vendredi 28 novembre 2014

Des mines comme s’il en pleuvait


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir 

Et bien voilà, en soi, ce n’est pas si difficile. Un patron, une politique, des décisions, une unité de vue : pour le coup, hier matin le gouvernement a maîtrisé son moment de communication. Le Premier ministre Charles Michel était ainsi, face à la presse, dans son rôle, tenant la séance en main. On peut être d’accord ou pas avec la politique menée, mais dans l’instant, cela avait le mérite de la clarté, soutenu de plus par un rapport de la Banque nationale qui prenait le pari qu’au bout des efforts, il y aurait de l’emploi.

Mais pour un moment d’unité, que de lézardes inutiles qui portent préjudice à la crédibilité de l’ensemble présenté hier matin, et qui fragilisent l’édifice que veut construire ce gouvernement. Que de secousses, d’embardées et de dérapages contrôlés ou non, à répétition, qui poussent évidemment à s’interroger sur la durée, au-delà de quelques heures, de l’unité constatée ce jeudi matin.

Pour pérenniser ce moment de concorde et de cohérence, il faudrait primo, que Charles Michel s’affirme davantage (et que Bart De Wever lui laisse son espace). Aujourd’hui, c’est la presse flamande qui ne croit pas au leadership du Premier francophone, le présentant comme le béni-oui-oui du bourgmestre d’Anvers. Le caricaturiste du Laatste Nieuws le met ainsi en scène chaque matin dans cette position du « dominé » face au Bart dominant, dans un effet de répétition du plus mauvais effet.

Il faudrait aussi que les membres du gouvernement pensent que la cohérence du tout est préférable aux effets de manches de certains. Mais comment donc Alexander De Croo peut-il sortir publiquement sur le salaire des top managers publics, en disant l’inverse de ce qui est défendu par la ministre compétente, et de ce qui s’avère in fine être la position de son gouvernement ? C’est d’autant plus ridicule et vain que cette prise de position a accru durant quelques heures l’image d’un « gouvernement qui protège les riches » dont il se serait bien passé. Pas facile hier matin dès lors pour Charles Michel de démontrer sa volonté égalitaire via les mesures sur la déduction des frais professionnels, déjà minée par les sorties du CD&V sur le tax shift, qui disent que vu du gouvernement aussi, l’effort est mal réparti. Il faudrait aussi que la connaissance des dossiers soit imparable. On ne peut pas dire, pour le budget par exemple, qu’on soit, rue de la Loi, au top de la forme sur ce plan.

Au rang des mines que le gouvernement lui-même et ses membres sèment sous leurs propres pas, les sorties « humoristiques » de certains ministres N-VA causent les plus fortes déflagrations à l’image du Premier ministre et à la crédibilité de ses engagements. Avec des amis comme cela, Charles Michel n’a pas besoin d’ennemis…

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"BELGICISATION" DE LA N-VA ?

« PREMIER MINISTRE DE TRANSITION ? »

 

UN PREMIER MINISTRE DE TRANSITION ? 



duBus


Louis Michel et son fils Charles, c’est carrément Dédale et Icare. Le pauvre fiston a voulu s’approcher du soleil et s’y brûle les ailes, les vautours se tiennent en embuscade. Il a voulu jouer dans la cour des grands, on sait que les coups y pleuvent, qu’il assume. Personne n’analyse mieux cela que madame Delvaux, Olivier Mouton n’est pas mal non plus pourquoi vouloir rivaliser avec meilleur que soi. On nage en plein rififi, y compris au sein du M.R. Magnette se prend pour Tarzan à l’élysette ; Di Rupo pour Dieu en fédération Wallonie Bruxelles mais n’a-ton-pas proclamé la mort de Dieu, même au PS ? A suivre donc et de très près. Bart de Wever et Daniel Reynders attendent leur heure l’un dans son hôtel de ville de style renaissance, l’autre dans son somptueux Palais d’Egmont.

Comme disait Zappy Max autrefois : « ça va bouillir !»

MG



LE CLAN REYNDERS VEUT RENOUER AVEC LE PS

Olivier MoutonJournaliste politique au Vif/L'Express

: Le Vif/L'Express

Frustrés, "en réserve de la république de l'euphorie fédérale", les partisans du vice-Premier MR oeuvrent en coulisses à un rapprochement avec les socialistes. Pour préparer la prochaine étape : le confédéralisme. Tout en soutenant leur Premier ministre, Charles Michel... Du moins provisoirement.



Didier Reynders. © Belga

Charles Michel est devenu Premier ministre d'un attelage atypique, très à droite. "C'est une ironie cruelle, glisse un membre du bureau du MR. En accédant au 16, Charles a en réalité été jusqu'au bout d'une logique portée jusqu'ici... par Didier Reynders." Reynders, que Michel a déboulonné de la présidence interne en 2011 après une terrible lutte fratricide, était le dépositaire d'une droite libérale décomplexée, d'une farouche volonté de bipolariser le débat politique. Il fut aussi le premier à avoir initié les contacts avec la N-VA. Tout a été concrétisé, alors que Charles Michel avait juré qu'il ne prendrait jamais l'initiative de négocier avec la N-VA s'il avait la main.

"Auparavant, le MR a été purement et simplement jugé indésirable par le PS et le CDH en Wallonie et à Bruxelles, poursuit cette source influente au sein du parti. Or, l'engagement de Charles quand il est devenu président, n'était-ce pas précisément de nous faire revenir au pouvoir dans les Régions ? Il n'y a eu qu'une rencontre entre Charles Michel et Paul Magnette après les élections, à l'issue de laquelle le rideau a été toute de suite tiré." D'où une frustration qui commence à s'exprimer parmi les partisans de Didier Reynders sur l'absence des libéraux à la table des Régions, à l'heure où la Wallonie et Bruxelles devraient prendre des mesures décisives pour préparer leur avenir de façon autonome.

Retisser des liens dans les Régions : voilà donc la tâche à laquelle vont désormais s'atteler dans l'ombre... les "reyndersiens". Ce sont les seuls qui restent pour l'instant "en réserve de la République de l'euphorie fédérale", pour reprendre l'expression de l'un d'entre eux. Selon nos informations, les partisans de Reynders se préparent déjà... à la prochaine étape. En coulisses, ils ont désormais la volonté de renouer rapidement... avec les socialistes. A très bonnes sources, Le Vif/ L'Express a appris que des contacts vont être initiés, notamment avec le ministre-président wallon Paul Magnette. Objectif ? Apaiser les tensions, travailler ensemble là où c'est possible, évoquer l'avenir des Régions et... préparer le virage confédéral que ne manquera pas de réclamer la N-VA pendant la seconde partie de législature. Avec, in fine, l'espoir d'un retour au pouvoir dans les Régions en 2019. La vengeance est un plat qui se mange froid. Les "reyndersiens" attendent aussi du nouveau président du MR, Olivier Chastel, qu'il s'émancipe peu à peu de Charles Michel.



MICHEL EN TENAILLE ENTRE "L'HUMOUR" DE JAMBON ET LE CYNISME DE REYNDERS

Olivier MoutonJournaliste politique au Vif/L'Express


Source: Le Vif

Entre les cahiers Atoma de la N-VA et la volonté du clan Reynders de renouer avec le PS, le Premier ministre voit monter la crainte d'être pris en otage par les agendas cachés. Et s'il n'était en réalité qu'un numéro un de transition ?


Jan Jambon © Belga

Elles sont gratinées, les déclarations du vice-Premier ministre N-VA Jan Jambon devant un parterre d'étudiants nationalistes flamands à Anvers. L'homme devait évidemment donner des gages symboliques face à un auditoire qui rêve de confédéralisme et d'indépendance chaque matin en se rasant. Aussi, l'entendre tenir exprimer des ressentis - il est gêné de recevoir le Roi, tous les drapeaux belges ont été enlevés du cabinet, il ne voulait fondamentalement pas être un vice-Premier belge... - peut paraître choquant et destructif pour l'Etat, mais s'apparenter surtout à une opération de com' à destination d'un public radical mal à l'aise avec un risque de "belgicisation" de la N-VA.

Là où le vice-Premier dérape plus franchement et met littéralement à mal la loyauté fédérale à son gouvernement, c'est quand il dévoile l'existence d'un accord secret jetant les bases d'une future réforme de l'Etat en prévoyant les articles de la Constitution qui pourraient être soumis à révision. Bien sûr, pour cela, il faut une majorité spéciale et un large consensus. Oui, a priori, on ne parle que d'une échéance "lointaine", à savoir le prochain scrutin de 2019 si la Suédoise tient bon jusque-là. Mais en affirmant que des cahiers Atoma sont cachés dans le coffre-fort des partis de la majorité, il fragilise - volontairement ? - son seul allié francophone, le MR. S'ils sont secrets, de tels accords ne sont-ils précisément pas destinés à ne pas être dévoilés - a fortiori dans les premières semaines d'une législature destinée à la priorité socio-économique ?

Jan Jambon répète aussi ouvertement la stratégie de la N-VA : mettre en place des réformes de droite à ce point insoutenables pour les socialistes francophones que ceux-ci viendront eux-mêmes réclamer le confédéralisme. Elio Di Rupo, ancien et nouveau président du PS, a déjà rétorqué qu'il ne tomberait pas dans ce piège. Jour après jour, pourtant, le premier parti francophone tend à prouver le contraire en nourrissant la graine communautaire par des propos qui confortent la N-VA dans sa volonté de prouver qu'il y a, dans notre pays, deux démocraties qui coexistent.

 

Tout cela fait étrangement écho aux révélations publiées dans Le Vif/ L'Express de ce jeudi. Dans l'entourage de Didier Reynders, on partage certes l'euphorie qui règne dans les rangs libéraux, avec cette possibilité inédite de mettre en place d'ambitieuses réformes socio-économiques, mais tout en étant "en réserve de la république", attentiste à tout le moins, voire désireux... de préparer l'étape suivante. Le souhait de renouer avec les socialistes, pour étonnant qu'il soit et paradoxal quand on sait les élans passés du clan Reynders, miserait sinon sur un échec du gouvernement, à tout le moins sur la préparation de la législature suivante, avec l'ambition également de revenir au pouvoir dans les Régions. Mais avec une conviction qui répond aux propos de Jan Jambon : à terme, le confédéralisme est inéluctable, un stop institutionnel sera impossible pour la N-VA et les partis flamands au-delà de cette législature.

Ce jeudi matin, Charles Michel a poursuivi son cap, inflexible, en présentant lors d'une première conférence de presse la loi-programme qui, scotchée à l'accord de gouvernement, balise les décisions budgétaires et les premières esquisses de réformes. Le pari reste en place : il s'agit de montrer que l'on peut réformer le pays afin de couper l'herbe sous le pied aux tendances autonomistes voire indépendantistes pour sauver la sécurité sociale et le système belge. Le jeune leader, dont l'image "people" sort grandie par l'annonce de sa future paternité, a repris en mains la communication avec un certain aplomb, une froide conviction et un bilinguisme parfait. "Nous sommes au travail, clame-t-il. Nous avons une orientation claire. La création d'emplois est la meilleure protection de notre système social. Nous avons la volonté politique de réussir !"

Des accords secrets sur la réforme de l'Etat ? Charles Michel : "La réponse est non ! Comme toujours, il y aura en fin de législature un débat sur les articles à réviser de la Constitution. C'est comme cela depuis trente ans." Jan Jambon confirme ce que le Premier affirme, un rien penaud il faut le dire : "C'était tiré hors de son contexte. On n'a pas compris la touche d'humour. Les cahiers Atoma, c'était une image..." Rideau ? Charles Michel rit. Pourtant, le porte-parole de Jan Jambon avait confirmé au Standaard qu'il n'y avait "pas d'erreurs factuelles" dans le récit de la réunion avec les étudiants nationalistes fait par le site Apache.be. Et en matière d'humour, il faut bien concéder que l'on a déjà entendu des blagues plus subtiles. L'incident est tourné en dérision, mais il laissera des traces, ne fut-ce que dans des imaginaires déjà bien remplis d'une diabolisation de la N-VA du côté francophone.

L'image d'une première conférence de presse du gouvernement - un moment symbolique fort - sans Didier Reynders mais avec Willy Borsus pour représenter le MR, restera aussi. Le vice-Premier en charge des Affaires étrangères a une bonne excuse : il est en mission économique en Malaisie. Mais cela rejoint néanmoins cette "prise de distance" perceptible de sa part.

Le risque pour Charles Michel, et il en est certainement conscient, serait de n'être qu'un Premier ministre de transition si ces agendas cachés en viennent à prendre trop de place. Avec Bart De Wever à l'hôtel de Ville d'Anvers, Didier Reynders dans les grands sphères du monde et l'opposition francophone, Elio Di Rupo en tête, le couteau entre les dents, le Premier devra être très fort pour garder le cap. Et éviter un retour de flammes d'ici la fin de la législature... Il l'a dit, concernant les réformes à mener : "On le sait, ce n'est pas le choix de la facilité." Pour le moins...

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE GRAND CHAMBOULEMENT

J’ai pris connaissance des 21 réactions qu’ont suscitées ces articles extrêmement provocateurs. En voici quelques morceaux choisis.

Je les soumets à votre sagacité de fidèles lecteurs de DiverCity

« Mr JAMBON semble être le trouble-fête, qui lance des ballons d'essai afin de voir jusqu'où la NVA peut aller trop loin. »

« La NV-A ne rate plus une occasion de "dérapage de com". Je pense que BDW doit râler dans son coin, car on voit maintenant où sont ses incapables »

Jambon, parlementaire expérimenté (il faisait merveille au parlement flamand) est-il un provocateur machiavellique, un incendiaire inconscient ou la poupée ventriloque du bourgmestre anversois ? J’avoue que je suis extrêmement perplexe mais très agacé par ce personnage extrêmement déplaisant et franchement grossier.

« Depuis longtemps, tous les hommes politiques français (de gauche ou de droite) sont très favorables au rattachement de la Wallonie à la France. La scission du pays aura bientôt lieu » C’est loin d’être sûr. Que les rattachistes ne sablent pas le champagne trop tôt. Ils risquent une solide gueule de bois.

« L'humour est périlleux dans les rôles de représentation. Il y a ceux qui ne comprennent pas, ceux qui ne veulent pas comprendre » Trouver Jambon marrant ? ... Il ne rate aucune occasion de faire parler de lui ce qui en politique est le plus important. » 

« Humor ist wenn man trotzdem lacht » dit on en allemande “ l’humour c’est quand on rit quand même, même si on rit jaune »…comme devant « La gare PHARAONIQUE de Mons ( gare secondaire ) coûtera aux contribuables selon le journal L'Echo, 190 millions d'euros, alors qu'on tournait en 2007 autour d'un budget de 37 millions d'euros. »Quel est le rapport ? Aucun sauf que  pendant qu’on se chamaille au fédéral le bourgmestre montois assure son avenir à la tête du collège montois au prix du contribuable wallon.

« Si le gouvernemenfédéral tient ( et c'est bien parti ), il y en a pour cinq ans. En cinq ans la NV-A peut se faire étriller en Flandre et elle le sait. Par contre, la Wallonie est une région qui, correctement gérée, peut devenir un investissement des plus rentables. De là à imaginer une Flandre ambitieuse désireuse de coloniser cette région au travers de leviers économiques, il n'y à qu'un pas. La gestion du PS-CDH est cataclysmique et fera toucher le fond à une Wallonie déjà moribonde. Il ne faudra plus que s'abaisser pour racheter ses fleurons offerts au plus offrant. Avec un peu de recul, ce point de vue ne vous semblera pas si invraisemblable que cela ! »

C’est un point de vue paradoxal qui vaut son poids de chair de panda.

Mais tout devient paradoxal dans le plus paradoxal des royaumes, où une princesse désargentée se croyant fille du roi et voulant en faire la preuve par la génétique, se retrouve fille de grand bourgeois. 

Bien fait !

MG

 

 

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