mardi 9 décembre 2014

Profs, notre métier, c’est d’enseigner, pas d'éduquer

La Libre

Une chronique de Béatrice Stiennon.

 


Plus on demandera à l’école de nourrir, d’éduquer et de panser, moins il lui sera possible d’accomplir sa mission qui est d’instruire et de participer à l’avènement d’adultes acteurs de leur vie.

Ces derniers temps, la problématique du report de l’âge de la pension a permis d’aborder la question de la pénibilité de certaines professions. Chacun décrivant et justifiant en quoi son métier était pénible. Malheureusement, les débats et commentaires qui s’en suivent versent souvent fort dans le "cliché". Ils ont toutefois le mérite d’exister et de faire découvrir d’autres réalités que les nôtres.

Le métier d’enseignant a, comme chaque profession, ses côtés difficiles. Chacun ira de sa propre analyse, de sa propre définition. Néanmoins, nous serons probablement tous d’accord pour dire qu’il devient de plus en plus difficile de pratiquer notre métier qui, comme son nom l’indique, est bien celui d’enseigner. Permettre aux élèves d’accéder aux différents savoirs, développer leurs cognitions et les fixer durablement, relève du défi ! Parfois nous nous demandons si cela ne devient pas notre "inaccessible étoile" !

Les enfants et leurs professeurs ne sont pourtant pas moins aptes à travailler, à apprendre, ni à enseigner que par le passé ! Mais alors ? Passons rapidement sur le quotidien encombré de tâches répétitives et souvent inutiles et sur les savoirs complexifiés et multipliés pour nous, et arrêterons-nous sur ce qui est le plus handicapant et surtout le plus questionnant.

Nous sommes littéralement submergés par la réalité de la vie quotidienne de nos élèves. Réalité qui envahit l’espace de la classe et l’espace du temps scolaire. Comment mettre nos élèves en situation d’apprentissage s’ils arrivent le ventre vide à l’école, s’ils remontent en classe après des bagarres de plus en plus violentes pendant la récréation, s’ils ont été attaqués sur les réseaux sociaux, s’ils arrivent déjà épuisés par une situation familiale délicate ?

COMMENT ENSEIGNER, SANS SE SUBSTITUER AUX PARENTS

Comment mettre la classe au travail, quand ces enfants sont en telle souffrance que même le vivre ensemble au sein de la classe, est presque impossible ? Une chose est certaine. Il serait illusoire, voire suicidaire d’ignorer ces réalités, de faire semblant. Les difficultés que nous laisserions derrière la porte de nos classes, rentreraient par les fenêtres ! Nous ne ferions que déplacer et amplifier le problème. Mais alors, comment leur prêter une oreille attentive et en même temps rester leur professeur ? Comment faire pour rester à notre juste place d’enseignant, sans nous substituer ni aux parents ni aux autres acteurs de leur éducation ? Comment agir au-delà de ce que les professeurs font intuitivement dans l’instant présent, et ce depuis toujours ? Comment nous donner la possibilité de retrouver du temps et de l’espace pour travailler les savoirs ?

Peut-être est-ce le moment d’ouvrir plus grandes encore les portes de nos écoles et de nos classes sur l’extérieur ? Les professionnels qui peuvent nous seconder dans les domaines "hors enseignement" comme la gestion de la violence et, des conflits, comme le soutien des enfants dits difficiles ou en situation particulière sont nombreux et rodés à ce genre de mission (même si eux aussi croulent sous les demandes !). Acceptons de travailler avec eux et posons un regard positif sur ce qu’ils nous proposent, envisageons leur action non pas comme une charge supplémentaire à effectuer, mais bien comme un moyen de nous redonner du temps pour enseigner.

Cherchons également dans nos équipes pédagogiques des personnes ressources qui pourraient être des relais occasionnels ou qui proposeraient des activités hors des sentiers battus ! Soyons ouverts à ces échanges constructifs et innovateurs et espérons que cela permette aux enfants d’être reconnus dans leurs difficultés, aux enseignants d’être entendus dans leur soif d’enseigner.

Plus on demandera à l’école de nourrir, d’éduquer, de panser, d’excuser, plus il lui sera impossible d’accomplir sa mission fondamentale. Mais si d’autres intervenants, dotés de moyens suffisants, acceptent au sein de l’école de prendre cela en charge, alors les enseignants pourront enfin faire ce à quoi ils ont été préparés : former, instruire et participer à l’avènement d’adultes acteurs de leur vie.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA CROISÉE DES CHEMINS


La majorité des enseignants partageront le point de vue de cette institutrice : ils ont été formés pour enseigner et non pas pour éduquer. Et pourtant à la lumière des nouvelles situations de classe qu’elle décrit (classe dans les deux sens du terme : scolaire et marxiste) comme étant son nouveau quotidien, il est clair que la socialisation des élèves, surtout en milieu défavorisé, va prendre de plus en plus le pas sur leur instruction. Qu’ils le veuillent ou non, les enseignants sont devenus, au fil des années, des éducateurs chargés de socialiser des élèves qui semblent l’être de moins en moins. Toute la question est de savoir si les pouvoirs organisateurs et singulièrement la Communauté française ou plus exactement la Fédération Wallonie-Bruxelles tient compte de cette évolution dans l’élaboration des programmes et celle du projet pédagogique qui vise à définir quel type de citoyens l’école est censée former. « Soyons ouverts à ces échanges constructifs et innovateurs et espérons que cela permette aux enfants d’être reconnus dans leurs difficultés, aux enseignants d’être entendus dans leur soif d’enseigner.Plus on demandera à l’école de nourrir, d’éduquer, de panser, d’excuser, plus il lui sera impossible d’accomplir sa mission fondamentale ».

Et désormais, la mission fondamentale de l’école, c’est de socialiser les enfants. « Vivre est le métier que nous leur devons apprendre ». Vivre mais aussi vivre ensemble et, de plus en plus, vivre autrement. C’est, avec le réchauffement climatique, le plus grand défi auquel notre société européenne est confrontée. 

Ce bref article nous montre à quel point la mission des enseignants s’est modifiée au fil des années. Mais il y a fort à parier que la situation n’était guère différente à la fin du XIXe siècle lorsque la république envoya dans les campagnes ceux qu’on appela les Hussards de la République et que Marcel Pagnol a immortalisés dans « la Gloire de mon Père ». Ils ont fait la France mais ils ont fait aussi notre petite Belgique. Aujourd’hui nous avons besoin d’une nouvelle génération de hussards engagés, généreux, ambitieux et totalement au service des enfants.

De hussards ou de hussardes car la profession s’est largement féminisée.

MG



ENSEIGNEMENT DIFFÉRENCIÉ: LA MAJORITÉ PS-CDH REVOIT SA COPIE

BELGA La Libre Belgique


La majorité PS-cdH en Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de revoir sa décision controversée d'utiliser les subsides complémentaires octroyés jusqu'ici aux écoles à "encadrement différencié" pour soutenir la remédiation et lutter contre l'échec scolaire. Les partenaires de coalition déposeront mardi à l'occasion de l'examen du budget 2015 une série d'amendements pour gommer ces mesures qui visaient à prélever quelque 14 millions d'euros de subsides affectés aux écoles à enseignement différencié qui accueillent traditionnellement un public scolaire plus précarisé.

Avec cet argent, le gouvernement entendait financer l'engagement dès 2015 de 350 équivalents temps-plein pour lutter contre l'échec scolaire dans l'ensemble des écoles de la Fédération, et rencontrer ainsi -partiellement- un des engagements de l'accord de majorité de juillet dernier.

Ce projet a cependant provoqué ces derniers jours une véritable levée de boucliers du monde éducatif, de plusieurs responsables de communes plus précarisées, ainsi que du MOC ou encore de la FGTB, qui jugent cette mesure "antisociale et inégalitaire".

"On ne peut pas rester sourd aux demandes des écoles", estime André Flahaut(PS), ministre du Budget de la Fédération. La cheffe de groupe cdH au Parlement de la Fédération, Marie-Martine Schyns, confirme également un "toilettage" du projet controversé ce mardi.

"On ne peut pas priver l'enseignement différencié de mener des projets qui répondent aux besoins de ces établissements," abonde Christiane Vienne, la cheffe de groupe PS.

De sources concordantes, on indiquait lundi que les partenaires de majorité auront encore plusieurs échanges en soirée en vue de déposer les textes devant la commission Education prévue ce mardi matin à 10h00. "Plusieurs points doivent encore être tranchés", précise à cet effet une source gouvernementale.

L'objectif affiché par la majorité est de préserver les moyens complémentaires alloués aux écoles à enseignement différencié, mais de maintenir également l'engagement des 350 équivalents temps-plein.

Ceux-ci ne devront plus obligatoirement être affectés à l'enseignement et la remédiation, mais pourront également être convertis dans des postes d'éducateurs, d'assistants sociaux, voire des traducteurs, plus nombreux dans les écoles à enseignement différencié.

Les amendements en préparation ont aussi pour objectif de revoir une décision conçue de manière linéaire au profit de mesures plus fines en fonction des besoins des différentes écoles à enseignement différencié. Une analyse détaillée devrait être ainsi réalisée dans les mois à venir.

Ces changements n'interviendront en tout cas pas avant la rentrée de septembre 2015. Les écoles à enseignement différencié ne subiront donc aucun changement dans leur financement au cours de cette année scolaire.

 

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