mardi 30 décembre 2014

Les migrants et le green de golf : "Un portrait de la réalité"

L’Obs

LES PHOTOS DE 2014. Jusqu'au 31 décembre, "l'Obs" revient sur les photos emblématiques de l'année. Aujourd'hui, focus sur l'image du golf de Melilla.

 

 

Une photo. Deux mondes. Au premier plan, deux personnes jouent au golf à Melilla, ville espagnole enclavée dans le territoire marocain, en bord de Méditerranée. En arrière-plan, une dizaine de migrants se trouvent à cheval sur le grillage qui sépare le Maroc de l'Espagne, et tentent de rejoindre l'Europe. Deux univers parallèles, entrés en collision le 22 octobre dans le cadrage effectué par José Palazon.



Cette image qui semble en dire si long sur notre monde contemporain a fait grand bruit sur le web et dans les médias, poussant l'auteur du cliché  à s'exprimer dans la presse ibérique. "Quand j'ai vu cette scène, elle m'a parue affreuse", déclare José Palazon, membre de l'association de défense des migrants Prodein, à l'édition espagnole du "Huffington Post".

CETTE PHOTO EST UN PORTRAIT DE LA RÉALITÉ. MAIS PAS LA RÉALITÉ DE MELILLA, PLUTÔT CELLE DE L'ESPAGNE, DE L'EUROPE... DU PEU D'ENTENTE QUI EXISTE ENTRE LES DEUX PARTIES, DE LA FAÇON DONT NOUS REGARDONS L'AUTRE."

"Le discours gouvernemental nous présente l'immigration comme une 'invasion', une 'masse de Noirs'. Les migrants ne sont quasiment pas considérés comme des personnes... Nous nous sommes habitués à ce qu'ils meurent en mer", s'indigne l'habitant de Melilla. Pourtant ces hommes "fuient la guerre ou la faim. Ils ont des raisons très sérieuses de faire ce qu'ils font. Ce sont juste des gens qui veulent vivre."

Egalement interrogé par le site du quotidien El Pais, José Palazon explique que le succès de son cliché tient vraisemblablement à ce que celui-ci "montre tout ce qui nous énerve tellement : la différence nord-sud, les inégalités, la violence. Tout ce que chacun déteste et méprise."

AUTOUR DE CETTE PHOTO

Melilla, porte d'entrée vers l'Europe. Avec Ceuta, une autre enclave espagnole située au Maroc, Melilla possède les seules frontières terrestres entre l'Europe et l'Afrique. En 2014, quelque 20.000 migrants ont pris d'assaut les grillages de six mètres de haut qui enceignent cette ville du Rif. 2.000 les ont franchis.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ARRÊT SUR IMAGE 


Décontextualisée, cette photo est une métaphore du temps présent. Elle parle toute seule et suscite autant de commentaires que cet arrêt sur image attirera de visiteurs sur ce site. De toute évidence, la photo est l’art majeur du XXIème siècle. Si vous en doutiez encore, allez voir le « Sel de al terre » ce film magnifique que Wim Wenders a consacré au photographe Salgado.



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