samedi 10 janvier 2015

Dans une mosquée de Toulouse : «On ne peut pas se mélanger avec ceux qui justifient les caricatures du prophète»


Jean-Manuel Escarnot 




A la mosquée de Basso Combo, dans le quartier du Mirail à Toulouse, en juillet 2012. (Photo Remy Gabalda. AFP)

REPORTAGE

DANS LE QUARTIER DU MIRAIL, LES FIDÈLES SONT PARTAGÉS ENTRE INQUIÉTUDE ET LASSITUDE DE DEVOIR SE JUSTIFIER.

Un peloton de gendarmes, seize hommes au total, pistolets-mitrailleurs en mains et revêtus de gilet pare-balles sécurisent, vendredi, les deux entrées de la mosquée du Château dans le quartier du Mirail à Toulouse. Situé au pied d’une cité HLM, ce lieu de culte dirigé par l’association des musulmans de Toulouse est le plus vaste et le plus ancien de la ville. Plus d’un millier de fidèles sont rassemblés dans la salle principale et sous la tente et les tapis installés dans la cour. Des jeunes, certains en kamis noir ou blanc, des barbus au look salafiste et une majorité de quadras et de quinquagénaires en tenue de ville sont venus écouter le prêche en arabe de l’imam marocain.

A la vue des journalistes un homme apostrophe l’un des responsables : «Pourquoi les laisser rentrer ? Nous n’avons pas à nous justifier»,dit-il sur un ton énervé. Alentour, il n’y a pas les embrassades habituelles des retrouvailles à la mosquée. Larbi, 51 ans, traduit à voix basse le prêche entièrement consacré à la condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo. Beaucoup de jeunes n’en ont pas compris un mot.

«CHACUN DOIT DIRE CE QU’IL RESSENT»

Barbes non taillés, cheveux longs, kamis, Medhi, 21 ans, informaticien et Djamel, 23 ans, postier, disent se comporter «autant que possible» comme les compagnons du prophète. «Ceux qui ont commis ces actes sont des types perdus, des gars de cités ignorants à qui on fait croire qu’ils seront lavés de leurs péchés en devenant jihadistes», insiste Medhi. «J’ai débattu avec un type comme ça plus d’une dizaine de fois. Il ne connaissait rien à la religion et il a fini par partir en Syrie. Je l’ai revu sur une vidéo en train de brûler son passeport et appelant à commettre des attentats en France», ajoute-t-il. «Les caricatures nous ont blessés mais rien ne justifie ce qui s’est passé. Il faut qu’on nous entende», reprend Medhi. Lui et son ami Djamel n’iront pas pour autant manifester. «On ne peut pas se mélanger avec ceux qui justifient les caricatures du prophète au nom de la liberté d’expression. Nous ne partageons pas leurs idées.»

Adam, 30 ans, cariste, barbe taillée, kamis blanc, lui aussi choqué par les caricatures, descendra dans la rue samedi. «C’est très grave. J’ai peur des amalgames dans les jours et les semaines à venir. On sent bien la pression monter. Heureusement les médias font l’effort d’insister sur la différence entre les musulmans et ceux qui massacrent», dit-il. Hassan Id Miloud, 51 ans, un des responsables de la mosquée, circule d’un groupe à l’autre : «La période est électrique. A chaque fois on a l’impression que ça monte d’un degré de plus. Là il n’y a plus le choix. Chacun doit dire ce qu’il ressent. Mais on a l’impression qu’il faut qu’on en fasse plus que les autres. Le musulman est touché mais, lui, il faut qu’il le montre.» A la sortie de la mosquée, Mohamed, 50 ans, salue les gendarmes en faction… Leur présence le rassure. Il se dit très inquiet des attaques récentes contre les mosquées. Il a interdit à sa fille en troisième année de droit de s’exprimer en public sur ce qui se passe. «J’ai peur qu’elle soit prise à partie», dit-il.

Jean-Manuel ESCARNOT

 


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EUX ET NOUS


Eux n’iront pas manifester«On ne peut pas se mélanger avec ceux qui justifient les caricatures du prophète» ; «Ceux qui ont commis ces actes sont des types perdus, des gars de cités ignorants à qui on fait croire qu’ils seront lavés de leurs péchés en devenant jihadistes», « Il ne connaissait rien à la religion et il a fini par partir en Syrie. »

Ite missa est, si j’ose dire, tout est dit en quelques phrases.  A bon entendeur salut et tant pis pour les malentendants et vivent les malentendus. Voilà pour les plus modérés. Ce point de vue est respectable mais on retiendra quand même : « Beaucoup de jeunes n’en ont pas compris un mot » en somme c’est comme si du temps où la messe était dite en latin, le prêche l’était aussi et le prédicateur venu d’ailleurs, de Rome par exemple. C’est insensé, cela doit changer, il faut des imams européens formés dans nos universités, c’est une des clés.

A la manif il y aura nous. Nous et le président Hollande, nous et la presse et les politiques, nous et les syndicats, nous et Merkel, Cameron et sans doute la famille Le Pen au grand complet, nous  et quelques foulards et quelques musulmans de service, des officiels. On se comptera ce jour-là, il y aura énormément de monde, une atmosphère lourde comme quand l’orage approche ; les forces de d’ordre redoutent un attentat, des débordements. Tout peut arriver. Non, rien n’est plus comme avant ce tragique attentat. Trois fanatiques ont frappé la France au cœur. La République chancelle. En mai 68 après la « chienlit » Malraux avait convié la France aux Champs Elysées, les Français sont venus en nombre et le lendemain les CRS rentraient dans leurs casernes, les étudiants à la Sorbonne.

Ce ne sera pas pareil lundi. A l’heure qu’il est personne ne peut imaginer ce qui pourrait se passer. Une seule chose est sûre, il y aura des absents parmi eux :«On ne peut pas se mélanger avec ceux qui justifient les caricatures du prophète»

"Les musulmans sont pris dans un piège, entre ceux qui tuent au nom de l'islam et des extrémistes qui veulent se défouler sur les musulmans et déversent sur eux leurs discours stigmatisants", souligne le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au CFCM, Abdallah Zekri.

C’est leur point de vue à eux ; à nous de le respecter même et surtout si nous avons le nôtre tout aussi respectable, du reste. La tragédie, c’est que la mouvance djihadiste barbare et terroriste a pour première ambition d’exacerber les tensions entre eux et nous. Surtout, il ne faut pas que ceux-là aient le dernier mot. France faces difficult days ahead, but let’s not hand the extremists a victory they could not achieve for themselves.”

Tout ceci est d’une extrême complexité quand la parole et la mode est aux simplifications à la Zemmour, à la Houellebecq. La pensée réductrice triomphe. En effet comme le souligne Edgar Morin  Non seulement les fanatiques meurtriers croient combattre les croisés et leurs alliés les juifs (que les croisés massacraient), mais les islamophobes réduisent l’arabe à sa supposée croyance, l’islam, réduisent l’islamique en islamiste, l’islamiste en intégriste, l’intégriste en terroriste. »

 

MG



«ON N'IMAGINAIT PAS QUE CELA ARRIVERAIT EN FRANCE »

Figaro

(…)Moché Lewin, le conseiller spécial du grand rabbin de France, Haïm Korsia, lui-même rabbin, commente l'actualité avec effroi: «On n'imaginait pas que cela arriverait en France. Il faut maintenant que les autorités prennent des mesures très fermes pour éradiquer l'islamisme. Ces gens sont entraînés à tuer. Ils ne veulent pas autre chose: regardez le sort de la policière municipale de Montrouge. Il faut encore relever la garde, car la voiture des deux tueurs avait été abandonnée devant un restaurant casher. Il y a des explications à donner de la part de l'État à la communauté juive pour sa protection, même si nous mesurons tous les efforts accomplis. Si les moyens mis en œuvre ne sont pas suffisants, les efforts du grand rabbin pour convaincre les Juifs français de ne pas quitter le pays seront vains. Sans compter que ce n'est pas seulement la communauté juive qui est touchée, car quand un Juif est touché, les présidents Sarkozy et Hollande l'ont dit, c'est toute la France qui est touchée. Cette semaine, c'était le premier pilier de la République qui était touché, la liberté. C'est maintenant l'égalité et la fraternité qui le sont. Ce sont les piliers de la France qui sont bousculés, il faut que chacun en ait bien conscience.»



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TOUT PEUT ARRIVER, MÊME LE PIRE

A force de focaliser toute l’attention sur le massacre des Charlies, on a fait moins de cas de l’attentat antisémite contre la boutique kacher où sont tombés quatre victimes israélites, autant qu’au musée juif de Bruxelles. The GuardianFirst they came for the cartoonists, then they came for the Jews.

Perhaps the murderers want to kill people not only for what they do, but for who they are. Jews as a kind of ultimate symbol of the west

The demand that Muslims condemn acts of terror committed by jihadist cultists is odious: it tacitly assumes that Muslims support such horror unless they explicitly say otherwise.

The challenge, then, is to frustrate the killers’ desire to fuse themselves with Islam, then that puts a burden on non-Muslims too.

And this is the key point. It is not only violent jihadists who resent representations of the prophet: such pictures trouble many millions of peaceful Muslims too. To print one now would be to take a stand against the former by offending the latter. Every move must now be aimed at confounding the killers’ wish to make this a holy war, pitting Muslims against everyone else. It is no such thing. Theirs is a dirty little war, a handful of wicked fanatics against the rest of us. And they must lose.

Il serait franchement odieux, écrit l’éditorialiste anglais, d’exiger des musulmans qu’ils condamnent les crimes terroristes islamistes car ce serait sous-entendre qu’ils les approuvent tacitement s’ils ne le faisaient pas de manière explicite. Le vrai défi est là : c’est de contrecarrer le dessein des tueurs qui prétendent agir au nom de l’islam et de tous les musulmansCe  défi est aussi celui des non musulmans. Enfin et c’est tout à fait essentiel, il n’y a pas que les jihadsites qui soient allergiques aux caricatures du prophète : such pictures trouble many millions of peaceful Muslims tooLes publier maintenant équivaudrait à faire un pied de nez aux uns en offensant les autres. Chaque geste que nous posons désormais ne doit avoir qu’un but :confounding the killers’ wish to make this a holy war, pitting Muslims against everyone else. Theirs is a dirty little war, a handful of wicked fanatics against the rest of us. And theymust lose.

« La France réussira-t-elle à éviter le piège tendu par ces trois assassins  et leurs commanditaires? Celui, comme l’a dit l’ancien ministre français de la Justice Robert Badinter, qui consiste à « creuser un fossé de haine entre les communautés qui composent la République française ». Le climat actuel en France – qui se nourrit notamment de tensions sournoisement entretenues par des ouvrages récemment parus, on pense évidemment à Eric Zemmour et à Michel Houellebecq – ne joue sans doute pas en faveur de l’apaisement. » commente Le Soir

La France n’est d’ailleurs pas la seule concernée par le défi. L’Europe entière doit se sentir visée. Les postures ouvertement racistes, à l’instar du mouvement Pegida qui a pris son essor depuis Dresde en Allemagne il y a trois mois, s’assimilent bien entendu à tout ce qu’il convient d’éviter et même de combattre.

C’est à l’évidence ce qui explique la présence annoncée de Merkel et Cameron à la manifestation de dimanche : donner un signal fort à l’opinion publique européenne. Il restera à François Hollande de transformer l’essai. S’il y parvient, il bondira dans les sondages et sauvera sa présidence et peut être même reprendra-t-il l’initiative en Europe. Sinon, tout peut arriver, même le pire.

MG



LES MUSULMANS DE FRANCE APPELÉS À SE DÉMARQUER DES JIHADISTES

Le Vif

La communauté musulmane française devait rendre un hommage appuyé aux victimes de l'attentat de Charlie Hebdo lors de la grande prière hebdomadaire du vendredi, pour se démarquer des jihadistes accusés d'avoir mené l'attaque sanglante au nom de l'islam.



Hassen Chalghoumi, imam de Drancy et président de la Conférence des imams de France. © Belga

Les représentants de cette communauté forte en France de quelque 3,5 à 5 millions de membres ont appelé les imams des plus de 2.300 mosquées du pays à "condamner avec la plus grande fermeté la violence et le terrorisme" dans leurs prêches vendredi. A Montpellier (sud), le texte du prêche devrait même être commun à tous les imams.

"La communauté musulmane est particulièrement choquée et ébranlée", a dit le président du Conseil français du culte musulman Dalil Boubakeur, après le massacre dont sont accusés deux frères d'origine algérienne, cernés par la police vendredi dans une petite localité au nord-est de Paris. Le CFCM, instance représentative de l'islam de France, et l'UOIF (organisme proche des Frères musulmans) ont également mis en sourdine leurs divergences pour appeler "les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement" la grande marche républicaine prévue dimanche. A l'émotion et la colère des responsables religieux s'ajoute la crainte que l'attaque de Charlie Hebdo ne provoque une résurgence des actions visant les musulmans. Le Premier ministre Manuel Valls a tenu à souligner vendredi que la France était "dans une guerre contre le terrorisme", pas "contre une religion".

Depuis mercredi, des lieux de culte ont été visés par des tirs d'armes à feu ou d'autres projectiles dans plusieurs villes de France, sans faire de victime. A Poitiers (centre-ouest), un suspect a été interpellé après avoir inscrit "Mort aux Arabes" sur le grand portail de la mosquée mais a confessé avoir agi sous l'emprise de l'alcool, "bouleversé" par l'attentat contre Charlie Hebdo. Vendredi matin, une tête de porc et des viscères ont été découverts, accrochés à la porte d'une salle de prière musulmane, à Corte en Corse, selon la gendarmerie. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, avait condamné jeudi soir toute "violence" ou "profanation" visant des lieux de culte et souligné que "les auteurs de tels actes doivent savoir qu'ils seront eux aussi recherchés, arrêtés et punis".

"LES MUSULMANS SONT PRIS DANS UN PIÈGE"

"Les musulmans sont pris dans un piège, entre ceux qui tuent au nom de l'islam et des extrémistes qui veulent se défouler sur les musulmans et déversent sur eux leurs discours stigmatisants", souligne le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au CFCM, Abdallah Zekri.

Fateh Kimouche, influent acteur de la blogosphère islamique, relève pour sa part que "nombre de médias nous disent que les musulmans doivent parler plus". "Mais on se mobilise tout le temps! " s'exclame le fondateur du site Al Kanz, destiné à la communauté musulmane de France. "Je rappelle que les musulmans aussi sont touchés: le policier tué à bout portant (devant Charlie Hebdo) s'appelait Ahmed MerabetNous ne sommes pas épargnés", souligne-t-il.

 

FRANCE FACES DIFFICULT DAYS AHEAD, BUT LET’S NOT HAND THE EXTREMISTS A VICTORY THEY COULD NOT ACHIEVE FOR THEMSELVES

Tariq Ramadan 



Photograph: Ian Langsdon/EPA

Vigil for murdered Charlie Hebdo journalists in Paris.

 

 

'Politicians, intellectuals, journalists, Muslims and people of other faiths (or none) must be clear and united about our common principles'. 

The attack on Charlie Hebdo compels us to be clear and to be consistent. We have to condemn what happened in Paris absolutely. I said the same after 7/7 and after 9/11. And after Jordan and Bali and Mali.

It is particularly important to be clear about where we stand, for the attackers said things that cannot be allowed to go unchallenged. They said they were avenging the prophet. That was wrong. In fact, it is the message of Islam, our principles and values, that have been betrayed and tainted. They refer to Islam to justify what they did. From a religious viewpoint, I feel it is my responsibility to say that this has nothing to do with the message of our religion. I would expect anyone, if something was happening in the name of their country or in the name of their religion, to take a stand. As a Muslim scholar I have to take that stand.

That said, there is also a wider political side to this equation. We condemn what happened in France. We condemn the violent extremism that is targeting westerners. But it is not only westerners. We are reacting emotionally because 12 people were killed in Paris, but there are hundreds being killed day in, day out in Syria and Iraq, and still we send more bombs. We have to look at the big picture. Lives matter, but it is important to be clear that the lives of Muslims in Muslim majority countries have as much value as our own lives in the west.

What happened this week is a tragedy heightened by familiarity, for I met the cartoonist Charb (Stéphane Charbonnier), the editor of Charlie Hebdo, who was among those killed on Wednesday. We had a debate in which I told him that I respected his freedom to say whatever he wanted to say, and that there was no justification for any kind of censorship.

But I also told him that he had to be clear about the way he was using that right. In 2008 his magazine fired a cartoonist who made a joke about a Jewish link to President Sarkozy’s son. Where was the freedom of expression there, I asked the satirical magazine. I was told that when it comes to freedom of expression that there are limits, not everything can be said. The double standard is troubling, to say the least.

I am shocked that something as terrible as this has happened to Charb and his colleagues, but less surprised that there was a backlash against them. There had been controversy concerning Charlie Hebdo on an almost six-monthly basis, and lots of threats. To have a sense of humour is fine, I told them, but to target an already stigmatised people in France is not really showing much courage.

The shootings have been described as an act of war. I can understand why some might characterise it that way. But they are wrong to do so, for isn’t this exactly what the violent extremists such as Da’esh, so-called Islamic State, want? They want to say the west is at war with Islam, but if we are to take the action of marginal groups and use that as evidence that there is a war between Islam and the west, aren’t we merely falling into a trap?

George Bush fell into that very trap immediately after 9/11 by calling it the war on terror, but actually he promoted it with his rhetoric. The most we can reasonably say now is that we are at war with violent extremists, wherever they are coming from. But why play that game at all? Let’s be specific: these are criminals exploiting Islam. The great majority of the victims are actually Muslim.

There are tensions in many countries, but things have been very difficult of late in France. Two recently published books reflect the atmosphere: very negative and very demoralisingThe French Suicide by Eric Zemmour expresses the fear that millions of Muslims might be colonising and transforming the country (he is hoping they will be helped to leave), and Michel Houellebecq’s novel Submission, which predicts that in 2022 an Islamic party will take over France. Three years ago, Houellebecq said Islam was the most stupid religion in the world.

In the UK, in terms of daily life, the situation is better. There isn’t that feeling of permanent stigmatisation in the discourse as happens in France. But even so, things feel as if they are changing for the worse. It is no accident that Ukip has been on the rise, and in such a climate one feels the public discourse changing. There are parties happy to target migrants and to target Muslims. It’s a drift we have to stop, for in my view we actually have a shared responsibility. Politicians, intellectuals, journalists, Muslims and people of other faiths (or none) must be clear and united about our common principles. We need politicians with more on their minds than winning the next election.

One sees difficult days ahead as yesterday’s dramatic events in France showed; and there is the issue of media organisations intent on publishing the most offensive Charlie Hebdo cartoons, claiming that it would strike a blow for free speech. I support free speech, but I would urge them to desist, for what they plan to do is not courageous and will do nothing to afford people dignity. It will be another example of targeting all Muslims. It would say that if our fellow Muslim citizens are not part of the equation, we will target not the extremists – but Islam itself. It would hand the extremists a victory they could scarcely have achieved for themselves.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« NOTRE ÉMOTION NE DOIT PAS PARALYSER NOTRE RAISON, COMME NOTRE RAISON NE DOIT PAS PARALYSER NOTRE ÉMOTION. »

Il est de bon ton dans les milieux laïques orthodoxes de considérer TariqRamadan comme un intellectuel brillant mais fourbe car pratiquant un double langage selon son lectorat. Dont acte. Ceci dit, l’article qu’il signe dans le Guardian est interpellant à plus d’un titre. 

Commençons par le titre, justement: La France fait face à un défi, n’offrons pas aux extrémistes une victoire qui sans nous leur serait inaccessible. Interpellant, évidemment.

'Politicians, intellectuals, journalists, Muslims and people of other faiths (or none) must be clear and united about our common principles'.  Il s’agit d’être très clairs et conséquents: We have to condemn what happened in Paris absolutely. said the same after 7/7 and after 9/11.

Les agresseurs ont dit des choses qu’on ne peut pas laisser passer. Ils ont affirmé qu’ils vengeaient le prophète. Ca ne tient pas la route. En vérité ce sont nos valeurs qu’ils flétrissent et ternissent en le trahissant en se réclamant  de l’islam.

D’un point de vue strictement religieux, je me dois d’affirmer que ceci n’a aucun rapport avec la religion et son message. Et est en ma qualité de lettré musulman que je le dis.

Il y a un aspect un côté très politique à cette affaire. We condemn what happened in France. We condemn the violent extremism that is targeting westerners But it is not only westerners. We are reacting emotionally because 12 people were killed in Paris, but there are hundreds being killed day in, day out in Syria and Iraq, and still we send more bombs. We have to look at the big picture. Lives matter, but it is important to be clear that the lives of Muslims in Muslim majority countries have as much value as our own lives in the west.

The shootings have been described as an act of war. I can understand why some might characterise it that way. But they are wrong to do so, for isn’t this exactly what the violent extremists such as Da’esh, so-called Islamic State, want? They want to say the west is at war with Islam, but if we are to take the action of marginal groups and use that as evidence that there is a war between Islam and the west, aren’t we merely falling into a trap?

George Bush fell into that very trap immediately after 9/11 by calling it the war on terror, but actually he promoted it with his rhetoric. The most we can reasonably say now is that we are at war with violent extremists, wherever they are coming from. But why play that game at all? Let’s be specific: these are criminals exploiting Islam. The great majority of the victims are actually Muslim.

There are tensions in many countries, but things have been very difficult of late in France. Two recently published books reflect the atmosphere: very negative and very demoralisingThe French Suicide by Eric Zemmour expresses the fear that millions of Muslims might be colonising and transforming the country (he is hoping they will be helped to leave), and Michel Houellebecq’s novel Submission, which predicts that in 2022 an Islamic party will take over France. Three years ago, Houellebecq said Islam was the most stupid religion in the world.

In the UK, in terms of daily life, the situation is better. But even so, things feel as if they are changing for the worse. It is no accident that Ukip has been on the rise, and in such a climate one feels the public discourse changing. There are parties happy to target migrants and to target Muslims. It’s a drift we have to stop, for in my view we actually have a shared responsibility. Politicians, intellectuals, journalists, Muslims and people of other faiths (or none) must be clear and united about our common principles. We need politicians with more on their minds than winning the next election.

Enfin, Ramadan termine en dissuadant les medias de publier les caricatures de Charlie hebdo. Selon lui ce serait offensant pour l’ensemble des musulmans.(targeting all Muslims)We will target not the extremists – but Islam itself. It would hand the extremists a victory they could scarcely have achieved for themselves.

« Il y eut problème au moment de la publication des caricatures. Faut-il laisser  la liberté offenser  la foi des croyants en l’ Islam en dégradant l’image de son Prophète ou bien la liberté d’expression prime-t-elle sur toute autre considération ? Je manifestai alors mon sentiment d’une contradiction non surmontable, d’autant plus que je suis de ceux qui s’opposent à la profanation des lieux et d’objets sacrés. » (Edgar Morin)

Cela équivaudrait à viser l’ensemble des musulmans et pas seulement les extrémistes. Agir ainsi, c’est offrir aux extrémistes une victoire qu’ils seraient incapables d’arracher par eux-même.

Comment le faire comprendre à une opinion publique européenne tétanisée par le double crime parisien : un crime contre l’esprit de liberté.

« L’anti-islamisme devient de plus en plus radical et obsessionnel et tend àstigmatiser toute une population encore plus importante en nombre que lapopulation juive qui fut stigmatisée par l’antisémitisme d’avant-guerre et de Vichy.

La peur va s’aggraver chez les Français d’origine chrétienne, chez ceux d’origine arabe, chez ceux d’origine juive. Les uns se sentent menacés par les autres et un processus de décomposition est en cours, que peut-être pourra arrêter le grand rassemblement prévu dimanche 11 janvier, car la réponse à la décomposition est le rassemblement de tous, comprenant toutes ethnies, religions et compositions politiques. (Edgar Morin ).

Ce rassemblement participe d’un volontarisme hardi qui vise à réamorcer le dialogue interculturel et instaurer une pax cosmopolite dont l’Europe de plus en plus fanatisée par ses crispations identitaires  a singulièrement besoin.

MG

 

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