samedi 10 janvier 2015

Milquet lance son pacte d'excellence pour l'Enseignement

LaLibre

BELGA 



La ministre de l'Enseignement Joëlle Milquet a dévoilé son ambition mercredi dans Le Soir et sur La Première (RTBF) concernant le pacte d'excellence censé améliorer la qualité de l'Enseignement pour tous en Fédération Wallonie-Bruxelles à partir de juin 2016. Ce pacte sera le fruit d'un processus participatif "sans tabous", a-t-elle dit, interrogée notamment sur les possibilités de décloisonner les réseaux ou d'envisager une rémunération au mérite des enseignants. Le processus sera lancé le 26 janvier avec l'ouverture d'un site internet. La ministre envisage de revoir le décret qui balise les missions de l'enseignement et se dit ouverte à l'idée de toucher aux socles de compétence. Les enseignants se plaisent régulièrement à critiquer leurs ministres qui lorsqu'ils sont installés souhaitent marquer la législature d'une réforme. Tel n'est pas l'esprit, assure Joëlle Milquet. "Je ne souhaite pas d'une réforme qui s'impose d'en haut avec des milliers de décrets", a-t-elle souligné en faisant connaître son intention de partir de l'élève et de l'enseignant.

Le pacte d'excellence sera axé sur les acteurs (le monde scolaire a évolué) et les contenus (il faut s'adapter à la mondialisation et intégrer la société de l'innovation).

Parmi les pistes déjà sur la table, il est question de prolonger le tronc commun jusqu'à la fin de la 3e année secondaire. Alors que le pacte insistera sur l'acquisition des savoirs de base, la volonté est d'insister notamment sur les langues. Enfin, il faudra intégrer le nouveau cours de citoyenneté.

Désargentée, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne pouvait pas se lancer dans un processus de réformes de l'Enseignement avant la mi-2016. Mais même à cette date, il restera difficile de trouver des moyens supplémentaires. La ministre évoque le recours à des ressources internes grâce à l'optimalisation et à la rationalisation. Elle entend également frapper à la porte de l'Europe et compte par ailleurs sur les fonds sectoriels.

Dans le même temps, des négociations sectorielles s'ouvriront avec les syndicats. Et dans le journal l'Echo, ceux-ci mettent en garde. "Il faudra que Joëlle Milquet nous démontre quels sont les leviers à assumer pour que le personnel enseignant entre dans cette démarche positive, compte tenu du fait que le fédéral, lui, va prendre d'autres mesures qui ont un impact négatif (saut d'index, pensions, interruptions de carrières)", avertit Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE PLUS GRAND DEFI DE SA CARRIERE 


Joëlle Milquet n’a pas droit à l’erreur et sans doute le sait-elle mieux que personne, l’avenir de son parti en dépend mais aussi, et cela nous concerne tous, l’avenir de l’entité Wallonie-Bruxelles.

Que ne l’a-t-on dit, et même le banquier Peter Praet l’a répété récemment, la Wallonie et Bruxelles ne s’en sortiront pas sans une réforme en profondeur de son enseignement. 

 

La ministre en charge du plus gros portefeuille de la coalition CDH-PS annonce un pacte d’excellence. Le mot pacte m’interpelle car tout pacte annonce une trêve et un changement comme le célèbre pacte scolaire qui mit fin il y a un peu plus d’un demi-siècle à la guerre du même nom.  Excellence est un mot fort connoté qui annonce une révolution. L’excellence n’est en effet pas précisément la principale qualité de l’enseignement qui se prodigue actuellement chez nous ; les Flamands sont infiniment plus performants dans ce domaine, ce qui explique l’immense succès que cet enseignement remporte notamment à Bruxelles et particulièrement auprès des familles d’origine immigrée. « Ce pacte sera, nous dit-on-le fruit d'un processus participatif "sans tabous",.

C’est que Joëlle a cinq ans devant elle pour organiser ce que DiverCity réclame à cor et à cris depuis des années : des Etats Généraux de l’enseignement en Communauté Française auxquels participeraient l’ensemble de la communauté éducative : enseignants, syndicats, pouvoirs organisateurs, associations de parents et pourquoi pas élèves. 

DÉCLOISONNER LES RÉSEAUX ? C’est en effet une priorité qui impliquerait notamment une mise en place de véritables bassins scolaires, tous réseaux confondus. Un pas dans la bonne direction: celle des économies d’échelle notamment en termes d’équipements pédagogiques lourds.

ENVISAGER UNE RÉMUNÉRATION AU MÉRITE DES ENSEIGNANTS ? Evidemment, mais cela va profondément déplaire aux syndicats. C’est cependant, sans contredit, la manière la plus efficace de revaloriser une profession hélas terriblement décriée aujourd’hui et qui n’attire plus guère -sauf exceptions et vocations- que des seconds couteaux.

REVOIR LE DÉCRET QUI BALISE LES MISSIONS DE L'ENSEIGNEMENT ET TOUCHER AUX SOCLES DE COMPÉTENCE ?

Revoir non pas dans le sens d’une suppression mais assurément d’un assouplissement et d’un démantèlement des énormes contraintes de paperasseries inutiles et bêtement tracassières. Il s’agit de responsabiliser les enseignements et pas de les transformer en fonctionnaires appliquantpassivement des règles routinières. 

JOËLLE SOUHAITE-T-ELLE DE MARQUER LA LÉGISLATURE D'UNE RÉFORME À SON NOM ? Elle s’en défend. "Je ne souhaite pas d'une réforme qui s'impose d'en haut avec des milliers de décrets", a-t-elle souligné en faisant connaître son intention de partir de l'élève et de l'enseignant. » Le grand défi sera de surmonter le divorce de plus en plus dramatique entre les valeurs de la maison-surtout chez la majorité des musulmans- et celles de l’école et du pays d’accueil.

Le pacte d'excellence sera axé sur les acteurs (le monde scolaire a évolué) et les contenus (il faut s'adapter à la mondialisation et intégrer la société de l'innovation)

Voilà qui est très audacieux et -oserai-je dire sans avoir vu le moindre texte- fort alléchant…

PROLONGER LE TRONC COMMUN JUSQU'À LA FIN DE LA 3E ANNÉE SECONDAIRE ? Ce sont les profs de latin qui vont renâcler.

Elle insistera sur l'acquisition des savoirs de base et aussi les langues. Elémentaire, chère Joëlle mais indispensable

INTÉGRER LE NOUVEAU COURS DE CITOYENNETÉ ? Magnifique, on croit rêver mais attendons pour voir.

DES MOYENS SUPPLÉMENTAIRES ? Il y a moyen de faire beaucoup mieux avec le même argent investi « grâce à l'optimalisation et à la rationalisation »C’est vite dit mais très dur à faire.

FRAPPER À LA PORTE DE L'EUROPE ET QUÉMANDER DES FONDS SECTORIELS ? Je pense qu’elle rêve…

Que de bonnes idées mais comment faire pour enseigner sereinement dans les écoles « où tout le monde n’est pas Charlie »Un problème pour nos amisfrançais me direz-vous. Pas du tout, défi européen dont très franchement je ne vois pas la solution.  Pauvres enseignants et enseignantes de France qui se sont vu dans l’obligation républicaine d’imposer une minute de silence à des classes dont la majorité des élèves sont musulmans. Ce fut pour la majorité d’entre eux une épreuve, voire une mission impossible et l’annonce de bien des déboires en perspective.

Il faudra y revenir souvent.    

MG



DANS CETTE ÉCOLE, «TOUT LE MONDE N’EST PAS CHARLIE»

Benjamin Di Lauro (St.) Le soir

La minute du silence en mémoire des victimes de Charlie Hebdo a été chahutée dans un collège de Rhône-Alpes.



• Photo contextuel    Photo contextuelle DR

Le drame survenu hier n’a laissé personne indifférent. Parfois, la réaction peut être surprenante. Marianne est enseignante dans un collège de Rhône-Alpes. Lors de l’annonce, à sa classe, d’une minute de silence pour les victimes, les élèves de confession musulmane ont largement exprimé leur désaccord.

«  Déjà ce matin, à 8h, quand les gosses sont arrivés, la tension était palpable. Certains n’ont pas hésité à crier ‘On est pas Charlie ! On vous a bien niqué !’  », explique Marianne.

C’est vers 11h que les choses empirent. «  La directrice nous envoie un message concernant la minute de silence qui doit être organisée à midi. Nous avions la consigne de lire un communiqué de l’éducation nationale pour informer les élèves. Directement, 13 élèves se sont levés en répétant les phrases criées ce matin. »

Marianne réagit directement et demande à ces élèves, qui ont entre 14 et 15 ans, d’aller s’expliquer à la direction. Ce ne sont pas les seuls, une majorité des collégiens de confession musulmane ont eu la même réaction. Dans chaque classe, des tensions sont apparues.

«  La journée a vraiment été tendue. Ces élèves jouent la provocation. C’est triste mais il s’agit d’un groupe de 2 – 3 jeunes intégristes qui arrivent à entraîner tous les autres. »

Une grenade avait été lancée, le matin même, sur une mosquée de la ville. «  Cet incident n’a certainement rien arrangé et puis, soyons francs, imposer une minute de silence à ces élèves, c’est un peu étrange. »

L’enseignante confie qu’en temps normal, il n’y a pas trop de problème. C’est même, pour elle, plutôt un plaisir d’enseigner dans ce collège. «  Nous avons une forte communauté turque musulmane et le seul problème que je déplore est l’antisémitisme. Quand nous débattons sur la Shoah ou la guerre, les propos envers les juifs ne sont pas tendres. »

Ces élèves réagissent comme ça, selon Marianne, en réaction au conflit Israélo – Palestinien. «  Ils se sentent vraiment oppressés par le gouvernement français, qui soutient l’était israélien. »

Marianne ne se dit pas étonnée par ces réactions mais déplore que cela prenne une telle ampleur.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MARIANNE  ET LES ADOS DJIHADISTES EN HERBE



La  classe de Marianne est comme une métaphore du psychodrame qui se joue en temps réel dans toutes les classes et toutes les écoles de France de Navarre et de chez nous bien évidemment. Sans doute n’est ce qu’un avant-goût des conflits que les enseignant(es) Marianne-ils sont en première ligne- auront à gérer demain dans des classes de plus en plus tendues, voire carrément hostiles. 

«  La journée a vraiment été tendue. Ces élèves jouent la provocation. C’est triste mais il s’agit d’un groupe de 2 – 3 jeunes intégristes qui arrivent à entraîner tous les autres. »

C’est de toute évidence en classe que se jouera l’avenir de la démocratie, comme du temps des instits hussards de la république. Si Marianne, lisez la Marianne française, devait échouer demain face à des clampins de plus en plus fanatisés c’en sera fini de la République et de ses valeurs héritées des lumières. « L'école doit transmettre nos valeurs, mais on est parfois un peu trahis par les parents. On apprend les principes républicains aux enfants, mais une fois à la maison ils en font bien ce qu'ils veulent. Ils n'ont plus confiance en nous, professeurs. Ils ne nous prennent pas pour des alliés, mais pour des ennemis » « Nous avons devant nous des jeunes citoyens qui ont des idées telles qu'on est obligé de se demander : "Où allons-nous ?" demande une enseignante en plein désarroi.

Espérons que Joëlle aura la force et surtout la détermination de relever ce défi prométhéen. Elle semble avoir compris qu’elle ne réussira rien et surtout pas son ambitieux pacte d’excellence sans la complicité de l’ensemble des communautés éducatives.

Qu’on apprécie Milquet ou pas du tout, il faut lui souhaiter bonne chance et espérer qu’elle saura fédérer l’ensemble des écoles de la fédération Wallonie Bruxelles autour de son projet ambitieux.

Mais soyons lucides, « Combien seront-ils demain, en Belgique comme en France, à suivre l’exemple des frères Kouachi, portés par le climat pourri qui s’est installé dans nos pays ? Beaucoup, si l’on en croit certains experts. L’un d’eux estimait dans les colonnes du Soir que « le pire est devant nous ». Pour expliquer le ressentiment des jeunes des quartiers, il mettait en avant leur « double fragilité », conjugaison de difficultés socio-économiques et de repli identitaire. En réalité, la situation est hors de contrôle. Policiers comme politiques l’avouent en catimini. Ces dernières années, ils n’ont pu canaliser le va-et-vient qui va d’Anvers ou de Vilvorde à Damas. Ils ne peuvent pas davantage maîtriser ceux qui reviennent de « croisade ». Identifiée tôt pourtant, la menace n’a pas été suivie des mesures qu’elle aurait dû inspirer. Faute de moyens et de volonté politique. » (Le soir)

On retiendra que « c’est l’absence de chances qui conduit au  pire ».Et pourtant, j’imagine que  promouvoir l’égalité des chances est le  principe de base calligraphié en lettres d’or à la page un du pacte d’excellence. Non je n’ironise pas mais je m’inquiète vraiment. 

La solution ? Certains plaident déjà pour la création d’un réseau d’enseignement islamique : un nouvel accommodement raisonnable ( ?) Je crains bien qu’il créera un véritable apartheid entre eux et nous. 

Tout se passe comme si les attentats de Paris nous réveillaient soudain face à des réalités que nous avions certes soupçonnées mais dont l’ampleur et la violence nous avait échappé, comme si nous nous obstinions à l’ignorer. 2015 ne s’annonce pas sous de bons augures.

Sommes-nous en 1913, en 1937 ou en 1785 ?

J’opterais pour 1785 ou 86 ou 87… 

 

MG 

 

 

LE DESARROI D'UNE PROF QUI PARLE DE "CHARLIE" A SES ELEVES 

Le Point - 

Minute de silence incomprise, parfois méprisée, provocation..., une enseignante dans un collège classé REP de l'académie de Grenoble raconte son étrange journée.

 

© THIERRY ZOCCOLAN / AFP 

Propos recueillis par Laureline Dupont

Le matin du 8 janvier, nous avons reçu un courrier de notre ministre qui nous rappelait que l'école était là pour transmettre les valeurs de la République. En tant que professeurs, nous avons pour mission d'expliquer à nos élèves les faits, de les faire réfléchir, de les aider à comprendre.

"Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?"

J'ai d'abord eu un échange avec ma classe de 5e, composée de collégiens de 12 ans en moyenne. Ils étaient très silencieux. Sauf un qui m'a demandé : "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?" J'ai trouvé cette réaction violente. Ses camarades ont été choqués également. Ils sont jeunes, sans doute plus émotifs que leurs aînés. Je voyais que cet élève faisait semblant, il ne pesait pas ses mots. Il était dans la provocation.

J'ai rappelé les faits en commençant pas l'évidence : on a tué des êtres humains. Pour que la minute de silence soit ensuite respectée, j'ai dû "plomber l'ambiance", sinon ça n'aurait pas fonctionné. Je leur ai dit : "Vous vous rendez compte que les victimes sont parties hier matin en disant à tout à l'heure à leur famille ?" Il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement. Après la minute de silence, j'ai senti une lourdeur s'abattre sur la classe donc j'ai décidé de passer à autre chose. Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame.

Quant à ce qui s'est passé dans ma classe, cette provocation, ce n'est rien à côté de ce que certains de mes collègues ont dû affronter. Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux.

En début d'après-midi, j'ai accueilli une classe de 4e. Ils sortaient d'un cours de français pendant lequel ils avaient entamé un vif débat sur le sujet. Ils étaient bruyants, agités, je leur ai proposé qu'on poursuive le débat pendant mon cours. Certains jugeaient cet acte effroyable, traitaient les terroristes de "barbares". Mais un élève a commencé à exprimer son désaccord. J'ai ensuite remarqué qu'une autre assise au fond de la classe attendait sagement main levée qu'on lui donne la parole.

"ON NE VA PAS SE LAISSER INSULTER PAR UN DESSIN DU PROPHETE"

"Madame, me dit-elle, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !" Contrairement au précédent, cette petite pesait ses mots, elle n'était pas du tout dans la provoc. À côté d'elle, l'une de ses amies, de confession musulmane également, soutenait ses propos. J'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression. Puis c'est un petit groupe de quatre élèves musulmans qui s'est agité : "Pourquoi ils continuent, madame, alors qu'on les avait déjà menacés ?"

Plusieurs élèves ont tenté de calmer le jeu en leur disant que Charlie Hebdofaisait de même avec les autres religions. Leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charlie pour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison.

TOUT CELA A DIVISE LES ELEVES

Ce qui me désole, c'est la fracture que cet événement tragique a créée dans des classes d'habitude soudées. Tout cela a divisé les élèves. Il régnait aujourd'hui une ambiance glauque, particulière. Cette classe de 4e sympa, dynamique, était soudain séparée en deux clans. Les communautarismes ont resurgi d'un coup. Et ça me fait peur pour la suite.

L'école doit transmettre nos valeurs, mais on est parfois un peu trahis par les parents. On apprend les principes républicains aux enfants, mais une fois à la maison ils en font bien ce qu'ils veulent. Ils n'ont plus confiance en nous, professeurs. Ils ne nous prennent pas pour des alliés, mais pour des ennemis. En tant que prof, tu te demandes ce qu'ils peuvent penser de toi, de nous enseignants, nous qui avons la foi de leur apprendre. Nous avons devant nous des jeunes citoyens qui ont des idées telles qu'on est obligé de se demander : "Où allons-nous ?"

 

PARIS BRÛLE-T-IL? OU LA CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ

L’édito de Pascal Martin 
Le Soir

Les journées qui viennent de s’écouler sont de celles qui marquent les époques. Mercredi, douze personnes massacrées au cœur de Paris. Vendredi, les terroristes pris au piège et tués. Une autre prise d’otages, Porte de Vincennes. Des corps sans vie qui s’ajoutent à d’autres corps sans vie.

Paris brûle-t-il ?  plutôt notre société brûle-t-elle ? Le moment est grave. Extrêmement grave. En raison de la violence des faits qui ont fait 20 morts. Mais plus encore du risque de les voir se répéter dans une folle escalade.

Combien seront-ils demain, en Belgique comme en France, à suivre l’exemple des frères Kouachi, portés par le climat pourri qui s’est installé dans nos pays ? Beaucoup, si l’on en croit certains experts. L’un d’eux estimait vendredi dans nos colonnes que « le pire est devant nous ». Pour expliquer le ressentiment des jeunes des quartiers, il mettait en avant leur « double fragilité », conjugaison de difficultés socio-économiques et de repli identitaire.

L’heure ne serait toutefois plus à la réflexion. Il faut agir, lance Jan Jambon (N-VA), estimant que « la Belgique est le pays européen qui livre le plus de combattants à la Syrie ». On doute toutefois que les mesures répétées par Charles Michel (une veille informatique renforcée, notamment) arrêteront ceux qui ont choisi la voie du djihad.

En réalité, la situation est hors de contrôle. Policiers comme politiques l’avouent en catimini. Ces dernières années, ils n’ont pu canaliser le va-et-vient qui va d’Anvers ou de Vilvorde à Damas. Ils ne peuvent pas davantage maîtriser ceux qui reviennent de « croisade ». Identifiée tôt pourtant, la menace n’a pas été suivie des mesures qu’elle aurait dû inspirer. Faute de moyens et de volonté politique.

Des chiffres ? Un chercheur norvégien estime que 11 % des djihadistes belges qui reviennent de Syrie (« returnees ») sont susceptibles de diriger demain leurs armes contre la mère patrie. S’il dit juste, le nombre de terroristes potentiels actuellement présents sur notre territoire devrait flirter avec la dizaine – soit une extrême minorité par rapport aux centaines de milliers de Belges de confession musulmane qui ne demandent qu’à vivre en paix.

Il faudra s’en souvenir si le « pire » est à venir, si d’autres Kouachi, si d’autres Nemmouche, sèment la mort.

D’ici là, il est plus que temps de repenser le « vivre-ensemble », cette grande articulation humaine qui veut donner à chacun la chance d’avoir la vie qu’il mérite dans notre société.

Car c’est l’absence de chances qui conduit au « pire ».


LETTRE OUVERTE À CEUX QUI PROCLAMENT « JE NE SUIS PAS CHARLIE », ET À CEUX QUI LES LIKENT


Comment ne comprenez-vous pas, que « Je suis Charlie », ça ne signifie pas approuver forcément le contenu de « Charlie Hebdo ». Ça signifie être pour la liberté de la presse, pour la liberté d’expression, pour le droit à l’irrévérence, même quand on n’est pas d’accord avec ce qui est publié ou dessiné. « Je suis Charlie », ça signifie : je suis pour qu’on ait le droit de critiquer les religions, comme tout système de pensée et de croyance, et même d’en rire, sans craindre pour sa vie, pour un article ou un dessin. Croyez-vous vraiment qu'il suffise d’un dessin choquant pour faire douter un vrai croyant ? D’innombrables personnes en France et dans le monde entier se sont mobilisées au nom de la liberté de la presse attaquée par des tueurs, comme si nous vivions dans la première dictature religieuse venue. Et vous, qui avez la chance de vivre dans un pays démocratique, vous vous proclamez fièrement contre la liberté d’expression…

Certains d’entre les #JeNeSuisPasCharlie vont même jusqu’à justifier la barbarie, en commentant sur Facebook ou en tweettant que les dessinateurs l’ont bien cherché, l’ont bien mérité : « Ils n’avaient pas à insulter notre Prophète », ricanez-vous. Comment ne comprenez-vous pas qu’à travers « Charlie », ce n’est pas seulement la liberté d’expression de ceux qui ne pensent pas comme vous, qu’on a voulu assassiner. C’est aussi la vôtre. Rappelez-vous qu’on est toujours le mécréant d’un plus pratiquant, d’un plus religieux, d’un plus radical, d’un plus fanatique que soi ! 

Comment pouvez-vous, vous qui vivez dans un pays démocratique, mépriser une liberté d’expression que bien des peuples nous envient… Comme au Maghreb, où beaucoup de journalistes et de dessinateurs donneraient cher pour pouvoir lire ou publier des « Charlie Hebdo » sans craindre pour leur vie. Ecoutez Dilem, dessinateur algérien, souvent menacé de mort, sur RFI : « Quand il y a eu les dessins sur Mahomet, j’étais l’un de ceux qui prenaient la défense des dessinateurs danois en disant qu’il ne faut pas égorger quelqu’un parce qu’il a fait une caricature. Il y a des choses un peu plus sérieuses dans la vie. Il y a eu, ici, des massacres, y compris dans des rédactions. Dans le journal “L’Hebdo libéré”, des gens ont aussi massacré en 1994 la rédaction (...) Je vais vous faire un aveu : depuis quinze ans, je n’ai pas mis les pieds dans mon journal. Je dessine à partir de chez moi ou de quelque part en dehors pour ne pas donner d’occasion à ceux qui peuvent me faire du mal ou faire du mal à ceux qui font le même travail que moi. Je sais qu’il y a un risque inhérent au métier que l’on fait aujourd’hui. Je sais qu’il ne faut pas plaisanter avec ces gens-là. On est dans la pathologie la plus absolue, dans la barbarie extrême. »

Face au massacre de « Charlie », il ne doit pas y avoir d’un côté les démocrates, croyants et athées, attachés à la liberté d’expression, et de l'autre, des croyants allergiques à l’irrévérence. Il ne devrait y avoir que des citoyens, des républicains prêts à se battre pour défendre des idées qu’ils ne partagent pas toujours. Comme le rappelait Jeannette Bougrab, compagne de Charb, assassiné mercredi : « Ils sont morts pour nous, pour que nous puissions rester libre en France. » En proclamant fièrement « JeNeSuisPasCharlie », vous ne vous coupez pas seulement des Français de tous bords, croyants ou pas, tous unis pour la liberté d’expression. Vous ne facilitez pas la tâche de toutes celles et ceux qui se mobilisent en permanence, pour lutter contre les amalgames entre les extrémistes et la majorité silencieuse musulmane. Car comment expliquer qu’il ne faut pas faire d’amalgames, quand nombre d’entre vous affichent crânement  #JeNeSuisPasCharlie, comme si pour vous, un dessin qui vous choque était plus grave qu’un massacre collectif ?

Par Corine Goldberger, chef de rubrique Société 

Le 09/01/2015  à 19:23 : 

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La rédaction de Marieclaire.fr


COMMENTAIRE DE DIVERITY

LE PIRE EST A VENIR ;

Le politiquement correct est en chute libre à la bourse de Paris.

 

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