mardi 27 janvier 2015

Non, il ne faut pas supprimer le cours de religion!

La Libre

Contribution lecteur


Opinions 

Une opinion de Marie-Paule Biard, Isabelle de Raet, Mireille Fontaine, Tanguy Martin, Didier Xhrouet, conseillers pédagogiques, inspecteurs diocésains et professeurs de religion catholique (Bruxelles-Brabant wallon).

 

Les attentats de ce début d’année à Paris ont mis en exergue - si besoin en était - la nécessité d’apprendre à vivre ensemble dans la reconnaissance de nos convictions différentes. La réponse de certains à cette situation est simple : supprimons partiellement, voire totalement, les cours de religion ! 

Comme s’il suffisait de gommer une pellicule dérangeante de nos identités pour devenir les acteurs d’un dialogue consensuel. Une recherche de sens ouverte à la liberté de pensée et d’expression ne réclame-t-elle pas qu’on puisse se positionner de façon convictionnelle, et donc confessionnelle ?

Nous voyons donc la pertinence des cours de religion décupler, quel que soit le réseau d’enseignement, quelle que soit la conviction qui y est travaillée. Plus que jamais nous avons besoin de développer l’éducation du religieux. En ce qui concerne le cours de religion catholique - puisque c’est issus de cette confession que nous prenons la parole aujourd’hui - le programme du cours promeut "le travail de l’intelligence de la foi".

Il s’agit d’apprendre à relire, à analyser les textes avec les outils de la raison pour que ces deux sources s’éclairent mutuellement. Dans le cadre du cours, il ne s’agit pas de propager n’importe quoi, comme sur certains réseaux sociaux.

C’est une véritable réflexion qui y est menée. En outillant les élèves sur un plan intellectuel, le cours de religion contribue à développer chez les élèves leur fonction critique. Notons que le programme précise qu’"il ne peut pas être un cours d’endoctrinement".

En effet, à l’école, le cours "s’adresse à des élèves dont la position personnelle par rapport à la foi chrétienne est diverse". Avec les cours de religion, nous avons en Belgique un outil qu’il ne faut pas brader. Ces cours sont un outil irremplaçable de prévention contre le fondamentalisme et la radicalisation; ils sont le lieu - peut-être le seul que peut garantir notre société - où les questions de foi se travaillent au creuset des Lumières.

La formation des professeurs est essentielle et, en tant qu’inspecteurs nous nous assurons que les professeurs disposent d’une formation convenable sur le plan religieux ainsi que des outils intellectuels et didactiques pour mener une telle réflexion.

La sociologue Brigitte Maréchal insistait récemment sur l’importance de l’ancrage des jeunes dans leur propre religion et cela au sein d’un cours donné à l’école.

Cantonner l’éducation religieuse dans le domaine privé empêche toute possibilité de démarches contradictoires permettant de prendre distance par rapport à des lectures fondamentalistes, simplistes et radicales.

C’est pleinement conscients de la nécessité de ce travail riche et complexe que les responsables des différents cultes de notre pays ont mis au point un référentiel commun développant, au sein des cours de toutes les religions reconnues, les trois axes du questionnement philosophique, du dialogue interconvictionnel et de l’éducation à une citoyenneté active.

Un argument souvent rabâché - en ce qui concerne l’enseignement officiel - est celui de la séparation néfaste des élèves en fonction de leur identité confessionnelle.

Mais il ne tient pas la rampe : ces élèves passent 30h sur 32 avec les tenants d’autres options philosophiques que la leur et vivent donc tant la possibilité d’approfondir des racines personnelles équilibrantes que l’occasion de confronter leur façon d’être au monde à celle de leurs pairs, reconnus et respectés dans leurs différences.

Il s’agirait d’unir nos jeunes dans une éducation à la citoyenneté ? Très bien ! Mais nous sommes convaincus que la citoyenneté se développe dans l’expérience et non dans son étude. Raison pour laquelle c’est avec tous les acteurs citoyens de l’école - éducateurs mais aussi enseignants de toutes disciplines - que nous désirons œuvrer et œuvrons déjà pour remplir cette mission.

C’est bien dans tous les lieux de l’école, lors de tous les cours que notre enseignement éveille aux valeurs du vivre ensemble. En effet, le combat culturel fondamental contre l’intégrisme et le radicalisme se mène à l’école. Cependant, ce que le cours de religion apportera plus singulièrement, c’est le travail du religieux, par la mise en perspective des questions de foi et parce qu’il proposera de réfléchir à la tradition à laquelle se réfèrent les élèves tentés de se radicaliser.

C’est donc le professeur situé confessionnellement mais aussi formé sur le plan théologique et pédagogique qui aide le jeune à construire son identité en dépassant une pensée manichéiste et fanatique. Le projet gouvernemental qui consisterait à supprimer une des deux heures des cours de religion est donc clairement inadéquat au regard du contexte actuel.

Réduire le cours contraindrait le professeur d’y réaliser un condensé du message religieux sans avoir le temps de faire réfléchir les élèves à ses implications ni de mettre en perspective le donné religieux actuel, notamment au point de vue historique.

Par voie de conséquence, le cours de religion serait dépouillé de ce qui en fait un outil de prévention de la radicalisation de nos jeunes : les dimensions de la réflexion philosophique, du dialogue avec les autres traditions et du questionnement éthique. Notre société multiculturelle a, plus que jamais, besoin du respect de la liberté de conscience et d’expression. Dans ce contexte, l’ouverture aux autres et à l’altérité, ou au Tout-Autre, est un bien précieux. Nous croyons qu’il importe, aujourd’hui plus que jamais, de développer ces différentes dimensions tellement essentielles à notre humanité.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CORPORATISME


Prévisible comme la mousson en Inde ou le printemps en mai, voici que s’exprime le syndicat des professeurs de religion, catholique en l’occurrence. La corporation des professeurs de religion s’inquiète d’une possible suppression d’emploi. Tout le reste n’est que blabla et flagornerie.

MG

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