dimanche 1 février 2015

"Le discours sur la fin des temps joue un rôle déterminant dans les départs vers la Syrie et l'Irak"

Marie-Cecile Royen in Le Vif

 

La propagande de l'Etat islamique s'appuie sur des récits apocalyptiques dont l'authenticité est plus ou moins avérée et qui dresse le monde islamique contre celui qui ne l'est pas. Le regard critique de RadouaneAttiya, chercheur à l'ULg.


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Le Liégeois Radouane Attiya, 39 ans, a étudié à Médine, en Arabie saoudite, où il a décroché une licence en droit et principologie islamiques. Il a complété sa formation par un master en langues et littératures anciennes à l'UCL. Actuellement chercheur à l'ULg, il s'engage dans la mêlée en décryptant certaines croyances musulmanes, dont les récits apocalyptiques qui poussent certains jeunes à s'engager dans le djihad.

LE VIF/L'EXPRESS : COMMENT LA TRADITION MUSULMANE DÉCRIT-ELLE LA FIN DES TEMPS ?

Radouane Attiya : L'eschatologie islamique - c'est-à-dire le discours sur la fin des temps -à travers ses trois traditions sunnite, chiite et ibadite, fourmille de récits ayant quelques points communs avec les eschatologies juive et chrétienne. En islam, le Coran comme émanation divine constitue un article de foi. Ainsi, il ne peut avoir été affecté, selon le dogme, par les courants judéo-chrétiens dans lesquels il a baigné à ses débuts, dans la péninsule Arabique. Ce qui n'est pas le cas de la tradition prophétique - les hadiths (les faits et gestes du Prophète) -, qui, elle, a été "contaminée" par des pensées judéo-chrétiennes. Cette littérature prophétique surabondante, dont le caractère "authentique" fait encore débat aujourd'hui, comporte une valeur prédictive. Dans les sermons et les prêches, l'eschatologie islamique dessine une fresque cauchemardesque, engendrant une fracture imaginaire entre le monde réel et un monde futur idéalisé et chaotique. Ce faisant, elle crée une certaine frustration, pour ne pas dire, une schizophrénie culturelle et religieuse dans l'imaginaire collectif musulman.

QUEL EST LE COEUR DE CES RÉCITS SUR LA FIN DU MONDE ?

Ces textes nous offrent une géographie "sacrée" mais pas de chronologie précise quant aux évènements à venir. Ainsi, l'épicentre du monde musulman, qui est actuellement La Mecque, subira un déplacement vers la Syrie, pays du Cham (Damas), qui reprendra le rôle sacré de Médine pour aller délivrer Jérusalem, la nouvelle Mecque où, à la fin des temps, s'établira le royaume gouverné par le Mahdi ou le Christ. Cette somme de récits participe d'un genre littéraire propre à l'eschatologie islamique qu'on qualifie de "fitan" et "malahim", genre dans lequel sont relatés des conflits apocalyptiques opposant une faction du monde musulman, la vraie, au reste du monde. Les personnalités qui, au cours de l'Histoire, ont prétendu au rang de Mahdi ne sont pas rares. Ce qui peut conduire à des tragédies comme celle que connut La Mecque, il y a quelques dizaines d'années (NDLR : la prise de La Mecque, en 1979, par des rebelles saoudiens et égyptiens voulant faire reconnaître leur Mahdi).

Y A-T-IL DES POINTS COMMUNS ENTRE LES RÉCITS APOCALYPTIQUES MUSULMANS, CHRÉTIENS ET JUIFS ?

Le point commun aux trois familles abrahamiques est cette croyance forte dans le retour d'un homme providentiel. Cet homme porte différents noms, et ces noms suggèrent même plusieurs sens selon les sources. Malgré les divergences théologiques au sein des trois familles, nous rencontrons un lexique assez proche (Antéchrist, Messie, Parousie, la Bête, Gog et Magog...), même si ces termes recèlent des "réalités" et des acceptions différentes selon les corpus propres à chaque tradition. Ainsi, le Mahdi chiite ne remplit pas la même fonction que le Mahdi sunnite. En contexte islamique, les fondamentalistes évoquent aussi la prophétie du Minaret blanc, qui semble indiquer que le moment est venu d'engager le combat final... Cette tradition évoque la descente de Jésus (Isa), à Damas, en un lieu que certains situent à la grande mosquée omeyyade. Cette prophétie est énoncée dans un hadith figurant dans le sommaire (compilation) de Muslim, un ouvrage qui fait autorité en matière de foi et de pratique dans la tradition sunnite. Pour les adeptes du djihad Erasmus, cette tradition est des plus explicites. Elle correspond parfaitement avec les évènements et les agendas de la géopolitique actuelle du Moyen-Orient et du monde arabe. Il ne fait plus aucun doute que ces traditions messianiques jouent un rôle déterminant dans les départs vers la Syrie et l'Irak.

LES MOSQUÉES PROPAGENT-ELLES CES PROPHÉTIES ?

Bien sûr que oui ! Il faut avoir l'honnêteté de le dire et j'ai moi-même baigné dans cette ambiance où des conférenciers et des imams, du haut de leurs chaires, "rehaussaient" leurs discours de ces traditions, ce qui leur conférait par moment une aura quasi prophétique. La caractéristique dominante de ces discours est l'établissement d'analogies, explicites ou implicites, entre lesdites prophéties et notre monde réel. Aujourd'hui, sur Internet, en suivant le mot-clé "les signes de la fin du monde", chacun peut consulter des vidéos qui offrent un spectacle à la rhétorique mortifère ! Dans cette déferlante d'images, la narration de ces traditions prophétiques se donne sans aucun commentaire et ne laisse place à aucune dimension symbolique.

A QUOI RECONNAÎT-ON L'APPROCHE DE LA FIN DES TEMPS DANS LA TRADITION MUSULMANE ?

Dans la tradition musulmane sunnite, les signes de la fin des temps sont extrêmement nombreux. Mais il y a une hiérarchie entre ceux-ci. Ceux que l'on désigne comme étant les "grands signes" ("koubra") et qui figurent dans une prophétie authentique sont au nombre de dix : la fumée, l'Antéchrist (le dajjâl), la Bête, le lever du soleil à l'Occident, la venue du Christ, Gog et Magog, trois grands tremblements de terre à l'ouest, à l'est et au centre de la péninsule Arabique et un feu qui s'allumera au Yémen. Une fois ces signes réunis, le monde habité par une humanité déchue sera plongé dans un chaos infernal, qui signifiera la fin des temps. Nombreux sont les prédicateurs musulmans qui, aujourd'hui, proclament haut et fort que les "petits signes" annonciateurs (les femmes dévoilées...) sont bel et bien présents. Ce qui laisse présager que les grands signes sont, selon eux, imminents.

LE LEADER DE L'ETAT ISLAMIQUE UTILISE-T-IL, DANS SA PROPAGANDE, CET ASPECT DE LA TRADITION APOCALYPTIQUE MUSULMANE ?

Oui, sa propagande, comme celle de ses sujets, est étayée par des traditions aux aspects apocalyptiques. Cette notion même d'Etat islamique constitue fondamentalement, aux yeux des terroristes, l'accomplissement des prophéties qu'évoquent certains hadiths. Ces derniers continuent de composer le fond scripturaire du discours djihadiste contemporain. Ce même fond aux saintes Ecritures est sollicité par les partis islamistes dont le rêve, inavoué, est de créer un tel Etat non par les armes, comme le défend l'actuel "calife" Al-Baghdadi, mais par les urnes. Un tel projet nourrit cette vision binaire où un monde islamique s'oppose à un autre qui ne l'est pas ! Le tragique attentat perpétré à Paris contre le journal satirique Charlie-Hebdo participe d'un des modes opératoires du djihad mondialisé qui est d'ériger des antagonismes et des clivages entre communautés au sein des sociétés occidentales. La société post-terroriste n'est assurément pas pour demain...~

Entretien : Marie-Cécile Royen


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PARCOURS DE DÉSINTÉGRATION

Il est bien évident que pour des gamins perdus ignares ou à peu près illettrés qui ont raté leur rendez-vous avec l’école publique mais pas avec lécole de la rue et de la délinquance ce genre de niaiseries sectaires suscite une adhésion immédiate et totale. Au vrai ils subissent le même type d’embrigadement que dans les sectes type Manson ou temple solaire. Toujours les recruteurs cherchent le maillon faible.

Le seul antidote contre ce genre de poison c’est évidemment un bon enseignement rigoureux et critique.  Mais c’est très vite dit et pas facile à réaliser. Un article très contesté par les forumeurs  de Libération permet de suivre les dernières étapes du parcours de désintégration de l’assassin djihadiste Coulibaly. Le voici en annexe : voyez par vous-même.

MG



UN PARCOURS DE DESINTEGRATION

COULIBALY, UN VOYOU DEVENU JIHADISTE

Libération

Délinquant de droit commun, contempteur des conditions carcérales, Coulibaly commence à cette époque à frayer avec des islamistes en prison. Le plus virulent s’appelle Djamel Beghal, condamné à dix ans de prison pour avoir projeté un attentat en 2001 contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Du 31 janvier au 25 août 2005, dates de sa première incarcération à Fleury, Coulibaly s’abreuve des théories radicales du charismatique Beghal. Une période durant laquelle il fait également la connaissance de Chérif Kouachi, condamné pour sa participation à la filière des jihadistes du XIXe arrondissement parisien. Placé à l’isolement, pour l’empêcher de tout prosélytisme auprès des autres détenus musulmans, Beghal ne peut en théorie parler à personne. Sauf que Coulibaly occupe la cellule juste en dessous de la sienne. Les deux hommes dialoguent par les fenêtres, ce que Coulibaly raconte d’ailleurs aux enquêteurs qui l’interrogent en 2010. «Quand j’étais en détention avec [Beghal], c’était en 2005, j’étais dans une aile et lui se trouvait avec les isolés. Je parlais avec les isolés et, petit à petit, on s’est liés d’amitié. Je suis resté un certain temps en cellule au-dessous de lui.» A en croire Coulibaly, sa relation avec Beghal n’a pas de fondement religieux. «C’est parce qu’humainement, c’est une personne qui m’a touché», qui «m’a fait pitié», dit-il aux policiers.

Djamel Beghal n’est pas le seul prêcheur qu’il a fréquenté. «Si vous voulez que je vous dise tous les terroristes que je connais, vous n’avez pas fini. Je les connais tous : ceux des filières tchétchènes, des filières afghanes…» Il fanfaronne encore devant les policiers qui l’interrogent : «Aujourd’hui, mon nom en prison dépasse les frontières.» Mais lors des interrogatoires de 2010, Coulibaly certifie être passé à autre chose. «Ce n’est pas parce que je les connais tous que cela fait de moi un terroriste», affirme-t-il. Et d’assurer que «tout ça, c’était en 2005 […]. Depuis, j’ai fait un virage à 180 degrés. Je me suis rangé, car je ne veux pas finir avec une balle dans la tête. C’est ce qui pend au nez de tous ceux qui ne savent pas s’arrêter.»

UN MUSULMAN «PAS TRÈS SÉRIEUX»

Pourtant, entre 2009 et 2010, Coulibaly avance sur une brèche, entre basculement religieux radical et envie affichée - en tout cas aux policiers - de se ranger, voire de mener une vie de couple «classique». Coulibaly, qui se dit «musulman pratiquant», est opérateur chez Coca-Cola, une entreprise de «mécréants»Il y a une différence entre ce que je fais et ce que je pense, reconnaît-il. Et dans ce cas-ci, je pense avant tout à ma poire : je travaille, je gagne entre 2 000 et 2 200 euros par mois, le travail est tranquille et c’est très bien comme cela.» Le jeune homme joue au poker sur Internet, ne maîtrise pas l’arabe. Sa connaissance de l’islam est toute relative. «J’essaie d’avancer avec la religion mais je vais doucement», confie-t-il aux policiers. Les dissensions avec les chiites ? «Je ne sais rien. Je ne me casse pas la tête avec cela, c’est de la perte de temps.» La charia ? «Je m’en fous […]. Je pense que tout doit évoluer, y compris la charia.» A ses yeux, Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), «c’est comme les Farc en Colombie : c’est du banditisme chez les musulmans». Quant aux attentats, il dit que «cela ne fait pas avancer les choses». Coulibaly n’imagine pas plus se rendre en zone pakistano-afghane : «Pourquoi je quitterais mon havre de paix pour aller à la guerre ?» Baratine-t-il les flics pour se débarrasser de cette«réputation» qui lui «colle à la peau» ? Pour brouiller les pistes ?

Sa compagne, Hayat Boumeddiene, rencontrée en 2007 et avec laquelle il s’est marié religieusement le 5 juillet 2009, ne le trouve en tout cas pas «très sérieux» dans sa pratique religieuse. «Il aime bien s’amuser tout ça, il travaille chez Coca-Cola, il n’est pas du genre à se balader tout le temps en kamis, la tenue traditionnelle musulmane masculine», raconte-t-elle aux enquêteurs en 2010. Parfois, le couple s’engueule. Comme ce 22 mars de la même année, lors d’une discussion téléphonique interceptée, au cours de laquelle Hayat s’inquiète des desseins de son concubin : «Ça fait même pas un an que t’es marié, rien du tout, et tu veux déjà une deuxième femme […].» Ce projet n’a a priori pas grand-chose à voir avec la religion.«Amedy Coulibaly, c’est un gars qui aimait s’amuser, estime un homme qui l’a fréquenté. Hayat, il l’a connue en maillot de bain, et elle est devenue beaucoup plus rigoriste, donc moins amusante.» Le Coulibaly adepte de muscu et de séjours au soleil (Crète, Malaisie, République dominicaine) a-t-il été troublé par l’engagement religieux de sa compagne ? En 2009, Hayat Boumeddiene décide de porter le voile intégral. Elle quitte son emploi de caissière chez Boulanger. Fini, les vacances en bikini à la plage.

SUR LE CHEMIN DE LA RADICALISATION

Si les onze interrogatoires subis du 18 au 21 mai 2010 semblent indiquer que «Doly» ne baigne pas encore dans l’islam le plus fondamentaliste, certains faits prouvent qu’il est bien sur le chemin de la radicalisation. Au cours des mois précédents, il a rendu régulièrement visite à son mentor, Beghal, assigné à résidence dans le Cantal. Le duo fait de la randonnée, discute «montagne, cerfs» et faune sauvage. Et s’entraîne au maniement des armes. Toujours dans le cadre de l’enquête sur le projet d’évasion de Belkacem, les policiers s’intéressent notamment à une conversation du 6 mai 2010 entre Beghal et Coulibaly. «Doly» s’inquiète auprès de celui qu’il présente «un peu comme son grand frère» : «Tu sais, quand on dit que quand tu décèdes il faut pas laisser des dettes…» Etrange demande de la part d’un «homme jeune et en pleine santé», observent les flics. Coulibaly aurait-il pour projet de mourir en martyr ? Quarante minutes plus tard, toujours au téléphone, le Grignois s’en prend aux membres de sa famille et à leurs «actes de kouffars [«infidèles»]».«Moi, c’est la religion la première, j’en ai rien à foutre de la famille», s’énerve-t-il, déplorant que ses sœurs n’apprennent pas à faire la prière à leurs enfants et leur inculquent «la mécréance».

En réalité, plus que son engagement religieux, c’est le passé de bandit de Coulibaly qui présente un intérêt de taille pour Belkacem et Beghal. Il est «fiable et déterminé», salue le premier. Surtout, il est en possession de «tout ce dont ils avaient besoin». Autrement dit, des armes. «Le passé de braqueur de Coulibaly est fondamental pour ces gens, témoigne un proche du dossier. C’est un homme qui sait fournir de l’armement rapidement, et pour pas cher.» Un savoir-faire que «Doly» saura mettre à profit. Après la prise d’otages sanglante Porte de Vincennes, les policiers retrouveront dans une planque présumée un impressionnant arsenal.

«ON L’A PROGRAMMÉ POUR TUER»

Condamné à cinq ans de prison dans le dossier du projet d’évasion de Belkacem, Coulibaly est emprisonné de 2010 à 2014 à Villepinte (Seine-Saint-Denis), bâtiment B2W. «W» veut dire ouest. Libération a pu recueillir le témoignage d’un détenu l’ayant longuement côtoyé. Selon lui, le jihadiste affichait sa radicalité sans fard avec ses coreligionnaires mais était d’une discrétion d’or avec le personnel encadrant : «Il était calme et respectueux de l’administration pénitentiaire. En revanche, il mettait un peu de distance avec les autres détenus, c’est-à-dire les non-musulmans. C’était quelqu’un de plutôt intelligent. Il a travaillé à la buanderie de la maison d’arrêt. On la surnommait "la secte" en raison des discussions qui s’y déroulaient et qui concernaient essentiellement la religion musulmane. Un vrai prosélytisme y régnait, à tel point que les détenus qui n’étaient pas pieux étaient ostracisés et demandaient à quitter leurs postes, explique-t-il. Dans la prison et surtout dans la cour de promenade, Coulibaly était très respecté. Je ne sais pas pourquoi, j’ai été plutôt étonné de le voir prendre les armes en France. A vrai dire, je l’aurais davantage vu partir faire le jihad à l’étranger ou devenir imam en région parisienne.»

Régis Crosnier, formateur à la prison de Villepinte narre, lui, une expérience tout à fait différente. La dichotomie en est d’ailleurs ahurissante : «J’ai vu Amedy Coulibaly tous les jours pendant près de deux mois. Il a suivi un cursus de vendeur polyvalent et n’a rien laissé transparaître. Aux entretiens, il a toujours adopté l’attitude de quelqu’un voulant réussir sa réinsertion.» L’avocate Marie-Alix Canu-Bernard, qui le défend depuis 2002, fait le même constat : «La radicalisation et l’extrémisme religieux, je ne les ai pas vus chez lui. Pourtant, vous imaginez bien que cette discussion-là, on l’a eue mille fois, surtout dans des dossiers de terrorisme comme celui de Belkacem

A sa libération, le 4 mars 2014, Coulibaly refait quelques apparitions à Grigny. B. le croise à la Grande Borne. Il blague sur son physique de titan : «Il avait fait tellement de gonflette en taule qu’il était monstrueux. Déjà qu’il était bon en boxe thaï…»Rapidement, les banalités du quotidien reprennent le dessus. Coulibaly fait part de son intention de trouver un travail rapidement. «C’était comme si rien n’avait changé, décrit B.. C’était toujours le même zoulou. A une différence près : la taule l’avait rendu plus fort mais ses réflexions étaient plus floues. Je crois qu’à la fin, c’était vraiment un sacré bordel dans sa tête.» K., l’éducateur des premières vacances, en a gros sur la patate. Il en veut «au pouvoir politique et à la justice de n’avoir pas su associer à la dérive d’Amedy tous ceux qui auraient pu l’aider. Par exemple, à Grigny, il existe un contrat local de sécurité (CLS). Si les flics nous avaient prévenus, nous, ses amis, sa famille, serions allés le voir». A la Grande Borne, si tous reconnaissent la terreur et le sang des attentats, ils parlent de Coulibaly comme d’une victime. Sa trajectoire serait celle d’un enfant qui a grandi trop vite, qui n’a rencontré ni les hommes ni les livres qu’il fallait. Qui a passé plus de la moitié de sa vie d’adulte derrière les barreaux. K. serre le poing : «Amedy, on nous l’a pris. On l’a programmé pour tuer en jouant délibérément de ses blessures intimes et de celles des quartiers populaires. Ici, on est "pas Charlie" pas par plaisir mais par obligation. Le Prophète, c’est la dernière chose qu’il nous reste. Pour le défendre, il a cru bon de prendre une kalachnikov. Il était déjà dans l’au-delà.»

Photos Martin ColombetHanslucas.

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