samedi 31 janvier 2015

Roi Philippe: "Notre société toute entière s’est sentie ébranlée par les attentats"

La Libre Belgique



Comme c'est la tradition en début d'année, le Roi s'est adressé aux membres des différentes autorités du pays. Dans l'assistance, on retrouvait des représentants des différents gouvernements, mais aussi les présidents des Parlements (fédéral, Communautés et Régions), ainsi que des hauts fonctionnaires ou des représentants des convictions philosophiques et religieuses.

Dans son discours, le roi Philippe est revenu sur les récents attentats en France. Il a notamment appelé à une culture du respect, tout en soulignant les missions fondamentales des institutions. Parmi celles-ci: garantir l'intérêt général, lutter contre les inégalités, mais aussi soutenir les initiatives individuelles.

 

 

 

Monsieur le Premier Ministre,

Je vous remercie pour vos aimables vœux.

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir à nouveau au Palais Royal. Notre rencontre d’aujourd’hui a un sens particulier. En effet, cette année s’ouvre avec de grands défis, à l’aube d’une nouvelle législature avec son agenda de réformes, et surtout après des événements tragiques qui nous frappent si durement.

Mesdames et Messieurs,

Nous avons tous été bouleversés par les attentats terroristes commis en France. En plus du drame personnel qu’ils constituent pour les victimes et leurs proches, c’est notre société toute entière qui s’est sentie ébranlée. Avec les opérations policières entreprises en vue de prévenir d’autres attentats, nous avons démontré une capacité de réaction rapide et efficace. Je voudrais rendre hommage à tous ceux d’entre vous qui y ont contribué et qui poursuivent aujourd’hui ce travail exigeant de veille et d’intervention.

Au-delà des mesures de sécurité, c’est la mobilisation pour nos valeurs fondamentales qui a frappé les esprits en ce début d’année. Les diverses manifestations sont apparues comme un véritable sursaut visant à réaffirmer certaines valeurs qui nous rassemblent : la liberté d’exprimer son opinion, la liberté de vivre sa religion ou sa conviction philosophique, le désir profond de vivre dans une société qui n’est pas régie par la peur de l’autre.

Les auteurs des attentats récents ont cherché à nous diviser. Nous ne sommes pas tombés dans ce piège. Mais le risque demeure de céder aux raisonnements réducteurs, de créer des fractures nouvelles et d’alimenter une spirale de la haine.

La meilleure manière de réagir est de vivre pleinement nos valeurs. Sur le plan individuel, pour chacun de nous, cela implique par exemple de passer d’une simple tolérance vis-à-vis des autres à une culture de respect et de réciprocité. Sur le plan politique et administratif, cela nous invite à consolider la qualité du travail de l’Etat et du service au citoyen.

En ce début de 21e siècle, les autorités publiques sont sollicitées de toutes parts. La quantité de problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées rend la gestion de l’Etat plus difficile et plus complexe. La globalisation avec ses flux de plus en plus rapides d’hommes, de capitaux, d’idées, nous interpelle et bouleverse nos modes de pensées et nos méthodes de gestion. Devant cette complexification des choses nous devons, chacun dans notre domaine de responsabilité, nous concentrer sur quelques finalités essentielles de l’Etat. Je voudrais en dénombrer trois. L’Etat est appelé à offrir un cadre résilient, inclusif et dynamisant à l’ensemble des habitants de notre pays.

L’Etat constitue un rempart stable et résilient entourant l’action de ses citoyens. Gardien de l’intérêt général à long terme, les autorités publiques gèrent le quotidien en anticipant l’avenir. A travers les crises, elles assurent la pérennité de nos valeurs. Certes, devant les évolutions et les changements, l’Etat doit se réinventer continuellement. Mais l’Etat demeure le garant suprême de la continuité et de la sécurité juridique, sans lesquelles les initiatives – grandes et petites – ne décollent pas. Nous pouvons nous réjouir que de nombreuses administrations sont entrées avec succès dans l’ère du numérique et appliquent des techniques modernes de gestion du personnel. Elles agissent pour la plupart de manière rapide et efficace, même s’il reste des progrès à faire et si certaines administrations méritent une attention plus grande. Par ailleurs, nous continuons parfois à tomber dans le piège de l’inflation réglementaire. L’an dernier, le Moniteur belge a une nouvelle fois battu son record en nombre de pages. Une société complexe requiert bien sûr des règles nuancées. Il n’en demeure pas moins que trop de règles, trop de règles complexes, peuvent être source d’immobilisme. D’où l’utilité de soumettre toute nouvelle règle envisagée à l’épreuve de sa proportionnalité. Le travail des services publics en général et singulièrement celui des cours et tribunaux en bénéficiera. La confiance dans l’Etat et la confiance mutuelle entre tous les acteurs de la société s’en verront renforcées.

Deuxièmement, l’Etat a également une fonction cruciale en tant que garant de l’équité envers tous les citoyens. Parmi les responsabilités essentielles des autorités publiques figurent celles de compenser certaines inégalités, d’attacher plus d’attention aux plus vulnérables, d’organiser le dialogue et d’éduquer au respect mutuel. Le degré d’efficacité de l’Etat se mesure différemment de celui du secteur privé : il se mesure à l’aune de cet objectif d’équité. Les gains d’efficacité réalisés par de nombreuses administrations dans notre pays ne se sont pas faits au prix d’une moindre équité ou de l’abandon de nos valeurs. L’honneur de tout mandataire public et de toute administration est d’être au service de tous. Dans les réformes que nous élaborons, dans les actions que nous menons, cet objectif premier de l’Etat doit plus que jamais être poursuivi. Il en résultera une plus grande cohésion de notre société.

Enfin, l’Etat a un rôle dynamisant. Pour l’autorité publique, la priorité au service implique notamment un soutien à l’action et à la prise de risques. L’Etat ne peut enfermer le citoyen dans un carcan étroit et rigide. Il doit créer les conditions pour libérer et soutenir les initiatives individuelles.

En mettant le service au citoyen au centre de ses préoccupations chaque autorité s’oblige à regarder au-delà de ses propres limites, à rompre les cloisons et à créer des ponts vers les autres autorités compétentes. Une telle mentalité – proactive et stimulante – est de plus en plus présente dans nos administrations. Elle est d’autant plus nécessaire dans un monde où les opportunités ne se présentent pas toujours deux fois. Elle est aussi plus gratifiante pour tout le monde, secteur public comme secteur privé, partenaires d’un même idéal de progrès. Veillons à enraciner toujours plus solidement cet état d’esprit dans notre culture administrative. Un épanouissement personnel accru et une plus grande prospérité collective s’ensuivront.

Mesdames et Messieurs,

Le sursaut en faveur des valeurs qui nous tiennent à cœur nous rassemble et nous pousse à les mettre en pratique avec plus encore de conviction. Pour vous, autorités publiques de notre pays, c’est un encouragement à poursuivre l’ambition d’excellence de l’Etat.

Je vous souhaite à tous une année pleine de bonheur personnel et familial. Je vous souhaite une année couronnée de succès au service de tous les Belges.

 

Infographie: La place occupée par chacun des termes employés dans le discours royal


 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA VOIX ROYALE

On semble reconnaître la patte d’un premier ministre libéral de plus en plus sûr de lui s’adressant ici aux Belges par l’intermédiaire de la voix royale.

C’est clair Michel Père et Fils remobilisent en embouchant la trompette des valeurs héritées des Lumières qui font l’orgueil de notre société européenne : « Au-delà des mesures de sécurité, c’est la mobilisation pour nos valeurs fondamentales qui a frappé les esprits en ce début d’année, (…) un véritable sursaut visant à réaffirmer ce qui nous rassemble : la liberté d’exprimer son opinion, la liberté de vivre sa religion ou sa conviction philosophique, le désir profond de vivre dans une société qui n’est pas régie par la peur de l’autre.

(…) Le risque demeure de céder aux raisonnements réducteurs, de créer des fractures nouvelles et d’alimenter une spirale de la haine.

Sur le plan individuel : passer d’une simple tolérance vis-à-vis des autres à une culture de respect et de réciprocité. Sur le plan politique et administratif, cela nous invite à consolider la qualité du travail de l’Etat et du service au citoyen. »

C’est clair, « liberté » est la valeur phare de notre démocratie et « respect » le sésame qui ouvre au dialogue interculturel. 

(…)Devant cette complexification des choses nous devons, chacun dans notre domaine de responsabilité, nous concentrer sur trois  quelques finalités essentielles de l’Etat. 

L’Etat est appelé à offrir un cadre inclusif et dynamisant à l’ensemble des habitants de notre pays.

L’Etat constitue un rempart stable entourant l’action de ses citoyens. Gardiennes de l’intérêt général à long terme, les autorités publiques gèrent le quotidien en anticipant l’avenir. A travers les crises, elles assurent la pérennité de nos valeurs. 

L’Etat doit se réinventer continuellement. Mais l’Etat demeure le garant suprême de la continuité et de la sécurité juridique, sans lesquelles les initiatives – grandes et petites – ne décollent pas. 

Une société complexe requiert des règles nuancées mais trop de règles, trop de règles complexes, peuvent être source d’immobilisme. »

On reconnaît ici la patte libérale de Charles Michel.

Deuxièmement, l’Etat a une fonction cruciale en tant que garant de l’équité envers tous les citoyens : compenser certaines inégalités, attacher plus d’attention aux plus vulnérables, d’organiser le dialogue et d’éduquer au respect mutuel. 

Enfin, l’Etat a un rôle dynamisant. Pour l’autorité publique, la priorité au service implique notamment un soutien à l’action et à la prise de risques. L’Etat ne peut enfermer le citoyen dans un carcan étroit et rigide. Il doit créer les conditions pour libérer et soutenir les initiatives individuelles. »

Voilà qui conclut ce discours royal « libéralissimo » façon Louis Michel père qui pourrait bien être la main qui a tenu la plume, le fiston n’ayant pas le temps de ciseler ses textes, mais c’est là pure conjecture 

Le sursaut en faveur des valeurs est un encouragement à poursuivre l’ambition d’excellence de l’Etat. »

Vous avez dit excellence sire ? Comme Joëlle en somme.

On s’étonnera à DiverCity que le discours royal n’entonne pas le couplet interculturel que Denis Ducarme a  adopté comme bannière de son grand combat de groupe parlementaire. 

MG


 

Aucun commentaire: