samedi 31 janvier 2015

L'inacceptable dérapage de Rudi Vervoort et l'irresponsabilité des politiques

Olivier Mouton

Journaliste politique au Vif/L'Express

 

En comparant la déchéance de la nationalité à la politique nazie, le ministre-président bruxellois risque de banaliser l'innommable. Quand donc nos responsables politiques cesseront-ils l'injure et le positionnement stérile? Car l'heure de la défiance est grave.



Rudi Vervoort. © Belga

C'est décidément plus fort qu'eux: ils doivent s'injurier, se positionner, se malmener ! Le sursaut d'union politique généré par les attentats de Paris et la menace pesant sur la Belgique n'aura duré que le temps de quelques paroles de circonstances, sans même trouver de concrétisation au Parlement. Voici revenu le temps des invectives, des confrontations idéologiques et des luttes de pouvoir. Comme si le positionnement marketing était devenu la seule raison d'être de nos dirigeants, même quand aucune échéance électorale n'est prévue dans un horizon proche. Comme si la pitoyable lutte des partis pour leur survie et leur domination éclipsait toute autre considération.

Rudi Vervoort, ministre-président bruxellois, a perdu les pédales en comparant la déchéance de la nationalité belge à "l'arme extrême du régime nazi". Certes, on peut contester l'efficacité attendue de cette décision qui figure dans le paquet de douze mesures annoncées par le gouvernement fédéral pour lutter contre le radicalisme. Un expert judiciaire comme Damien Vandermeersch a souligné, dans un entretien au Vif/ L'Express la semaine dernière, que ce pouvait être contre-productif en stigmatisant une population déjà discriminée par ailleurs. Mais au lendemain de la commémoration des 70 ans de la libération des camps de concentration, ce sont-là des mots que l'on doit utiliser avec parcimonie si on veut leur conférer une juste dimension et ne pas banaliser l'innommable.

Sans doute faut-il y voir quelque convulsion interne au Parti socialiste. Après l'appel à une plus grande fermeté de la part du président Elio Di Rupo, l'aile plus radicale proche de l'ancien vice-président Philippe Moureaux s'était exprimée pour dénoncer une forme de démagogie sécuritaire et dénoncer le "racisme du MR". Une passe d'armes qui démontre la difficulté de tenir une ligne claire face à la complexité de cette "guerre" déclarée à notre démocratie, dont les motivations sont plurielles et pour laquelle les remèdes doivent être tant répressifs que préventifs. Rudi Vervoort s'est excusé: "Mon intention était d'ouvrir le débat, pas de blesser." Faute avouée, à moitié pardonnée, il n'en reste pas moins que ces mots étaient de la nitroglycérine. Et que les libéraux s'en sont rapidement emparés pour stigmatiser l'adversaire.

Après Paris et Verviers, l'intention avait été affichée d'oeuvrer ensemble à la lutte contre ce radicalisme qui nous menace et inquiète à juste titre, parfois de façon irrationnelle. Résultat ? Les gouvernements fédéral, régionaux et communautaire ont présenté leur plan de lutte en ordre dispersé. Les partis représentés à la Chambre ne se sont pas concertés une minute pour tenter de rédiger des textes de loi communs. Derrière des mots rassembleurs, le Premier ministre Charles Michel s'est avant tout réjoui de voir que cette lutte figurait en bonne place dans l'accord de gouvernement, in tempore non suspecto. Un jackpot potentiel auprès d'électeurs transis de peur.

Du côté flamand, le CD&V exprime de plus en plus ouvertement son exaspération à l'égard d'une N-VA qui tire avec une arrogance certaine les marrons de ce climat anxiogène. Le bras de fer fédéral provoque des convulsions jusqu'au parlement flamand, au sein de la majorité homogène N-VA - CD&V - Open VLD. Qu'importe la gravité du moment, chacun pense d'abord à sa propre chapelle.

Les rapports entre les niveaux de pouvoir ne sont guère plus sereins. Un comité de concertation a lieu ce mercredi, avec pas moins de dix-sept points à l'ordre du jour. Autant de sujets de frictions, essentiellement mis à l'agenda par les Régions bruxelloise et wallonne. Les ministres-présidents Paul Magnette, dans Le Soir, et Rudy Demotte, dans les colonnes du Vif à paraître ce jeudi, appellent à davantage de loyauté fédérale de le part du gouvernement Michel. Ce dernier s'inquiète pour sa part des penchants radicaux de socialistes francophones, qui n'ont pas hésité à saluer chaleureusement le victoire de la coalition Syriza en Grèce, en s'apprêtant à ferrailler sur le plan budgétaire.

Soyons de bon compte. Cette nervosité politique s'explique par la conjoncture issue des élections du 25 mai dernier, mais aussi par l'ampleur des défis auxquels notre société est confrontée. Entre les emplois à créer, les budgets à maintenir sur les rails, la paix sociale à construire, la société multiculturelle à apaiser, l'enseignement à revitaliser..., les missions sont d'une ampleur colossale. Or, nos dirigeants politiques ont perdu de leur pouvoir face à l'Europe et à l'économie globalisée et compensent parfois leur impuissance par l'éclat des mots. Soyons de bon compte encore: les médias instantanés et les réseaux sociaux privilégient trop souvent petites phrases et dérapages aux vrais débats de fond, qui en deviennent illisibles.

Mais à l'heure où une enquête du Soir démontre que seuls 5% des jeunes de 18 à 30 ans pensent encore que le vote sert à quelque chose et que 46% d'entre eux estiment que la démocratie fonctionne mal, ces prises de becs à répétition et ces combats d'apothicaires font davantage que lasser: elles indignent et elles inquiètent !

Le sursaut, le vrai, doit avoir lieu d'urgence. Pédagogique. Constructif. Sincère. En un mot comme en cent: digne. Ce sens de la responsabilité retrouvée des politiques doit être accompagné d'une conscience médiatique et d'une vigilance de tous les instants face à la médiocrité. Nous avons un peu du temps pour le faire: la prochaine échéance électorale, communale, n'a lieu qu'en 2018.

C'est un chantier vital. Faute de quoi, dans le contexte de crise économique et morale que nous traversons, les populistes auront un boulevard devant eux. Il risque de venir un temps où les vrais démocrates n'auront plus que nos larmes pour le regretter.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA GUERRE DES MOTS

« Qu'importe la gravité du moment, chacun pense d'abord à sa propre chapelle. »

La « Reductio ad Hitlerum » est une expression ironique désignant-wikipédia nous l’apprend- le procédé rhétorique consistant à disqualifier les arguments d'un adversaire en les associant à Adolf Hitler ou à des idées, philosophies, idéologies détestées, par exemple en les qualifiant de nazies ou de fascistes.

Cette tactique rhétorique a pour objet d'exclure l'adversaire du champ polémique tout en évitant le débat de fond. Lreductio ad Hitlerum apparaît généralement à bout de discussion, lorsque les adversaires ont épuisé toutes les preuves et tous les arguments rationnels pour se convaincre mutuellement.

Et voici que grâce à ce procédé peu glorieux, Rudi Vervoordt -qui n’est certainement pas un mauvais homme et assurément un travailleur acharné- se met enfin à vivre médiatiquement. André Mayeur est bien plus connu que lui grâce à ses facéties médiatiques permanentes qui pourtant ne sont pas du goût du grand public. Mais attention celui-ci apprécie de moins en moins les pantalonnades façon Onkelinx ou Ducarme : « seuls 5% des jeunes de 18 à 30 ans pensent encore que le vote sert à quelque chose et que 46% d'entre eux estiment que la démocratie fonctionne mal, ces prises de becs à répétition et ces combats d'apothicaires font davantage que lasser: elles indignent et elles inquiètent ! »

Mais les politiques ne semblent pas vouloir le comprendre. Ils risquent de s’en mordre les doigts.

« Le sursaut, le vrai, doit avoir lieu d'urgence. Pédagogique. Constructif. Sincère. En un mot comme en cent: digne. Ce sens de la responsabilité retrouvée des politiques doit être accompagné d'une conscience médiatique et d'une vigilance de tous les instants face à la médiocrité. Nous avons un peu du temps pour le faire: la prochaine échéance électorale, communale, n'a lieu qu'en 2018.C'est un chantier vital. » Avec son édito, Olivier Mouton donne un vrai coup de semonce aux hommes politiques belges, on espère qu’il se révélera efficace et induira une vraie prise de conscience dans la classe politique de ce pays.

MG

 

 

 

 

 

 

 

 

Roi Philippe: "Notre société toute entière s’est sentie ébranlée par les attentats"

La Libre Belgique



Comme c'est la tradition en début d'année, le Roi s'est adressé aux membres des différentes autorités du pays. Dans l'assistance, on retrouvait des représentants des différents gouvernements, mais aussi les présidents des Parlements (fédéral, Communautés et Régions), ainsi que des hauts fonctionnaires ou des représentants des convictions philosophiques et religieuses.

Dans son discours, le roi Philippe est revenu sur les récents attentats en France. Il a notamment appelé à une culture du respect, tout en soulignant les missions fondamentales des institutions. Parmi celles-ci: garantir l'intérêt général, lutter contre les inégalités, mais aussi soutenir les initiatives individuelles.

 

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

Je vous remercie pour vos aimables vœux.

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir à nouveau au Palais Royal. Notre rencontre d’aujourd’hui a un sens particulier. En effet, cette année s’ouvre avec de grands défis, à l’aube d’une nouvelle législature avec son agenda de réformes, et surtout après des événements tragiques qui nous frappent si durement.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons tous été bouleversés par les attentats terroristes commis en France. En plus du drame personnel qu’ils constituent pour les victimes et leurs proches, c’est notre société toute entière qui s’est sentie ébranlée. Avec les opérations policières entreprises en vue de prévenir d’autres attentats, nous avons démontré une capacité de réaction rapide et efficace. Je voudrais rendre hommage à tous ceux d’entre vous qui y ont contribué et qui poursuivent aujourd’hui ce travail exigeant de veille et d’intervention.

Au-delà des mesures de sécurité, c’est la mobilisation pour nos valeurs fondamentales qui a frappé les esprits en ce début d’année. Les diverses manifestations sont apparues comme un véritable sursaut visant à réaffirmer certaines valeurs qui nous rassemblent : la liberté d’exprimer son opinion, la liberté de vivre sa religion ou sa conviction philosophique, le désir profond de vivre dans une société qui n’est pas régie par la peur de l’autre.

Les auteurs des attentats récents ont cherché à nous diviser. Nous ne sommes pas tombés dans ce piège. Mais le risque demeure de céder aux raisonnements réducteurs, de créer des fractures nouvelles et d’alimenter une spirale de la haine.

La meilleure manière de réagir est de vivre pleinement nos valeurs. Sur le plan individuel, pour chacun de nous, cela implique par exemple de passer d’une simple tolérance vis-à-vis des autres à une culture de respect et de réciprocité. Sur le plan politique et administratif, cela nous invite à consolider la qualité du travail de l’Etat et du service au citoyen.

En ce début de 21e siècle, les autorités publiques sont sollicitées de toutes parts. La quantité de problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées rend la gestion de l’Etat plus difficile et plus complexe. La globalisation avec ses flux de plus en plus rapides d’hommes, de capitaux, d’idées, nous interpelle et bouleverse nos modes de pensées et nos méthodes de gestion. Devant cette complexification des choses nous devons, chacun dans notre domaine de responsabilité, nous concentrer sur quelques finalités essentielles de l’Etat. Je voudrais en dénombrer trois. L’Etat est appelé à offrir un cadre résilient, inclusif et dynamisant à l’ensemble des habitants de notre pays.

L’Etat constitue un rempart stable et résilient entourant l’action de ses citoyens. Gardien de l’intérêt général à long terme, les autorités publiques gèrent le quotidien en anticipant l’avenir. A travers les crises, elles assurent la pérennité de nos valeurs. Certes, devant les évolutions et les changements, l’Etat doit se réinventer continuellement. Mais l’Etat demeure le garant suprême de la continuité et de la sécurité juridique, sans lesquelles les initiatives – grandes et petites – ne décollent pas. Nous pouvons nous réjouir que de nombreuses administrations sont entrées avec succès dans l’ère du numérique et appliquent des techniques modernes de gestion du personnel. Elles agissent pour la plupart de manière rapide et efficace, même s’il reste des progrès à faire et si certaines administrations méritent une attention plus grande. Par ailleurs, nous continuons parfois à tomber dans le piège de l’inflation réglementaire. L’an dernier, le Moniteur belge a une nouvelle fois battu son record en nombre de pages. Une société complexe requiert bien sûr des règles nuancées. Il n’en demeure pas moins que trop de règles, trop de règles complexes, peuvent être source d’immobilisme. D’où l’utilité de soumettre toute nouvelle règle envisagée à l’épreuve de sa proportionnalité. Le travail des services publics en général et singulièrement celui des cours et tribunaux en bénéficiera. La confiance dans l’Etat et la confiance mutuelle entre tous les acteurs de la société s’en verront renforcées.

Deuxièmement, l’Etat a également une fonction cruciale en tant que garant de l’équité envers tous les citoyens. Parmi les responsabilités essentielles des autorités publiques figurent celles de compenser certaines inégalités, d’attacher plus d’attention aux plus vulnérables, d’organiser le dialogue et d’éduquer au respect mutuel. Le degré d’efficacité de l’Etat se mesure différemment de celui du secteur privé : il se mesure à l’aune de cet objectif d’équité. Les gains d’efficacité réalisés par de nombreuses administrations dans notre pays ne se sont pas faits au prix d’une moindre équité ou de l’abandon de nos valeurs. L’honneur de tout mandataire public et de toute administration est d’être au service de tous. Dans les réformes que nous élaborons, dans les actions que nous menons, cet objectif premier de l’Etat doit plus que jamais être poursuivi. Il en résultera une plus grande cohésion de notre société.

Enfin, l’Etat a un rôle dynamisant. Pour l’autorité publique, la priorité au service implique notamment un soutien à l’action et à la prise de risques. L’Etat ne peut enfermer le citoyen dans un carcan étroit et rigide. Il doit créer les conditions pour libérer et soutenir les initiatives individuelles.

En mettant le service au citoyen au centre de ses préoccupations chaque autorité s’oblige à regarder au-delà de ses propres limites, à rompre les cloisons et à créer des ponts vers les autres autorités compétentes. Une telle mentalité – proactive et stimulante – est de plus en plus présente dans nos administrations. Elle est d’autant plus nécessaire dans un monde où les opportunités ne se présentent pas toujours deux fois. Elle est aussi plus gratifiante pour tout le monde, secteur public comme secteur privé, partenaires d’un même idéal de progrès. Veillons à enraciner toujours plus solidement cet état d’esprit dans notre culture administrative. Un épanouissement personnel accru et une plus grande prospérité collective s’ensuivront.

Mesdames et Messieurs,

Le sursaut en faveur des valeurs qui nous tiennent à cœur nous rassemble et nous pousse à les mettre en pratique avec plus encore de conviction. Pour vous, autorités publiques de notre pays, c’est un encouragement à poursuivre l’ambition d’excellence de l’Etat.

Je vous souhaite à tous une année pleine de bonheur personnel et familial. Je vous souhaite une année couronnée de succès au service de tous les Belges.

 

Infographie: La place occupée par chacun des termes employés dans le discours royal


 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA VOIX ROYALE

On semble reconnaître la patte d’un premier ministre libéral de plus en plus sûr de lui s’adressant ici aux Belges par l’intermédiaire de la voix royale.

C’est clair Michel Père et Fils remobilisent en embouchant la trompette des valeurs héritées des Lumières qui font l’orgueil de notre société européenne : « Au-delà des mesures de sécurité, c’est la mobilisation pour nos valeurs fondamentales qui a frappé les esprits en ce début d’année, (…) un véritable sursaut visant à réaffirmer ce qui nous rassemble : la liberté d’exprimer son opinion, la liberté de vivre sa religion ou sa conviction philosophique, le désir profond de vivre dans une société qui n’est pas régie par la peur de l’autre.

(…) Le risque demeure de céder aux raisonnements réducteurs, de créer des fractures nouvelles et d’alimenter une spirale de la haine.

Sur le plan individuel : passer d’une simple tolérance vis-à-vis des autres à une culture de respect et de réciprocité. Sur le plan politique et administratif, cela nous invite à consolider la qualité du travail de l’Etat et du service au citoyen. »

C’est clair, « liberté » est la valeur phare de notre démocratie et « respect » le sésame qui ouvre au dialogue interculturel. 

(…)Devant cette complexification des choses nous devons, chacun dans notre domaine de responsabilité, nous concentrer sur trois  quelques finalités essentielles de l’Etat. 

L’Etat est appelé à offrir un cadre inclusif et dynamisant à l’ensemble des habitants de notre pays.

L’Etat constitue un rempart stable entourant l’action de ses citoyens. Gardiennes de l’intérêt général à long terme, les autorités publiques gèrent le quotidien en anticipant l’avenir. A travers les crises, elles assurent la pérennité de nos valeurs. 

L’Etat doit se réinventer continuellement. Mais l’Etat demeure le garant suprême de la continuité et de la sécurité juridique, sans lesquelles les initiatives – grandes et petites – ne décollent pas. 

Une société complexe requiert des règles nuancées mais trop de règles, trop de règles complexes, peuvent être source d’immobilisme. »

On reconnaît ici la patte libérale de Charles Michel.

Deuxièmement, l’Etat a une fonction cruciale en tant que garant de l’équité envers tous les citoyens : compenser certaines inégalités, attacher plus d’attention aux plus vulnérables, d’organiser le dialogue et d’éduquer au respect mutuel. 

Enfin, l’Etat a un rôle dynamisant. Pour l’autorité publique, la priorité au service implique notamment un soutien à l’action et à la prise de risques. L’Etat ne peut enfermer le citoyen dans un carcan étroit et rigide. Il doit créer les conditions pour libérer et soutenir les initiatives individuelles. »

Voilà qui conclut ce discours royal « libéralissimo » façon Louis Michel père qui pourrait bien être la main qui a tenu la plume, le fiston n’ayant pas le temps de ciseler ses textes, mais c’est là pure conjecture 

Le sursaut en faveur des valeurs est un encouragement à poursuivre l’ambition d’excellence de l’Etat. »

Vous avez dit excellence sire ? Comme Joëlle en somme.

On s’étonnera à DiverCity que le discours royal n’entonne pas le couplet interculturel que Denis Ducarme a  adopté comme bannière de son grand combat de groupe parlementaire. 

MG


 

vendredi 30 janvier 2015

"Le cours de religion, chance pour un dialogue réciproque"

ENTRETIEN>CHRISTIAN LAPORTE 

La Libre Belgique


Depuis les attentats de Paris, on a vu éclore moult débats sur l’enseignement et les cours de religion. Etienne Michel, le directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique, y réagit dans une interview à "La Libre".

SUR LES COURS DE RELIGION, IL Y A EU DES DISCUSSIONS TRÈS PASSIONNÉES !

Ce fut l’occasion d’entrer en débat avec le monde laïque. Il y a chez lui une réelle capacité de dialogue mais aussi par ailleurs une forme de radicalité, voire de radicalisme laïque. Les propos tenus par Jean-Philippe Schreiber dans "La Libre" - NdlR : le Franc-tireur, 24-25/1 - illustrent ce phénomène sous le couvert des meilleures références scientifiques et le titre prometteur de retrouver l’esprit des pères de la Constitution. M. Schreiber a fait là montre d’un militantisme laïque rudimentaire. Un discours qui demande la suppression des cours philosophiques et de religion, la fin des réseaux - donc la fin de l’enseignement catholique comme tel - et la création d’un réseau unique pour des raisons d’économie d’échelle voire pédagogiques. Ce discours contient une vraie violence à l’égard de l’enseignement libre et une radicalité laïque dangereuse pour la paix scolaire. Nadia Geerts, autre grande prêtresse de la laïcité, a été plus loin à la télévision en s’interrogent sur la légitimité du CDH d’exercer la fonction de ministre de l’Enseignement. Pourtant les laïques comme chacun d’entre nous sont insérés dans un système de croyances et de convictions qui méritent d’être confrontées aux exigences de la raison. Le propre des idéologies est de devoir être toujours réinterrogées. Il est aussi important que les modérés continuent à se parler. Il y en a dans les deux mondes; c’est la meilleure réponse qu’on puisse apporter au défi du vivre ensemble.

QUE PENSER DE LA PROPOSITION DE SUPPRIMER LES COURS DE RELIGION ET DE MORALE ?

Le débat a heureusement montré aussi des nuances. Certains ont compris que la vieille thèse visant à enfermer la religion dans la sphère privée était dépassée dans les faits. Le fanatisme religieux qui peut amener au terrorisme interroge à l’évidence l’espace public et la manière dont les religions s’y inscrivent. Et donc un cours de religion n’est pas superfétatoire : il permet aux élèves d’entrer dans l’intelligence de la religion mais aussi de construire un rapport intelligent à cette religion. Dans la France laïque où on n’enseigne pas la religion à l’école, on se demande s’il ne faut pas l’introduire. Car comme l’a titré "Le Monde", prêcher un catéchisme républicain ne suffirait pas… En même temps, il se demandait s’il ne fallait pas développer des aumôneries musulmanes dans les prisons où se répand le fanatisme le plus extrême.

POUR EN REVENIR À L’ÉCOLE, UN RÉSEAU UNIQUE NE SERAIT-IL PAS MOINS CHER ?

Dans un système où le financement est organisé par élève avec des normes de création d’écoles et d’options et des normes de maintien, l’existence de plusieurs types de Pouvoirs organisateurs est neutre budgétairement. Que le PO soit la commune, la province, la Fédération WB ou des ASBL, on peut créer une école à partir d’un certain nombre d’élèves et la fermer lorsqu’on repasse en dessous. Les normes peuvent être discutées, apparaître généreuses ou insignifiantes, le système de base est neutre…

LE LIBRE EST-IL CEPENDANT FAVORISÉ ?

Non, évidemment, les différences de subventionnement restent considérables entre réseaux, principalement pour les subventions de fonctionnement et le financement des bâtiments scolaires. Trois chiffres : dans le fondamental, les écoles libres subventionnées perçoivent 57 % de ce que reçoit l’enseignement communautaire, dans le secondaire, le rapport est de 53 % et, situation la plus extrême, de 30 % pour certaines écoles supérieures artistiques.

PAR CONTRE VOUS VOULEZ RETROUVER L’ESPRIT DE LA CONSTITUTION ORIGINELLE…

Les principes de liberté d’enseignement, de liberté d’association et d’égalité de traitements sont souvent malmenés du côté francophone. La révision constitutionnelle de 1988 reste très mal appliquée. On y avait introduit le principe de l’égalité de traitement et l’affirmation du caractère contraignable de cette réalité. Du côté flamand, les décrets de financement ont été immédiatement adaptés; nous n’avons fait qu’une partie du chemin à la faveur des accords de la St-Boniface.

QUE PEUT APPORTER L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE AU VIVRE ENSEMBLE ?

Notre projet éducatif repose sur l’ouverture à tous les publics. Il est de fait très pluraliste mais ancré dans la tradition chrétienne de l’éducation. Il ne choisit pas son public… Nous réfléchissons au vivre ensemble à la fois au sein des cours de religion et de manière transversale dans les autres cours. On a incorporé trois grandes compétences transversales dans le cours de religion : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté. C’est une richesse de réunir tous les élèves; ce serait un problème si le cours était conçu dans une approche dogmatique ou fondé sur le prosélytisme. Mais ce ne serait pas accepté et totalement inacceptable. C’est une chance pour un dialogue réciproque entre la raison et la religion. Cette préoccupation est aussi présente dans nos cours d’histoire : lorsqu’on étudie le Moyen Age, on envisage les relations entre l’Occident chrétien et l’Islam sans oublier l’anti-judaïsme. Lorsqu’ils abordent ensuite l’époque contemporaine, nos élèves ne manquent pas d’outils… Plus que jamais, nous croyons à un projet pédagogique où il y a un enrichissement mutuel à partir de la religion et de la raison. Dans la ligne du dialogue entre le cardinal Ratzinger et Jürgen Habermas dans la revue "Esprit" en juillet 2004 qui demandait de renouveler ce dialogue pour renouveler nos démocraties…

 


TÉMOIGNAGE D'OUVERTURE AU VIVRE ENSEMBLE DANS UNE ÉCOLE CATHOLIQUE À MAJORITÉ MUSULMANE

La Libre

BELGA 



Alors que les cours de religion à l'école sont au coeur des débats au lendemain de l'attentat contre l'hebdomadaire français "Charlie hebdo", Valentin Wauters, professeur de religion depuis 5 ans à l'Institut de la Sainte-Famille d'Helmet à Schaerbeek, une école dite à "discrimination positive" du réseau libre confessionnel catholique, témoigne d'une large ouverture de son cours à une approche comparée des religions. Lors du congrès de Louvain-la-Neuve en 2012, l'enseignement catholique a réitéré sa demande de pouvoir dispenser des cours de religion islamique dans les classes du secondaire à forte présence musulmane, dans une perspective d'ouverture au dialogue inter-convictionnel à l'écoleActuellement, seule l'école catholique d'enseignement fondamental de Cheratte (province de Liège) bénéficie d'une dérogation.

Valentin Wauters, formé en philosophie, estime que c'est une opportunité d'enseigner à des élèves de confessions diverses: "Si mon cours s'axait uniquement sur la religion catholique, certains le vivraient comme une violence et d'autres s'en désintéresseraient. J'expérimente une approche axée sur la diversité avec l'aval de l'évêché, qui a d'ailleurs conclu qu'elle respectait le programme de façon très originale. Je vois en tout cas que mes élèves sont apaisés sur beaucoup de choses".

S'il souligne un besoin de formation adéquate, il a élaboré un cours axé sur les connaissances religieuses, ce qui exclut de fait la possibilité de formation de camps qui débattent pour convaincre autour d'une perception de la diversité des croyances spirituelles limitée aux seules religions musulmane, juive et chrétienne: "Les cours dits philosophiques sont encore trop souvent perçus aujourd'hui comme des cours de seconde zone. On m'a souvent dit que mon cours était trop compliqué pour mes élèves. Je pense qu'en utilisant une bonne méthodologie ce n'est pas le cas. J'ai choisi de travailler en 1ère et 2e années, donc avec des adolescents entre 11 et 15 ans. Pour moi, avant de s'exprimer sur un sujet religieux, il vaut mieux avoir les outils. Je pose des bases en insistant sur le vocabulaire pour qu'ils ne commencent pas à tout mélanger et à faire des amalgames. Cela permet de sortir du bavardage, et d'entrer en discussion. J'ai envie de les ouvrir sans nier ce qu'ils sont. Mon rôle est non pas de leur dire ce qui est bon à penser, mais de leurs apporter des connaissances sur les croyances, et de les aider à développer un esprit critique et ouvert qui inclut d'accepter qu'ils ont une pensée située et que d'autres modes de pensée sont légitimes. Ils peuvent très bien ne pas être d'accord avec des choses, mais ils doivent d'abord les comprendre et appréhender leur intelligence avant de les critiquer".

S'il aborde entre autres le shintoïsme en première et l'hindouisme en seconde, il traite également des liens et différences entre judaïsme, christianisme, islam et bahaïsme, de l'évolution du rapport à l'écrit et aux images dans les religions révélées, ou encore de la différenciation des registres scientifiques et religieux.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA NOUVELLE GUERRE SCOLAIRE AURA-T-ELLE LIEU ?

Ce monsieur est brillant, c’est lui qu’on envoie aux débats dominicaux à la RTBF et RTL. C’est dire s’il en jette. Et voilà que La Libre  lui offre une belle tribune. «  Il a élaboré un cours axé sur les connaissances religieuses, ce qui exclut de fait la possibilité de formation de camps qui débattent pour convaincre autour d'une perception de la diversité des croyances spirituelles limitée aux seules religions musulmane, juive et chrétienne »

Voilà qui est tout à fait dans la ligne de Etienne Michel le patron du Secrétariat général de l’enseignement catholique qui fait de ces cours de religions catho new look un gros argument marketing pour laisser venir à lui les petits enfants musulmans et agnostiques. 

De quoi s’agit-il ? De prouver que dans l’enseignement libre catho on est capable de faire autre chose qu’enseigner le petit catéchisme de Malines pendantt les deux heures obligatoires de religion et morale catholiques imposées à tous les élèves du réseau libre. C’est évidemment un débat de fond au moment où de très nombreuses familles musulmanes confient leurs rejetons à l’enseignement libre et surtout que de plus en plus de parents athées ou agnostiques fuient les promiscuités dans l’enseignement officiel qui se « mixifie » socialement pour inscrire leurs enfants dans le réseau catholique qui visiblement a le vent en poupe.

Il s’agit surtout d’éviter par ce biais que demain ces parents d’élèves musulmans exigent l’ouverture d’un réseau d’écoles musulmanes (une éventualité que prévoit la constitution et que les nations arabes pétrolières s’empresseraient de financer.) Dans « Soumission » Houellebecq imagine une prise de l’Elysée par Mohammed Ben Abbes lequel a formé une coalition et avec une UMP déliquescente et avec un PS à l’agonie pour éviter que Marine Le Pen ne soit présidente. Le très habile Abbes n’exige qu’un seul ministère en contrepartie :celui de l’éducation. Tenez, tenezEt il a vite fait de réduire à peau de chagrin la dotation de l’enseignement officiel conservateur et défenseur des valeurs de la République « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est condamné à brève échéance, le pourcentage de la population monothéiste est appelé à augmenter rapidement, et c’est en particulier le cas de la population musulmane » (p 70) tout en créant un immense réseau privé d’enseignement musulman (tous les enseignants, sans exception, devront être musulmansgénéreusement financé par les pays du golfeOn me dira que tout cela est fiction. Le lecteur attentif de ce livre singulier aura été frappé par le fait que dans ce roman d’anticipation, les musulmans ont pris le pouvoir en Belgique bien avant de s’emparer de l’Elysée. « Le parti musulman de Belgique venait d’accéder au pouvoir. L’événement était en général considéré comme important, au point de vue de l’équilibre politique européen. Bien sûr, des partis musulmans nationaux appartenaient déjà à des coalitions de gouvernement en Angleterre, en Hollande et en Allemagne ; mais la Belgique était le deuxième pays après la France où le parti musulman se retrouvait en position majoritaire. Cet échec sanglant des droites européennes avait dans le cas de la Belgique une explication simple : alors que les partis nationalistes flamands et wallons, de loin les premières formations politiques de leurs régions respectives, n’avaient jamais réussi à s’entendre ni même à engager véritablement un dialogue, les partis musulmans flamands et wallons sur la base d’une religion commune, étaient très facilement parvenu à un accord de gouvernement. » (p.278)

On peut ne pas aimer Houellebecq- c’est mon cas- il faut bien admettre que son anticipation ne manque pas de piquant. Il se pourrait bien qu’en Belgique les choses se fassent à l’envers et que les musulmans exigent d’abord l’autorisation de créer un réseau d’enseignement-la constitution le permet- qui de fait serait financé largement par les pays de l’Opep. Ce serait une catastrophe pour le vivre ensemble et aussi pour les écoles Bruxelloises qui se videraient rapidement de leurs populations scolaires, prélude à un véritable apartheid entre Eux et Nous.

C’est ici que DiverCity rejoint sans réserve la proposition du profeseur Schreiber de remplacer les réseaux scolaires par une un réseau unique appelé autrefois enseignement pluraliste.

Nous avons quelque raison de penser que la guerre scolaire est en train de se rallumer : Nadia Geerts conteste la légitimité de la catholique Joële Milquet à diriger le ministère de l’éducation de Wallo Brux et on conteste de plus en plus l’intérêt d’organiser des cours de religions et de morale non confessionnelle.

Le succès prévisible du bouquin de Houellebecq ne manquera pas de jeter de l’huile sur le feu et d’alimenter les débats. Ambiance en prespective.

MG 

 


"C’EST LE MOMENT OU JAMAIS DE PARACHEVER LA LAÏCISATION DE LA BELGIQUE"

CHRISTIAN LAPORTE La Libre


OPINIONS

Observateur. Diplômé de l’ULB et de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris) ainsi que docteur en philosophie et lettres (1993), Jean-Philippe Schreiber est professeur à l’Université libre de Bruxelles depuis dix-neuf ans. Il y a dirigé de 2003 à 2007 le Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité (CIERL), dans lequel il a fait toute sa carrière. Professeur ordinaire à l’ULB, il y enseigne notamment l’histoire des religions et des institutions. Il est également directeur de recherches au Fonds national de la recherche scientifique. On lui doit aussi la création d’un intéressant portail Internet : l’Observatoire des religions et de la laïcité. L’Orela poursuit quatre objectifs. C’est d’abord une revue de presse quotidienne relative aux religions et à la place des convictions dans l’espace public; il diffuse ensuite des analyses, des études, des expertises et des synthèses de résultats de recherche relatifs aux religions et convictions et aux relations Eglises/Etats, rédigées par des experts scientifiques issus du CIERL et de plusieurs universités européennes. On lui doit également un rapport annuel sur l’état des religions dans l’Union européenne et dans le monde et il propose, enfin, divers outils aux utilisateurs dont quelque 100 000 coupures de presse rassemblées depuis trente ans. Les travaux de Jean-Philippe Schreiber se focalisent sur l’histoire du judaïsme moderne et contemporain, sur l’histoire de l’immigration, sur l’antimaçonnisme et, enfin, sur les rapports entre mémoire et histoire et sur les relations entre les Eglises et les Etats. Dans ce dernier contexte il a rédigé son essai sur la Belgique et la laïcité.

Expert. Jean-Philippe Schreiber a été appelé comme expert dans une série d’initiatives ayant trait tantôt au devoir de mémoire, tantôt aux relations entre l’Eglise et l’Etat en Belgique. Il participa ainsi à la commission du Premier ministre chargée d’étudier la question des biens juifs spoliés par les nazis (la commission Buysse I) au comité scientifique du Vlaams Holocaustmuseum/Transit Mechelen, à l’initiative du gouvernement flamand puis au comité de pilotage des Assises de l’interculturalité du gouvernement fédéral.

AVEC VOTRE ROBORATIF ESSAI "LA BELGIQUE, ETAT LAÏQUE OU… PRESQUE" VOUS RÉVEILLEZ UN DÉBAT QUI SOMNOLAIT. POURQUOI ?

Contrairement à ce qu’on croit souvent, le régime de relations entre Etat et religions qui prévaut chez nous peut être vu comme un régime de laïcité même si cette dernière ne figure pas telle quelle dans notre Loi fondamentale. C’est aussi un régime très "séparatiste". Mais pendant plus d’un siècle, ce principe a été dévoyé, détourné par un clivage politico-religieux qui a profondément divisé le pays. Il a trahi l’esprit du constituant et permis à l’Eglise de tirer un profit considérable des largesses offertes par le système belge de régulation du religieux, en particulier dans le domaine scolaire.

MAIS LA SÉCULARISATION PROGRESSE FORTEMENT DEPUIS TRENTE ANS…

Il y a eu une forte sécularisation de la société. Ou plutôt : une série de symboles ont été laïcisés. Le moment-clé du déverrouillage a été le vote de la loi sur l’IVG. Puis a suivi sous les gouvernements Verhofstadt, le vote de législations en matière d’euthanasie, de bioéthique, de reconnaissance des droits des homosexuels qui ont fait de la Belgique un pays très progressiste. Ces lois ont montré que la Belgique s’est détachée de la morale chrétienne. On arrive à un autre moment décisif : c’est le moment ou jamais de parachever la laïcisation et de retrouver l’esprit des pères de notre Constitution !

ELLE ÉTAIT SI RÉVOLUTIONNAIRE ?

Seuls les Etats-Unis avaient été plus loin dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mieux : notre pays a précédé la France de sept décennies. Et cela dans un large consensus là où la République s’est heurtée à l’Eglise… Chez nous, ce fut grâce au consensus entre catholiques et libéraux…

… QUI ÉTAIENT D’ACCORD D’ALLER SI LOIN MAIS PAS POUR LES MÊMES RAISONS.

Ils ont œuvré pour le bien de l’Etat et des religions. Les libéraux ont rejeté toute forme de concordat là où les catholiques entendaient que l’Eglise ne revive plus la tutelle de l’Etat, tantôt joséphiste tantôt gallicane, etc. La révolution de 1830 fut politique et religieuse. Il est erroné de parler de séparation mitigée ou de neutralité; notre Constitution est et reste laïque… A l’époque, le mot n’était pas encore de mise mais la loi fondamentale affirme bien que le pouvoir civil l’emporte sur le pouvoir religieux. Comme le montrent des débats récents, les temps sont mûrs pour aller jusqu’au bout… Ces évolutions s’imposent dans un cadre de plus en plus pluraliste, de plus en plus multiculturel mais aussi à une période où certaines tensions ne pourront s’apaiser qu’en mettant fin à toute une série d’archaïsmes.

BIEN AVANT QU’ON (RE)PARLE DU COURS DE CITOYENNETÉ, VOUS AVEZ VOULU OUVRIR PLUSIEURS CHANTIERS À CET ÉGARD…

Il en est un en cours qui porte ses fruits : c’est la révision de certains symboles qui associaient de près une religion à l’espace public. On a remis en question le protocole officiel qui favorisait le culte catholique et la nécessité de maintenir le Te Deum; à propos des vacances, on estime ne plus devoir se référer à des fêtes religieuses. C’est une évolution en adéquation avec la sécularisation mais il y a au moins trois autres archaïsmes à écarter !

DONT - CE N’EST PAS RIEN ! - LE FINANCEMENT PUBLIC DES CULTES !

Il y a là un vrai régime discriminatoire. Beaucoup de dispositions légales et d’initiative publiques ont été prises au mépris de la Constitution. Il faut aussi être réaliste : c’est une charge importante pour les pouvoirs publics à l’heure où la majorité des lieux du culte sont vides.

DEUX COMMISSIONS QUI ONT PLANCHÉ LÀ-DESSUS ONT CERTES DÉBOUCHÉ SUR DES RAPPORTS MAIS ILS SONT RESTÉS SANS SUITE…

Leur ambition n’était pas de changer le système mais de réduire des inégalités. Les esprits ont évolué. On peut commencer par aller voir ailleurs… Le nouveau système néerlandais est bien accueilli depuis les années 1980. Il y a la France mais également le Royaume-Uni, l’Irlande. L’Eglise de France ne regrette pas l’abandon du financement direct et se réjouit, au contraire, de la dynamique nouvelle qu’a entraînée l’implication des fidèles.

VOUS SUPPRIMERIEZ AUSSI LES COURS DE RELIGION ET DE MORALE…

Ils avaient été imposés dans la foulée du Pacte scolaire; le contexte a changé. La question est d’autant plus prégnante en cette période de crispations.

JUSTEMENT QUE PENSEZ-VOUS DU COURS DE CITOYENNETÉ QUE LA FÉDÉRATION WB VEUT LANCER ?

Il faut être cohérent et supprimer d’abord les cours de religion et de morale. Il n’est pas tenable qu’on les maintienne, confiés à des enseignants choisis par les représentants des cultes. Puis envisager comment on les remplace. Il faut développer le sens critique des élèves, leur libre arbitre sans ignorer notre patrimoine religieux commun. La religion doit être abordée de manière transversale. Cela dit, ce projet a surgi dans un contexte un peu opportuniste. Qui va donner ces cours ? Que faire des anciens profs de religion et de morale ? Et on doit aussi en permanence garder à l’esprit l’ignorance patente du fait religieux chez les jeunes.

ENFIN, VOUS DEMANDEZ UN CHANGEMENT PLUS FONDAMENTAL ENCORE : LA FIN DES RÉSEAUX AU PROFIT D’UN RÉSEAU UNIQUE…

Mon propos est idéaliste mais il est temps d’abattre les cloisons idéologiques d’antan. Il faut aller au bout de la logique. Cela permettra de restaurer l’autorité de l’Etat. Le Pacte scolaire a fait de l’enseignement libre un service public fonctionnel. Il n’est pas normal qu’il soit davantage choyé que l’officiel. Un réseau unique entraînerait d’importantes économies d’échelle et remettrait la pédagogie au cœur de l’école. Une étude du "Ligueur" a montré que les parents sont pour le libre parce qu’il est plus qualitatif.

IL Y VA AUSSI DE LA RÉUSSITE DU VIVRE ENSEMBLE

Mais oui, cessons de séparer sur base des convictions ! La religion est dans le cœur de l’individu et elle est essentielle aux yeux d’un grand nombre de croyants mais elle ne doit pas reprendre place dans l’espace public. On est dans un "momentum". L’heure est venue de transformer les émotions fortes en projets fraternels, égalitaires et rassembleurs et de lancer un vaste débat sans exclusives.

LE CENTRE D’ACTION LAÏQUE NE SERAIT PLUS FINANCÉ NON PLUS…

Rien n’empêchera demain le peuple laïque de faire vivre aussi ses lieux de rencontre et de continuer à se mobiliser pour faire progresser ses valeurs. Ce sera un système différent mais on ne supprimera nécessairement pas tout ce qui existe. Il y a les aides indirectes notamment par des avantages fiscaux. On ne va supprimer non plus les domaines où les cultes et la laïcité agissent au profit de tous. Les aumôneries que ce soit à l’hôpital, dans les prisons, à l’armée jouent un rôle important. Il faut prendre en compte aussi l’idée que le financement des cultes se double d’un financement de l’associatif cultuel à travers l’éducation permanente et l’action sociale. Au fond, l’utilité sociale des cultes n’est pas légitimée par l’assistance au culte mais par sa présence sur le terrain.

 

jeudi 29 janvier 2015

La formation continue des profs intégrera dès l'an prochain la lutte contre le radicalisme

Le Vif

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé mercredi le programme 2015-2016 de formation continue pour les enseignants, lequel intègrera, vu l'actualité récente, des éléments de lutte contre le radicalisme et le racisme.


© BELGAIMAGE

Ces formations seront prodiguées par l'Institut de la Formation en cours de Carrière (IFC), responsable de la formation en cours de carrière des membres du personnel de l'enseignement ordinaire, spécialisé et des PMS (à l'exception des personnels administratif, de maîtrise, gens de métier et de service) en Fédération.

"Pour l'élaboration du programme pour l'année scolaire 2015-2016, des formations ont été retirées, d'autres ont été ajoutées, les intitulés et/ou objectifs de certaines formations ont été relus et précisés. L'enseignement fondamental ordinaire a par ailleurs été ajouté au public cible de 18 formations", précise dans un communiqué le gouvernement de la Fédération.

Parmi les nouveautés, on notera plusieurs formations axées sur la lutte contre le radicalisme et le racisme, la promotiion de la liberté d'expression et de respect de l'autre et du vivre ensemble.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ERADIQUER LA CAUSE POUR ÉVITER LA RÉPÉTITION DES CONSÉQUENCES.


Franchement tout ceci commence à bien faire

Voilà qu’une fois de plus, on refile la patate chaude aux enseignants. C’est à eux rattraper les dégâts qui, comme le montrent les articles qui suivent, ont été clairement provoqués par le politique et rien que par lui. Et voilà que le politique refuse de regarder en face ses responsabilités et demande aux enseignants de réparer les dégâts. C’est franchement indécent. « Parmi les nouveautés, on notera plusieurs formations axées sur la lutte contre le radicalisme et le racisme, la promotion de la liberté d'expression et de respect de l'autre et du vivre ensemble. » Certes,ces formations sont nécessaires mais elles n’auront qu’un succès limité aussi longtemps qu’on ne s’attaque pas aux causes réelles. A quoi bon écoper la barque si on ne colmate pas la brèche.

La vraie nouveauté, c’est que Françoise Bertieaux  a dit tout haut ce que tout le monde pense depuis des années. (voir article ci-dessous)

Curieusement, le PS ne veut pas entendre parler de l’interculturel parce que, très clairement il a tout misé sur un soutien inconditionnel du communautarisme électoraliste lequel réclame accommodement sur accommodement. Ceci induit un laxisme coupable à l’égard des activités des imams importés qui depuis des années prêchent leur discours subversif à une jeunesse laissée en déshérence. De plus, le PS et le CDH saupoudrent de subsides des écoles de devoirs bidon sur lesquelles il n’exerce aucun pouvoir réel de contrôle. Et on constate qu’il y a des problèmes en prison où de jeunes détenus musulmans se radicalisent. Mais on ne fait rien pour former chez nous des aumôniers et des imams musulmans capables de contrôler, voire d’enrayer tout cela. Enfin, la suédoise annonce qu’elle va s’occuper de ces problèmes. Il n’est pas trop tôt mais il est grand temps. 

 

C’est donc au politique à faire son mea culpa avant de pointer un doigt accusateur vers l’école. L’école n’est pas sans reproche mais ce n’est pas la cause du problème de la radicalisation ; elle doit en assumer les funestes conséquences.

La cause c’est le laxisme politique principalement à Bruxelles et en Wallonie.« Le PS a peur pour ses forteresses communautaristes. Or, il est clair que nous devons nous éloigner du système communautariste. La tendance aujourd'hui est de rassembler autour du socle commun des valeurs, avec les musulmans, avec les juifs, avec tous. Cette adhésion au socle commun des valeurs, aujourd'hui, c'est une urgence. Or, le PS a construit son combat électoral sur le communautarisme. Et aujourd'hui, je pense que cette façon de voir la politique va être de plus en plus remise en question. » (Ducarme) Reste à savoir par qui…

 

Face à ce gâchis on ne s’étonnera pas que les jeunes Belges ne croient plus à la politique.

On aimerait que Bertieaux monte au créneau pour pointer plus clairement les responsabilités et faire des propositions concrètes.

Et voilà que le MR confie à Denis Ducarme la responsabilité de relancer les assises de l’interculturalité. 

J’ai quelque doute quant à la crédibilité de ce monsieur dans les milieux issus de l’immigration. En revanche, on aimerait voir un(e) vraie municipaliste, un ou une politicienne de terrain s’emparer des manettes de ces assises pour les piloter efficacement. 

La situation est grave mais non désespérée. 

La balle est dans le camp de la suédoise mais aussi entre les mains des gouvernements régionaux et plus encore des municipalistes de terrain.

Il faut tout remettre à plat et partir dans de nouvelles directions.

Certes l’interculturel est une voie royale mais à condition de ne pas en faire une pomme de discorde entre le MR et le PS faute de quoi, il n’en sortira que du blabla stérile (comme à l’époque ou Milquet pilotait les assises) un domaine dans lequel excellent les Ducarme, Onkelinx, VerboordtMadrane et DewolfLeurs querelles intestines sont stériles et grotesques. (lire à ce sujet l’excellente analyse de Béatrice Delvaux). Il est urgent d’unir les forces démocratiques pour se liguer contre la montée du radicalisme.

Et ça c’est maintenant, faute de quoi notre jeunesse se tournera vers d’autres sirènes. Il faut lire les articles du Soir-papier de ces jours-ci pour comprendre combien nos jeunes se défient du politique. On ne saurait tout à fait leur donner tort sur ce dossier.

 

MG

 

 

POUR FRANÇOISE BERTIEAUX, LE PS PORTE UNE LOURDE RESPONSABILITÉ DANS LA MONTÉE DU RADICALISME

BELGA La Libre

 

Un débat organisé sur le plan de lutte contre la radicalisation du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a donné lieu mercredi à quelques échanges électriques entre le PS et l'opposition MR, hérissée par les propos de Rudi Vervoort et Rachid Madrane envers la politique anti-djihadiste du gouvernement fédéral où siège le MR. "Ces dérapages sont inadmissibles dans un Etat de droit", a fustigé la cheffe de groupe MR, Françoise Bertieaux, renvoyant la responsabilité, selon elle, du parti socialiste dans la montée du communautarisme et du radicalisme chez nous.

Le PS, par sa "stratégie électoraliste" envers la communauté immigrée, "porte une responsabilité lourde dans cette fissure de la société", a-t-elle accusé, déchaînant un échange bref mais vif d'invectives entre les bancs socialistes et réformateurs.

"Dix-sept victimes innocentes (celles de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher de Paris, ndlr), cela mérite un vrai débat serein...", a répliqué la cheffe de groupe socialiste, Christiane Vienne. Des propos qui furent entendus, le reste des près de quatre heures de débat sur le plan gouvernemental se déroulant dans une ambiance nettement plus pacifiée.

Présenté le 16 janvier dernier, une semaine après les événements tragiques de Paris, celui-ci avance une batterie de mesures à mettre en oeuvre au niveau de l'enseignement, de la formation des imams, de la culture, du suivi des jeunes placés en IPPJ, ou encore du sport, soit les compétences de la Fédération.

Dans son intervention, le chef de groupe Ecolo, Christos Doulkeridis, a mis en garde le gouvernement contre l'une des faiblesses, selon lui, de ce plan qui ne s'intéresse pas suffisamment au rôle joué par les médias de masse dans la représentation des minorités relgieuses.

Pierre-Yves Jeholet (MR) a, lui, posé la question des moyens qui devront être trouvés pour financer toutes ces politiques, alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles entame une année budgétaire particulièrement délicate. "La sincérité de vos motivations se vérifiera lors du prochain débat sur l'ajustement budgétaire (prévu en mars, ndlr)...", a-t-il résumé.

Touché par l'attaque du MR contre la "stratégie électoraliste" du PS envers les immigrés, Béa Diallo (PS), a rappelé que ces personnes, tout comme lui, sont belges.

"Je suis né ici à Bruxelles, je suis un ketje de Bruxelles!", a-t-il lancé à l'adresse du MR. "Moi, j'ai défendu les couleurs de la Belgique, j'ai chanté la Brabançonne, je la connais, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de personnes qui se disent 'belges'", a dit l'ancien boxeur professionnel sous une volée d'applaudissements.

"La prochaine fois, on vous donnera un peu plus de temps de parole, M. Diallo. Comme cela vous pourrez nous chanter la Brabançonne...", a plaisanté le président de l'assemblée Philippe Courard, contribuant ainsi à faire retomber davantage la tension.



SOUPÇONNÉ DE RACISME, LE MR RÉTORQUE: "LE PS A CONSTRUIT SON COMBAT ÉLECTORAL SUR LE COMMUNAUTARISME"

FÉLIX DUMONT La Libre



Dans une interview donnée à L'Echo, évoquant une précédente interview du président du MR Olivier Chastel, le ministre socialiste Rachid Madrane assure que le MR "n'est pas loin des relents racistes" et que ces derniers n'ont "rien compris à l'intégration et à l'immigration." Le député Denis Ducarme, qui préside les assises de l'interculturalité que le MR a relancées récemment, a répondu aux attaques du ministre de l’Aide à la Jeunesse à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

COMMENT RÉAGISSEZ-VOUS AUX DÉCLARATIONS DE M. MADRANE QUI ESTIME "QU'IL Y A DES RELENTS RACISTES AU MR" ET QUE LE MR EST "IRRESPONSABLE" ET N'A "RIEN COMPRIS À L'IMMIGRATION"?

Je suis profondément choqué. Indigné qu'on insulte de la sorte un grand parti comme le nôtre, qu'on insulte notre humanisme libéral, et nos valeurs profondément anti-racistes. Ces propos ("le MR n'a rien compris à l'immigration") sont là pour faire plaisir aux ultras de son camp, parce qu'ils n'ont toujours pas digéré, peut-être, le fait qu'ils soient dans l'opposition au fédéral. Mais moi, je ne dirai pas que le PS est irresponsable ou, comme il l'indique, que 'le chemin que nous montrons est là pour flatter les bas instincts'.

VOUS ÊTES DONC PLUS CHOQUÉ QUE RANCUNIER?

Il y a des phrases qui restent... Tellement elles sont ressenties violemment par les mandataires, les parlementaires, mais aussi tous ceux qui ont rejoint ou voté pour le Mouvement Réformateur, qui croient dans l'humanisme libéral et qui sont des anti-racistes convaincus.

LE PS DOIT-IL S'ATTENDRE À DES CONSÉQUENCES?

Ce sont des phrases que l'on garde en mémoire. Quand on s'essuie les pieds comme M. Madrane, et dont les propos sont relayés par le site du PS national, c'est indigne, et nous le disons. On ne se permettrait pas le quart par rapport à eux.

SELON VOUS, POURQUOI RACHID MADRANE EST-IL AUSSI VIGOUREUX DANS SES PROPOS?

Parce que le PS a peur pour ses forteresses communautaristes. Or, il est clair que pour le MR, nous devons nous éloigner du système communautariste, nous en sommes trop près. La tendance aujourd'hui est de rassembler autour du socle commun des valeurs, avec les musulmans, avec les juifs, avec tous. Cette adhésion au socle commun des valeurs, aujourd'hui, c'est une urgence. Or, le PS a construit son combat électoral sur le communautarisme. Et aujourd'hui, je pense que cette façon de voir la politique va être de plus en plus remise en question. C'est pour ça qu'il a peur.

LES ASSISES D'INTERCULTURALITÉ DU MR FONT PEUR AU PS?

Il est clair qu'avec les assises d'interculturalité, nous voulons remettre un certain nombre de dossiers oubliés sur la table. Les accommodements raisonnables, par exemple, qui sont un peu la religion du PS à Bruxelles.

MAIS RACHID MADRANE AFFIRME QU'IL N'Y A PAS D’ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES À BRUXELLES...

Il ment. Dans un certain nombre de communes et d'institutions, à Bruxelles et ailleurs, les accommodements raisonnables, ça existe. Or tous ces éléments liés aux accommodements raisonnables, tout ce qui est un signe de communautarisme vont être battus en brèche.

POUR VOUS, LE PS UTILISERAIT LE COMMUNAUTARISME, MALGRÉ LES DÉRIVES QUE CELA PEUT ENTRAÎNER?

Oui. Pour moi, c'est une évidence.

QUAND OLIVIER CHASTEL DÉFEND LE PARCOURS D'INTÉGRATION EN ARGUANT QU'IL CONTRIBUE À L'ASCENSEUR SOCIAL, M. MADRANE RÉTORQUE QUE L'ASCENSEUR SOCIAL, IL EST EN PANNE, ET QU'IL N'Y A PAS D'ESCALIER DE SECOURS...

C'est le PS qui a les clés de l’ascenseur social en main, il les a confisquées. C'est eux qui sont aux manettes en termes sociaux et économiques dans la Région bruxelloise et qui sont aux responsabilités depuis 26 ans dans le pays.

ET LE MR N'EST PAS INTÉRESSÉ PAR LES MANETTES DE L'ASCENSEUR SOCIAL?

Nous, on veut rendre du souffle à l'ascenseur social. On considère des individus, on souhaite leur émancipation. Quelles que soient leur couleur, leur culture. L'émancipation individuelle et la réussite individuelle, c'est cela qui fait que l'intégration est transformée, réussie. Nous aurions aimé prendre nos responsabilités à Bruxelles pour brancher l'ascenseur social, mais aujourd'hui les clés de l'ascenseur ont été confisquées par le PS. C'est donc un peu étonnant de les voir venir nous donner des leçons sur un terrain qu'ils ont laissé en friche depuis si longtemps...

RACHID MADRANE AFFIRME QUE LE MR N'A RIEN COMPRIS À L'IMMIGRATION. POUR VOUS, LE MR A COMPRIS QUOI À L'IMMIGRATION?

L'immigration, elle se maîtrise. C'est pourquoi nous avons fait des réformes avant Maggie De Block, pendant Maggie De Block, et que nous poursuivons. Les chiffres à ce niveau-là parlent pour nous. Nous avons une politique stricte et contrôlée mais qui reste humaine. Les gens que nous accueillons, il faut parfois les aider à s'adapter à notre système de valeurs, à notre langue. Quelque part, c'est du bon sens. Aujourd'hui, aux Parlements wallon, bruxellois, même à gauche, ils embrayent sur ces parcours d'intégration que nous souhaitions voir plus avancé, donc quelque part ils nous rejoignent et c'est très bien. Mais je ne dis pas non plus que nous avons la vérité sur tout. Je ne veux pas être un donneur de leçons constant.

C'EST LE PS QUI N'A RIEN COMPRIS À L'IMMIGRATION ALORS?

Je ne dis pas cela. Comme chez nous, il y a au Parti socialiste des gens qui travaillent sur le terrain, qui sont des mandataires, qui sont confrontés à des réalités difficiles, liées aux radicalismes, liées à l'aspect socio-économique, à la prévention. On doit essayer, comme on le fait dans certaines communes, de travailler ensemble. Mais ne surtout pas montrer l'autre comme l'affreux, l'ennemi, le raciste! On ne se permettrait jamais au MR ce genre de choses. Je reconnais donc aussi le savoir-faire de certains socialistes de terrain. Toutefois, nous aussi, on y travaille sur le terrain. Ce n'est pas en divisant de manière aussi radicale qu'on peut apporter un plus.



UNE FAUTE QUI FAIT DU MAL À LA POLITIQUE

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir)

Rudi Vervoort a tout faux en comparant le retrait de la nationalité aux djihadistes proposé par le gouvernement Michel avec l’attitude du régime nazi à l’égard des Juifs.

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Pas lui, pas ça et pas maintenant : Rudi Vervoort a tout faux en comparant le retrait de la nationalité aux djihadistes proposé par le gouvernement Michel avec l’attitude du régime nazi à l’égard des Juifs. Et sa faute est très lourde.

Mais pourquoi donc le ministre-président de la Région bruxelloise, qui marque déjà si peu l’espace public, s’est-il piqué de donner son avis sur des mesures prises par le gouvernement fédéral ? On pensait que son travail, singulièrement aujourd’hui, était de faire tourner jour et nuit cette région plombée économiquement et d’élaborer un plan d’attaque pour lutter à son niveau contre le radicalisme et pour le vivre-ensemble. Et si M. Vervoort s’occupait de Bruxelles et laissait Mme Onkelinx gérer l’opposition ? Hier, il a perdu son temps, fait perdre celui de nombre d’autres, braquant les esprits à l’entame d’une réunion de coordination si nécessaire entre le fédéral et les Régions.

Quelle prétention par ailleurs ! Comment se risquer à manier ce genre de comparaisons historiques très lourdes, sans en avoir le coffre ? Hier, alors qu’il tentait encore de justifier la pertinence de son propos sur le fond, Vervoortappelait Robert Badinter à la rescousse. Las, n’est pas Badinter qui veut ! Résultat : le recours à cette analogie historique sans en avoir ni la maîtrise, ni la carrure, a abouti – au grand dam des socialistes – à mettre sur le même pied des terroristes condamnés avec des Juifs innocents. Le retrait de la nationalité est une mesure qui suscite questions et controverses. Mais cela mérite des arguments, d’autant plus charpentés que le PS n’a pas toujours été opposé à la chose. M. Vervoort aurait décidément mieux fait de se taire.

Mais surtout : notre sondage auprès des jeunes le disait hier haut et fort – qu’on arrête de faire la politique avec des insultes, des anathèmes, de la stigmatisation. Qu’on parle du fond, qu’on échange des solutions. Les hommes politiques sont-ils à ce point sourds, électoralement centrés et suicidaires qu’ils n’arrivent pas à le comprendre ? Que leur faut-il de plus que ce moment où deux communautés sont fragilisées, parce que des jeunes nés ici sont prêts à tuer les leurs ?

A moins que M. Vervoort ait la solution à cette désespérance qui mène à la radicalisation ? Excusez-nous, mais cela se saurait. Cela vaut aussi pour son parti qui a été aux commandes depuis tant d’années. Tout comme pour tous les partis qui ont exercé le pouvoir en Belgique. Le moment incite à la plus grande humilité. Et il ne suffit pas de traiter les autres de nazis pour avoir raison. C’est, au contraire, un tel aveu d’impuissance, de suffisance et hélas, de bêtise, venant d’un démocrate. Le tout dénué de grandeur, car hier, Rudi Vervoort a tout dit, et ne s’est excusé qu’en fin de soirée. Son président de parti faisait entendre, lui,… un silence assourdissant. Ils ont tous deux raté la possibilité de sortir grandis.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ON EST D’ACCORD À %