samedi 15 novembre 2014

Mais arrêtez cette politique du bac à sable !

Olivier Mouton

Journaliste politique au Vif/L'Express (extraits)

 

N-VA et PS poursuivent leur confrontation à distance, au mépris de l'intérêt général des citoyens... et du maintien de l'ordre. Une dynamique irresponsable à l'heure où, plus que jamais, notre pays a besoin d'huile dans les rouages.


© Belga

Il y a parfois, dans ce beau pays compliqué, de nombreuses raisons de s'étrangler. Ces derniers jours, on atteint tout doucement le summum dans l'indécence relative à la loyauté fédérale en raison d'un choc idéologique frontal entre deux partis qui gouvernent à des niveaux de pouvoir différents.

Jeudi, Paul Magnette (PS), bourgmestre de Charleroi, annonce que le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) ne serait "pas le bienvenu" à l'inauguration d'un nouvel hôtel de police dans sa ville. L'argumentation, purement morale, est liée aux propos tenus par l'excellence nationaliste au sujet de la collaboration alors que "des plaques commémoratives se trouvent dans le bâtiment" : sa présence pourrait donc choquer.

Vendredi, on retourne carrément dans le bac à sable de l'école primaire avec cette nouvelle sortie d'Yvan Mayeur (PS), bourgmestre de Bruxelles, dans la joute verbale à répétition née des incidents de la manifestation du 6 novembre dernier. Donc, en substance, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon et d'autres (les syndicats policiers, mais aussi le bourgmestre MR d'Uccle Armand De Decker) critiquent la façon dont Yvan Mayeur a géré la fin de la manifestation. Pour rappel, 112 policiers ont été blessés. Bart De Wever (N-VA), bourgmestre d'Anvers, en rajoute une couche en affirmant que chez lui, ce serait différent. Mais Jan Jambon ne contacte pas Yvan Mayeur pour une évaluation des incidents, il le fera avec son ami anversois. Vendredi, donc, Yvan Mayeur le déplorait en riant (mais oui, de façon sarcastique précisons-le...), tout en... rejetant la responsabilité sur Bart De Wever qui aurait dû stopper les dockers anversois ivres, principaux fauteurs des troubles le 6 novembre, dès leur départ d'Anvers pour Bruxelles.

Stop ! N'en jetez plus, ce serait du grand Guignol si l'on ne parlait pas d'une responsabilité importante de l'Etat, en l'occurrence le maintien de l'ordre.

La traduction politique de ces incidents est simple : la N-VA et le PS, que tout oppose idéologiquement, continuent à distance le bras de fer qu'ils ont mené durant la campagne électorale, se nourrissant l'un l'autre. Le PS ne reconnaît pas la légitimité démocratique du "gouvernement MR/N-VA", la N-VA poursuit en retour les provocations et les dénonciations de tout ce qui peut venir des rangs du PS.

Il y a toutefois une différence de taille par rapport à la campagne électorale. Ces messieurs ne sont plus aujourd'hui en quête d'électeurs, ils sont aux commandes à des postes divers des rouages de l'Etat. Au-delà de leurs divergences, l'intérêt général impose tout simplement qu'ils fonctionnent ensemble ! 


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« L'INTÉRÊT GÉNÉRAL NE PEUT ÊTRE PRIS EN OTAGE PAR CES INTÉRÊTS PARTISANS. »


« Au-delà de leurs divergences, l'intérêt général impose tout simplement qu'ils fonctionnent ensemble. On leur demande de faire tourner l'Etat ! »(…)

« Le fonctionnement de notre Etat de plus en plus fédéral nécessite plus que jamais une collaboration entre TOUS les niveaux de pouvoir : fédéral, Régions, Communautés, provinces, communes, zones de police... » (…)

« Que ce soit en matière sociale, fiscale, économique, de santé, de sports, de culture, de logement... dans tous les domaines, les compétences sont aujourd'hui morcelées, éclatées et exigent de la cohérence, de la loyauté, de la vision commune ou, si ce n'est pas possible, un minimum de concertation pour éviter les blocages. »

« Il est terriblement inquiétant de voir que des détenteurs de pouvoir refusent de se parler ou de collaborer. Pourquoi ? La N-VA entretiendrait son agenda séparatiste tandis que le PS rêverait secrètement de faire tomber Michel Ier ou de lui imposer ses vues morales ? »  

L'ENJEU DE CETTE LÉGISLATURE N'EST-ELLE PAS LE SOCIO-ÉCONOMIQUE, LA CRÉATION D'EMPLOIS ET LA RELANCE D'ACTIVITÉS ? Cela ne nécessite-t-il pas l'implication de toutes les forces vives de ce pays ? Oui, il est urgent de siffler la fin de la récréation. » L’analyse et les conclusions de Olivier Mouton sont clairement irréfutables : « Plus que jamais, notre pays a besoin d'huile dans les rouages. »

Un lecteur commente : « il serait vain de demander à des politiques extrêmes "de part et d'autre" comme nous avons pour le moment, d'avoir ce que nous pourrions appeler le bon sens, et surtout, la capacité d'oublier leurs petites guerres »

En vérité, le vrai pouvoir est en train d’échapper au politique et être confisqué par la sphère financière mondialisée, autrement dit, le grand capital qui a misé sans vergogne sur la suédoise. Tout le reste n’est qu’agitation médiatique et musculation communicationnelle. Di Rupo et De Wever excellent dans ce domaine et pratiquent une dynamique de campagne électorale permanente. Le PS, persuadé que le MR ne s’allierait pas au fédéral avec l’ennemi De Wever, fait feu de toutes ses pièces pour faire chuter rapidement Michel Premier. Il y parviendra peut-être si les medias  relayent benoitement sa com. Un lecteur commente : « Il ne fallait pas s'allier avec la nva, tout ce qui se passe était prévisible et si le MR n'avait pas été aveuglé par la rancoeur cela ne serait pas arrivé. » un autre :« Le PS fera tout, je dis bien tout pour saboter le nouveau gouvernement, et cela même si les Belges et les wallons encore plus doivent en pâtir » 

Le PS se sentant menacé par le PTB, met la barre à gauche toute et tire à boulets rouges sur la coalition dite kamikaze. Cette manœuvre du désespoir vise à séduire les syndicats.  Dehousse a rappelé l’équation wallonne de base  il y a quelques mois. Si le FGTB venait à s’éloigner du PS pour offrir ses appuis au PTB, s’en serait fini de l’hégémonie socialiste en Wallonie.

 

« Ceux qui pourraient siffler la fin de la récréation, c'est nous, les citoyens. » A nous citoyens, d’être lucides et critiques autant vis-à-vis du PS que de la N-VA dont les ministres se comportent comme s’ils n’avaient à rendre des comptes qu’à leurs seuls électeurs et rien qu’eux. C’est insupportable. On se demande combien de temps le frêle Charles Michel pourra supporter cela. Tout ce brouillage, ce parasitage médiatique risque d’entraîner assez rapidement une décote de la Belgique sur les marchés financiers. Autre dégât collatéral : la désaffection de plus en plus marquée des Belges pour la politique.

MG

 


CHARLES MICHEL : "LE COMPORTEMENT DE PAUL MAGNETTE EST UNE DÉMARCHE PRÉ-SÉPARATISTE"


 

Depuis le Lambermont, le Premier ministre Charles Michel (MR) est revenu dans un long entretien pour "La Libre" sur la chaude actualité politique des derniers jours : manifestation nationale, taxation du capital… Il garde la porte ouverte vis-à-vis des syndicats mais aussi vis-à-vis des éventuelles propositions hors accord de gouvernement de ses partenaires de la majorité "suédoise".

 

 

 

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