jeudi 22 janvier 2015

Dossiers tabous de Defossé: "Une émission salutaire mais au mauvais moment"

ARNAUD GOENEN 

La Libre


Diffusé mardi sur RTL, le premier numéro de Dossiers tabous, sous-titré L'intégration en Belgique est un échec! a suscité colère et émoi.

Pour le spécialiste Felice Dasseto interviewé par nos confrères de la Dernière Heure, 5 obstacles expliquent que Turcs et Marocains ont, plus que d’autres, du mal à s’intégrer.


"Pour les Marocains et les Turcs, évidemment, les propos tenus ne sont pas toujours agréables mais je trouve l’émission assez équilibrée." Pour Felice Dasseto, sociologue émérite de l’UCL spécialiste de l’intégration musulmane en Belgique, l’émission de Jean-Claude Defossé "présente des facettes contrastées, des échecs mais aussi des personnes qui ont réussi. Il n’y a pas d’amalgame".

L’auteur du livre L’Iris et le Croissant conteste néanmoins vigoureusement l’échec prétendu de l’intégration en Belgique au motif qu’il y a trop de contre-exemples. "Par contre, une majorité de Belgo-Turcs et de Belgo-Marocains ont parcouru un long cheminement pour s’intégrer mais font face à cinq difficultés particulières par rapport aux autres nationalités, comme l’italienne ou l’espagnole, par exemple."

1 La première génération est arrivée au moment où l’Europe traversait une crise économique d’ampleur et faisait donc face à un chômage naissant. "Ça a compliqué leur intégration."

2 Ce sont des immigrés originaires de pays avec une forte culture patriarcale, analyse le sociologue. "Cela rend l’intégration plus compliquée, notamment lorsqu’il s’agit d’accepter l’émancipation de la femme."

"Le nationalisme, surtout turc, essaie de maintenir sa diaspora dans son giron. Tout pays d’immigration fait savoir qu’il n’abandonne pas ses populations émigrées."

4 La globalisation, qui n’est pas abordée dans l’émission de Defossé, ralentit l’acculturation. "Les facilités de transport, la télévision,… sont autant d’éléments qui permettent aux citoyens de conserver des liens culturels et identitaires très forts avec leur pays d’origine."

5 Enfin, il y a l’extension de l’islam prôné par les Frères musulmans et le salafisme : un Islam qui assure que la société occidentale n’est pas pure, que la culture occidentale n’est pas la leur, que l’intégration n’est pas souhaitable. "C’est ce qui explique la régression de l’intégration musulmane depuis les années 1980."

Pour le professeur émérite, l’émission diffusée sur RTL n’a certes "pas la complexité d’un livre de 300 pages… que personne ne lira. Mais elle met le doigt sur des obstacles objectifs. C’est une émission salutaire. Même si le timing [NdlR: si proche des attentats de Paris] n’est pas des plus opportuns. Au risque de faire le jeu de l’extrême droite. "Il est impossible de contrôler l’usage que des personnes malintentionnées peuvent faire de vos propos. Ce n’est pas une raison pour se taire."

En conclusion, le chercheur invite le monde politique à ne pas "se contenter de constater les difficultés""Depuis 1995 et surtout 2000, l’immigration d’Asie centrale, d’Afrique subsaharienne mais aussi de non-musulmans nécessite d’investir dans le milieu scolaire et social, de ne pas se braquer sur le passé des vagues migratoires précédentes mais de se plonger dans les plus récentes pour ne pas reproduire les mêmes erreurs." L’invitation est lancée.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

NE PAS REPRODUIRE LES ERREURS DU PASSÉ

INVESTIR DANS LE MILIEU SCOLAIRE ET SOCIAL


Il est grand temps de raison garder.

C’est ce que fait Felice Dassetto.

Nous découvrons toutefois avec horreur ceci : « Parmi les courants de l’islam, c’est le néosalafisme qui marque le plus le paysage bruxellois. Il s’agit d’un courant intellectuel qui interprète de manière littérale les textes du Coran. Le résultat ? On assiste à un renforcement des obligations rituelles et comportementales »

Voilà qui ne nous rassure absolument pas. Cela dit, si on veut vraiment comprendre ce que signifie la présence musulmane à Bruxelles il faut lire -ou relire sans tarder l’ « iris et le croissant »

MG


 


L'IRIS ET LE CROISSANT


    

Environ un quart des citoyens bruxellois sont d’origine musulmane, soit entre 250 000 et 300 000 personnes. La réalité est là : Bruxelles est « aussi » une ville musulmane. Il s'agit des résultats d'une étude menée par Felice Dassetto.

Felice Dassetto, sociologue et professeur émérite de l’UCL, a réalisé une recherche de terrain sur la présence de l’islam à Bruxelles. Il en ressort un ouvrage complet sur le sujet : « L’iris et le Croissant », publié aux Presses universitaires de Louvain.

Le livre comporte 4 parties : la description des multiples facettes de l’islam bruxellois ; un décryptage de la pensée et de l’idéologie religieuse qui sous-tendent l’islam bruxellois ; une réponse à la question : comment les musulmans religieux bruxellois se perçoivent-ils en tant que Bruxellois ? ; et enfin, une analyse des quartiers musulmans et de leur relation à la ville.

Parmi les musulmans de Bruxelles, entre 120 000 et 150 000, soit entre 10 et 15% des bruxellois, sont actifs religieusement. On peut les qualifier de musulmans « croyants, pratiquants et actifs dans des associations ». L’islam est, après le football, la réalité organisée qui encadre et mobilise le plus de monde à Bruxelles : plus que l’église catholique ou la franc-maçonnerie, plus que les partis politiques ou les syndicats.

Dans son enquête de terrain, Felice Dassetto observe que l’islam est autant présent au sein de l’économie bruxelloise, qu'en politique ou au sein du tissu associatif de Bruxelles.

Parmi les courants de l’islam, c’est le néosalafisme qui marque le plus le paysage bruxellois. Il s’agit d’un courant intellectuel qui interprète de manière littérale les textes du Coran. Le résultat ? On assiste à un renforcement des obligations rituelles et comportementales. D’autres pensent que l’avenir de l’islam est dans une démarche dite de réforme, soit la refonte de la lecture des textes fondateurs. Enfin, un islam mystique (soufi) est également présent à Bruxelles et connaît un certain engouement, entre autre par le biais des musiques et chants soufis.

En ce qui concerne la manière dont les musulmans se sentent à Bruxelles : chez l’ensemble d'entre eux, jeunes et moins jeunes, leur rapport aux autres Bruxellois non-musulmans se fait en termes de « nous » et « eux ». Et, si la recherche avait été effectuée auprès de non musulmans, il en aurait été probablement de même.

En conclusion, l’islam fait définitivement partie de la réalité bruxelloise. La société bruxelloise musulmane et non-musulmane devra faire un important travail sur elle-même pour construire une co-inclusion réciproque au plan des individus, des organisations et des territoires. (ID)

 

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