mercredi 28 janvier 2015

«La lutte contre l’antisémitisme est un échec», affirme Charles Michel à la grande synagogue

Le soir

Le Premier ministre a participé à la commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps à la grande synagogue de Bruxelles.

•  Michel © Pierre

«  La lutte contre l’antisémitisme est un échec  », a déclaré le Premier ministre Charles Michel lundi lors de la cérémonie de commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps de concentration à la grande synagogue de Bruxelles.

«  La Shoah n’a pas d’équivalent dans l’histoire. C’est un crime industriel, planifié, méthodique, contre l’essence même de l’homme, qui entendait dénier à une part de l’humanité le droit d’en faire partie. C’était il y a 70 ans, c’était hier  », a déclaré le Premier ministre. «  Je souhaite ici réaffirmer la condamnation de ce crime à jamais impardonnable.  »

«  Je suis également là pour dire la solidarité du gouvernement à votre communauté à nouveau frappée par la haine antisémite (…) Lors des attentats de Charlie Hebdo et de l’hyper casher, des personnes sont mortes parce qu’elles étaient journalistes, policières ou juives.  »



UNE « SPIRALE DRAMATIQUE »

Charles Michel a également rappelé la «  spirale dramatique de l’antisémitisme en Belgique  », citant la tuerie du musée juif de Bruxelles en mai 2014 et le cas d’une élève de l’athénée Emile Bockstael à Laeken contrainte de quitter l’établissement en raison de menaces antisémites.

«  Une enquête menée auprès de 5.800 personnes dans l’Union européenne signale que 78 % des Européens pensent que l’antisémitisme s’est aggravé ces cinq dernières années. En Belgique, 40 % des juifs envisagent même de quitter le pays. La lutte contre l’antisémitisme est un échec  », a-t-il lancé.

L’ANTISÉMITISME, « UNE CAUSE NATIONALE »

«  Je refuse que vous vous sentiez contraints de faire ce choix. Aucun Belge ne doit se voir contraint à quitter le pays. La Belgique sans les juifs ne serait plus la Belgique. L’Europe sans les juifs ne serait plus l’Europe  », a-t-il ajouté.

«  Dans l’immédiat, nous avons renforcé le niveau d’alerte  », a rappelé Charles Michel. «  Mais nous devons nous attaquer plus durement à l’antisémitisme, qui devient une cause nationale. Toutes les plaintes doivent être actées et faire l’objet de poursuites  », a ajouté le Premier ministre. «  Quand un acte antisémite est commis en Belgique, c’est la société belge toute entière qui est agressée.  »

«  Nous sommes debout et nous nous sentons tous juifs  », a conclu Charles Michel



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE PAIN SANS LEVAIN

Il semble que la panique s’empare, doucement mais surement, de la communauté juive et cela en Belgique comme en France. . "La communauté juive d'Europe est très proche d'un nouvel exode" vers Israël  (Kantor) « En Belgique, 40 % des juifs envisagent même de quitter le pays. La lutte contre l’antisémitisme est un échec  » (Michel). En France c’est pire encore : « Conseiller aux juifs de quitter la France pour trouver refuge en Israël ? Si cela peut éviter aux bons et vrais Français des ennuis, au nom de quoi va-t-on s’empêcher de prendre cette dernière solution au sérieux ? » (M. Yacub)

 C’est dire à quel point le conflit israélo-palestinien a percolé en terre européenne. On ne saurait résoudre l’un sans résoudre l’autre.

Faut-il imaginer une Europe sans les juifs ? C’est parfaitement insupportable. Il faut bien voir qu’une Allemagne, qu’une Autriche d’après-guerre avec pratiquement plus de juifs ce n’est plus du tout l’Allemagne brillante d’avant Hitler ou l’Autriche d’avant l’Anschluss.

Imaginons un instant ce qui se passerait si les 500.000 juifs de France se décidaient à prendre le chemin d’Israël ou des Etats Unis ? Ce serait tout bénéfice pour ces pays d’accueil et un désastre pour la France, pour la Belgique. 

Chasser les juifs de France est aussi une manière indirecte de renforcer l’islam en France : tout est stratégie. Plus importante encore que le pétrole est la présence de cerveaux formés à l'excellence. « La Belgique sans les juifs ne serait plus la Belgique. L’Europe sans les juifs ne serait plus l’Europe  »,

Il serait bien malvenu de minimiser l’angoisse des juifs d’Europe et singulièrement celle des juifs de Belgique et de France.

Il faut bien voir que la diaspora juive est le levain qui a fait monter le pain de civilisation occidentale. Les juifs réalisent ce miracle en ce sens qu’ils pratiquent l’assimilation en misant beaucoup sur l’apprentissage par l’école, tout en préservant l’essentiel de leur identité culturelle propre. Ce modèle est malheureusement relativement peu imité par les diasporas marocaines et moins encore par la communauté turque. C’est ce qui incite certains à parler d’échec de l’intégration.

« Un monde sans juifs, non, ne serait plus un monde – un monde où les juifs recommenceraient d’être les boucs émissaires de toutes les peurs et de toutes les frustrations des peuples serait un monde où les hommes libres respireraient moins bien et où les asservis seraient plus asservis encore. »(BHL)

On aurait grand tort de banaliser le désarroi de juifs d’Europe qui réveille la mémoire des terribles années trente. A l’évidence, nous prenons tous conscience que dans un monde aussi complexe que le nôtre tout est lié : la shoah, la création d’Israël, la naissance du problème palestinien et ses retombées en Europe.

Tout se tient et l’antisionisme de là-bas se transforme en antisémitisme ici. De plus l’envoi d’avions belges en Syrie et en Irak pour aider à détruire le califat djihadiste (dans la cadre d’une opération OTAN dirigée par Washington) fait de la Belgique une cible du terrorisme djihadiste

MG

 



"LES JUIFS SONT EFFRAYÉS PAR LA PRESSION ÉCONOMIQUE ET PAR L'ISLAMISME RADICAL"

La Libre Belgique



Les juifs d'Europe se voient confrontés au danger d'un "nouvel exode" en raison de l'actuelle montée de l'antisémitisme et de l'extrémisme, a déclaré lundi à Prague le président du Congrès juif européen (CJE), Moshe Kantor. "La communauté juive d'Europe est très proche d'un nouvel exode" vers Israël, a-t-ilaverti à l'ouverture du 4e forum "Let My People Live" (Laissez mon peuple vivre), organisé à l'occasion du 70e anniversaire de la libération du camp nazi d'Auschwitz-Birkenau et de la Journée internationale du souvenir des victimes de l'Holocauste.

"Les juifs sont effrayés par la pression économique et par l'islamisme radical", a-t-il dit, appelant à une solution "institutionnelle" comprenant des "changements radicaux" de législation.

M. Kantor a cité les attentats contre des juifs à Toulouse en 2012 et au Musée juif de Bruxelles en 2014, ainsi que ceux contre Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris début janvier, pour réclamer la mise en place en Europe d'un organisme de sécurité, similaire au Département de la Sécurité intérieure créé aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. L'Europe a aussi besoin, selon lui, d'un négociateur spécial chargé de la lutte contre l'antisémitisme.

"La minorité juive, qui est la plus ancienne en Europe, est aujourd'hui la seule à être exposée au danger de mort ou d'expulsion", a-t-il affirmé.



L’ANTISÉMITISME QU’ON NE VEUT PAS VOIR

LIBÉRATION  Marcela IACUB



II y a eu dans les commémorations des victimes du terrorisme quelque chose de très gênant : la place presque inexistante octroyée aux morts juifs. On dira qu’on en a parlé partout, un peu moins que des morts de Charlie, certes, mais on ne les a pas complètement oubliés. Voilà le problème. C’est précisément cela qui laisse un goût amer dans nos mémoires. Car le sentiment que l’on éprouve, c’est que le fait de tuer des gens pour avoir dessiné des caricatures du Prophète est plus grave que de tuer des juifs au seul motif qu’ils sont juifs.

Comme si, d’une certaine manière, c’était normal de tuer des clients d’une épicerie casher. Non que ce soit bien. C’était mal, bien évidemment que c’était moche : ce sont des êtres humains innocents, comme on dit. Et des Français, de surcroît. Mais pas de quoi faire une journée de deuil national ou une manifestation dans laquelle il y aurait presque 4 millions de personnes. C’est pourquoi le mot d’ordre des commémorations était la liberté d’expression et non pas la lutte contre le terrorisme islamiste.

Ceci explique certains des problèmes qui sont apparus par la suite. Ces mots d’ordre ont pu suggérer que la pire objection que l’on pouvait adresser à ces assassins était leur hostilité envers la liberté d’expression. Comme si en massacrant des gens ils ne faisaient qu’exprimer une opinion à propos de cette précieuse liberté démocratique. Sans compter qu’en France il y a tant de gens qui sont contre cette liberté ! Les élites politiques et médiatiques ne cessent de vanter les mérites des sanctions pour ces «abus» dont se rendent coupables les mauvais parleurs. Ils se félicitent de nos lois restrictives et veulent à chaque fois que l’occasion se présente les durcir encore.

C’est pourquoi, dans un tel contexte, il devient très difficile de différencier les personnes qui ont des opinions liberticides des terroristes. Si les actes de ces derniers sont si monstrueux, c’est parce qu’ils piétinent un droit beaucoup plus important et élémentaire que celui de s’exprimer librement, un droit qui rend possible tous les autres : celui de vivre.

Si une telle confusion a vu le jour, c’est en grande partie parce qu’il fallait justifier que l’on s’horrifie davantage que les terroristes aient tué des dessinateurs français que des juifs. Que ces terroristes, au lieu de s’en prendre aux juifs comme c’est leur habitude, attaquent aussi des vrais et bons Français.

«Je suis Charlie» et la défense de la liberté d’expression, ce sont les noms que l’on a donnés à cette tergiversation. Alors qu’en réalité on voulait signifier autre chose, notamment que, dorénavant, il fallait prendre la menace islamiste au sérieux. Tant qu’il n’y avait que des juifs comme cibles, on pouvait laisser les jihadistes se réunir, s’armer, comploter, rentrer de Syrie, acheter des armes comme si de rien n’était. Alors que, maintenant, on prendra des mesures fermes pour désamorcer ces foyers de folie et de violence qui poussent à la vue de tous.

Mais le fera-t-on vraiment ? La réponse à cette question est loin d’être évidente. Ils sont si peu nombreux les humoristes qui font des caricatures du Prophète (et on les a presque tous tués) qu’on n’aura pas longtemps à trop se prendre la tête pour protéger la population la plus vulnérable aux attaques terroristes, c’est-à-dire les juifs.

Car protéger, ce n’est pas juste mettre des policiers en faction devant les écoles ou les synagogues : c’est ainsi qu’on a voulu préserver les journalistes de Charlie d’une vengeance sanglante.

Protéger les juifs contre la menace terroriste implique de faire des efforts beaucoup plus importants que cela. On a laissé pendant si longtemps se développer ce monstre que la seule solution qui reste aujourd’hui est celle d’une répression sans merci.

Certes, il y en a une autre : conseiller aux juifs de quitter la France pour trouver refuge en Israël. Si cela peut éviter aux bons et vrais Français des ennuis, au nom de quoi va-t-on s’empêcher de prendre cette dernière solution au sérieux ?


 

DISCOURS DE BERNARD-HENRI LÉVY À L’ONU SUR L’ANTISÉMITISME

 


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs. Monsieur le Président et Monsieur le Secrétaire Général. Mesdames et Messieurs les Ministres.

Ce n’est pas souvent qu’il revient à un philosophe de s’exprimer dans cette enceinte.

Et c’est pour moi, croyez-le, une vive émotion et un honneur immense.

​​​​​Si vous mavez invité, ce matin, ce nest pourtant pas pour chanter l’honneur et la grandeur de l’humanité – mais c’est pour pleurer, hélas, les progrès de cette inhumanité radicale, de cette bassesse, qui s’appelle l’antisémitisme.

Bruxelles où l’on s’en est pris, il y a quelques mois, à la mémoire juive et à ses gardiens.

Paris où l’on a réentendu l’infâme cri de « Mort aux Juifs » et où, il y a quelques jours, l’on a tué des dessinateurs parce qu’ils dessinaient, des policiers parce qu’ils faisaient la police et des juifs parce qu’ils faisaient leurs courses et qu’ils étaient juste juifs.

D’autres capitales, beaucoup d’autres, en Europe et hors d’Europe, où la réprobation des juifs est en train de redevenir le mot de passe d’une nouvelle secte d’assassins – à moins que ce ne soit la même, dans de nouveaux habits.

(…)​​​​​Sur ce fléau, sur ses causes et sur les moyens d’y résister, je veux d’abord, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Secrétaire Général, Monsieur le President, réfuter un certain nombre d’analyses courantes qui ne sont faites, j’en ai peur, que pour nous empêcher de regarder le mal en face.

Il n’est pas vrai, par exemple, que l’antisémitisme soit une variété parmi d’autres du racisme. Les deux doivent être combattus, bien sûr, avec une détermination égale. Mais l’on ne combat bien que ce que l’on comprend. Et il faut comprendre que, si le raciste hait dans l’Autre son altérité visible, l’antisémite en a, lui, après son invisible différence – et, de cette prise de conscience, va dépendre la nature des stratégies que l’on pourra et devra mettre en œuvre.

Il n’est pas vrai non plus que l’antisémitisme d’aujourd’hui ait, comme on l’entend partout, et en particulier aux Etats-Unis, ses sources principales dans le monde arabo-musulman. Dans mon pays, par exemple, il a une double source et comme un double bind. D’un côté, c’est vrai, les enfants d’un islamisme radical devenu l’opium le plus toxique des territoires perdus de la République. Mais, de l’autre, cette vieille bête française qui, depuis l’affaire Dreyfus et Vichy, n’a jamais dormi que d’un œil et qui fait finalement bon ménage avec la bête islamofasciste.

Et il n’est pas exact enfin que la politique de tel ou tel Etat, je veux évidemment parler de l’Etat d’Israël, produise cet antisémitisme comme la nuée l’orage. J’ai connu des capitales, en Europe, où la destruction des juifs a été quasi totale et où l’antisémitisme est pourtant maximal. J’en ai connu d’autres, plus lointaines, où il n’y a jamais eu de juifs du tout et où le nom juif est pourtant synonyme de celui du Diable. Et j’affirme ici qu’Israël serait-il exemplaire, serait-il la patrie d’un peuple d’anges, reconnaitrait-il au peuple palestinien l’Etat auquel il a droit, que la plus ancienne des haines ne baisserait, malheureusement, pas d’un ton.

​​​​​Pour comprendre comment fonctionne lantisémitisme daujourdhui, il fautdonner congé à ces clichés et entendre la façon dont il s’exprime et se justifie.

Car jamais, au fond, les hommes ne se sont contentés de dire : « voilà, c’est comme ça, nous sommes de méchants hommes et nous haïssons les pauvres juifs ».

Non.

Ils ont dit : « nous les haïssons parce qu’ils ont, eux, tué le Christ » – et c’était l’antisémitisme chrétien.

Ils ont dit : « nous les haïssons parce qu’ils l’ont, au contraire, en produisant le monothéisme, inventé » – et c’était l’antisémitisme de l’âge des Lumières qui voulait en finir avec toutes les religions.

Ils ont dit : « nous les haïssons parce qu’ils sont d’une autre espèce, reconnaissables à des traits de nature qui n’appartiennent qu’à eux et qui corrompent, polluent, les autres natures » – et c’était l’antisémitisme raciste, contemporain de la naissance des sciences modernes de la vie.

Ils ont encore dit : « nous n’avons rien contre les juifs en soi ; non, non, vraiment rien ; et nous nous moquons d’ailleurs de savoir s’ils ont tué ou vu naître le Christ, s’ils forment ou non une race à part, etc ; notre problème, notre seul problème, c’est qu’ils sont d’horribles ploutocrates, acharnés à dominer le monde et à opprimer les humbles et les petits » – et c’était, dans toute l’Europe, ce socialisme des imbéciles qui infecta le mouvement ouvrier au début du XX° siècle et au-delà.

Aujourd’hui, aucune de ces rhétoriques ne fonctionne plus.

Pour des raisons qui tiennent à l’histoire du dernier siècle, il n’y a plus que des minorités de femmes et d’hommes pour ne pas voir qu’elles ont toutes, débouché sur des massacres abominables.

Et, pour que le vieux virus reparte à l’assaut des têtes, pour qu’il lui soit de nouveau possible d’enflammer de vastes foules, pour que des hommes et des femmes puissent, en grand nombre, et ce qu’à Dieu ne plaise, recommencer de haïr en toute bonne conscience ou croire, si l’on préfère, qu’il existe de justes raisons de s’en prendre aux juifs, il faut un argumentaire nouveau que l’Histoire universelle n’ait pas eu le temps de déconsidérer.

​​​​​Lantisémitisme daujourdhui dit, en réalité, trois choses.

Il ne peut opérer sur grande échelle que s’il parvient à proférer et articuler trois énoncés honteux, mais inédits, et que le XX° siècle n’a pas disqualifiés.

Les juifs seraient haïssables parce qu’ils soutiendraient un mauvais Etat, illégitime et assassin – c’est le délire antisioniste des adversaires sans merci du rétablissement des Juifs dans leur foyer historique.

Les juifs seraient d’autant plus haïssables qu’ils fonderaient leur Israël aimé sur une souffrance imaginaire ou, tout au moins, exagérée – c’est l’ignoble, l’atroce déni de la Shoah.

Ils commettraient enfin, ce faisant, un troisième et dernier crime qui les rendrait plus détestables encore et qui consisterait, en nous entretenant inlassablement de la mémoire de leurs morts, à étouffer les autres mémoires, à faire taire les autres morts, à éclipser les autres martyres qui endeuillent le monde d’aujourd’hui et dont le plus emblématique serait celui des Palestiniens – et l’on est, là, au plus près de cette imbécillité, de cette lèpre, qui s’appelle la compétition des victimes.

L’antisémitisme nouveau a besoin de ces trois énoncés.

C’est comme une bombe atomique morale qui aurait là ses trois composants.

Chacun, pris séparément, suffirait à discréditer un peuple redevenu objet d’opprobre ; mais qu’ils viennent à s’additionner, que les composants se composent, que les trois fils entrent en contact et parviennent à former un nœud ou une tresse – et l’on est à peu près sûr d’assister à une déflagration dont tous les juifs, partout, seront les cibles désignées.

Car quel vilain peuple que celui dont on aurait insinué qu’il est capable de ces trois crimes !

Quel hideux portrait que celui d’une communauté de femmes et d’hommes accusés de trafiquer ce qu’ils ont de plus sacré, à savoir la mémoire de leurs morts, pour légitimer un Etat illégitime et intimer silence aux autres souffrants de la planète !

L’antisémitisme moderne c’est cela.

L’antisémitisme ne renaîtra sur grande échelle que s’il parvient à imposer ce tableau insensé et ignoble.

Il sera antisioniste, négationniste, carburant à l’imbécile compétition des douleurs – ou il ne sera pas : c’est d’une cohérence imparable ; c’est d’une détestable, méprisable mais infaillible logique.

(…)Imaginons une Assemblée Générale des Nations Unies où Israël aurait sa place, toute sa place, celle d’un pays comme les autres, ni plus ni moins fautif que d’autres, soumis aux mêmes devoirs mais aussi aux mêmes droits– et imaginons qu’on lui rende justice en lui reconnaissant, au passage, d’être ce qu’il est vraiment : une authentique, solide et vaillante démocratie.

Imaginons une Assemblée Générale des Nations Unies qui, fidèle à son pacte fondateur, se ferait la gardienne sourcilleuse de la mémoire du pire génocide jamais conçu depuis qu’il y a des hommes – imaginons que cette année 2015 voie se tenir, sous votre égide et avec l’aide des plus hautes sommités scientifiques mondiales, la plus complète, la plus exhaustive, la plus définitive des conférences jamais réunie sur la tentative de destruction des Juifs.

Et puis rêvons, quelque part entre New York, Genève, ou Jérusalem, d’une deuxième conférence consacrée, elle, à toutes les guerres oubliées qui endeuillent les terres habitées mais dont on ne parle jamais car elles n’entrent pas dans le cadre des blocs, ou des groupes, entre lesquels vous vous partagez – et rêvons que cette seconde conférence, ce Sommet des damnés, prenant le contre-pied du sot et monstrueux préjugé voulant qu’il n’y ait de place dans un cœur que pour une seule et unique compassion, révèle ce qui fut la vraie vérité des décennies écoulées : c’est quand on avait la Shoah au cœur que l’on voyait tout de suite l’horreur de la purification ethnique en Bosnie ; c’est quand on avait en tête cet étalon de l’inhumain que fut le massacre planifié des juifs d’Europe que l’on comprenait sans tarder ce qui se passait au Rwanda ou au Darfour ; bref, loin de nous rendre aveugles aux tourments des autres peuples, la volonté de ne rien oublier du tourment du peuple juif est ce qui rend saillante, évidente, l’immense affliction des Burundais, des Angolais, des Zaïrois, j’en passe.

En adoptant ce programme, vous lutterez contre l’antisémitisme réel.

En réhabilitant cet Israël que votre Assemblée a porté sur les fonts baptismaux il y a presque 70 ans, en usant de votre autorité pour faire taire, une bonne fois, les crétins négationnistes et en vous portant, troisièmement, au secours de ces nouveaux damnés de la terre immolés sur l’autel de l’idéologie antisioniste, vous déconstruirez un à un chacun des composants du nouvel antisémitisme.

Mais vous défendrez en même temps, et dans le même mouvement, la cause de l’humanité.

​​​Je ne serais pas là, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, si je ne pensais pas que cette enceinte soit l’un des seuls lieux au monde, peut-être le seul, où puisse s’orchestrer cette solidarité des ébranlés dont parlait le grand philosophe tchèque Jan Patocka et qui aura été le fil de ma vie.

Quand, dans mon pays, les plus hautes autorités de l’Etat disent : « la France sans ses juifs ne serait plus la France », elles dressent une digue contre l’infamie.

Mais quand, dans ce même pays, on a vu un quart d’entre vous, un chef d’Etat et de gouvernement sur quatre, venir marcher à nos côtés pour dire « je suis Charlie, je suis policier, je suis juif », ce fut une raison d’espérer que l’on n’attendait plus.

Et votre présence même, ici, ce matin, votre volonté de rendre cet événement possible et, peut-être, mémorable, attestent que c’est sur tous les continents, dans toutes les cultures et toutes les civilisations, que l’on commence de prendre conscience que la lutte contre l’antisémitisme est une obligation pour tous – et c’est là une belle et grande nouvelle.

Quand on frappe un juif, disait un autre écrivain, c’est l’humanité qu’on jette à terre.

Quand on s’en prend aux Juifs, insista un antinazi de la première heure, c’est comme une première ligne enfoncée sous une invisible mitraille qui frappera ensuite, de proche en proche, le reste des humains.

Un monde sans juifs, non, ne serait plus un monde – un monde où les juifs recommenceraient d’être les boucs émissaires de toutes les peurs et de toutes les frustrations des peuples serait un monde où les hommes libres respireraient moins bien et où les asservis seraient plus asservis encore.

A vous, maintenant, de prendre la parole et d’agir.

A vous, qui êtes les visages du monde, d’être les architectes d’une maison où la mère de toutes les haines verrait sa place amenuisée.

Puissiez-vous, dans un an, et l’année suivante, et toutes les autres encore, vous retrouver pour constater que votre mobilisation d’aujourd’hui n’est pas vaine et que la Bête peut reculer»

© bernard-henry-levy.com | Photo : DR

 

Aucun commentaire: