mercredi 22 octobre 2014

Le calme avant la tempête


Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef  le Soir

L’œil du cyclone, contrairement à ce qu’on croit généralement, est le lieu où l’on est protégé alors que les vents et les tornades se déchaînent autour de soi, avant d’être emporté dans le tourbillon. C’est là que nous sommes aujourd’hui. Avec cette impression que tout est calme encore, mais que ce n’est que temporaire : quelque chose plane autour de nous, et va se déchaîner. On sent les gens inquiets, indignés aussi, tous, dans la rue comme au pouvoir. Avec une immense et inquiétante inconnue : qu’est-ce qui peut sortir à terme des confrontations, des affrontements et du possible chaos, dont on craint qu’il ne profite in fine qu’à la N-VA ?

Garder la tête froide ? On est bien en peine aujourd’hui de se dire qui va le faire. La société belge qui s’est adaptée par consensus – les fameux compromis – va essayer l’affrontement. On nous dit que dans l’histoire, cela s’est déjà produit. Sauf que l’histoire, ce n’était pas nous. Et qu’on a fait ressortir tous les démons de la boîte, en ratant les moments où l’on pouvait « pacifier ».

Ainsi Bart De Wever qui, au lieu d’entériner la décision prise par le nouveau Premier ministre et les actes posés par ses propres ministres, débarque de son avion pour attiser un feu même pas éteint : des excuses faites sans y croire et des francophones qui font de rien – le racisme – toute une histoire. Avec des amis comme cela, Charles Michel n’a pas besoin d’ennemi. Les phrases utilisées par l’opposition francophone au Parlement ont été d’une virulence qui pourrait légitimer une sorte de vindicte hors même les murs du Parlement – comme ces grèves spontanées, le tagage du MR. Quant au gouvernement ! Comment aller à l’abordage de ce qui sont, pour ses partisans, des tabous, et pour nombre de citoyens des acquis sociaux, par « big bang », sans être préparés – les erreurs de calcul de Mme Galant pour la SNCB ont un effet quasi suicidaire pour un gouvernement qui n’en demandait pas tant –, sans communiquer de façon parfaite et sans concrétiser très vite un dialogue social dont on parle plus qu’on ne le voit.

Nous vivons au-dessus de nos moyens, l’Europe est devenue une vieille nation industrielle, notre pyramide des âges est impayable : la nécessité de prendre des mesures de fond pour adresser ces problèmes est réelle mais divise partout en Europe. La tâche est extrêmement difficile, les socialistes le savent aussi pour avoir dû s’en préoccuper dans la tripartite. Mais il ne faut pas oublier que ces réformes vont s’opérer alors que jamais – lisez Picketty – les inégalités entre les très riches et les très pauvres n’ont été aussi grandes, et le populisme et l’extrémisme aussi forts. Chacun des acteurs joue potentiellement avec le feu.

 




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

GARDER LA TÊTE FROIDE ?


Il est franchement difficile de rester de glace face à la tournure que prennent les événements dans le monde et en particulier chez nous.

A l’évidence, Bart De Wever n’a de cesse de jeter de l’huile sur le feu. Nous l’avons comparé il y quelques années au chef pyromane dans la pièce de Max Frisch  « monsieur Biedermann et les incendiaires » parodie de la montée du nazisme en Allemagne, Biedermann-monsieur Bonhomme- étant l’allégorie de la démocratie bourgeoise allemande d’avant 1933.

« Biedermann, fabricant de lotion capillaire, est un bourgeois moyen en tout, un prototype d'homme ordinaire. Biedermann, qui fanfaronne au bistrot et propose de pendre les incendiaires qui ravagent sa ville, ne trouve rien de mieux que d'en héberger deux dans son grenier. Ils ont beau entreposer sous son nez bidons d'essence et détonateurs, il fait celui qui ne comprend rien et va même jusqu'à leur fournir les allumettes qui anéantiront sa maison. »

Certes comparaison n’est pas raison mais cela fait réfléchir, d’autant plus que l’opposition « totale » de Elio Di Rupo ne recule apparemment devant aucun moyen pour descendre le pilote de l’avion kamikaze, un Louis Michel qui s’accroche à son siège éjectable.

« La société belge qui s’est adaptée par consensus – les fameux compromis – va essayer l’affrontement » C’est déjà arrivé, les plus anciens se souviennent de l’affaire royale qui entraîna une crise de régime, des troubles dans les rues et l’abdication dramatique de Léopold III soupçonné de collaboration avec les nazis. Il y eut également l’épisode dramatique des grèves de soixante contre la loi unique. La grève générale de l’hiver 1960-1961 fut déclenchée contre le programme d'austérité du gouvernement de Gaston Eyskens. Elle dura six semaines et paralysa principalement la Wallonie, la reprise du travail étant massive en Flandre après quelques jours. Conflit social classique entre des syndicats et un pouvoir politique déterminé à redresser les finances publiques notamment par des restrictions sur le plan social, « la grève du siècle » a profondément marqué à la fois le mouvement wallon et la perception de la Wallonie par elle-même et par le reste de la Belgique en raison du contraste entre la poursuite de la grève au sud du pays et son essoufflement relativement rapide au nord. » (Wikipédia)

Il n’est pas interdit d’imaginer que la grève générale annoncée pour le 15 décembre ne dégénère de la même manière.

« Avec des amis comme cela, Charles Michel n’a pas besoin d’ennemi. » écrit la toujours très lucide Béatrice Delvaux. On ne saurait lui donner tort. Et pourtant, elle-même l’admet : « Nous vivons au-dessus de nos moyens, l’Europe est devenue une vieille nation industrielle, notre pyramide des âges est impitoyable » Oui nous avons besoin de réformes comme de pain, plus que de pain peut-être mais de toute évidence, « ces réformes vont s’opérer alors que jamais – lisez Picketty – les inégalités entre les très riches et les très pauvres n’ont été aussi grandes, et le populisme et l’extrémisme aussi forts. Chacun des acteurs joue potentiellement avec le feu. » 

Assurément tout cela est explosif et n’augure rien de bon.  Soyons certains que, si, déstabilisée par les coups de butoir de l’opposition, la coalition suédoise devait démissionner, la constitution d’une tripartite destinée à lui succéder annoncerait immanquablement la fin de la démocratie belge telle que nous la connaissons depuis notre naissance. La partition de la Belgique qui s’en suivrait risque d’entraîner un effet domino en Europe et faire imploser une Communauté européenne en crise. De Wever et Di Rupo jouent avec les allumettes dans une démocratie à bout de souffle qui ne compte plus les barils de poudre prêts à exploser.

Nous assistons, médusés, à la montée des périls.

MG 

 

 

 

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