vendredi 13 février 2015

Le procès d’Anvers, l’après-vente du radicalisme


par Marc Metdepenningen

Les peines prononcées à Anvers dans le procès Sharia4Belgium traduisent la responsabilité pénale individuelle de chacun des condamnés. Elles seront reçues, gageons-le, avec indifférence par les 38 (!) inculpés demeurés sur le front syrien et qui faisaient défaut à leur procès. Ne restent donc que les 8 qui comparaissaient. Une mère qui avait envoyé de l’argent à son fils est acquittée. Des djihadistes revenus de Syrie bénéficient du sursis et demeurent libres. Le chef de l’organisation reconnue comme terroriste, Fouad Belkacem, écope sans surprise de 12 ans ferme pour ses prêches enflammés et son rôle de recruteur. Ce procès n’apporte pas grand-chose dans la lutte contre le radicalisme. Les juges n’ont assuré que le service après-vente d’une dérive criminelle qui s’était insidieusement ancrée dans les esprits de quelques fascinés aux motivations complexes. Les peines prononcées, les rappels à la loi adressés aux condamnés, ne contraindront pas la détermination persistante de ceux qui continuent à partir en Syrie ou qui reviennent, animés de tentations terroristes domestiques, comme l’ont démontré les attentats commis contre le Musée juif à Bruxelles, ceux de Paris ou les attaques qu’auraient préparées les deux suspects abattus à Verviers.

La réponse au radicalisme et à son expression criminelle est à trouver hors des prétoires. La Justice n’intervient que lorsqu’il est trop tard. Et force est de constater que les répliques proposées jusqu’à présent à la dérive islamiste radicale bredouillent, tant les tentatives d’explication causales varient et rivalisent. Des « ratages de l’intégration » ont été rapidement avancés. Mais beaucoup de djihadistes sont issus de familles parfaitement intégrées. La désespérance sociale a été invoquée. Mais beaucoup de partants disposaient d’un travail. La religion musulmane a été chargée de tous les maux. Mais 30 % des partants sont des convertis récents d’éducation occidentale. L’appartenance nationale des Belges issus de l’immigration a été collectivement mise en cause. La peur et les raccourcis sécuritaires ont pris le pouvoir sur la raison et la réflexion.

Le procès d’Anvers, s’il doit avoir une utilité autre que symbolique, ne doit être reçu que comme un incitant à remonter avec froideur aux sources réelles du mal, à ce qui l’a contraint à se tenir.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE MAÎTRE D’ILLUSION 

 

« Beaucoup de djihadistes sont issus de familles parfaitement intégrées. La désespérance sociale a été invoquée. Mais beaucoup de partants disposaient d’un travail. La religion musulmane a été chargée de tous les maux. Mais 30 % des partants sont des convertis récents d’éducation occidentale. L’appartenance nationale des Belges issus de l’immigration a été collectivement mise en cause. La peur et les raccourcis sécuritaires ont pris le pouvoir sur la raison et la réflexion. »

Voilà qui devait être dit et il faudra qu’on s’en  souvienne.

On retiendra donc que le nœud du problème est ailleurs et qu’il pourrait bien se situer du côté de l’école qui n’est pas à la hauteur de ses belles ambitions, à savoir former des citoyens autonomes par la pensée et (auto) critiques par le caractère.  Suffirait-il d’une réforme à la Joëlle Milquet pour résoudre ce problème ?

Il ne faut pas rêver mais aspirer à la formation d’une génération d’intellectuels critiques susceptibles d’enseigner dans les écoles le doute et le questionnement aux générations nouvelles quelle que soit leur origine culturelle ou sociale. Une société dans laquelle un Belkacem est capable d’égarer une génération de gamins à la dérive est une société gravement atteinte car, comme dit une sourate du Coran : « Qui s'égare ne peut vous nuire, si bien vous vous guidez. » (Jacques Berque , essai de traduction p. 137). De moins en moins de gamins se guident bien à ce qu’il semble.

Quant aux Belkacem et autres «  maîtres d'illusion" ( ibid. p. 465) ou"instigateurs sournois" (p. 707)" il est « l'ennemi qui égare" (p. 413) et éloignedu chemin de rectitude. 

MG

 

 

 

 

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