mercredi 8 octobre 2014

L'accord de gouvernement est bouclé, Charles Michel Premier ministre

Source: Le Vif

Les deux coformateurs Charles Michel et Kris Peeters ont annoncé mardi soir que les partenaires de la future coalition de centre droit avaient scellé un accord de gouvernement.


© BELGA

Les deux coformateurs Charles Michel et Kris Peeters ont annoncé mardi soir que les partenaires de la future coalition de centre droit avaient scellé un accord de gouvernement. Une dernière lecture des textes sera opérée mercredi. "Il y a un accord complet sur le budget mais aussi un accord de gouvernement. Une dernière lecture interviendra demain mercredi. Nous sommes contents. C'est très bien pour le pays et sa stabilité", a indiqué Charles Michel.

"L'ensemble des partenaires ont proposé que j'exerce la responsabilité de Premier ministre", a-t-il précisé au micro de RTL-TVI. "C'est un accord solide avec une volonté politique forte, sur le plan socio-économique", a commenté le futur chef de gouvernement. Il "permettra de créer plus d'emplois dans les années à venir", a précisé M. Michel. Il laisse la part belle à "la concertation sociale, à la prospérité, au financement des pensions", a encore dit le président du MR.

"LA BELGIQUE A UN NOUVEAU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL AVEC UN PREMIER MINISTRE"

Kris Peeters (CD&V) a également salué la teneur de cet accord après 29 heures de négociations ininterrompues. La dernière lecture interviendra demain mercredi afin de "vérifier si tout est conforme", a-t-il confirmé. Il y a de nombreux accords sur de nombreux domaines, a-t-il ajouté. "La Belgique a un nouveau gouvernement fédéral avec un Premier ministre", a-t-il dit aux côtés de Charles Michel. La répartition des compétences et le casting seront discutés dans les prochains jours. M. Peeters a refusé de dire s'il serait vice-premier ministre.

Du côté du MR, Didier Reynders restera vice-premier ministre, une fonction qu'il occupe depuis 2004. Peu d'informations ont filtré jusqu'à présent sur le contenu de l'accord. La répartition de l'effort budgétaire se fondera sur une répartition avoisinant les 30 pc de recettes et les 70 pc de dépenses. L'équilibre budgétaire sera atteint en 2018. Un effort sera consenti sur la diminution des cotisations patronales, qui passeront à 25 pc. Le taux facial de l'impôt des sociétés sera maintenu mais des mesures seront prises en faveur des PME et de l'engagement par celles-ci des trois premiers travailleurs. La progression de la pression fiscale et parafiscale est stoppée, a-t-on assuré dans les coulisses des négociations.

Un saut d'index est bel est bien prévu mais il sera assorti d'importantes corrections sociales, a-t-on précisé. Les bas revenus et basses allocations seront protégés et l'espace sera laissé à la concertation sociale. Les intercommunales seront soumises à l'impôt, en particulier l'impôt des sociétés, ce que certains négociateurs ont qualifié de "fin d'un privilège fiscal".

UN ACCORD SUR LE DOSSIER ARCO

Les négociateurs sont parvenus à un accord dans le dossier des coopérateurs d'Arco, la coopérative financière du Mouvement ouvrier chrétien entraînée dans la débâcle de Dexia. Un effort de 600 millions d'euros sera fourni qui sera réparti entre les trois parties prenantes de ce dossier: l'Etat, Belfius et le Mouvement ouvrier chrétien, a-t-on indiqué dans l'entourage des négociateurs. La Commission européenne a jugé incompatible avec les règles européennes la garantie que l'Etat a accordée aux coopérateurs d'Arco. L'Etat belge a déposé un recours contre cette décision.

LES TROIS PARTIS FLAMANDS INSISTENT SUR L'EMPLOI ET LA COMPÉTITIVITÉ

Les présidents des trois partis flamands, le CD&V, l'Open Vld et la N-VA se sont réjouis mardi de la conclusion d'un accord de gouvernement qui permettra, ont-ils assuré de créer plus d'emploi et de veiller à la compétitivité des entreprises. "Nous avons dessiné les contours de l'accord de gouvernement. Le budget sera en équilibre en 2018, nous veillerons à assurer la croissance, le bien-être social et ferons des réformes structurelles en matière de pension et sur le marché du travail", a réagi le président du CD&V Wouter Beke.

Le président de la N-VA Bart De Wever s'est félicité d'avoir réussi au fédéral ce qu'il avait déjà réussi à Anvers et au gouvernement flamand. Il s'agira d'un gouvernement "inédit" avec trois partis flamands et un parti francophone, a-t-ilsouligné. Ce gouvernement va faire en sorte que les impôts diminueront de 400 millions d'euros, a-t-il dit. Il y aura de nouveaux impôts, a-t-il admis, mais au total, le gouvernement en supprimera de nombreux autres. Le président de la N-VA a également souligné que l'assainissement se ferait à hauteur de 8 milliards d'euros sur les dépenses. 3,5 milliards d'euros seront consacrés à la revalorisation de la compétitivité (baisses de charges).

La présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten s'est également réjouie de l'adoption d'un programme pour la croissance, l'emploi et l'économie. "Il y aura le moins de possible de nouveaux impôts comme nous le souhaitions, l'effort portera surtout dans les dépenses", a-t-elle commenté.

Les congrès de parti avaliseront l'accord à la fin de la semaine avant la prestation de serment des ministres.

 

COMMENTAIRE  DE DIVERCITY

CA VA CHAUFFER

Excellente analyse de Olivier Mouton. A quoi bon surenchérir. Ca va tanguer de tous les côtés mais l’aventure mérite d’être tentée au nom de l’imprévisible. On prédit tous les malheurs à la kamikaze. A tort selon nous. Ce gouvernement improbable composé de frères ennemis incarne la rupture avec la dynamique socialiste qui n’a pas fait que du bien à notre pays. De fait Elio et les siens étaient persuadés de son improbabilité. Ils se sont trompés, ils entrent en embuscade : ça va chauffer.

 


 

BONNE CHANCE, CHARLES MICHEL, CE SERA RUDE!

Olivier Mouton

Journaliste politique au Vif/L'Express

Source: Le Vif

Le futur Premier ministre devra composer avec trois partis flamands qui sont à couteaux tirés, gérer la grogne sociale et verrouiller le confédéralisme.


© Reuters

L'atterrissage délicat de la Suédoise (N-VA, CD&V, Open VLD et MR) illustre à quel point la tâche de Charles Michel, quasiment assuré d'en devenir le Premier ministre, sera délicate. À trois niveaux, au moins.

1. LA RIVALITÉ DES PARTIS FLAMANDS. Une coalition "de droite" a le mérite de la cohérence sur le plan socio-économique : tel était le credo de ceux qui en défendaient l'avènement, dont le vice-Premier MR Didier Reynders. Elle permet de toucher à des tabous sur lesquels le PS s'arc-boutait. C'est sans doute vrai. Mais ce que les libéraux francophones sous-estimaient peut-être, c'est à quel point la N-VA, le CD&V et l'Open VLD sont aussi des rivaux qui marchent sur les mêmes platebandes électorales et qui ne se font aucun cadeau. Dans la dernière ligne droite des négociations, l'Open VLD a martelé son credo "No Tax", le CD&V a plaidé pour des compensations fiscales au saut d'index sous la pression de son aile gauche et la N-VA a voulu obtenir des avancées symboliques fortes pour satisfaire son électorat et, surtout, sa base militante. Le programme gouvernemental sera, on l'espère, suffisamment précis pour éviter une guérilla permanente, mais Charles Michel a eu un avant-goût de ce qui l'attend : il devra jouer en permanence le conciliateur des intérêts flamands.
2. LA GROGNE SOCIALE... ET SOCIALISTE. Les informations filtrant de la négociation finale auront de quoi alimenter les inquiétudes sociales qui se sont déjà exprimées dans la rue. L'âge de la pension serait augmenté à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030. Cela s'inscrit dans les recommandations faites par le groupe d'experts chargé de réfléchir à l'avenir des pensions, mais c'est aussi du pain béni pour l'opposition socialiste qui se gargarise déjà de son opposition à la coalition de "l'ultra-droite" et parle d'une "attaque inadmissible contre les travailleurs". Pour le MR, il s'agit d'un symbole auquel il avait promis de ne pas toucher, en campagne et dans son programme. S'il arrive au Seize, Charles Michel sait déjà qu'il devra composer avec un automne social chaud et une fronde des partis francophones de centre-gauche (PS, Ecolo, mais aussi CDH par défaut, pour ne pas parler du PTB). C'est calculé, peut-être, pour toucher tout le centre-droit francophone, mais c'est un pari risqué.
3. LE COMMUNAUTAIRE EN EMBUSCADELa N-VA s'est visiblement rappelée au bon souvenir de tous en déposant sur la table l'article 195 de la Constitution. Celui-ci détermine les modalités d'une réforme de l'État et ouvre en quelque sorte la voie à une nouvelle réforme voire à des avancées confédérales. Le MR ne veut pas en entendre parler, mais il s'agit d'une piqûre de rappel : la N-VA n'a pas abandonné son agenda institutionnel. En d'autres termes, le sujet reviendra tôt ou tard sur la table. Le constitutionnaliste flamingant Bart Maddens l'a déjà souligné : il serait inconcevable pour la N-VA que son "core business" nationaliste ne soit pas entendu d'ici 2019.

Le sprint final de la Suédoise devrait aboutir à un accord susceptible de donner naissance à un gouvernement fédéral avant la rentrée parlementaire de mardi prochain. "Cela fait onze ans que l'on n'avait plus tenu ce délai respectueux des institutions", dit-on au MR. La majorité en vue comporte toutefois en elle de nombreux germes d'instabilité. On ne parle même pas ici des rivalités internes entre Charles Michel et Didier Reynders au MR, ni des risques de blocage dus à une concertation périlleuse, voire inexistante, entre gouvernement fédéral et gouvernements régionaux francophones.

Pour son baptême du feu, Charles Michel s'embarque dans un navire malmené par les vents contraires, à la tête d'une équipe que l'on sent déjà instable. Il risque d'être davantage un thérapeute de crises qu'un leader flamboyant d'une révolution sociétale saluée. Sans doute est-ce inhérent à cette Belgique de 2014, en pleine crise et mutation. Dans l'ombre, certains tenteront pourtant d'en profiter, qu'ils se nomment Bart De Wever, Elio Di Rupo voire Didier Reynders.

 

 

 

Aucun commentaire: