jeudi 5 février 2015

La vérité aussi sur les mœurs politiques

Joëlle Meskens 

procès DSK



Ce ne sera pas un procès pour l’histoire, a prévenu d’emblée le président du tribunal correctionnel de Lille, où Dominique Strauss-Kahn est jugé depuis lundi pour proxénétisme aggravé. Voire ? Cette audience hors du commun, exposant celui qui aurait pu être le président de la République française, ne fera pas seulement l’étalage des frasques sexuelles de l’ancien directeur général du FMI. Il n’a fallu que quelques heures après le lever de rideau pour que l’affaire prenne une autre dimension qui ramène le dossier au-dessus de la ceinture.

Le coup de théâtre est venu des avocats de la défense. Ils ont fait valoir qu’aux dires d’un témoin, ancien commissaire de la police judiciaire lilloise, des écoutes administratives avaient été pratiquées sur les protagonistes du Carlton plusieurs mois avant le déclenchement de l’enquête judiciaire proprement dite. Or, ce type d’écoutes relève de l’autorisation de Matignon.

Croquignolesque ? En 2010, le Premier ministre, François Fillon, aurait ainsi fait écouter des maquereaux et des partouzards de bas étage dans le but de faire tomber celui qui apparaissait alors comme l’étoile montante du Parti socialiste à deux ans de l’élection présidentielle. Derrière la manœuvre, ce ne serait évidemment pas lui mais Nicolas Sarkozy, qui s’apprêtait à briguer un second mandat, qui serait en cause. L’ancien président, connaissant le talon d’Achille de celui qui semblait devoir devenir son adversaire, aurait voulu le faire tomber en faisant éclater l’affaire en temps voulu. Le scandale du Sofitel aurait rendu l’entreprise inutile. Le destin politique de DSK, dès mai 2011, soit cinq mois avant l’affaire du Carlton, s’était déjà fracassé à New York avant qu’il soit besoin de le coincer à Lille.

Si ce procès qui s’annonce si glauque devait au moins apporter un enseignement, ce serait celui-là. Qu’il ne fasse pas seulement la vérité sur les mœurs sexuelles d’un homme qui figurait parmi les plus puissants du monde, mais qu’il la fasse aussi sur les mœurs politiques tout court. Pour que tout doute puisse être dissipé. Il ne faut pas être naïf. Toute campagne électorale comporte son lot de boules puantes, disait déjà De Gaulle. Les affaires font partie du combat politique, et les prétendants au pouvoir n’hésitent pas à les faire éclater s’ils peuvent en tirer profit.

Le procès se doit d’explorer toutes les hypothèses avant de les balayer. Sans quoi le dossier, renvoyant le monde politique au cynisme le plus impitoyable façon « House of Cards », pourrait devenir ravageur en répandant l’idée que tout est machination. A cent lieues de l’image d’unité nationale que les dirigeants de tous bords voulaient renvoyer après la tragédie de Charlie Hebdo.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

QUI EST PIRE DE SARKO OU DE DSK ?


Il est clair qu’avec de telles casseroles DSK n’aurait pas tenu longtemps à l’Elysée. C’est dommage car l’homme est intéressant pour ne pas dire tout à fait remarquable sur le plan intellectuel.

Pour ce qui est de ses frasques, il ne fut guère pire que Léopold II ou le prince de Galles, futur Edouard VII.  La différence c’est que les medias étaient autrefois plus discrets sur ce genre d’égarements, surtout dans les monarchies puritaines. 

Personnellement je suis bien plus scandalisé par les manipulateurs qui ont cherché à exploiter le talon d’Achille de DSK ou les barbouzes à la Stasi qui ont cherché à le faire tomber pour le plus grand bénéfice de Sarko le Petit. Le grand perdant c’est la République dont le prestige politique prend un uppercut dans la mâchoire.

MG

 


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