mardi 16 décembre 2014

C’est le moment pour Charles Michel


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Tout est dit. L’ampleur de la paralysie du pays prouve l’existence d’un mécontentement social large, tant au nord qu’au sud du pays. Mais le nombre de dérapages inhabituel hier montre aussi le risque pour les syndicats de jouer avec un feu qu’au tour suivant, ils ne pourraient plus maîtriser et qui ferait basculer l’opinion contre eux.

Le décor est planté pour permettre aux hommes d’Etat de sortir du bois. C’est « le » moment à saisir par le Premier ministre Charles Michel. Il a devant lui l’occasion unique de se forger une stature de rassembleur, au-dessus de la mêlée, en même temps que de chef d’orchestre unique du gouvernement, qui assume ses responsabilités de façon courageuse mais inclusive : toutes choses qu’il n’a pu incarner depuis les débuts tour à tour sulfureux et chaotiques de son équipe. Il faut pour cela qu’il prenne de la hauteur et mette fin à l’échange d’invectives entre ministres et syndicats, et propose un compromis. Comme l’ont fait nombre de dirigeants belges avant lui.

Il suffit de ressortir l’historique des fins de grève : un compromis ne veut pas dire qu’on renonce à l’essentiel de la politique proposée, mais qu’on joue sur la panoplie des outils permettant d’atteindre les mêmes buts, sans les défauts dénoncés. Sortir du symbolique pour être pragmatique.

Les objectifs sont évidents : il faut réformer les pensions, restaurer la compétitivité, agir sur la fiscalité qui pèse sur le travail, gérer les comptes publics tout en relançant l’économie. Pas par idéologie ou pour faire plaisir à certains, mais pour préserver notre sécurité sociale et favoriser la création d’emplois. Les Belges ne sont pas aveugles et ont du bon sens : s’ils réclament en grand nombre que l’effort demandé soit juste, ils savent les réformes structurelles indispensables. Ce serait folie pour les syndicats que d’être les agents de l’immobilisme.

Dans un contexte très difficile, Charles Michel peut s’offrir un nouveau départ en s’affirmant comme un chef de gouvernement qui donne le ton, affranchi des belles-mères, fort à la fois de la compréhension des messages reçus et de sa conviction sur le cap à mener, quitte à bousculer l’accord de gouvernement. Il peut aussi choisir d’imposer le tournant tel que défini. Mais cela risque de relever de l’aventure dans un pays qui n’est pas préparé à cela et avec une équipe gouvernementale qui ne paraît pas assez forte pour s’y frotter.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SORTIR DU BOIS, PRENDRE DE LA HAUTEUR ET PROPOSER UN COMPROMIS


Le grand éditorialiste est celui ou celle qui « prend de la hauteur » s’élève au-dessus des partis et des partis pris pour adopter le point de vue et le ton de Sirius (alias feu Beuve-Mery, premier « patron » du Monde). Béatrice Delvaux est taillée dans ce même bois et son édito force le respect. Surtout il invite « Charles Michel à s’offrir un nouveau départ en s’affirmant comme un chef de gouvernement qui donne le ton, affranchi des belles-mères, fort à la fois de la compréhension des messages reçus et de sa conviction sur le cap à mener, quitte à bousculer l’accord de gouvernement »

Autrement dit, à « sortir du bois » et à se « forger une stature de rassembleur, au-dessus de la mêlée »à «prendre de la hauteur et mettre  fin à l’échange d’invectives entre ministres et syndicats, et à proposer un compromis. Comme l’ont fait nombre de dirigeants belges avant lui. » « Un compromis jouant sur la panoplie des outils permettant d’atteindre les mêmes buts, sans les défauts dénoncés. Sortir du symbolique pour être pragmatique : réformer les pensions, restaurer la compétitivité, agir sur la fiscalité qui pèse sur le travail, gérer les comptes publics tout en relançant l’économie. » En un mot comme en cent : « préserver notre sécurité sociale et favoriser la création d’emplois. »

Cet édito au ton churchillien s’adresse à un seul homme et à tous les Belges. C’est ce qui fait sa force et sa grandeur. Sa concision rappelle celle de l’appel gaullien du 18 juin.

Béatrice Delvaux a senti mieux que personne la tension dramatique extrême dans laquelle se trouve le pays. C’est miracle qu’on ait évité les incidents majeurs, les coups de sang et les coups de feu qui nous auraient fait toucher le fond et mis fin pour de bon à ce mythe qui veut que les querelles entre Belges on fait couler des flots d’encre mais pas une goutte de sang. On a frisé le drame à plusieurs reprises hier.

Les esprits sont échauffés comme jamais et le climat est préinsurrectionnel. Nous vivons l’histoire en temps réel. Seul un homme de caractère forçant au dialogue des gens qui pensent autrement peut nous tirer de cette redoutable impasse. Charles Michel, le débonnaire, fils de Louis le teigneux a rendez-vous avec lui-même et avec tous les Belges.

MG

 

 

 

 

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