vendredi 30 janvier 2015

"Le cours de religion, chance pour un dialogue réciproque"

ENTRETIEN>CHRISTIAN LAPORTE 

La Libre Belgique


Depuis les attentats de Paris, on a vu éclore moult débats sur l’enseignement et les cours de religion. Etienne Michel, le directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique, y réagit dans une interview à "La Libre".

SUR LES COURS DE RELIGION, IL Y A EU DES DISCUSSIONS TRÈS PASSIONNÉES !

Ce fut l’occasion d’entrer en débat avec le monde laïque. Il y a chez lui une réelle capacité de dialogue mais aussi par ailleurs une forme de radicalité, voire de radicalisme laïque. Les propos tenus par Jean-Philippe Schreiber dans "La Libre" - NdlR : le Franc-tireur, 24-25/1 - illustrent ce phénomène sous le couvert des meilleures références scientifiques et le titre prometteur de retrouver l’esprit des pères de la Constitution. M. Schreiber a fait là montre d’un militantisme laïque rudimentaire. Un discours qui demande la suppression des cours philosophiques et de religion, la fin des réseaux - donc la fin de l’enseignement catholique comme tel - et la création d’un réseau unique pour des raisons d’économie d’échelle voire pédagogiques. Ce discours contient une vraie violence à l’égard de l’enseignement libre et une radicalité laïque dangereuse pour la paix scolaire. Nadia Geerts, autre grande prêtresse de la laïcité, a été plus loin à la télévision en s’interrogent sur la légitimité du CDH d’exercer la fonction de ministre de l’Enseignement. Pourtant les laïques comme chacun d’entre nous sont insérés dans un système de croyances et de convictions qui méritent d’être confrontées aux exigences de la raison. Le propre des idéologies est de devoir être toujours réinterrogées. Il est aussi important que les modérés continuent à se parler. Il y en a dans les deux mondes; c’est la meilleure réponse qu’on puisse apporter au défi du vivre ensemble.

QUE PENSER DE LA PROPOSITION DE SUPPRIMER LES COURS DE RELIGION ET DE MORALE ?

Le débat a heureusement montré aussi des nuances. Certains ont compris que la vieille thèse visant à enfermer la religion dans la sphère privée était dépassée dans les faits. Le fanatisme religieux qui peut amener au terrorisme interroge à l’évidence l’espace public et la manière dont les religions s’y inscrivent. Et donc un cours de religion n’est pas superfétatoire : il permet aux élèves d’entrer dans l’intelligence de la religion mais aussi de construire un rapport intelligent à cette religion. Dans la France laïque où on n’enseigne pas la religion à l’école, on se demande s’il ne faut pas l’introduire. Car comme l’a titré "Le Monde", prêcher un catéchisme républicain ne suffirait pas… En même temps, il se demandait s’il ne fallait pas développer des aumôneries musulmanes dans les prisons où se répand le fanatisme le plus extrême.

POUR EN REVENIR À L’ÉCOLE, UN RÉSEAU UNIQUE NE SERAIT-IL PAS MOINS CHER ?

Dans un système où le financement est organisé par élève avec des normes de création d’écoles et d’options et des normes de maintien, l’existence de plusieurs types de Pouvoirs organisateurs est neutre budgétairement. Que le PO soit la commune, la province, la Fédération WB ou des ASBL, on peut créer une école à partir d’un certain nombre d’élèves et la fermer lorsqu’on repasse en dessous. Les normes peuvent être discutées, apparaître généreuses ou insignifiantes, le système de base est neutre…

LE LIBRE EST-IL CEPENDANT FAVORISÉ ?

Non, évidemment, les différences de subventionnement restent considérables entre réseaux, principalement pour les subventions de fonctionnement et le financement des bâtiments scolaires. Trois chiffres : dans le fondamental, les écoles libres subventionnées perçoivent 57 % de ce que reçoit l’enseignement communautaire, dans le secondaire, le rapport est de 53 % et, situation la plus extrême, de 30 % pour certaines écoles supérieures artistiques.

PAR CONTRE VOUS VOULEZ RETROUVER L’ESPRIT DE LA CONSTITUTION ORIGINELLE…

Les principes de liberté d’enseignement, de liberté d’association et d’égalité de traitements sont souvent malmenés du côté francophone. La révision constitutionnelle de 1988 reste très mal appliquée. On y avait introduit le principe de l’égalité de traitement et l’affirmation du caractère contraignable de cette réalité. Du côté flamand, les décrets de financement ont été immédiatement adaptés; nous n’avons fait qu’une partie du chemin à la faveur des accords de la St-Boniface.

QUE PEUT APPORTER L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE AU VIVRE ENSEMBLE ?

Notre projet éducatif repose sur l’ouverture à tous les publics. Il est de fait très pluraliste mais ancré dans la tradition chrétienne de l’éducation. Il ne choisit pas son public… Nous réfléchissons au vivre ensemble à la fois au sein des cours de religion et de manière transversale dans les autres cours. On a incorporé trois grandes compétences transversales dans le cours de religion : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté. C’est une richesse de réunir tous les élèves; ce serait un problème si le cours était conçu dans une approche dogmatique ou fondé sur le prosélytisme. Mais ce ne serait pas accepté et totalement inacceptable. C’est une chance pour un dialogue réciproque entre la raison et la religion. Cette préoccupation est aussi présente dans nos cours d’histoire : lorsqu’on étudie le Moyen Age, on envisage les relations entre l’Occident chrétien et l’Islam sans oublier l’anti-judaïsme. Lorsqu’ils abordent ensuite l’époque contemporaine, nos élèves ne manquent pas d’outils… Plus que jamais, nous croyons à un projet pédagogique où il y a un enrichissement mutuel à partir de la religion et de la raison. Dans la ligne du dialogue entre le cardinal Ratzinger et Jürgen Habermas dans la revue "Esprit" en juillet 2004 qui demandait de renouveler ce dialogue pour renouveler nos démocraties…

 


TÉMOIGNAGE D'OUVERTURE AU VIVRE ENSEMBLE DANS UNE ÉCOLE CATHOLIQUE À MAJORITÉ MUSULMANE

La Libre

BELGA 



Alors que les cours de religion à l'école sont au coeur des débats au lendemain de l'attentat contre l'hebdomadaire français "Charlie hebdo", Valentin Wauters, professeur de religion depuis 5 ans à l'Institut de la Sainte-Famille d'Helmet à Schaerbeek, une école dite à "discrimination positive" du réseau libre confessionnel catholique, témoigne d'une large ouverture de son cours à une approche comparée des religions. Lors du congrès de Louvain-la-Neuve en 2012, l'enseignement catholique a réitéré sa demande de pouvoir dispenser des cours de religion islamique dans les classes du secondaire à forte présence musulmane, dans une perspective d'ouverture au dialogue inter-convictionnel à l'écoleActuellement, seule l'école catholique d'enseignement fondamental de Cheratte (province de Liège) bénéficie d'une dérogation.

Valentin Wauters, formé en philosophie, estime que c'est une opportunité d'enseigner à des élèves de confessions diverses: "Si mon cours s'axait uniquement sur la religion catholique, certains le vivraient comme une violence et d'autres s'en désintéresseraient. J'expérimente une approche axée sur la diversité avec l'aval de l'évêché, qui a d'ailleurs conclu qu'elle respectait le programme de façon très originale. Je vois en tout cas que mes élèves sont apaisés sur beaucoup de choses".

S'il souligne un besoin de formation adéquate, il a élaboré un cours axé sur les connaissances religieuses, ce qui exclut de fait la possibilité de formation de camps qui débattent pour convaincre autour d'une perception de la diversité des croyances spirituelles limitée aux seules religions musulmane, juive et chrétienne: "Les cours dits philosophiques sont encore trop souvent perçus aujourd'hui comme des cours de seconde zone. On m'a souvent dit que mon cours était trop compliqué pour mes élèves. Je pense qu'en utilisant une bonne méthodologie ce n'est pas le cas. J'ai choisi de travailler en 1ère et 2e années, donc avec des adolescents entre 11 et 15 ans. Pour moi, avant de s'exprimer sur un sujet religieux, il vaut mieux avoir les outils. Je pose des bases en insistant sur le vocabulaire pour qu'ils ne commencent pas à tout mélanger et à faire des amalgames. Cela permet de sortir du bavardage, et d'entrer en discussion. J'ai envie de les ouvrir sans nier ce qu'ils sont. Mon rôle est non pas de leur dire ce qui est bon à penser, mais de leurs apporter des connaissances sur les croyances, et de les aider à développer un esprit critique et ouvert qui inclut d'accepter qu'ils ont une pensée située et que d'autres modes de pensée sont légitimes. Ils peuvent très bien ne pas être d'accord avec des choses, mais ils doivent d'abord les comprendre et appréhender leur intelligence avant de les critiquer".

S'il aborde entre autres le shintoïsme en première et l'hindouisme en seconde, il traite également des liens et différences entre judaïsme, christianisme, islam et bahaïsme, de l'évolution du rapport à l'écrit et aux images dans les religions révélées, ou encore de la différenciation des registres scientifiques et religieux.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA NOUVELLE GUERRE SCOLAIRE AURA-T-ELLE LIEU ?

Ce monsieur est brillant, c’est lui qu’on envoie aux débats dominicaux à la RTBF et RTL. C’est dire s’il en jette. Et voilà que La Libre  lui offre une belle tribune. «  Il a élaboré un cours axé sur les connaissances religieuses, ce qui exclut de fait la possibilité de formation de camps qui débattent pour convaincre autour d'une perception de la diversité des croyances spirituelles limitée aux seules religions musulmane, juive et chrétienne »

Voilà qui est tout à fait dans la ligne de Etienne Michel le patron du Secrétariat général de l’enseignement catholique qui fait de ces cours de religions catho new look un gros argument marketing pour laisser venir à lui les petits enfants musulmans et agnostiques. 

De quoi s’agit-il ? De prouver que dans l’enseignement libre catho on est capable de faire autre chose qu’enseigner le petit catéchisme de Malines pendantt les deux heures obligatoires de religion et morale catholiques imposées à tous les élèves du réseau libre. C’est évidemment un débat de fond au moment où de très nombreuses familles musulmanes confient leurs rejetons à l’enseignement libre et surtout que de plus en plus de parents athées ou agnostiques fuient les promiscuités dans l’enseignement officiel qui se « mixifie » socialement pour inscrire leurs enfants dans le réseau catholique qui visiblement a le vent en poupe.

Il s’agit surtout d’éviter par ce biais que demain ces parents d’élèves musulmans exigent l’ouverture d’un réseau d’écoles musulmanes (une éventualité que prévoit la constitution et que les nations arabes pétrolières s’empresseraient de financer.) Dans « Soumission » Houellebecq imagine une prise de l’Elysée par Mohammed Ben Abbes lequel a formé une coalition et avec une UMP déliquescente et avec un PS à l’agonie pour éviter que Marine Le Pen ne soit présidente. Le très habile Abbes n’exige qu’un seul ministère en contrepartie :celui de l’éducation. Tenez, tenezEt il a vite fait de réduire à peau de chagrin la dotation de l’enseignement officiel conservateur et défenseur des valeurs de la République « L’humanisme athée, sur lequel repose le vivre ensemble laïc, est condamné à brève échéance, le pourcentage de la population monothéiste est appelé à augmenter rapidement, et c’est en particulier le cas de la population musulmane » (p 70) tout en créant un immense réseau privé d’enseignement musulman (tous les enseignants, sans exception, devront être musulmansgénéreusement financé par les pays du golfeOn me dira que tout cela est fiction. Le lecteur attentif de ce livre singulier aura été frappé par le fait que dans ce roman d’anticipation, les musulmans ont pris le pouvoir en Belgique bien avant de s’emparer de l’Elysée. « Le parti musulman de Belgique venait d’accéder au pouvoir. L’événement était en général considéré comme important, au point de vue de l’équilibre politique européen. Bien sûr, des partis musulmans nationaux appartenaient déjà à des coalitions de gouvernement en Angleterre, en Hollande et en Allemagne ; mais la Belgique était le deuxième pays après la France où le parti musulman se retrouvait en position majoritaire. Cet échec sanglant des droites européennes avait dans le cas de la Belgique une explication simple : alors que les partis nationalistes flamands et wallons, de loin les premières formations politiques de leurs régions respectives, n’avaient jamais réussi à s’entendre ni même à engager véritablement un dialogue, les partis musulmans flamands et wallons sur la base d’une religion commune, étaient très facilement parvenu à un accord de gouvernement. » (p.278)

On peut ne pas aimer Houellebecq- c’est mon cas- il faut bien admettre que son anticipation ne manque pas de piquant. Il se pourrait bien qu’en Belgique les choses se fassent à l’envers et que les musulmans exigent d’abord l’autorisation de créer un réseau d’enseignement-la constitution le permet- qui de fait serait financé largement par les pays de l’Opep. Ce serait une catastrophe pour le vivre ensemble et aussi pour les écoles Bruxelloises qui se videraient rapidement de leurs populations scolaires, prélude à un véritable apartheid entre Eux et Nous.

C’est ici que DiverCity rejoint sans réserve la proposition du profeseur Schreiber de remplacer les réseaux scolaires par une un réseau unique appelé autrefois enseignement pluraliste.

Nous avons quelque raison de penser que la guerre scolaire est en train de se rallumer : Nadia Geerts conteste la légitimité de la catholique Joële Milquet à diriger le ministère de l’éducation de Wallo Brux et on conteste de plus en plus l’intérêt d’organiser des cours de religions et de morale non confessionnelle.

Le succès prévisible du bouquin de Houellebecq ne manquera pas de jeter de l’huile sur le feu et d’alimenter les débats. Ambiance en prespective.

MG 

 


"C’EST LE MOMENT OU JAMAIS DE PARACHEVER LA LAÏCISATION DE LA BELGIQUE"

CHRISTIAN LAPORTE La Libre


OPINIONS

Observateur. Diplômé de l’ULB et de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris) ainsi que docteur en philosophie et lettres (1993), Jean-Philippe Schreiber est professeur à l’Université libre de Bruxelles depuis dix-neuf ans. Il y a dirigé de 2003 à 2007 le Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité (CIERL), dans lequel il a fait toute sa carrière. Professeur ordinaire à l’ULB, il y enseigne notamment l’histoire des religions et des institutions. Il est également directeur de recherches au Fonds national de la recherche scientifique. On lui doit aussi la création d’un intéressant portail Internet : l’Observatoire des religions et de la laïcité. L’Orela poursuit quatre objectifs. C’est d’abord une revue de presse quotidienne relative aux religions et à la place des convictions dans l’espace public; il diffuse ensuite des analyses, des études, des expertises et des synthèses de résultats de recherche relatifs aux religions et convictions et aux relations Eglises/Etats, rédigées par des experts scientifiques issus du CIERL et de plusieurs universités européennes. On lui doit également un rapport annuel sur l’état des religions dans l’Union européenne et dans le monde et il propose, enfin, divers outils aux utilisateurs dont quelque 100 000 coupures de presse rassemblées depuis trente ans. Les travaux de Jean-Philippe Schreiber se focalisent sur l’histoire du judaïsme moderne et contemporain, sur l’histoire de l’immigration, sur l’antimaçonnisme et, enfin, sur les rapports entre mémoire et histoire et sur les relations entre les Eglises et les Etats. Dans ce dernier contexte il a rédigé son essai sur la Belgique et la laïcité.

Expert. Jean-Philippe Schreiber a été appelé comme expert dans une série d’initiatives ayant trait tantôt au devoir de mémoire, tantôt aux relations entre l’Eglise et l’Etat en Belgique. Il participa ainsi à la commission du Premier ministre chargée d’étudier la question des biens juifs spoliés par les nazis (la commission Buysse I) au comité scientifique du Vlaams Holocaustmuseum/Transit Mechelen, à l’initiative du gouvernement flamand puis au comité de pilotage des Assises de l’interculturalité du gouvernement fédéral.

AVEC VOTRE ROBORATIF ESSAI "LA BELGIQUE, ETAT LAÏQUE OU… PRESQUE" VOUS RÉVEILLEZ UN DÉBAT QUI SOMNOLAIT. POURQUOI ?

Contrairement à ce qu’on croit souvent, le régime de relations entre Etat et religions qui prévaut chez nous peut être vu comme un régime de laïcité même si cette dernière ne figure pas telle quelle dans notre Loi fondamentale. C’est aussi un régime très "séparatiste". Mais pendant plus d’un siècle, ce principe a été dévoyé, détourné par un clivage politico-religieux qui a profondément divisé le pays. Il a trahi l’esprit du constituant et permis à l’Eglise de tirer un profit considérable des largesses offertes par le système belge de régulation du religieux, en particulier dans le domaine scolaire.

MAIS LA SÉCULARISATION PROGRESSE FORTEMENT DEPUIS TRENTE ANS…

Il y a eu une forte sécularisation de la société. Ou plutôt : une série de symboles ont été laïcisés. Le moment-clé du déverrouillage a été le vote de la loi sur l’IVG. Puis a suivi sous les gouvernements Verhofstadt, le vote de législations en matière d’euthanasie, de bioéthique, de reconnaissance des droits des homosexuels qui ont fait de la Belgique un pays très progressiste. Ces lois ont montré que la Belgique s’est détachée de la morale chrétienne. On arrive à un autre moment décisif : c’est le moment ou jamais de parachever la laïcisation et de retrouver l’esprit des pères de notre Constitution !

ELLE ÉTAIT SI RÉVOLUTIONNAIRE ?

Seuls les Etats-Unis avaient été plus loin dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mieux : notre pays a précédé la France de sept décennies. Et cela dans un large consensus là où la République s’est heurtée à l’Eglise… Chez nous, ce fut grâce au consensus entre catholiques et libéraux…

… QUI ÉTAIENT D’ACCORD D’ALLER SI LOIN MAIS PAS POUR LES MÊMES RAISONS.

Ils ont œuvré pour le bien de l’Etat et des religions. Les libéraux ont rejeté toute forme de concordat là où les catholiques entendaient que l’Eglise ne revive plus la tutelle de l’Etat, tantôt joséphiste tantôt gallicane, etc. La révolution de 1830 fut politique et religieuse. Il est erroné de parler de séparation mitigée ou de neutralité; notre Constitution est et reste laïque… A l’époque, le mot n’était pas encore de mise mais la loi fondamentale affirme bien que le pouvoir civil l’emporte sur le pouvoir religieux. Comme le montrent des débats récents, les temps sont mûrs pour aller jusqu’au bout… Ces évolutions s’imposent dans un cadre de plus en plus pluraliste, de plus en plus multiculturel mais aussi à une période où certaines tensions ne pourront s’apaiser qu’en mettant fin à toute une série d’archaïsmes.

BIEN AVANT QU’ON (RE)PARLE DU COURS DE CITOYENNETÉ, VOUS AVEZ VOULU OUVRIR PLUSIEURS CHANTIERS À CET ÉGARD…

Il en est un en cours qui porte ses fruits : c’est la révision de certains symboles qui associaient de près une religion à l’espace public. On a remis en question le protocole officiel qui favorisait le culte catholique et la nécessité de maintenir le Te Deum; à propos des vacances, on estime ne plus devoir se référer à des fêtes religieuses. C’est une évolution en adéquation avec la sécularisation mais il y a au moins trois autres archaïsmes à écarter !

DONT - CE N’EST PAS RIEN ! - LE FINANCEMENT PUBLIC DES CULTES !

Il y a là un vrai régime discriminatoire. Beaucoup de dispositions légales et d’initiative publiques ont été prises au mépris de la Constitution. Il faut aussi être réaliste : c’est une charge importante pour les pouvoirs publics à l’heure où la majorité des lieux du culte sont vides.

DEUX COMMISSIONS QUI ONT PLANCHÉ LÀ-DESSUS ONT CERTES DÉBOUCHÉ SUR DES RAPPORTS MAIS ILS SONT RESTÉS SANS SUITE…

Leur ambition n’était pas de changer le système mais de réduire des inégalités. Les esprits ont évolué. On peut commencer par aller voir ailleurs… Le nouveau système néerlandais est bien accueilli depuis les années 1980. Il y a la France mais également le Royaume-Uni, l’Irlande. L’Eglise de France ne regrette pas l’abandon du financement direct et se réjouit, au contraire, de la dynamique nouvelle qu’a entraînée l’implication des fidèles.

VOUS SUPPRIMERIEZ AUSSI LES COURS DE RELIGION ET DE MORALE…

Ils avaient été imposés dans la foulée du Pacte scolaire; le contexte a changé. La question est d’autant plus prégnante en cette période de crispations.

JUSTEMENT QUE PENSEZ-VOUS DU COURS DE CITOYENNETÉ QUE LA FÉDÉRATION WB VEUT LANCER ?

Il faut être cohérent et supprimer d’abord les cours de religion et de morale. Il n’est pas tenable qu’on les maintienne, confiés à des enseignants choisis par les représentants des cultes. Puis envisager comment on les remplace. Il faut développer le sens critique des élèves, leur libre arbitre sans ignorer notre patrimoine religieux commun. La religion doit être abordée de manière transversale. Cela dit, ce projet a surgi dans un contexte un peu opportuniste. Qui va donner ces cours ? Que faire des anciens profs de religion et de morale ? Et on doit aussi en permanence garder à l’esprit l’ignorance patente du fait religieux chez les jeunes.

ENFIN, VOUS DEMANDEZ UN CHANGEMENT PLUS FONDAMENTAL ENCORE : LA FIN DES RÉSEAUX AU PROFIT D’UN RÉSEAU UNIQUE…

Mon propos est idéaliste mais il est temps d’abattre les cloisons idéologiques d’antan. Il faut aller au bout de la logique. Cela permettra de restaurer l’autorité de l’Etat. Le Pacte scolaire a fait de l’enseignement libre un service public fonctionnel. Il n’est pas normal qu’il soit davantage choyé que l’officiel. Un réseau unique entraînerait d’importantes économies d’échelle et remettrait la pédagogie au cœur de l’école. Une étude du "Ligueur" a montré que les parents sont pour le libre parce qu’il est plus qualitatif.

IL Y VA AUSSI DE LA RÉUSSITE DU VIVRE ENSEMBLE

Mais oui, cessons de séparer sur base des convictions ! La religion est dans le cœur de l’individu et elle est essentielle aux yeux d’un grand nombre de croyants mais elle ne doit pas reprendre place dans l’espace public. On est dans un "momentum". L’heure est venue de transformer les émotions fortes en projets fraternels, égalitaires et rassembleurs et de lancer un vaste débat sans exclusives.

LE CENTRE D’ACTION LAÏQUE NE SERAIT PLUS FINANCÉ NON PLUS…

Rien n’empêchera demain le peuple laïque de faire vivre aussi ses lieux de rencontre et de continuer à se mobiliser pour faire progresser ses valeurs. Ce sera un système différent mais on ne supprimera nécessairement pas tout ce qui existe. Il y a les aides indirectes notamment par des avantages fiscaux. On ne va supprimer non plus les domaines où les cultes et la laïcité agissent au profit de tous. Les aumôneries que ce soit à l’hôpital, dans les prisons, à l’armée jouent un rôle important. Il faut prendre en compte aussi l’idée que le financement des cultes se double d’un financement de l’associatif cultuel à travers l’éducation permanente et l’action sociale. Au fond, l’utilité sociale des cultes n’est pas légitimée par l’assistance au culte mais par sa présence sur le terrain.

 

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