jeudi 30 octobre 2014

"Les Flamands éprouvent manifestement plus d'empathie pour les animaux que pour les immigrés"


Walter PauliHan Renard


Nos confrères de Knack se sont entretenus avec Wouter van Bellingen, le nouveau directeur du Forum flamand des Minorités , à propos du colonialisme, de la classe moyenne blanche et de Zwarte Piet.


Wouter Van Bellingen © Saskia Vanderstichelen

le centre pour l'égalité des chances a jugé récemment que la notion de zwarte piet n'est pas raciste. vous en revanche, êtes d'avis que zwarte piet est condamné à disparaître.

Van Bellingen: Il s'agit d'une tradition, mais les traditions aussi évoluent. Si aujourd'hui on constate qu'une minorité est blessée par les vieilles habitudes de la majorité, pourquoi ne pas changer cette habitude ?

LES GENS ONT ÉVIDEMMENT LE DROIT DE SE SENTIR BLESSÉS, MAIS DANS UNE SOCIÉTÉ TRÈS DIVERSIFIÉE, NE VAUDRAIT-IL PAS MIEUX QUE CHACUN NE SOIT PAS AUSSI SUSCEPTIBLE ?

Van Bellingen: Voilà une remarque caractéristique de la classe moyenne blanche. Quand il s'agit de liens entre les sentiments de la majorité et les sentiments de la minorité, il me semble qu'il faut aller dans les deux sens. Dans le débat autour de Zwarte Piet, je souhaiterais qu'on abandonne toute forme de populisme et qu'on demande aux historiens et aux chercheurs de nos universités de placer cette notion dans le bon contexte. Personnellement, je suis d'avis qu'il faut se concentrer sur des thèmes beaucoup plus importants.

BIEN, MAIS LE DÉBAT FAIT RAGE. AUX PAYS-BAS, MÊME TRÈS VIVEMENT. COMMENT CELA SE FAIT-IL ?

Van Bellingen: Il ne s'agit évidemment pas uniquement de Zwarte Piet, mais de la volonté de la majorité d'une part et des droits de la minorité d'autre part dans une société en cours d'évolution. À l'époque, le débat public était mené exclusivement par des hommes blancs hautement qualifiés. À l'heure actuelle, d'autres avis se font entendre. Que fait-on ? Les ignorer ou en tenir compte ?

QUE FAIRE D'UNE BANDE DESSINÉE COMME TINTIN AU CONGO ?

Van Bellingen: J'ai lu cet album quand j'étais petit. Mais aujourd'hui mes enfants me disent : 'qu'est-ce que c'est démodé'. Ils ne lisent plus Tintin, ils regardent YouTube. Il faut plutôt se demander à quel point la Flandre a assumé le colonialisme.

QUEL EST LE RAPPORT ENTRE LA LECTURE D'ANCIENNES BANDES DESSINÉES ET LE NÉOCOLONIALISME? PRENEZ L'ALBUM DE BOB ET BOBETTE, "LE JOUEUR DE TAMTAM", UN CLASSIQUE DE WILLY VANDERSTEEN. DANS CETTE BANDE DESSINÉE, UNE TRIBU AFRICAINE N'ARRIVE PAS À VAINCRE LES SINGES, MAIS HEUREUSEMENT LES HÉROS BLANCS ARRIVENT À LA RESCOUSSE. FAUT-IL ÉGALEMENT INTERDIRE DE TELS ALBUMS ?

Van Bellingen: Je le répète, ces anciennes bandes dessinées ne font plus partie de l'univers d'enfants d'aujourd'hui. Je ne vois donc pas l'utilité de les interdire même si je m'interroge sur la mauvaise volonté de débattre de ces questions. Récemment, Radio 1 a donné la parole à Didier Volckaert, le réalisateur d'un documentaire sur les zoos humains pendant l'exposition universelle de 1913 à Gand. Il disait : 'Je trouve bizarre que de nombreux Flamands osent laisser tomber d'anciennes coutumes quand il s'agit d'animaux, telles que boire des poissons vivants à Grammont, ou les courses de chevaux à certains endroits. Quand il s'agit de droits des animaux, le Flamand peut donc faire preuve d'empathie. Cependant, il n'arrive manifestement pas à éprouver de l'empathie pour les personnes d'origine allochtone'. Les Flamands éprouvent manifestement plus d'empathie pour les animaux que pour les immigrés. Il faut débattre de ce sujet. Quels mécanismes entrent en ligne de compte ? Je pense parfois que la Flandre a besoin d'un psychologue, pour enfin digérer ces traumatismes : du refus à voir la cruauté du colonialisme en face à la collaboration et à la répression en passant par ses rapports difficiles avec les immigrés et les nouveaux venus.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« JE PENSE PARFOIS QUE LA FLANDRE A BESOIN D'UN PSYCHOLOGUE »

Voilà une expression qui ne va pas  faire plaisir aux Flamands.

Tout se passe comme si depuis l’arrivée au pouvoir de la N-VA le « dialogue des cultures » se crispait en conflit des ethnies. La N-VA, cela s’avère de plus en plus pratique une version soft de la xénophobie Vlaams Belang ce qui augure très mal de  l’avenir des relations entre autochtones et allochtones. Il est clair que la machine PS ne manquera pas de braquer un phare  sur tout manquement e, l’occurrence. Wouter Van Bellingen (Anvers, 20 avril 1972) est d'origine rwandaise. Il a été adopté dans sa prime enfance par une famille nationaliste flamande. Depuis le 2 janvier 2007 il est échevin de Saint-Nicolas ( Flandre orientale) 

Il est le premier échevin noir de Flandre. En raison de sa couleur de peau, trois couples ont refusé que Van Bellingen les marie. Le 21 mars, journée internationale contre le racisme ,il a marié 626 couples2.

Fin février 2009, il accepte de figurer comme indépendant sur la liste du SP.A aux élections régionales.

C’est donc un cas de figure très intéressant d’un homme intelligent génétiquement rwandais et culturellement flamand  bref un mutant  qui a quelque difficulté au sein d’une société qui a du mal à l’accepter à part entière. Il souffre à l’évidence de ce qu’on pourrait appeler un complexe de zwartePiet. C’est dire combien les stéréotypes archaïque que charrie notre folklore autrement dit notre culture entravent un dialogue pour ne pas dire une symbiose entre les cultures.

Il est clair qu’on peut comprendre les réactions des couples flamando-flamands et aussi celui de l’échevin rwando flamand :ce sont des réflexes hérités du passé colonial belge, ils doivent être dépassés, comme doivent l’être également les réflexes d’un islamisme traditionnaliste et intégriste au profit d’un islam européanisé et délivré de ses scories archaïques. Les concessions et accommodements doivent se faire de part et d’autre si on veut éviter l’exacerbation des tensions.

MG

 

 

 

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