mardi 30 décembre 2014

"Djihad", la pièce qui déradicalise


CHRISTOPHE LAMFALUSSY La Libre

Vendredi soir avait lieu à Bruxelles la première de "Djihad", la pièce d’Ismaël Saidi. Cet ancien policier de Bruxelles met en scène le départ pour la Syrie de trois jeunes vivant "entre Simonis et Ribaucourt". Ceux-ci découvrent vite que la situation sur place n’est pas ce qu’ils espéraient. Salle comble et public, en majorité issu de l’immigration maghrébine, ravi. "La Libre" a rencontré l’auteur après le spectacle.

ISMAËL SAIDI, PARLER DU "DJIHAD", EST-CE UN PARI PERSONNEL ?

Aujourd’hui, on est à l’ère du politiquement correct, et les artistes deviennent de plus en plus mous. L’art est fait pour parler d’un sujet qu’on ne voit plus dans le JT en général. Et quand on en parle avec humour, cela permet de décomplexifierun sujet et d’amener les gens à en parler après le spectacle.

VOUS EN FAITES UNE TRAGI-COMÉDIE…

J’ai grandi avec les comédies de Louis de Funès et d’autres. Le catalyseur de l’humour, c’est le drame. Ce sont des mecs qui partent sans savoir où ils vont, remplis de clichés eux-mêmes. Le sujet est dramatique, mais j’ai envie d’en rire pour qu’on puisse en parler ensemble.


DJIHAD D’ISMAËL SAÏDI : UNE PIÈCE QUI FAIT RIRE ET RÉFLÉCHIR À LA FOIS


LE PARI ÉTAIT OSÉ MAIS RISQUÉ : ÉCRIRE ET JOUER UNE PIÈCE DÉCALÉE SUR LE THÈME DU DJIHAD. RÉSULTAT DES COURSES : ISMAËL SAÏDI S’EN SORT PLUTÔT BIEN. SA NOUVELLE PIÈCE SE REGARDE DE MANIÈRE PLUTÔT LÉGÈRE, PORTE SOUVENT À RIRE ET ATTEINT FINALEMENT SON OBJECTIF : AMENER LE PUBLIC À RÉFLÉCHIR SUR CE SUJET SENSIBLE.

Jouée à l’espace Pôle Nord du 26 au 30 décembre prochain, la nouvelle pièce d’Ismaël Saïdi raconte l’histoire de trois Bruxellois – Ben, Ismaël et Reda – quelque peu désœuvrés au quotidien. Jusqu’au jour où ils décident de partir ensemble en Syrie pour prendre part au Djihad au nom de leur religion, l’islam.

Le long de cette odyssée tragi-comique qui les mènera de Schaerbeek à Homs en passant par Istanbul, ils découvriront les raisons qui ont poussé chacun d’entre eux à partir et devront faire face à un contexte beaucoup moins idyllique que prévue. «Les trois personnages forment une équipe de bras cassés avec des profils très différents. Ben est l’idéologue, Reda le rêveur et Ismaël le torturé. Avant de commencer leur épopée, ils ne se connaissent pas spécialement. Tout au plus, ils se sont rencontrés à la mosquée », explique Ismaël Saïdi. Ce dernier a voulu écrire une pièce sur un thème dont on parle beaucoup (trop ?) ces derniers mois mais dont la majorité des gens connaissent en fin de compte peu de choses. « Quand j’étais plus jeune, on nous proposait de partir combattre en Afghanistan. Je connais le processus. J’ai donc voulu écrire une pièce qui nous rassemble tous sur le ton de l’humour. Mon boulot comme auteur, c’est d’écrire une comédie un peu noire où on essaie de susciter le débat. Nous ne voulons pas que les jeunes partent », explique Ismaël Saïdi qui joue également dans la pièce.

Aux côtés de l’auteur et comédien, on retrouve le bien connu Ben Hamidou, Reda Chebchoubi (Moroccan Gigolos) ainsi que Shark Carrera (dans le rôle d’un chrétien). Si la pièce suscite inévitablement quelques critiques,  les retours positifs semblent majoritaires nous confirme celui qui s’apprête à aller tourner au printemps prochain La reine des Sables au Maroc (production Scope Pictures).

Pour acheter les billets : http://be.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Humoriste-s–DJIHAD-ESDJI.htm


BELGIQUE : L'ARTISTE D'ORIGINE MAROCAINE ISMAËL SAÏDI MET EN SCÈNE UNE PIÈCE SUR LE JIHAD

Religion | Par El Hadji Mamadou Gueye

(…).

MARINE LE PEN COMME POINT DE DÉPART

La pièce apporte, malgré son côté comique, une autre lecture du phénomène jihadiste. Et la raison de sa sortie vient en quelque sorte d’une déclaration à la télévision du leader du Front National, Marine Le Pen. En effet, Saïdi prend le contre pied de la présidente du FN, qui estimait à l'antenne qu’il n’y avait « pas de problème à ce que ces jeunes partent, à la condition qu’ils ne reviennent pas ». Selon l’artiste belgo-marocain, le problème est, bien au contraire, « de les voir partir ». Le belgo-marocain s’interroge, de ce fait, sur les raisons qui motivent les jeunes jihadistes à « aller se faire tuer en Syrie ».

Si l’auteur, qui joue aussi dans la pièce (avec Ben Hamidou et RedaChebchoubi), dit connaître le processus du recrutement des jihadistes, il estime que le sujet n'est pas toujours maîtrisé. « J’ai eu envie d’écrire cette pièce car c’est un sujet dont tout le monde parle sans savoir de quoi il s’agit exactement ». Un jeune vole un bonbon, on va dire qu’il part en Syrie. On ne parle plus que de ça. Quand j’étais plus jeune, on nous proposait de partir combattre en Afghanistan », explique-t-il.

DÉNONCER LA « SURVICTIMISATION » 

L’autre raison de la sortie de « Djihad », est le besoin de mettre fin à la victimisation dont use bon nombre de musulmans selon l’artiste. « Le problème vient de nous », ose même affirmer le Belgo-Marocain. « Je m’insurge contre la survictimisation, c’est trop facile de toujours dire que l’on nous rejette. On ne peut sans cesse se dire différent des autres et réclamer être considéré comme les autres », estime-t-il dans un entretien avec le CCLJSaïdi pense ainsi sans langue de bois et estime qu’il y a « un gros problème » au sein de la communauté musulmane. Un problème qu’est « cette schizophrénie entre la culture judéo-chrétienne dans laquelle on vit et l’identité musulmane qui nous est propre, et certains ne parviennent pas à faire le juste trait d’union entre les deux ».

La pièce évoque aussi le peu de relations entre juifs et musulmans. Un des acteurs de la pièce semble ne pas apprécier les Juifs. L'auteur lui, estime que les relations entre les communautés en Belgique sont différentes par rapport à celles qui existent en France. Ce sont « des relations de gestion de crise ». « Quand il y a eu l’attentat au Musée juif, on a manifesté ensemble, on s’est pris dans les bras, jusqu’à la prochaine crise. On ne se mélange jamais, on ne se connait pas », déplore-t-il. « Djihad » se joue à partir de ce vendredi jusqu’au 30 décembre à l’Espace Pole Nord à Bruxelles.



DJIHAD : LA COMÉDIE QUI EXPLIQUE UNE TRAGÉDIE

 


Je viens de voir la pièce Djihad d’Ismaël Saïdi. 6 ou 7 tableaux (je n’ai pas compté) pour suivre le périple de 3 bruxellois partis en Syrie faire le Djihad. Sur scène Ismaël Saïdi est accompagné de Reda Chebchoubi et Ben Hamidou. Le thème est grave, mais le registre tragi-comique permet de le traiter avec légèreté. Les trois comparses incarnent des personnages décalés, des paumés en quête de sens, dont on mesure l’absurdité de la quête guerrière. Ben Hamidou rêvait d’être Elvis Presley (la scène est hilarante), Ismaël Saïdi se voulait dessinateur, le troisième voulait épouser une bonne catholique. Perdus en Belgique, les voici perdus en Syrie. Ce ne sont pas des djihadistes de choc, leurs bagages idéologiques et religieux restent minces, et on rit beaucoup de leurs déboires. En bon bruxellois, on s’échange quelques feintes et on met le doigt sur l’absurdité de la situation. Reda Chebchoubi campe magnifiquement un idiot attachant qui se révèlera être un ingénieur en perdition. C’est enlevé, rythmé, la salle rit de bon cœur.

Bien sûr on pourra trouver que l’œuvre est imparfaite.  Quelques démonstrations auraient pu être remplacées par des allusions plus suggestives . Mais l’essentiel est ailleurs. Oui on peut rire des djihadistes. Mais on peut en rire avec une certaine ironie, une compréhension de leurs parcours, et même une forme de tendresse pour leur désarroi. Et quand l’auteur est musulman c’est encore mieux. Dans son texte Ismaël Saïdi pointe clairement le rôle des mosquées,  la pression "du quartier" combinés au sentiment de rejet des jeunes bruxellois comme éléments déclencheurs des candidats au grand départ. Il démontre aussi l’inefficacité de la démarche : le djihad ne change ni le monde, ni ceux qui choisissent de l’embrasser. Le plaisir est décuplé quand on regarde l’assistance : il y a là des jeunes, des mères de famille qui portent le voile, ce n’est pas le public guindé d’autres théâtres, on sait de quoi parle l’auteur. Il faudrait payer le billet d'entrée à Eric Zemmour et ses fans pourqu'ils constatent de visu que l'Islam Bruxellois se rit de ces combattants, et que définitivement, la vision totalitaire qui préside au Djihad est une déviance ultra-minoritaire.

Quelques centaines de jeunes belges ont choisi le Djihad. On estime à 200 ceux qui seraient partis de Bruxelles pour la Syrie. Certains sont déjà revenus, d’autres ne reviendront jamais. Ils auraient dû voir la pièce avant, mais c’est trop tard.

Même si nous sommes en période de fêtes, le journaliste politique va refaire surface. Il ne reste plus que deux représentations de Djihad. Si vous pouvez encore trouver une place courez-y. Si vous êtes ministre de l’éducation, échevin(e) de l’enseignement, responsable d’un pouvoir organisateur (il arrive que ces gens là lisent ce blog) faites en sorte de programmer ce spectacle dans les écoles. Vous aurez fait quelque chose d’utile et d’authentiquement pédagogique : cette comédie  est un excellent point de départ pour aborder un sujet si sérieux qu’il en devient tragique. 
Par Fabrice Grosfilley, rédacteur en chef de Télé Bruxelles

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PAS VU MAIS ENVIE DE VOIR

Une démarche pédagogique intéressante, utile même et tout à fait sympathique :« Je m’insurge contre la survictimisation, c’est trop facile de toujours dire que l’on nous rejette. On ne peut sans cesse se dire différent des autres et réclamer être considéré comme les autres »,


Titre:
Théâtre : Djihad
Quand:
09.01.2015 19.00 h
Où:
Espace Toots - Evere

Une pièce d'Ismaël Saidi

avec Ben Hamidou, Reda Chebchoubi, Ismaël Saidi et Shark Carrera.

Suivi d'un débat.

Entrée libre, mais réservation obligatoire : ddoevere@gmail.com ou 02 247 63 33.

 

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