salariés, il faut que les autres revenus contribuent de manière équitable. C’est ce qu’on a fait aussi sous Martens 5 et le gouvernement Dehaene. C’est une question d’équité et de justice sociale !  »

LE CD&V EST LE SEUL À DÉFENDRE CETTE POSITION-LÀ DANS LA SUÉDOISE ?

«  C’est la thèse que Monsieur Wouter Beke a soutenue. On a eu une réunion au plus haut niveau du parti et tout le monde est de cet avis-là. C’est extrêmement important pour la crédibilité, non seulement de notre parti, mais pour la crédibilité de la politique en Belgique : que l’on prenne des mesures équitables ! Il faut que tous les revenus contribuent à l’effort à faire.  »

VOUS ALLEZ TOUT DE MÊME DEVOIR LAISSER TOMBER CERTAINES DE VOS EXIGENCES POUR FAIRE ABOUTIR CETTE COALITION ET ÉVITER LA CRISE DE RÉGIME ?

«  Il faut négocier encore les prochaines heures pour en arriver à un compromis que chacun puisse défendre. C’est la raison de la bagarre entre Mr Beke et Gwendolyn Rutten. Il faut savoir que l’Open-Vld se sent « excité » par la NVA. Ils s‘adressent au même segment du marché politique, ce sont des concurrents directs. Nous (CD&V) sommes des concurrents plus indirects parce que nous sommes tout près des forces vives de la société économique et sociale (…) mais le VLD et la NVA, sur le plan économique, c’est à peu près le même recoin du marché politique.  »

« IL Y A UNE PEUR BLEUE DE PRENDRE DES MESURES MAL COMPRISES »

Dans ce contexte est-ce que vous vous sentez à l’aise dans cette coalition, où vous (CD&V) êtes en quelque sorte amené à jouer le rôle du parti socialiste ?

«  Je crois que personne ne se sent à l’aise dans une coalition suédoise ni dans une autre formule, parce que les problèmes sont extrêmement ardus. Il y a peut-être eu par le passé un excès de démagogie et une insuffisance de pédagogie, les gens ne saisissent pas très bien de quoi il s’agit. Il faut moderniser l’économie, sauver notre système de sécurité sociale, sauver ce qui est le fondement même du modèle européen en Belgique et tout cela demande un effort considérable. Et donc je constate une chose : chez tous les hommes et les femmes politiques, il y a une aversion du risque, une peur bleue de devoir prendre des mesures qui sont mal comprises par le public.  »

« BART DE WEVER EST UN HOMME PATIENT, INTELLIGENT ET BON JOUEUR D’ÉCHECS. »

Qui doit endosser le poste de premier ministre ? Bart de Wever ?

«  J’ai entendu Mr de Gucht qui dit que Bart de Wever doit devenir premier ministre. Je ne partage nullement cette opinion. Monsieur Bart De Wever est toujours le président d’un parti séparatiste, il n’a pas modifié l’article 1 de ses statuts. Il veut la fin de la Belgique à terme. Monsieur De Wever est un homme intelligent, il ne veut pas promouvoir une séparation immédiate… c’est un séparatiste passif. Il a la conviction que les grandes nations en Europe vont se dissoudre. Bart de Wever reste fidèle à sa vocation, à savoir démembrer le pays. Dans son parti il y a des gens qui ont une dent contre la Belgique. Ils veulent la détruire aussi vite que possible. De Wever est peut-être plus patient mais au moins aussi dangereux.  »

«  Mr de Wever veut tenter cette solution suédoise parce que de toute manière il est gagnant. Ou bien ça explose après-demain ou dans un an et la suédoise rate. Alors il pourra dire : la Belgique est ingouvernable et il faut faire autre chose : le confédéralisme. Ou alors ça réussit : l’économie reprend, le chômage diminue, etc. Il pourra dire : c’est grâce à moi ! Les socialistes ne participent plus à ce gouvernement et vous voyez bien quel est le résultat. Donc, de toute manière c’est ça sa stratégie et c’est un bon joueur d’échecs.  »

 

Aucun commentaire: