dimanche 19 octobre 2014

Craignant l'effondrement de la société, il rassemble un arsenal


JACQUES LARUELLE  La Libre Belgique


Les policiers n’en avaient pas cru leurs yeux quand ils avaient fait irruption chez David. Un témoin anonyme leur avait bien raconté en novembre 2012 que cet homme, à la longue barbe et à la tunique musulmane d’une pièce, qui était haineux face à l’autorité, détenait une arme.

Mais, lorsqu’ils étaient intervenus le 25 février 2013, alors que cet homme très discret s’apprêtait à déménager pour rejoindre sa femme et leurs enfants, ce n’est pas une pétoire rouillée qu’ils avaient découverte. Il y avait là un automatique, un semi-automatique achetés sous le manteau, des couteaux, des pepper sprays, un kilo de poudre et un assortiment complet de munitions.

Il détenait 900 cartouches artisanales qu’il avait confectionnées. David assemblait lui-même la poudre, la douille, la balle et l’amorce, le tout acheté sur Internet. Le risque d’explosion était réel. On avait échappé au pire car David, en prévision de son déménagement, avait remonté de la cave ce matériel rangé dans des boîtes de langes.

Les policiers ont découvert des sacs à dos remplis qui auraient pu être emportés dans l’urgence. On a cru qu’il était lié à un groupe terroriste, qu’il aurait pu partir en Syrie ou qu’il était un trafiquant d’armes. Mais il semble bien que l’on se soit trompé.

David a raconté qu’il craignait l’effondrement de la société qui ne pourrait plus assurer la sécurité des citoyens. Les psys qui l’examineront ont déterminé qu’il ne simulait pas et qu’il ne représentait pas un danger. Il a été libéré le 11 juin 2013.

Vendredi, David était recroquevillé sur le banc des prévenus du tribunal correctionnel de Bruxelles, visiblement la peur au ventre, écrasant une larme. Il a répété qu’à l’époque, marqué par les violences en Grèce contre les étrangers, il avait peur d’actes islamophobes.

Un petit magot converti en or

Son avocat, Me Sébastien Courtoy, qui avait réussi à le faire libérer après 100 jours, a précisé le contexte dans lequel David a grandi, entre un père alcoolique qui l’a abandonné et une mère sourde-muette. A l’époque des faits, il avait hérité de 50 000 euros, "une fortune pour cet homme qui, angoissé par les articles sur l’effondrement de l’euro et du dollar parus à l’époque, convertira ces espèces en or", selon Me Courtoy.

Les psychiatres attestent du fait que cet homme de 41 ans garde de son enfance extrêmement difficile d’importants traumatismes. Et David l’assure :"l’incarcération salutaire m’a permis de comprendre dans quel circuit je m’étais fourré". Aujourd’hui il dit ne plus avoir aucune angoisse d’effondrement de la société. Il a lancé un commerce de phytothérapie et d’aromathérapie via Internet. Le parquet fédéral paraît convaincu : il ne s’oppose pas au sursis.Jacques Laruelle.

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN MAL-ÊTRE AUSSI CONTAGIEUX QUE LE VIRUS EBOLA 

 

L’exposition à la presse écrite et aux médias n’induit guère à l’optimisme et le personnel politique, Laurette Onkelinx en tête, d’y rajouter volontiers une couche.

Ceci dit, un malaise profond se répand dans l’opinion publique qui gagne de plus les cœurs et les intelligences, cela s’appelle la peur des lendemains. On devrait parler d’angoisse car la peur se cristallise toujours sur un objet précis tandis que l’angoisse est plus diffuse, plus impalpable et irrationnelle.

Ce cinglé, ce David en djellabahcet homme déphasé par une enfance chaotique a perdu les pédales. L’exemple fait sourire par l’énormité de la réaction du sujet pathologique. Mais, à y réfléchir un peu, ne sommes-nous pas tous tenaillés, peu ou prou, par une inquiétude diffuse qui nous prend à la gorge à la lecture de nos quotidiens ou de la presse virtuelle.  

Plus rien ne nous étonne dans ce monde qui se démonde, cette Europe qui se déseuropéanise, cette Belgique qui s’évapore et nos égos qui s’effilochent. On n’est plus sûr de rien dans notre singulier pays de plus en plus pluriel, où un Bart De Wever banalise, goguenard, le « Franckengate ». Il grand tort et il le sait, simplement, il en remet une couche, question de faire bouillir la marmite et de rassurer sa base radicale. Il fait du Onkelinx, du Lutgen, à l’envers et s’y entend à souffler le chaud et le froid pour exacerber les esprits. Ducarme fils se prend au parlement pour Ducarme père de qui il a hérité la dégaine, la gouaille populiste qui séduit la D.H., mais point l’intelligence incisive qui marque des points.  Cela rend hystérique la cheffe de file de l’opposition socialiste pour qui c’est une aubaine médiatique largement exploitée par elle au demeurant. Laurette fait son cinéma. Le grand public encaisse plutôt mal ce spectacle vulgaire, constatant que le moteur économique du pays a de sérieux ratés. Personne n’ose le terme « déflation » que les économistes sont bien obligés de solliciter pour expliquer le climat actuel des affaires. On ne l’avait plus entendu depuis la grande dépression…Nous saurons bientôt si la menace de grève générale annoncée pour le 15 décembre sera mise à exécution. A mon sens c’est tout vu. Hier, mon Delhaize favori était en grève, celui de Dinant est condamné à la fermeture, on est sur la pente savonneuse et ça glisse, ça glisse.

Comment ne pas songer aussi à la grande menace nommée Ebola, au conflit ukrainien, à cette ville kurde qui tombe devant les caméras, à ces hommes qu’on crucifie comme sous Néron, malgré la puissance technologique de la coalition conduite par les Américains, au grand bug électricité qu’on nous annonce pour nous préparer à une augmentation des tarifs.

« Quelque chose va se passer » écrit Attali sur son blog et il s’en explique longuement. Attali est le contraire d’une tête brûlée, c’est un sage, une sorte de prophète laïque des temps postmodernes, qui n’a cessé de réfléchir jour après jour à l’état du monde. Ses avis sont irréfutables et il vit dans l’angoisse d’une déflagration, d’un effondrement, d’un fléau épidémique, bref il entend sonner les sabots des cavaliers de l’apocalypse.

J’écris ceci sans céder à la panique, celle qui s’est emparée des bourses qui se sont ressaisies avant de rechuter demain. Pendant ce temps, Zemmour se remplit les poches en faisant son caca nerveux ou plus exactement médiatique. Décidément, la France a cessé d’être la France et l’Europe n’est plus vraiment l’Europe.

Mon ami Pierre s’est enfermé dans sa cuisine en attendant Godot, avec deux paquets de cartes à jouer qu’il use à force de faire des patiences, une farde de cigarettes sans filtre, un bac de Rochefort et l’intégrale de Bach en CD

Tout ceci est tout à fait déprimant et seul le spectacle de la nature en majesté et celui de jeunes parents courageux et d’ados en devenir peut nous en consoler. Ne nous en privons pas.

MG

 

 

QUELQUE CHOSE VA SE PASSER

Jacques Attali  Géopolitique

Il faut vraiment se voiler la face, comme le font trop de dirigeants politiques, pour ne pas voir que quelque chose de majeur va se passer en Europe, dans les mois qui viennent : l’une ou l’autre des multiples épées de Damoclès suspendues au ciel de l’Histoire tombera sur nos têtes :
Les divers mouvements terroristes qui agissent au Moyen-Orient et y forment des émules, pourraient déclencher sur notre continent les attentats dont ils nous menacent.
L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest pourrait prendre des proportions majeures et finir par atteindre significativement l’Europe, entraînant un ralentissement significatif des échanges de toute nature.
La situation politique et financière de la Chine, de plus en plus instable, pourrait y entraîner une crise économique majeure, aux conséquences considérables sur l’économie mondiale et en particulier sur l’Europe.
La formidable fuite en avant des Etats-Unis par l’endettement et la planche à billets, pour ne réaliser qu’une maigre croissance, pourrait ne pas réussir à sauver un système financier totalement déséquilibré, avec, là aussi, des conséquences vertigineuses sur l’Europe.

Plus directement, la situation globale de l’Europe, qui s’enfonce dans la déflation, rend probable une faillite d’un des Etats européens, et non des moindres, devenu incapable de rembourser sa dette. Et la colère des Allemands, devant la dérive des autres, pourrait conduire ce pays à sortir, le premier, de la zone euro.

Par ailleurs, la décision attendue de la cour européenne de justice, sur les mécanismes audacieux de solidarité monétaire créés par Mario Draghi, provoquerait, si elle les déclarait contraires aux traités européens, la démission du président de la BCE et un effondrement de l’euro.

Plus spécifiquement, la France, dont le déficit budgétaire est désormais hors de contrôle et où les réformes tardent à venir, pourrait se trouver attaquée par les marchés et devenir à son tour insolvable.

L’une au moins de ces menaces a de fortes chances de se matérialiser dans les dix-huit prochains mois. Chacun le devine et s’y prépare, à sa façon. En particulier en France. Et pour cela, deux attitudes sont possibles :
La première, la plus fréquente, la plus probable, est dictée par la peur des autres ; elle conduit à la fermeture des frontières, au repli sur soi, au refus du nouveau et des autres, dans l’illusion d’échapper ainsi au chaos du monde. Elle conduira à un autre choc, en donnant le pouvoir en France, au Front National, dans une ou deux régions, lors des prochaines élections de juin prochain ; et comme ils n’amélioreront en rien la vie des nordistes ou des provençaux, ils expliqueront qu’ils ne peuvent rien sauf à gouverner la France toute entière, hypothèse chaque jour davantage probable. Pour le plus grand malheur du pays, car toutes les dérisoires digues qu’un gouvernement de la peur mettrait en place seraient vite balayées par le tsunami qui vient.

La deuxième attitude est celle qui consiste à anticiper sur tous ces risques, à comprendre que la peur est mauvaise conseillère, que le repli sur soi ne sera pas une réponse, que le refus des autres est suicidaire, que la richesse future de la France dépend de la maîtrise de sa dette, de la promotion de l’innovation et de la formation, de l’intégration réussie de ceux qui ont voulu la rejoindre ; qu’on peut, qu’on doit, d’urgence, organiser l’Europe de façon à lui donner les moyens de résister à ces crises, en la laissant prendre les moyens d’investir, en faisant baisser l’euro et en organisant un contrôle commun efficace de ses frontières.

Ne pas avoir peur de ses ennemis, tel est le véritable secret de l’avenir. Tel est le secret des peuples heureux.

j@attali.com

COMMENTAIRE DE DIVERCITYa

Aucun commentaire: