jeudi 2 octobre 2014

Coup de cœur de Guy Duplat : L’Art de ne rien faire


GUY DUPLAT  La Libre



LES COUPS DE COEUR DE GUY DUPLAT

Dany Laferrière est d’origine haïtienne, il vit au Canada. Il est un très grand écrivain, membre de l’Académie française. Il est Noir. Mais lui-même balayerait ces identités multiples. Sa seule patrie, son monde, c’est la littérature.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« L’ART DE CAPTURER L’INSTANT »

 

« Dany Laferrière nous invite à regarder le monde comme lui, c’est-à-dire avec la naïveté de l’enfant et la roublardise de l’écrivain. Mais cet art de penser est aussi, et surtout, un art de vivre : l’art de rester immobile, l’art de ne pas oublier, l’art de capturer l’instant, l’art de manger une mangue… »

Un livre à se procurer d’urgence et à savourer à la petite cuillère pour vous en parler ensuite.

Mais lisez d’abord « Ici » de Christine Van Acker  que j’ai relu  là-bas, en bord de Meuse. C’est  écrit dru,  pensé lucide, subtil. Pas vraiment ma vision de la campagne mais on s’en tape : cohérent, interpellant, désopilant.

Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un journal, ni même un confessionnal, ce n’est pas un pamphlet, mais un petit traité socio psychologique du vivre à la campagne à l’usage des Bruxellois blasés shootés au namasthé. Ils ne vont pas aimer ; ça  parle vrai, ne tourne pas autour du pot à préjugés. Ca  ne mystifie ni ne démystifie la glèbe, la raconte, en ne se la racontant pas. Une bombe à fragmentation qui pulvérise le lien qui me retient à mon jardin ixellois. Enfin un vrai écrivain, un couple vrai qui a pris 30 ans d’avance sur les urbains speedés. Une bombe à retardement, l’éditeur parisien en costume trois pièces ne s’y est pas trompé. Une heure et demie de route de Bruxelles pour un dépaysement total sans mal du pays.

Des bouquins comme ça, j’en fais ma spiruline, ma gelée royale. Christine Van Acker nous  force à regarder autrement. Mon extrait préféré : « Aux origines »,  récit flaubertien d’une séance de vente publique entraînant leur sortie définitive de Bruxelles, coup de maillet du destin : « adjugé ». Ma phrase préférée : « A planter nos outils dans la terre, nous sommes devenus intimes avec elle. La mort peut venir, et nous semblera belle. »

Encore !

MG

 

 

DANY LAFERRIÈRE : " L'ART PRESQUE PERDU DE NE RIEN FAIRE "

DANS SON NOUVEAU LIVRE, L’ÉCRIVAIN D’ORIGINE HAÏTIENNE DANY LAFERRIÈRE, QUI VIENT DE REJOINDRE L'ACADÉMIE FRANÇAISE, AFFIRME QU’IL EST DEVENU UN SPÉCIALISTE MONDIAL DE LA SIESTE. DANS « L’ART PRESQUE PERDU DE NE RIEN FAIRE », IL FAIT L’ÉLOGE DE LA NONCHALANCE ET DE LA LENTEUR. UN ART DE VIVRE À DÉGUSTER AVEC PARESSE ET BONHEUR.

Je ne sais pas trop comment qualifier ce livre. J’hésite entre un roman des idées et un essai lyrique. En tout cas, j’essaie de brasser ensemble mes réflexions, mes émotions, mes sensations comme mes rires et mes délires, car je n’ai pas l’impression qu’on arrête de vivre parce qu’on est en train de penser.

Si mes romans sont une autobiographie de mes émotions, ce livre, dans la même veine, est une autobiographie de mes idées. Ce que je pense n’est jamais loin de ce que je sens. Comme si toute cette philosophie me venait de la petite galerie de ma grand-mère, du fond de mon enfance.

D. L.

En mettant en scène ses idées, Dany Laferrière nous invite à regarder le monde comme lui, c’est-à-dire avec la naïveté de l’enfant et la roublardise de l’écrivain. Mais cet art de penser est aussi, et surtout, un art de vivre : l’art de rester immobile, l’art de ne pas oublier, l’art de capturer l’instant, l’art de manger une mangue…

 

 

 

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