lundi 6 octobre 2014

Mixité sociale à l’école: l’échec

Pierre Bouillon


Les effets du décret inscriptions sur la mixité sociale des écoles sont microscopiques selon la Commission de pilotage qui l’évalue.


• Conclusion de 

Depuis 2010, le mécanisme d’inscription des élèves en 1re secondaire est principalement fondé sur des critères géographiques : dans les écoles où la demande dépasse l’offre, les élèves sont triés selon un indice établi en fonction de la distance séparant l’école du domicile de l’élève, de la distance entre l’école secondaire et son ancienne école primaire, etc.

Le décret s’appliquera pour la 6e fois l’an prochain, et c’est à une première évaluation que travaille actuellement la Commission de pilotage de l’enseignement.

Le rapport préliminaire que nous avons pu consulter pose une série de diagnostics objectifs, notamment sur les effets du décret sur la mixité sociale qu’il était censé promouvoir. L’instrument de mesure est le fameux « indice de similarité ». Cet indice signale le pourcentage d’élèves qu’il faudrait changer d’école pour que chacune accueille la même proportion d’élèves défavorisés.

En 2006, l’indice s’élevait à 17,6 % en 1re secondaire : sur une cohorte de 45.295 élèves, il aurait fallu en déplacer 7.972 pour que l’ensemble des classes en Communauté française accueille le même nombre d’élèves défavorisés. Quatre ans plus tard, l’indice a fléchi, mais de façon bien modeste – on est passé de 17,6 à 16,9 %...

En conclusion, le rapport se félicite tout de même que le décret ait imaginé un système qui met, au moment de l’inscription, tous les enfants sur un pied d’égalité.

Notre dossier complet dans l'édition PDF du journal

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« A SAINT-JOSSE, LES ÉLÈVES À INDICE SOCIO-ÉCONOMIQUE FAIBLE SONT 90,1 %. A BOITSFORT, ILS SONT… 1,3 %. »

Si on souhaite la mixité dans les écoles, il faut d’abord la mixité dans les quartiers. Le politique a pensé l’inverse et s’est trompé »

Les Américains ont essayé dans les années 60 avec le « bussing » qui consistait à acheminer en bus des petits noirs dans les écoles des blancs : échec et tensionssociales graves.

 

Bernard Rey, successeur de Louis Vande Velde à la faculté de psycho pédagogie de l’ULB ouvre une brèche : « Il se pourrait bien que la véritable mixité sociale ne consiste pas seulement à ce que des élèves d’origines sociales différentes se côtoient dans les mêmes lieux, mais à créer les conditions pédagogiques pour que les élèves de milieux défavorisés accèdent au sens des activités scolaires. » C’est là une thèse extrêmement séduisante, un beau sujet de débat, une piste à suivre, une belle démarche de complexité, un formidable défi.

 

Si je lis bien, il s’agirait rien moins que de susciter au sein de l’école des interactions socioculturelles, interculturelles.

« Accéder au sens des activités scolaires »

Qu’est-ce à dire ?

Que faut-il avoir assimilé en quittant l’école primaire ? Les quatre opérations arithmétiques fondamentales. D’abord comprendre en le maîtrisant le signe « égal », ensuite l’addition (c’est facile) la soustraction (c’est déjà moins évident), la multiplication ( voilà qui devient complexe) et la division (un vrai casse-tête pour les moins bien doués) et un peu de système métrique pour maîtriser et comprendre le concept de « mesure ». En français : parler correctement, lire, écrire et rédiger de préférence sans fautes. C’est vieux comme le monde, non comme l’école. C’est peu mais ce n’est pas rien et on y arrive avec difficulté dans les écoles de la Communauté française, surtout à Bruxelles dans les communes défavorisées.

Les Flamands ont développé le concept d’école élargie (brede school) qui considère que les activités culturelles et sportives doivent se pratiquer dans la langue de l’école. Cela a du sens. D’autres prônent le concept d’ « inverted school », l’école inversée, celle qui supprime les devoirs et les remplace par l’obligation de visionner chez soi, sur sa tablette ou son PC, les matières de cours pour les discuter ensuite en classe avec l’institutrice, les professeurs transformés en coaches. C’est une manière d’intégrer dans l’enseignement la révolution technologique.

C’est tout à fait intéressant mais ne résout pas le problème de l’intégration sociologique qui est un des objectifs fondamentaux de l’école. En cas d’échec de cette intégration sociale et de décrochage scolaire (et donc social), les élèves se retrouvent à l’école…de la rue. On en connaît les conséquences.

MG

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ÉCOLE ET UN POUVOIR POLITIQUE DOUBLEMENT AVEUGLE

Pierre Bouillon 

Après le Carnaval, le décret inscriptions conçu par la précédente majorité PS-CDH-Ecolo s’appliquera pour la 6e fois. On commence donc à disposer d’un recul suffisant pour entamer un bilan sensé de ce mécanisme auquel on a prêté autant de vertus que de défauts.

Les défauts, on les connaît. Le décret est illisible et il est humainement insupportable pour les enfants qu’il empêche de s’inscrire dans l’école de leur choix.

On nous dira que, de tout temps, des enfants se sont fait refouler de certains bahuts et que ceux-là, on ne les a jamais entendus protester parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’être entendus. C’est vrai. Mais on ne voit pas pourquoi des injustices passées devraient nous faire admettre celles du présent. Elles sont pareillement révoltantes. Et il y a objectivement un souci annuel, avec un lot d’enfants qui se retrouvent sans école, séparés de leurs amis de primaire pour des motifs qu’ils captent à peine. En 2012-13, le politique s’est mis en devoir de créer de nouvelles places dans les zones saturées (Bruxelles, surtout). Il aurait fallu s’y prendre plus tôt, dès 2007, quand ce même politique s’est mêlé de réguler les inscriptions. De la sorte, il a installé la charrue devant les bœufs et aura, pendant des années, coincé des dizaines de familles sans leur offrir d’alternative crédible. Décider de réguler les inscriptions n’est pas une faute – l’idée est bonne, même. C’est une faute d’avoir entrepris de réguler les inscriptions sans se soucier du manque de places en certaines zones de la capitale.

Pour ce qui est des vertus, on est maintenant fixé : le décret est sans effet sur la mixité sociale.

Qui ça étonne ?

Juste deux chiffres… A Saint-Josse, les élèves à indice socio-économique faible sont 90,1 %. A Boitsfort, ils sont… 1,3 %. Et des écarts de ce type disent tout sur la dualité qui touche, non pas nos écoles, mais nos communes, nos villes, dont les écoles ne sont que les miroirs. C’est la leçon du jour : si on souhaite la mixité dans les écoles, il faut d’abord la mixité dans les quartiers. Le politique a pensé l’inverse et s’est trompé.

Cela fait beaucoup d’aveuglements, au total, dans ce dossier.

 

 

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