mardi 20 janvier 2015

Au-delà du Pacte scolaire: un cours d’éducation aux valeurs pour tous


Patrick Loobuyck (UA) et Caroline Sägesser (ULB) 

Carte blanche Le Soir

 

Après les attentats meurtriers de Paris, on s’interroge sur les remèdes à apporter à la radicalisation de certains jeunes musulmans. Radicalisation qui conduit quelques éléments à perpétrer de tels crimes, et d’autres à se refuser à les condamner complètement : sur les réseaux sociaux, dans des reportages tournés dans les écoles, nous avons pu voir que le soutien à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, et la condamnation de l’antisémitisme n’étaient pas unanimement partagés.

Parmi les mesures à prendre, le remplacement des cours de religion et de morale par un cours de citoyenneté et/ou d’histoire des religions est une idée plusieurs fois avancée, dont le moindre des avantages ne serait pas de supprimer la séparation entre les élèves de différentes convictions pour aborder ces questions essentielles. Mais, la ministre en charge de l’Enseignement obligatoire, Joëlle Milquet, a exclu toute suppression des cours actuels, et s’en tient à l’accord de majorité gouvernementale qui prévoit le remplacement progressif d’une des deux heures dévolues aux cours philosophiques par un cours de citoyenneté, et ce, dans le seul réseau officiel. En effet, la ministre estime que dans l’enseignement libre, le référentiel du cours de religion prévoit déjà un apprentissage aux options philosophiques et religieuses des autres…

Il nous semble que Joëlle Milquet néglige ainsi une dimension importante de la problématique. Aujourd’hui, le choix d’une école libre catholique ne correspond plus automatiquement à un choix philosophique. Dans la plupart des écoles, la population scolaire est extrêmement diversifiée, et compte souvent de nombreux musulmans. Les astreindre à suivre un cours de religion catholique, quel que puisse être le degré d’ouverture du programme ou de l’enseignant, n’est pas propice au développement d’un vivre ensemble harmonieux où chacun se sent respecté dans son identité et dans ses convictions. D’autre part, la ministre semble oublier également qu’il existe des écoles libres confessionnelles autres que catholiques. Dans les écoles juives, protestantes et musulmanes, la population est, au contraire, très homogène sur le plan confessionnel et partant, les cours de religion n’y sont pas ouverts au pluralisme.

Il est donc impératif que le réseau libre où, rappelons-le, sont scolarisés plus de 50 % des élèves, soit inclus dans la réforme. Hélas, à côté de la position de la ministre, on a également observé la résurgence de vieilles craintes enracinées dans un antagonisme qui remonte à la conclusion du Pacte scolaire : la conjoncture actuelle ne fournirait-elle pas à certains le prétexte nécessaire pour réaliser un agenda laïque visant, de longue date, à supprimer l’enseignement de la religion ?

NOUS ESTIMONS QU’IL FAUT AUJOURD’HUI DÉPASSER LES VIEUX ANTAGONISMES, ET RAISONNER AUTREMENT. Il n’est en effet pas nécessaire de supprimer les cours de religion tels qu’ils existent actuellement, ni dans le libre, ni dans l’officiel ; tout au plus leur fréquentation pourrait-elle devenir facultative, ce qui serait cohérent avec le respect de la liberté de conscience et de religion de chacun. Il faut réfléchir non en termes de suppression, mais en termes d’ajout d’un contenu qui, aujourd’hui, fait cruellement défaut dans notre enseignement.

De longue date, l’absence d’un cours de philosophie a été dénoncée : son apprentissage, mais surtout la pratique du questionnement philosophique et le développement de l’esprit critique doivent impérativement figurer à l’agenda scolaire. N’en déplaise à d’aucuns, il en va de même de la religion : l’évacuer totalement des programmes scolaires serait une grossière erreur. Tout démontre – y compris des expériences déjà menées avec succès dans d’autres pays – que la culture religieuse doit faire partie de la formation.

Bien évidemment, il s’agit là d’un enseignement déconfessionnalisé du fait religieux, permettant à chacun de connaître les bases de ses propres convictions mais aussi de celles de ses voisins, et de susciter le développement d’une réflexion critique à l’égard des unes comme des autres. Philosophie, culture religieuse, mais aussi éthique et citoyenneté : les valeurs universelles, telles que les droits de l’Homme, les fondements de notre société démocratique doivent être enseignées, et, surtout, discutées. C’est en confrontant ses propres valeurs à celles des autres, et en les mesurant à l’aune de celles de notre société démocratique, que se développera le sens du dialogue et du respect mutuel.

Nous n’avons plus le temps de tergiverser. Il faut dégager des moyens pour organiser un tel cours d’éducation aux valeurs, pour tous les enfants dans tous les réseaux, afin de leur donner les clés pour mieux comprendre leur propre culture et celles des autres, et les préparer au mieux à s’insérer en tant que citoyens dans notre société multiculturelle et multicultuelle.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« POUR TOUS LES ENFANTS DANS TOUS LES RÉSEAUX, AFIN DE LEUR DONNER LES CLÉS POUR MIEUX COMPRENDRE LEUR PROPRE CULTURE »


Le meurtre odieux des journalistes caricaturistes de Charlie Hebdo et le grand rassemblement qu’il a généré semble avoir libéré les langues et rouvert des débats qu’on croyait clos depuis longtemps, notamment celui qui touche à l’enseignement des religions, une exigence du pacte scolaire que l’on remet aujourd’hui en question. A juste titre selon nous qui plaidons pour un cours des religions et des philosophies, un cours sur les valeurs et un éthique universelles qui soit au-dessus des religions. Mais attention, quels sont les enseignants qui sont habilités et formés pour donner de tels cours ?

MG

 

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