lundi 12 janvier 2015

Merkel monte en première ligne contre le mouvement anti-islam Pegida


Le Soir

Le mouvement anti-islam Pegida espère gonfler ses troupes après les attentats à Paris.

• © AFP - Sur la p


La chancelière Angela Merkel a annoncé sa participation à une manifestation de musulmans mardi, montant en première ligne contre le mouvement anti-islam allemand qui espère profiter des attentats djihadistes en France pour gonfler ses troupes.

Angela Merkel a annoncé qu’elle serait présente au côté du président Joachim Gauck à une commémoration silencieuse des organisations musulmanes allemandes mardi soir à la Porte de Brandebourg, au coeur de Berlin.

«Nous allons envoyer un signal très fort demain (...) pour la cohabitation paisible des différentes religions en Allemagne (...). Le président (Gauck) a fait savoir qu’il prononcerait un bref discours et je serai aussi présente en tant que chancelière, avec de nombreux membres du gouvernement», a déclaré la chancelière, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu, qu’elle accueillait à Berlin.

Depuis octobre, le mouvement anti-islam Pegida («Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident») se mobilise chaque lundi contre la religion musulmane et les demandeurs d’asile. Avec un succès croissant: 500 personnes pour le premier défilé le 20 octobre, 10.000 début décembre, 18.000 lundi dernier, un record. En attendant une nouvelle marche prévue ce lundi soir.

Après les attaques islamistes qui ont fait 17 victimes en France, Angela Merkel a participé dimanche à Paris à une manifestation géante contre le terrorisme, aux côtés d’une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

QUAND L’IMPROBABLE SURGIT

 

Qui aurait pu imaginer, en se levant lundi dernier, qu’une folle semaine attendait les Français.

Edgar Morin, ce grand pessimiste, considère que la force de l’imprévisible doit nous rendre l’optimisme et le volontarisme que nous aurions tendance à perdre dans une Europe désenchantée.

C’est que nous vivons dans un monde qui nous impose le pire - le meurtre barbare de 17 personnes- et son contraire : 4 millions de Français martelant le pavé républicain en scandant Je suis Charlie en présence de plus de 50 chefs de gouvernement, européens pour la plupart, y compris les deux Présidents de la Commission et du Conseil et la responsable italienne de la politique étrangère. Cette formidable catharsis collective, ce surgissement de l’improbable  participent des ruses de la complexité laquelle, est générée par le grand mystère des interactions imprévisibles, comme cette tendre accolade entre Merkel et Hollande, comme ce musulman malien qui sauve des otages juifs (Natanayou lui rendra hommage dans la synagogue noire de monde), comme ce policer musulman qui tente de barrer la route aux assassins islamistes en leur opposant son cadavre, comme ces CRS qu’on embrasse en rue, ces voitures de police qu’on applaudit, ce juif qui défile main dans la main avec son voisin musulman, l’un brandissant  une pancarte « je suis juif mais j’aime les musulmans » l’autre « je suis musulman et j’aime les juifs ». Angélisme ? 

Il ne faudrait pas oublier que quand sonna l’heure de la minute de silence on entendit une clameur dans les prisons françaises : Allah akbar, ni passer sous silence la réaction des très nombreux gamins musulmans  qui en classe n’ont pas voulu faire silence pour honorer ceux qui se sont moqués du prophète avec leurs caricatures. On pouvait s’y attendre mais cela a beaucoup choqué.

 

Tout ceci nous prouve que l’avenir n’existe pas, qu’il faut l’inventer et c’est tout le mérite de François  Hollande que d’y être parvenu en quatre jours. 

Totalement imprévisible les attentats ? Peut-être pas, en revanche le sursaut républicain de quatre millions de marcheurs pour la liberté, l’égalité et la fraternité le fut. Et ce moment rare a été piloté par « un président en état de profonde disgrâce, à la popularité historiquement faible, dont la stature de chef est mise en doute. » (Le Monde)

François Hollande ne saisira vraiment l’opportunité magistrale dont l’histoire lui a fait cadeau que s’il parvient à transformer l’essai en s’attaquant à un double problème, celui des prisons où prolifère le prosélytisme islamiste et celui d’un enseignement qui aujourd’hui génère l’inégalité, l’échec, le décrochage, l’exclusion scolaire et sociale, la toxicomanie, les petits trafics louches, la délinquance, laquelle conduit souvent à la prison... « Le chômage, le déclassement, les multiples frustrations sociales sont les plus efficaces alliés de ces fanatismes. Tout doit être fait, de la prime enfance jusqu’à l’âge adulte, de la famille aux lieux de travail, pour former, intégrer, orienter, soutenir, accompagner. » (Jacques Attali)

Mais surtout, la présence aux côtés de F. Hollande de plus de cinquante chefs d’Etats - pour la plupart européens- montre à quel point leur inquiétude est grande face à la montée d’un terrorisme importé que font germer en France et partout en Europe les métastases des conflits du Moyen Orient et singulièrement l’insoluble cancer israélo-palestinien, et l’hydre du califat islamiste. 

Paris était dimanche la « capitale du monde » selon l’expression du président des Français. Pourquoi ne deviendrait-elle pas la capitale du sursaut contre l’islamisme intégriste et terroriste ?  Et tant à faire, puisque les racines du mal sont à trouver dans l’exclusion, le mépris, l’échec scolaire et social pourquoi ne pas envisager désormais deux choses : d’abord un renoncement collectif de tous les Européens à l’austérité, un revirement dont François Hollande, s’il se montre téméraire, pourrait prendre l’initiative. Angela Merkel sembla très émue par le sursaut citoyen de quatre millions de Français. Peut-être songeait elle, en ce dimanche d’hiver, emmitouflée dans son lourd manteau noir, à la résistible montée de l’islamophobie dans l’ancienne RDA dont elle est issue et singulièrement à Dresde où les rassemblements de masse ( 18.000 personnes) du lundi organisés par le mouvement islamophobe Pegida –Wir sind das Volk- prennent une tournure qui l’angoissent.

La chancelière de fer, championne de la rigueur, semblait perdue dans ses pensées au bras de François Hollande et du président du Conseil le Polonais Tusk. Plus loin, au premier rang, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, protégé par deux officiers de sécurité et équipé d’un gilet pare-balles, les Européens, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. François Hollande a insisté pour qu’ils se tiennent tous par les coudes, comme des militants. Tous ont des mines graves mais ils marchent d’un bon pas, au rythme que leur impose aujourd’hui le président français.  Redoutent-ils un tir de sniper, une bombe, un attentat suicide ? Face à une menace collective celle du terrorisme islamiste qui les hante tous, ils avancent comme un seul homme, métaphore d’une Europe  qui ferait bloc en allant de l’avant, unie contre le péril islamiste comme soixante ans plus tôt face au péril soviétique. 


Peut-être songent-ils, chacun par devers soi, en ce rare moment de grâce et d’angoisse partagée, que surtout : « il faut maintenant s’attaquer à l’essentiel : l’enseignement » ainsi que l’écrit ce lundi Jacques Attali sur son blog.

« IL FAUT S’ATTAQUER MAINTENANT A L’ESSENTIEL : L’ENSEIGNEMENT »

Autrement dit, ce qu’il faut envisager maintenant c’est la création  d’un enseignement paneuropéen radicalement différent de celui qui se déconstruit sous nos yeux afin d’offrir à la jeunesse d’Europe, toute la jeunesse, y compris celle qui est issue de l’immigration, un catalogue de valeurs éthiques et citoyennes à partager, un projet de vie, une volonté de vivre ensemble et surtout de vivre autrement. C’est cela le nouveau défi européen. 

MG

 

 

 

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