samedi 6 décembre 2014

Fabiola, au panthéon de la belgitude


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef Le Soir

L’édito de Béatrice Delvaux.



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La reine Fabiola est une de ces madeleines de Proust que les Belges ont rangée dans leur armoire aux souvenirs, évoquant ce pays qu’ils aiment de temps en temps rappeler à eux.

Fabiola, c’est le portrait en noir et blanc d’une jeune femme brune et fine, à la tête ceinte d’une couronne, qui coexistait sur le mur de l’école lorsque nous étions petits, avec celui de son mari juvénile, le roi Baudouin.

Fabiola, c’est cette image plus cocasse d’une funambulesque coiffure qui avait un jour décidé de monopoliser son visage.

Fabiola était une de ces mailles qui tissait le tricot de notre maillot noir jaune rouge. Un rien désuète, racée mais aussi très familière. Sorte d’icône de la belgitude déposée au fond de ces tiroirs mentaux, d’où nous sortons à espaces de plus en plus irréguliers des diables rouges, un drapeau, l’Atomium ou Adamo.

Fabiola est cette reine qu’on avait fini par ne plus voir que musicienne, très religieuse et moraliste, enfouie au fond de son grand château, avec sa foi et ses femmes de chambre. On se dit, en revoyant les images de sa jeunesse, qu’on avait oublié à quel point elle avait été la femme intelligente, polyglotte et forte qui avait donné au roi Baudouin une assise, une charpente et surtout une histoire d’amour intense et fidèle.

Fabiola, c’était surtout un couple, dont la fusion s’était incarnée dans ce bras fantôme entourant la taille d’une Reine soudain veuve, mais que notre dessinateur Royer avait vue accompagnée, pour toujours, par l’ombre de Baudouin. La réalité de l’influence politique et idéologique, de même que des réseaux et relations de Fabiola sur le roi Baudouin, reste cependant à approfondir.

Une affection, un rien moqueuse, a longtemps uni les Belges à cette reine au brushing improbable. Mais cette image s’était abîmée ces dernières années, après les révélations sur l’argent de sa fondation. Le soupçon qu’une reine des Belges ait réparti un patrimoine constitué en partie de l’argent national, au profit de neveux, avec des références explicites à la pratique religieuse, avait choqué. Elle avait surtout provoqué une rupture très nette dans le traitement réservé par l’Etat belge à sa monarchie. Paradoxal retournement de l’histoire pour celle qui, alors qu’elle était une jeune aristocrate espagnole, avait contribué par son mariage, à la consolidation inespérée de notre pays déchiré et à la maturité d’un monarque timide, triste et très seul jusque-là pour exercer un pouvoir retiré à son père.

Il y a une ironie à ce que l’enterrement de cette icône d’une certaine belgitude s’orchestre en présence de ministres fédéraux républicains et séparatistes.

Comme si Fabiola avait décidé de décrocher à sa façon, son portrait du mur

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE ROI C’EST LA REINE


Assez pour le côté lumière, abordons aussi le côté ombre de la femme de feu le roi prêtre, celui qui avait supplié le cardinal Suenens, son cher confident, de lui trouver une compagne pieuse et de préférence très traditionnaliste. Celui-ci s’empressa de solliciter les conseils de la nonne  irlandaise Véronica O’Brien, laquelle écuma les milieux franquistes pour dégotter la perle rare, une perle noire, une perle de bénitier qui faillit coûter son trône à un Baudouin rotor et rigoriste refusant de signer le texte de loi relatif à la libéralisation de l’avortement. « Le roi, c’est la reine », disait André Cools qui ne l’aimait pas.C’est qu’elle avait ignoré la séparation de l’Eglise et de l’Etat au Palais avec ce refus de signature infligé à son pieux époux. Herman Liebaers, ancien maréchal de la cour, dénonça l’influence du cardinal Suenens sur la cour, il aurait utilisé la reine pour promouvoir le Renouveau charismatique au sein de la famille royale et dans son évêché. Seul le rebelle Laurent résista à cet embrigadement familial.

On comprend qu’après ces déclarations, Herman Liebaers n’était plus le bienvenu à la Cour. Il fera la file comme tout le monde pour saluer la dépouille de Baudouin, en 1993…

Le grand mérite du très rigoriste roi Baudouin de Belgique fut de pratiquer l’interculturel en unissant son destin à celui de Dona Fabiola. On ignore s’ils parlaient français ou espagnol dans l’intimité. Latin peut-être, entre deux messes matinales.

MG

BAUDOUIN RENCONTRE FABIOLA... GRÂCE À UNE ENTREMETTEUSE !

La version la plus répandue concernant la rencontre de Baudouin et de Fabiola la situait à Lausanne chez la reine Victoria, la veuve d'Alphonse XIII. En guise de premier lieu de rendez-vous, d'autres avancèrent Saint Sébastien, la Costa Brava ou encore l'Exposition Universelle de Bruxelles.

 D'après le cardinal Suenens (très proche du roi) , rien de tout ceci n'était vrai. Une religieuse irlandaise, Veronica O'Brien, fut reçue à Laeken afin de s'entretenir avec le jeune roi. Les conversations concernèrent bien sûr au premier chef la religion et la vie spirituelle de Baudouin. Ensuite, au fil des rencontres, le jeune homme évoqua son célibat et son désir de rencontrer une épouse qui pourrait partager sa vie, sa foi et sa charge. Le souverain manifesta une préférence pour l'Espagne et Veronica resta songeuse. Après avoir réfléchi, elle lui proposa de partir outre-Pyrénées pour y chercher la perle rare. L'enquête de l'Irlandaise au sein de la bonne société madrilène la conduisit auprès d'une jeune femme encore totalement inconnue, Fabiola de Mora y Aragon. Dans une lettre au roi, la sœur décrivit sa découverte :

"Grande, mince, bien bâtie, visage "good looking and striking", pétillante de vie, d'intelligence, d'entrain, de droiture, de clarté. Visage ovale, cheveux touffus châtain clair, beau front. Bouche peinte, généreuse, assez grande."

C'était le début d'une belle et longue histoire d'amour.


Patrick Weber - Chroniqueur royal

"FABIOLA ET LE DICTATEUR FRANCO, OU LA FACE OBSCURE DE LA REINE BLANCHE"

Portée aux nues par une biographie espagnole, la veuve du roi Baudouin garde sa réputation sans tache. Ses sympathies pour le dictateur Franco font partie de ces vérités historiques généralement tues. Mais l’historienne Anne Morellitravaille à les établir. Le Vif/L’Express lève le voile sur cette part d’ombre de la Reine des Belges.


Justice est faite. A 84 ans, Fabiola a enfin droit à sa première biographie intégralement espagnole. La cinquième reine des Belges ne peut qu’être enchantée de cette tardive marque d’attention. Fermin Urbiola, journaliste bien connu en Espagne, a fait du beau travail. Son livre est devenu un best-seller en péninsule ibérique. Traduit en français et en néerlandais, il semble promis au même succès sous nos latitudes (1).

Mais l’historienne Anne Morelli (ULB) prépare la riposte. Elle affirme n’être pas rentrée bredouille de sa plongée dans les archives espagnoles, notamment dans les papiers du général Franco, et y a puisé matière à déchirer le voile pudiquement jeté sur la face obscure de la « Reine blanche.» Le brûlot est encore en gestation, mais son titre est déjà tout trouvé : « Fabiola, un pion dans le jeu politique de Franco ». La trame d’une part d’ombre sur laquelle la Reine, invitée par Le Vif/L’Express à en dire plus, préfère garder le secret.

Dans les faits, autant qu’en Belgique, Fabiola avait fait un tabac en Espagne, lorsque elle fit officiellement irruption dans la vie sentimentale du roi Baudouin, à l’automne 1960. Autorisés à se déchaîner, les journaux rivalisent de louanges à l’égard de cette méconnue dont la vie est examinée sous toutes les coutures. Elle est aristocrate, jeune fille de très bonne famille, élevée dans la stricte observance du catholicisme ibérique, infirmière dans un hôpital militaire, constamment au chevet des plus démunis : la promise est tout simplement parfaite. Passés au peigne fin, son profil, ses goûts, son mode de vie font les délices de la presse populaire féminine. Le couple Franco en personne se joint à la fête et orchestre volontiers la manœuvre avant le mariage entre Fabiola et Baudouin. « L’Etat espagnol voulut se joindre aussi à l’ample et intense marée nationale de reconnaissance envers la jeune aristocrate. Ce fut justement l’épouse de Franco, Carmen Polo, qui voulut (sic) se charger de l’événement, avec sa fille, la marquise de Villaverde », rapporte Fermin Urbiola. « Les deux se présentèrent à l’hôtel particulier des Mora, devant une nuée de photographes et de reporters, pour donner le plus de solennité possible à l’acte de donation du cadeau de l’Etat, une couronne, à la fiancée et future Reine des Belges. » L’épouse du ministre espagnol des Affaires étrangères, Fernando Castiella, homme au passé idéologiquement chargé, est aussi de la partie.

Et Fabiola s’accommode fort raisonnablement de ces marques d’attention prodiguées jusqu’au sommet du pouvoir franquiste. Elle ne rechigne pas à prendre la pose aux côtés de l’épouse du dictateur. Elle assume parfaitement son rôle d’ambassadrice de charme de l’Espagne, forcément franquiste.

Et jusqu’en 1975, et la mort de Franco, Fabiola comme Baudouin maintiendront les liens avec le dictateur. Parce que, comme l’explique Anne Morelli dans l’interview qu’elle nous accorde, « il y avait un lien amical entre les souverains belges et le Caudillo. »

Pierre Havaux

(1) Fermin J. Urbiola, Fabiola Reine depuis toujours, éd. Mols, 2012.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE SABRE ET LE GOUPILLON

Nombreux sont les anciens Belges qui vouent un culte à feu le roi Baudouin, l'ami de Mobutu et du Caudillo. Ce qu'on dit peu dans ces milieux c'est que "La reine c'était le roi" selon un raccourci cinglant dont André Cools avait le secret.  Le refus de signature de la loi sur l'avortement c'est elle! Sans le subterfuge de l'empêchement de régner temporaire de Wilfried Martens, c'était à coup sûr l'"abdicachion"!

Il faut lire les commentaires des internautes du Vif pour mesurer toute l'arrogance de cette castillane collet monté élevée sous le signe du sabre et du goupillon.

De quoi rendre plus aimable, par contraste, l'insipide Paola ou la mièvre Mathilde.  Elisabeth de Bavière, la reine du Concours, fut-elle notre seule souveraine digne de ce nom?

MG

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