mardi 21 octobre 2014

Réponse à Jan Jambon: "J’ai le devoir absolu de m’insurger"



Lily de Gerlache, déportée à Ravensbrück, réplique à Jan Jambon et aux révisionnistes. Entretien Christian Laporte  La Libre

es gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons ." Les propos de Jan Jambon (N-VA) à "La Libre" font aussi réagir ceux qui avaient, au contraire, les meilleures raisons de monde de combattre le nazisme…

Lily de Gerlache - van Oost, rescapée de Ravensbrück après avoir été une jeune résistante audacieuse dans l’Armée secrète, le rappelle haut et fort à "La Libre", le jour de ses 91 ans… Figure de proue du travail de mémoire pour les femmes déportées de la Seconde Guerre qui ont fini par avoir leur mémorial à Woluwe-St-Lambert, elle ne peut laisser passer la réponse un tantinet désinvolte du ministre N-VA de l’Intérieur…

Vous qualifiez ses propos de scandaleux…

Oui, au nom de tous ceux et de toutes celles qui ont sacrifié leur jeunesse et souvent leur vie pour notre pays ! J’ai rencontré beaucoup de jeunes Flamands qui me demandaient toujours pourquoi je m’étais engagée au péril de ma vie. Je leur expliquais que le 10 mai 1940, je n’étais pas prête à être militaire mais bien résistante. Car nous n’avions pas d’autre choix. Ma mère, infirmière en 14-18, nous avait mis en garde contre la montée des périls en nous faisant lire "Mein Kampf". Trop d’yeux se sont dessillés trop tard car Hitler y expliquait tout ce qu’il allait entreprendre. Il y a annoncé qu’il voulait créer une race aryenne pour dominer le monde. Il fallait éliminer les juifs, les tsiganes, toutes les bouches inutiles et non rentables pour son projet. Et bien entendu tous ceux qui s’opposeraient à ses projets. Tous ses ennemis étaient dès lors condamnés à mort avec la complicité de nombre de firmes allemandes. Pire, il y expliquait que le jour où il aurait déclaré la guerre au monde, il pourrait en même temps mettre en place une solution finale pour les races considérées impures car on ne viendrait pas l’ennuyer dans son Reich… Ceux qui se sont fourvoyés dans la collaboration ne pouvaient ignorer tout cela. Ils se sont en tout cas lourdement trompés en imaginant que les nazis allaient les intégrer dans leur vision du monde… Sans parler de tous ceux qui se sont engagés par intérêt…

Mais encore…

En même temps qu’était installée une administration soumise à l’occupant alors que le Roi était prisonnier à Laeken, on a fait démissionner les bougmestres pour les remplacer par des hommes à la solde de l’occupant. Beaucoup d’entre eux n’y ont vu que leurs bas intérêts matériels. Au point de faire de la délation, de dénoncer les résistants. Si j’ai été prise par les nazis, c’est suite à une dénonciation du bourgmestre de Gavere de l’époque. "De vogels zijn in de nest", les oiseaux sont dans le nid, fit-il savoir aux occupants. Avec d’autres résistants, nous avons été pris et certains des nôtres ont été drogués et torturés. Je suis arrivée le 3 septembre 1944 à Ravensbrück…

Bruxelles allait être libérée alors que votre destin a failli basculer loin des vôtres…

Oui, les conditions d’inhumanité vécues là-bas auraient aussi pu m’emporter. Il y avait les réveils et les appels en pleine nuit puis le travail forcé jusqu’à l’épuisement et parfois la mort. Sans oublier les épidémies. Tout cela fit tourner en permanence les fours crématoires. Lorsque nous allions faire notre toilette avec les moyens du bord dans une salle d’eau de fortune, nous nous cognions aux corps entassés. Tout ça doit être dit et redit. Il est absurde d’avancer qu’on ne peut pas juger l’Histoire parce qu’on ne l’a pas vécue. On a vendu des millions d’exemplaires de "Mein Kampf" qui l’annonçaient. Alors quand Le Pen éructe que les chambres à gaz ne furent qu’un détail de l’Histoire, je ne puis qu’exprimer mon effroi.

Que dire de ceux qui prétendent avoir collaboré par idéalisme ou qui disent avoir été abusés par la propagande ?

Nous, nous avons d’emblée choisi de résister face à un régime inacceptable. Mon jeune frère s’est engagé à 15 ans dans la Légion belge qui deviendrait l’Armée secrète. Mes parents ont caché des personnes recherchées par l’occupant tout en distribuant des fausses cartes d’identité pour échapper à ses griffes. Lorsque mes parents ont été emprisonnés, je me suis engagée comme ambulancière à la Croix-Rouge à Gand mais Louis Camu m’a invitée à rejoindre comme "courrier" la résistance et l’AS…

L’enfer des camps vous rattrapa ?

Oui, mais alors que je suis à la fin de ma vie, j’ai envie de dire et de redire merci à toutes celles avec qui j’ai vécu cet enfer car j’ai appris à y vivre courageusement et fraternellement. Ayant contracté le paratyphus, j’ai failli passer de l’autre côté mais j’ai pu recouvrer la santé en Suède. Lorsque je suis rentrée en Belgique, j’ai dû passer un contrôle où on m’a demandé si je n’avais rien à déclarer. Mais l’enthousiasme de l’accueil reçu ensuite, y compris ici en Flandre, m’a vite fait oublier cet épisode très surréaliste… Quoi qu’en disent M. Jambon et consorts, la collaboration, c’était aussi un crime parce qu’on trahissait son pays. La Belgique traverse un moment délicat. Les descendants de ces gens poursuivent leur travail de sape : Bart De Wever veut toujours, c’est clair, la fin de la Belgique et la fin de la monarchie… Et en même temps, il a mis ses fidèles pions en place.

Que faire alors pour que tous les Belges ouvrent leurs yeux sur ce passé ?

Il faut absolument que les jeunes connaissent mieux leur histoire. Moi j’ai le devoir absolu de m’insurger jusqu’à mon ultime souffle car j’ai vécu la Seconde Guerre dans ma chair. Beaucoup de militants et surtout d’électeurs de la N-VA ignorent tout cela; il faut absolument les mettre en garde contre les racistes intégrés dans ce parti et contre ceux qui veulent dépecer notre pays. Il faut rappeler ce passé et refuser toute forme d’oubli, d’amnésie et d’amnistie générale. Et il faut aussi être plus patriote que jamais. Et enfin oser aller à contre-courant au nom des valeurs humanistes. Je pense à la doctoresse alsacienne Heidi Hautval que j’ai rencontrée à Ravensbrück. Elle avait été déportée à Auschwitz parce qu’elle avait aidé une famille juive… Par la suite, elle sauva nombre de prisonnières… Elle aussi avait bien de bonnes raisons de ne pas collaborer avec l’ennemi…

Une grande résistante

Ambulancière, Lily van Oost se chargea de l’aide aux blessés et encadra les enfants des prisonniers de guerre à Gand. A partir de 1943, son domicile et la maison de campagne à Mullem se muèrent en boîtes aux lettres pour l’Armée secrète. En mai 44, le chef de la zone 3 de l’AS lui demanda d’entrer dans le maquis en vue du D-Day. Lily van Oost, qui n’avait pas froid aux yeux, eut des missions de messagère et de transport d’armes dans la région de Bruges. Elle fut arrêtée à Bruxelles, le 28 juillet 44 et déportée en Allemagne.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA BOÎTE DE PANDORE



Jan Jambon et Théo Francken ont osé ouvrir la boite de Pandore, il y a peu de chance que Charles Michel ou même Bart d’Anvers arrivent à la refermer avant la fin de la législature. C’est pain bénit pour l’opposition socialiste , à moins qu’il ne s’agisse d’un piège habilement tendu par deux ministres N-VA instrumentalisés par Bart De Wever. 

Pandore fut créée sur l'ordre de Zeus qui voulait se venger des hommes pour le vol du feu par Prométhée. Elle fut modelée dans de l'argile et l'eau par Héphaïstos, Athéna lui donna ensuite la vieZeus offrit la main de Pandore à Epiméthée frère de Prométhée. Bien qu'il eût promis à Prométhée de refuser les cadeaux venant de Zeus, Épiméthée accepta Pandore. Pandore apporta dans ses bagages une boîte mystérieuse que Zeus lui interdit d'ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l'humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Tromperie, mais aussi l’espérance.

Une fois installée comme épouse, Pandore céda à la curiosité et ouvrit la boîte, libérant ainsi les maux qui y étaient contenus. Elle voulut refermer la boîte pour les retenir; hélas, il était trop tard ! Seule l'Espérance, plus lente à réagir, y resta enfermée.

Il nous reste donc à espérer, sans vraiment y croire, que le jeu va se calmer.

Le journaliste flamand Guido Fonteyn est persuadé qu’une situation inédite se prépare actuellement en Belgique. Il est convaincu que Bart de Wever attend son heure à Anvers. Pour l’ancien correspondant du Standaard en Wallonie qui vit à Bruxelles, la NV-A est un parti d’extrême droite. Bart de Wever a refusé d’entrer personnellement dans le gouvernement flamand et dans le gouvernement fédéral en vue de poursuivre à l’aise sa stratégie de pourrissement visant à provoquer à moyen terme une révolte du côté francophone. Il est persuadé que le PS attaquera le gouvernement fédéral de front. Si ceci devait se produire, l’homme fort d’Anvers aurait beau jeu de constater qu’aucune collaboration n’est possible avec la Wallonie. Il n’aurait plus qu’à exiger l’indépendance de la Flandre avec Anvers comme capitale. La N-VA n’aurait aucune intention de s’encombrer de Bruxelles. Elle veut pour la Flandre un gouvernement fort qui se fonde sur les intérêts d’une élite. Pour la N-VA seulscomptent les meilleurs, de besten, une élite de naissance et de mérite. Fonteyn prétend que les Flamands comprendront bientôt que la N-VA est un parti d’extrême droite à la fois sur le plan social et sur le plan économique (on supprime les subsides, on limite les allocations de chômage dans le temps etc.).

De fait, Bruxelles est exclue de cette élite. La N-VA rêve d’une société flamande thatchérienne.

En cela Guido Fonteyn répercute les thèses de la gauche flamande.

Il est difficile de réfuter ces thèses d’un revers de la main. Les jours et les semaines qui viennent les confirmeront ou les rendront caduques.

MG

 

 

 

 

 

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