mardi 14 octobre 2014

Charles Michel: «J’ai demandé à De Wever qu’il ne soit pas Premier»


Veronique Lamquin Martine Dubuisson Le Soir

PIERRE-YVES THIENPONT/LE SOIR


Le nouveau Premier ministre a détaillé en exclusivité au Soir les grandes lignes de l’accord gouvernemental. Charles Michel définit ainsi les trois grands axes de sa politique à venir : emploi, cohésion sociale et rapport entre l’Etat et les citoyens.

Face aux critiques de l’opposition francophone qui stigmatise la position minoritaire du MR, le locataire du 16 rue de la Loi répond que « ce gouvernement est équilibré sur le plan politique et des Communautés. »

Charles Michel révèle également que c’est lui qui a demandé à la N-VA de renoncer au poste de Premier ministre. Extraits :

BART DE WEVER, COMME LEADER DU PRINCIPAL PARTI, N’AURAIT-IL PAS DÛ ÊTRE PREMIER MINISTRE ?

Pour pouvoir être Premier ministre, il faut être soutenu des deux côtés de la frontière linguistique. Et pour être franc, en juillet, on avait décidé qu’un N-VA ne pourrait devenir Premier ministre.

LE MR A MIS SON VETO ?

Il ne s’agissait pas d’un veto, mais la conséquence des discussions à quatre partis.

C’EST UNE DEMANDE QUE VOUS AVEZ FORMULÉE ?

Oui. C’est une demande que j’ai formulée en juillet.

Parce que je pensais que ce gouvernement atypique et inédit devait avoir un assentiment des deux côtés. Et politiquement, avoir un Premier ministre N-VA aurait donné lieu à une grande incompréhension côté francophone.

Une analyse que partagerait Bart De Wever.


CHARLES MICHEL DÉTAILLE AUSSI LES TROIS AXES DE L’ACCORD DE GOUVERNEMENT.

L’emploi  : la création d’emplois par la baisse des charges. «3,5 milliards supplémentaires pour la création d’emplois».

Le progrès social  : Le progrès social, via des mesures pour les allocataires sociaux. Mais aussi une réforme fiscale, ou le relèvement de l’âge légal de la pension.

«Rendre du pouvoir d’achat aux bas et moyens salaires»

La société  : Avec pour priorité le programme de lutte contre le radicalisme.

 «Le danger potentiel lié au terrorisme et à la radicalisation est partout».



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DANS LE JAMBON TOUT N’EST PAS BON


«J’ai demandé à De Wever qu’il ne soit pas Premier»

Cela ressemble à un scoop, cela paraît logique mais c’est peu crédible. On a du mal à croire, en effet, que Bart De Wever ait jamais eu la moindre intention d’endosser les habits de premier ministre, ce qui l’eût contraint à toutes les concessions.

S’il devait s’agir d’un « mensonge », notre nouveau premier ministre s’en remettrait difficilement. Nous avions prédit un tir de barrage sans merci tant médiatique que politique et syndical : la première bordée est pour le ministre Jambon, ses collègues N-VA ne perdent rien pour attendre. Et Charles Michel d’essuyer les plâtres.

Il le savait avant de monter à bord d’un avion nommé kamikaze : dans Jan Jambon tout n’est pas bon.

MG

 


PREMIÈRE POLÉMIQUE POUR LE NOUVEAU GOUVERNEMENT AUTOUR DES PROPOS DE JAMBON

Le Vif

 

Quelques déclarations ont émaillé ces deux derniers jours mais les plus remarquées ont été celles du vice-premier ministre N-VA, Jan Jambon, à propos de la collaboration pendant la IIe Guerre mondiale.


Jan Jambon (N-VA). © Belga

Le ministre nationaliste est revenu dans un entretien accordé à La Libre Belgique et à la Dernière Heure sur sa participation à une réunion de nostalgiques du Front de l'est il y a plus de dix ans. Il n'était pas encore député et cherchait à mobiliser les milieux nationalistes flamands contre les accords du Lambermont du gouvernement Verhosfstadt. Il parle de "fait divers" et qualifie la collaboration avec l'occupant allemand d'"erreur" mais juge toutefois qu'il faut prendre les choses avec du recul. "C'est plus facile à dire après. Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Moi, je ne vivais pas à cette époque-là", a-t-il commenté.

Les propos ont suscité l'indignation de l'opposition francophone. (…)Ce n'est pas la première fois que le "Sint-Maartensfonds", une ancienne association de nostalgiques du front de l'est, fait parler de lui. En 2001, Johan Sauwens(Volksunie), avait également participé à l'une de ces réunions alors qu'il était ministre du gouvernement flamand. La pression médiatique et politique l'avait alors contraint à démissionner.



LE «JAMBONGATE» ÉTAIT INSCRIT DANS LES ASTRES

Béatrice Delvaux, Editorialiste en chef Le Soir

Le « Jambongate » était largement prévisible. La N-VA, le MR et le Premier ministre Charles Michel ne font que récolter ce qu’ils ont semé. Et doivent à ce titre accepter les demandes de justification et y donner suite, sans jouer aux victimes.

Si ce lundi, les propos tenus dans la « Libre » par le vice-Premier N-VA Jan Jambon ont provoqué une tempête, c’est parce que la phrase litigieuse était inacceptable, ouvrant la porte à une « banalisation » des faits commis à l’époque intolérable dans la bouche d’un représentant de l’Etat. Et si le tollé a été lourd, ce n’est pas suite à son exploitation par l’opposition, mais en raison d’actes posés ou de déclarations ambiguës faites dans le passé par le parti de Bart De Wever et en particulier Jan Jambon. Ce « passé » agitait depuis plusieurs jours une partie de l’opinion publique et politique, qui dénonçait l’attribution du poste de l’Intérieur à cet ultranationaliste. Il n’était que normal que Mr Jambon soit interrogé sur le sujet – et il le sera encore – et il fallait s’attendre à ce que ses propos soient passés au microscope. L’indignation, hier, était surtout francophone, c’est vrai. Mais si, jusqu’ici, la N-VA jugeait n’avoir de comptes à rendre qu’à l’électorat flamand, ses ministres fédéraux doivent désormais aussi s’exécuter auprès des francophones.

(…)Et si aujourd’hui, la foi en la sincérité de la N-VA va apparemment de soi pour le MR, il ne peut demander la même rapidité et intensité de conversion aux citoyens. Charles Michel, en particulier, en donnant vie à ce gouvernement et en en devenant Premier ministre, s’est porté garant de la loyauté fédérale de la N-VA et de son respect de valeurs. Il a donc la responsabilité de gérer chaque (faux) pas.

 

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