mercredi 15 octobre 2014

Charles Michel doit reprendre le contrôle

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef  Le Soir

Images dantesques, spectacle terrible. Un Premier ministre qui prononce les premiers mots de son programme de gouvernement au Parlement, dans un chaos indescriptible. Accusé de ne pas respecter la démocratie, il s’impose vaille que vaille alors que le nouveau président d’assemblée est lui, complètement dépassé, perdu, débordé. Charles Michel avait prévu l’enfer social ? Il se prend d’emblée l’enfer politique. Cette tentative de crucifixion publique, il risque bien de la revivre aujourd’hui, devant cette fois bien plus de caméras et de journalistes venus de l’étranger.

Le nouveau Premier ministre aurait pu et dû s’éviter cette bronca dont on s’étonne qu’il ne l’ait pas mieux anticipée. Son alliance avec la N-VA déchaîne des condamnations. C’est lui et lui seul qui peut et doit l’assumer, en opposant une parole claire aux soupçons, accusations ou dérapages sur les bancs de l’opposition comme de son propre camp. C’est le prix qu’il doit payer pour le choix qu’il a posé. Hier dans l’enceinte de la Chambre, il n’a pas été acquitté.

Le « Franckengate », quelques heures après le « Jambongate », avait tout pour chauffer à blanc une opposition déjà sur les charbons ardents et qui n’avait pas osé rêver d’une telle mise en matière, pour étriller ce gouvernement qu’elle estime illégitime et un Premier ministre qu’elle décrit comme parjure. Mais pourquoi donc Charles Michel n’a-t-il pas pris la maîtrise de ce dérapage collectif ? Comment n’est-il pas monté d’un coup au perchoir, pour clarifier sa position sur les faits mis au jour, les valeurs fondamentales de son gouvernement et le code de conduite imposé aux membres de la N-VA ? Durant deux heures, il a fragilisé d’emblée sa position en refusant de fournir aux parlementaires – représentant le peuple belge –, les explications qu’il était légitime d’exiger de lui et qu’il a livrées le soir même aux plateaux télévisés (plus sereinement à la VRT qu’à la RTBF). Lundi déjà, le nouveau Premier ministre avait laissé Jan Jambon s’expliquer seul, face caméra, sans cadrage de sa part.

« Je veux un gouvernement qui rassemble et pas qui divise » : il faudra pour cela, et très vite, un Premier ministre qui dirige la manœuvre, une N-VA qui met de l’ordre dans ses rangs, ses comportements et les répliques de son passé.

L’opposition ? Elle joue son rôle, certes férocement, mais faisant du Parlement – c’était la seule bonne nouvelle de la journée – non plus un lieu confisqué ou soumis par le pouvoir exécutif, comme ce fut trop le cas ces derniers temps, mais une enceinte qui débat en profondeur d’enjeux absolument cruciaux.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FAIRE FACE

De fait on a vu deux Charles Michel hier, le premier tétanisé par un tir de barrage bien orchestré dans l’hémicycle parlementaire, le second, plus pugnace face aux caméras de télévision.

C’est le moment de se demander comment un premier ministre Peeters ou un premier ministre Reynders auraient fait face à une telle chienlit. Pour l’heure,c’est Charles Michel qui est à la manoeuvre. Il doit assumer seul l’ouragan. C’est le baptême du feu qui va se traduire par une chute brutale de popularité pour celui dont le père rêva qu’il devînt premier ministre. Tout ceci serait anecdotique si les enjeux n’étaient pas aussi dramatiques pour l’avenir de la Belgique.

On a parlé à juste titre d’élections cruciales à tous les niveaux. Désormais on entre dans une zone de turbulences où tout peut arriver. Charles Michel va devoir donner sa vraie mesure beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait souhaité. Ses ennemis-il en a pas mal- ne lui feront pas le moindre cadeau. « C’est le prix qu’il doit payer pour le choix qu’il a posé. »

MG

 

 

 

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