mercredi 17 décembre 2014

Gêné par les odeurs, l’ex-PDG de L’Oréal poursuit une baraque à frites


Rédaction en ligne
Le Soir

Lindsay Owen-Jones de fermer une baraque à frites située face à son appartement de Val d’Isère.



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L’odeur est-elle si forte ? Ou son nez un poil trop délicat ? L’ancien PDG de L’Oréal Lindsay Owen-Jones demande mardi au tribunal d’Albertville de fermer une baraque à frites située face à son appartement de Val d’Isère (Savoie), car il n’en supporte plus les « nuisances olfactives ».

Le Britannique et son épouse, qui possèdent un appartement au pied des pistes de ski, poursuivent, avec trois autres propriétaires, la gérante de l’établissement « La cabane », Valérie Maertens, pour « trouble anormal de voisinage ». Ils reprochent à ce snack de « très importantes nuisances olfactives dues aux odeurs de cuisine et de friture qui remontent dans leurs appartements et sur leurs terrasses », ainsi que des nuisances sonores et visuelles, selon les conclusions de leurs avocats consultées par l’AFP.



Ils estiment que la « vue remarquable et la tranquillité exceptionnelle » de leurs logis sont ainsi dénaturées par l’exploitation de cette friterie située sur le front de neige, entourée de « nombreuses chaises et transats, tables, tentes et chapiteaux, parasols bariolés, poubelles et véhicules ».

M. Owen-Jones et ses voisins réclament donc au tribunal la fermeture de l’établissement, sous peine de 500 euros par jour de retard, ainsi que la destruction de « constructions illégales » intervenues en 2011. En cas de rejet de ces requêtes, ils exigent une expertise de la perte de valeur de leurs appartements résultant de ce trouble de voisinage.

Ironisant sur les « précieuses narines de M. Owen-Jones », Me François Bern, avocat de la gérante, dénonce, lui, un « harcèlement judiciaire ».

’PROCÈS DE RICHES’

Depuis 2008, c’est la cinquième procédure en justice engagée dans ce dossier. Le syndicat de copropriété avait notamment tenté, dans un premier temps, d’enjoindre le maire de Val d’Isère de fermer la baraque à frites, sans succès.

« C’est un procès de riches qui vivent dans la soie et le confort, ne respirent que des parfums et empêchent cette dame de vivre », s’insurge Me Bern.

Les copropriétaires reprochent à la commerçante le non-respect du code de l’urbanisme, faisant valoir que le chalet technique, destiné à la société des téléphériques, n’avait pas vocation à devenir un local à usage commercial. Pour appuyer leurs dires, M. Owen-Jones et ses voisins citent des courriers du maire de Val d’Isère de septembre et décembre 2009, dans lesquels l’édile indique que le snack « est dans une situation illégale » et « ne bénéficie d’aucun permis de construire pour un commerce ».

Malgré cela, le snack a continué à fonctionner sous des enseignes diverses : « Crêpes flowers », « La cabane » ou « Chalet des anges ». En 2011, les beaux-parents de la gérante, propriétaires du terrain, ont même fait procéder à des travaux d’agrandissement afin d’installer une terrasse et un chapiteau.

Reconnaissant « une situation un peu bancale », Me Bern estime cependant que l’administration a validé l’usage commercial du chalet dans un arrêté municipal de janvier 2008. « C’est un établissement à la bonne franquette, qui a toute sa justification. Quelles sont les priorités aujourd’hui ? Que les gens aient une activité ou qu’on les embête avec des règles d’urbanisme ? », demande l’avocat.

Contactés par l’AFP, les avocats de M. Owen-Jones n’ont pas souhaité s’exprimer.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« SANS AUTRE FORME DE PROCES »


Monsieur de La Fontaine en aurait fait une faible, quelque chose dans le style du loup et de l’agneau. Mais voilà, il s’agit ici d’un fait véridique et qui se produit, cela ne s’invente pas, en Suisse. Ce fait divers se lit comme une métaphore du conflit latent qui, de plus en plus, oppose les supers nantis aux exclus. Les nantis sont ici incarnés par le PDG de L’Oréal et les exclus par une exploitante de friterie qui a eu le front de créer son propre emploi en devenant indépendante. Donc ni une prolétaire ni une « assistée réclamante »comme les appelle désormais Attali. Les fumées malodorantes de la fabricante de malbouffe font frémir les narines délicates de l’ex PDG, de ses proches et de ses voisins friqués.

Personne, nanti ou pas, n’apprécie évidemment qu’une friterie s’ouvre sous ses fenêtres et il n’est pas bon que le bon peuple des jeunes et des toujours-jeunes se gave de hamburgers, de frites grasses ou de mitraillettes dégoulinantes de mayonnaise qui enflent nos ados des villes, les transformant en bonshommes Michelin. Entre Namur et Givet on dénombre une friterie tous les 5 km. C’est consternant : une vraie usine à cholestérol, un drame pour la santé publique.

Mais revenons à cette anecdote qui n’en est pas une mais le symbole de deux catégories sociales qui s’insupportent et sans doute se heurteront de plus en plus au fur et à mesure que les écarts se creuseront entre les plus riches et les plus démunis. Je l’ai dit plus d’une fois on est en 1786,1789 ou peut-être déjà 1793. Les grèves de lundi ont montré à quel point les tensions sont en train de s’exacerber entre privilégiés et « gens de rien ». Tout indique que nous vivons une période prérévolutionnaire.

Le PDG aura raison de la friterie polluante qui sera forcée de fermer  « sans autre forme de procès » mais elle ira s’ouvrir plus loin, comme des dizaines d’autres snacks douteux.

Mais au juste, dites-moi, qui pollue le plus d’une friterie et des usines l’Oréal?

Il est vrai que cela ne pollue pas les mêmes…

 

MG

 

 

Le Loup et l'Agneau 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

 

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