mardi 18 novembre 2014

Interdire,pourquoi pas, si…

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir)

Interdire les signes convictionnels dans les administrations pour les fonctionnaires en relation avec le public ? La gauche aurait tort de stigmatiser cette mesure au motif que c’est un ministre N-VA qui la propose ou qu’un gouvernement de droite la promeut. Ce serait de très mauvaise foi car les avis sur ce sujet, primo, sont très partagés, et secundo, ne sont pas rangés selon l’axe gauche-droite.

La problématique du port des signes convictionnels est complexe et sensible. Nombre de gouvernants, en Belgique et ailleurs, se sont abstenus de légiférer par conviction qu’il fallait laisser la décision aux responsables de « proximité » ou par peur d’approfondir des fractures, de provoquer là où on veut clarifier ou par calcul électoral. Mais l’absence de loi ou de règlement applicable à tous et par tous laisse le brouillard et l’arbitraire s’installer, en plus d’un manque de lisibilité des normes appliquées par un Etat.

L’interdiction de signes convictionnels dans les services publics n’est cependant justifiable politiquement que si elle ne ressort pas d’une discrimination. Elle doit relever de l’affirmation que d’autres valeurs valent bien l’expression d’une conviction, en l’occurrence ici la neutralité de l’Etat.

 Pour reprendre la « jurisprudence » développée par le philosophe Edouard Delruelle, cette justification raisonnable devrait s’accompagner de conditions : 1) l’interdiction, comme c’est le cas dans l’annonce faite hier à la Chambre, doit toucher tous les signes convictionnels, et pas seulement les religieux. Ce qui nécessite – et ce n’est pas évident – une définition claire de ce qui est visé ; 2) une loi s’impose, et l’on doit veiller à ce qu’elle soit proportionnée à l’objet poursuivi ; 3) un travail d’explication, une volonté d’aller au contact et de mener les discussions nécessaires avec les citoyens musulmans sont indispensables pour expliquer que cette loi n’est pas dirigée contre leur religion et ses manifestations extérieures, mais relève d’une volonté d’édicter des règles de traitement communes à tous les citoyens en contact ou qui œuvrent au sein de l’appareil étatique. Un appareil d’Etat qui, en Belgique, fonctionne sur base de la neutralité.

Pour que cette interdiction annoncée à la surprise générale et sans dialogue préalable s’avère être au service du vivre ensemble et ne le dynamite pas davantage, le ministre et le gouvernement qui veulent la mettre en œuvre ont le devoir de lui donner sa légitimité démocratique.

L’appui sur un arrêté royal de 1937, alors que la société belge n’avait rien à voir avec l’actuelle, ne peut servir de seul argument pour convaincre ou justifier. Rien ici ne peut être « borderline » ou flatter les sentiments de rejet.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L’INTERDICTION DE SIGNES CONVICTIONNELS DANS LES SERVICES PUBLICS

Cette mesure parfaitement justifiée, au demeurant- l’Etat est neutre et doit s’afficher comme tel- risque de heurter de front le monde islamique que le grand public a de plus en plus de mal à distinguer du monde islamiste. Tout cela est de nature à braquer les esprits et à raidir la tendance à opposer un « eux » à un « nous », bref à raidir les crispations au détriment de toute forme de dynamique interculturelle. Venant d’un ministre N-VA, cette mesure- pour laquelle le MR milite depuis des années- risque de provoquer une levée de boucliers à gauche. En cela ce sera un test de viabilité des valeurs démocratiques face aux valeurs religieuses, singulièrement de confession musulmane. D’un accommodement raisonnable (ou déraisonnable) à l’autre, la Belgique - et pas qu’elle- est entrée dans une sorte de flou où tout devenait possible et son contraire.


Annoncée par le ministre N-VA Steven Vandeput, cette mesure va sans doute être vue comme une provocation

Tout indique qu’après plus d’un demi-siècle de priorité au compromis des Belges, de tous les Belges, les ministres N-VA poussent systématiquement à la provocation dans le seul dessein de satisfaire les velléités des près de 35% d’électeurs flamands qui ont voté pour eux et les soutiennent. Cette attitude de provocation systématique et permanente est de nature à pourrir le climat en rendant très difficile  le vivre ensemble.

Luc Delfosse  écrit dans le Vif : «  Ce Royaume danse sur un volcan. Il faudrait en tout cas être aveugle, sourd et complètement indifférent à la chose publique pour ne pas comprendre qu'en quarante jours à peine, la N-VA de Bart De Wever a déjà réussi à mettre en oeuvre une tactique redoutable : l’ "entrisme". La stratégie consiste tout simplement à noyauter jusqu'au trognon un groupe concurrent pour le soumettre dans un premier temps ; l'amener à l'anéantissement dans un second. » « Très clairement, en quelques semaines à peine, les populistes flamands, usant de cette technique du coucou, ont pris le contrôle du gouvernement central. Tenant de la sorte le pays détesté, ils engagent (avec l'assentiment idéologique du reste de la coalition qui croit peser sur la décision et être en mesure de stopper les appétits séparatistes de son boulimique partenaire) une série de réformes dont on voit bien qu'elles ne seront à terme profitables qu'à leurs futurs intérêts "nationaux". Cela accompli - et pour autant que la majorité de leur "peuple" les soutiendra... -, ils créeront alors la rupture et l'explosion finale. » ; « On n'ose croire que le MR est dupe de ces manoeuvres cousues de fil bleu. Ou se croit en mesure d'arrêter la mécanique bien huilée des nationalistes du Nord. »

La lecture quotidienne de la presse montre à quel point et à quelle vitesse le climat politique et social se détériore.

Et voici que se pose une question de fond : la Belgique est-elle gouvernable dans la confrontation et le provocation permanente ?

MG

 

UN FORUMEUR DU VIF COMMENTE :

« La seule chance que nous avons est que BDW ne trouvera jamais un nombre suffisant de comparses ayant son niveau de clairvoyance (et de ruse..) pourpourvoir aux charges qui incombent à un parti qui a trop vite grandi et est dépassé par son succès : dès qu'un de ses sbires s'exprime, c'est souvent pour dires ou faire des bêtises, qui doivent ensuite être neutralisées par le GroteLeider. Aucune organisation ne résiste longtemps à la médiocrité, et c'est ce qui manque le moins dans les rangs de la NVA ! »

LE FÉDÉRAL VA INTERDIRE LES SIGNES RELIGIEUX OSTENTATOIRES

LE SOIR

Le ministre de la Fonction publique, Steven Vandeput, vient d’annoncer qu’il allait introduire cette interdiction pour les fonctionnaires en contact avec les clients. A ce jour, aucune loi ne l’impose.

 

 

 

 

 

 

 

 

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