lundi 13 octobre 2014

Di Rupo et De Wever continueront à se défier



LA LIBRE

Le premier vient de quitter le poste de Premier ministre pour retrouver la présidence du PS. Le second vient de mettre sur pied le premier gouvernement fédéral sans les socialistes depuis près de 25 ans. A notre gauche, Elio Di Rupo, qui travaillera désormais dans l’opposition malgré la première place de son parti aux dernières élections législatives, côté francophone du pays. A notre droite, Bart De Wever, qui guidera l’exécutif fédéral à partir de sa ville d’Anvers tout en restant à la tête de la N-VA qu’il a clairement menée vers la première marche du podium au nord du pays.

Deux destins que tout oppose et qui sont pourtant liés. Quand l’un monte au gouvernement, l’autre en est exclu. Et inversement. On a tendance à les surnommer les meilleurs ennemis du pays même s’ils s’en défendent. Et pourtant, une fois de plus, leurs deux destinées évoluent avec d’étonnants parallélismes.

91 VOIX POUR, DIX CONTRE

Ce week-end, anticipant quelque peu les élections présidentielles qui devaient se tenir durant l’été 2015, Elio Di Rupo a d’ores et déjà annoncé qu’il remettrait son mandat dans les mains des militants dès les 21 et 22 novembre prochains. Histoire, si certains en doutaient encore, de conforter son leadership sur un parti qu’il dirige déjà depuis 15 ans. "Les circonstances politiques requièrent en effet que le président du PS reçoive des militants un nouveau mandat. Cette élection vise aussi à mettre les militants au cœur du choix des orientations du PS pour les prochaines années. Conformément aux dispositions des statuts, le président du PS est élu au suffrage universel direct des membres. Les candidatures à la Présidence du PS doivent être transmises au Secrétaire général endéans les 15 jours", précisait samedi le PS via un communiqué de presse.

Bart De Wever suivra presque le même chemin, puisque après avoir annoncé qu’il laisserait la place de la présidence de la N-VA après trois mandats, il vient de demander une dérogation spéciale au conseil du parti pour être à nouveau candidat à sa propre succession, justifiant au passage sa demande : "Le parti est dans une phase de transition, il a besoin de stabilité pour assurer ce changement."

Sa demande a été avalisée par 91 voix pour et dix contre. Les autres candidatures doivent être rentrées pour le 15 octobre et le vote des militants interviendra par courrier ou via Internet à partir du 3 novembre prochain. Les résultats seront proclamés le 15 novembre.

L’un comme l’autre devraient, sauf surprise majeure, être reconduits dans leurs fonctions pour, dans les années qui viennent, continuer à incarner, face à face et l’un contre l’autre, les deux tendances politiques les plus importantes du pays. Deux visions aussi, radicalement différentes. Ils incarneront chacun, pendant quelques années encore, l’exact opposé de ce qu’ils sont, de ce qu’ils veulent, de ce qu’ils incarnent.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE BRAS DE FER DES PRESIDENTS


C’est un cas de figure intéressant : les deux hommes forts du pays évitent l’un et l’autre de siéger dans un exécutif fédéral ou régional, préférant commander la manœuvre depuis la cité dont ils sont bourgmestres et la présidence de leurs partis respectifs. C’est dire combien forte est la polarisation droite/gauche et combien la pression va monter. Jan Jambon : "Si le PS revient, il faudra le confédéralisme". C’est dire que des trois polarisations qui sous-tendent la dynamique belge (croyants/incroyants ; Flamands/francophones ; gauche/droite)  c’est à l’évidence cette dernière qui est en train de prendre le dessus sur les deux autres. En cela le confédéralisme est moins un enjeu idéologique que stratégique. Il apparaît de plus en plus nettement que la NVA se veut avant tout un parti ultra libéral, une sorte de « tea party » à l’américaine ou de néo-thatchérisme à l’anglaise. Les organisations patronales flamandes ont annoncé la couleur en ralliant ses positions.

Bart De Wever est déterminé à imposer une cure de thatchérisme à la Belgique.  La gauche wallonne et bruxelloise qui n’en veut à aucun prix va mobiliser la rue avec la complicité des syndicats qui vont jouer leur va-tout au risque de paralyser l’économie de ce pays. Le cas échéant, De Wever se passera de la Wallonie et de Bruxelles. L’indépendance de la Flandre est pour lui un moyen pas une fin. Le défi hardi de Louis Michel c’est de penser et de parier qu’un gouvernement fédéral sans les socialistes sera de nature à créer un effet de rupture et un choc majeur au sein de l’opinion francophone pour la détacher des gauches au pouvoir à Bruxelles et à la Région wallonne. C’est un pari risqué, bien plus téméraire que celui de Pascal. En adoptant cette position, Charles Michel engage son avenir politique et celui de son parti. La guerre des Belges sera sans merci, son issue est totalement imprévisible. A la guerre, tous les coups sont permis. On risque « d’extraire de vieilles vaches du caniveau » comme on dit en Flandre, autrement dit d’ouvrir la boîte de Pandore et de sortir les sujets tabous, ceux qui fâchent, notamment sur ce qui touche la collaboration. Cela va sans doute voler très bas.

MG

 

 

 

JAN JAMBON: "LES GENS QUI ONT COLLABORÉ AVEC LES ALLEMANDS AVAIENT LEURS RAISONS"

FRÉDÉRIC CHARDON ET VINCENT ROCOUR 

La Libre


Le vice-Premier ministre N-VA revient sur ses collusions gênantes et parle de "fait divers".

DES IMAGES DE VOTRE PASSÉ ONT RESSURGI : SUR L’UNE D’ELLES, ON VOUS VOIT ÉCOUTER UN DISCOURS DE JEAN-MARIE LE PEN, ET SUR UNE AUTRE, INTERVENIR À UNE RÉUNION DU SINT-MAARTENSFONDS EN 2001, UNE ASSOCIATION D’ANCIENS COMBATTANTS SUR LE FRONT DE L’EST. GÊNANT ?

Ce n’est pas nouveau. C’est un fait divers et je m’en suis déjà expliqué.

JOHAN SAUWENS, LUI AUSSI PRÉSENT AU SINT-MAARTENSFONDS, AVAIT DÛ DÉMISSIONNER EN 2001…

Il était ministre à ce moment-là. Ses collègues n’ont pas accepté sa participation à la réunion. Je peux comprendre. Comme ministre, il faut s’abstenir de faire des choses que l’on peut se permettre de faire avant d’être nommé.

DANS QUELLES CIRCONSTANCES CES CLICHÉS ONT ÉTÉ PRIS ?

Les photos où on me voit assister à une prise de parole de Le Pen ont été prises dans un club de débats à Anvers, qui invite chaque mois une personnalité connue. Kris Merckx, le responsable à l’époque de Amada - qui deviendra le PTB, NdlR - y était également. Ce n’est pas parce que je vais écouter quelqu’un que j’épouse ses idées. Par ailleurs, je me suis exprimé à la réunion du Sint-Maartensfonds comme responsable du Vlaamse Volksbeweging (VVB). J’y allais pour mobiliser les nationalistes contre les accords institutionnels du Lambermont que nous rejetions. Nous organisions une manifestation. Il fallait du monde. Nous sommes allés dans tous les cercles nationalistes de gauche comme de droite.

MAIS LE SINT-MAARTENSFONDS, CE SONT DES GENS QUI ONT COLLABORÉ AVEC LES ALLEMANDS. CE N’EST PAS RIEN…

Je défie quiconque de trouver une phrase, un texte, où je défends la collaboration. La collaboration a été une erreur. Le mouvement flamand a été isolé pendant des dizaines d’années. Mais c’est plus facile à dire après. Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Moi, je ne vivais pas à cette époque-là.

MAIS AU VVB, DONT VOUS RESTEZ MEMBRE, IL Y A TOUJOURS DES NOSTALGIQUES DE CE TEMPS-LÀ…

Oui. Comme à la FGTB, il y a toujours de vrais communistes. Le VVB réunit des gens autour d’un seul objectif : l’indépendance de la Flandre. Des gens qui viennent d’horizons très différents : de l’ultragauche à l’ultradroite.

 

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