mercredi 8 octobre 2014

Du jamais vu

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef (le Soir)


Un Premier ministre de 38 ans. Rien que cette seule nouvelle aurait été considérée comme révolutionnaire et totalement historique. Et pourtant lorsqu’on regarde le gouvernement qui va se mettre en place et les mesures qu’il préconise, l’âge du capitaine et le fait que ce soit le premier libéral francophone depuis des décennies apparaissent comme le moins spectaculaire du lot. Jugez plutôt : Michel Ier comprend un parti séparatiste et un parti francophone, en large minorité dans son camp et seul à bord face à trois partis flamands. Du jamais vu. Sur le fond, l’allongement de l’âge de la pension à 67 ans donne le ton : ce gouvernement veut montrer qu’il va oser ce que d’autres avant lui ont parfois dit qu’ils feraient, mais sans jamais s’y risquer vraiment. Et c’est le socialiste flamand Frank Vandenbroucke qui sert de caution à tous ceux qui prenaient hier la parole. Ainsi Bart De Wever : «  Frank Vandenbroucke avait évoqué un moment charnière pour la Belgique. C’était il y a dix ans et rien n’a été fait depuis, nous allons le faire.  » Dont la mise en œuvre de la mesure « pension » testée dans son rapport ! Faire ce qui est nécessaire (pensions, saut d’index, tax shift, compétitivité), même si ce n’est pas gai, tout en restant juste (protéger les faibles, garantir le pouvoir d’achat des travailleurs à terme et faire payer les très riches) : c’est la promesse faite par les pontes des partis concernés. Il faudra maintenant le démontrer via le contenu précis des mesures et leur application.

Ce gouvernement se veut offensif. Il bouscule en tout cas, avec l’âge de la pension, des certitudes établies depuis la Seconde Guerre mondiale. La prise de responsabilité n’est, reconnaissons-le, pas tombée du ciel. Les citoyens ne sont même pas vraiment surpris par une menace qui planait au-dessus de leur tête depuis longtemps. Mais les questions n’en demeurent pas moins et la responsabilité de l’atterrissage est énorme pour ceux qui osent le tabou : comment gérer les fins de carrière, faire que les entreprises trouvent les plus de 55 ans « attractifs », réduire le chômage des jeunes tout en allongeant la carrière des plus âgés, transformer les cadeaux aux entreprises en emplois nouveaux ?

Aujourd’hui, Charles Michel peut légitimement revendiquer une fameuse victoire : qui aurait parié sur lui comme Premier ministre ? Et si la nécessité de réformes structurelles était réelle, la liste des inquiétudes et des hypothèques est longue : cette coalition peut-elle tenir ? Que fera le CD&V, sous la pression d’une ACW qui voit venir l’horreur absolue  ? Les partenaires sociaux vont-ilsrefuser de dialoguer pour mener la guerre au nom des « gens »  ? Et la N-VA sera-t-elle un partenaire loyal ou va-t-elle torpiller l’Etat belge de l’intérieur ? Bart De Wever déclarait hier que «  c’était la coalition dont il rêvait». Pour le bien de la Belgique, de la Flandre, de son parti ? Malgré les fortes concessions faites sur son programme, c’est la N-VA qui est dans un fauteuil, et Charles Michel qui devra démontrer (et vérifier) chaque jour qu’il ne s’est pas fourvoyé.



 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RIEN À REDIRE


Rien à redire à cet éclairage olympien de Béatrice Delvaux qui de plus en plus rejoint le point de vue de Sirius qui était celui de BeuveMéry. Difficile d’en dire plus en si peu de mots. Ce gouvernement a réussi le tour de force de recréer du lien entre une Flandre et une Wallonie qui avaient appris à se tourner le dos. Il donne une nouvelle, une ultime chance au dialogue interculturel entre Flamands et francophones et oblige la N-VA à sortir du bois. Ce n’est pas Charles Michel, c’est De Wever qui va jouer sa crédibilité en testant les limites de sa baraka. Reste à savoir quelles attributions seront confiées à Didier Reynders, futur homme fort de ce gouvernement.

MG

Aucun commentaire: