mardi 17 février 2015

L’Etat islamique menace Bruxelles et Paris dans une nouvelle vidéo


Marc Metdepenningen Le Soir

Un jeune djihadiste parti de Verviers y apparaît. La nouvelle propagande des islamistes se confirme.

• Ce document vi


Une vidéo de propagande de l’Etat islamique, diffusée dimanche soir par VTM, menace «la France et la Belgique» d’attentats à la voiture piégée, de meurtres et de décapitations. Cette vidéo, de 3 minutes 30 secondes met en scène deux jeunes combattants. L’un des deux tient le crachoir propagandiste. «Vous avez vu ce que nous pouvons faire», lance-t-il dans un français mâtiné d’accent wallon.

Le jeune homme, porteur comme son comparse d’un fusil M-16 (des fusils d’assaut américains probablement dérobés à l’armée irakienne), s’en prend de manière virulente et avec beaucoup de nervosité aux «kufars» (les mécréants) qu’il défie de venir «se battre ici». Il en appelle aux musulmans de France et de Belgique à venir combattre pour Allah, à renoncer à parler aux «kufars». Il leur reproche de vivre du CPAS au lieu de les rejoindre. Le deuxième homme, qui demeure silencieux et semble peu sûr de lui, ressemble au jeune VerviétoisRedwane Hajaoui, dont le nom de guerre est Abou Khald al Magribi. Celui-là était parti de Verviers en janvier 2014, affimant à sa mère qu’il partait en vacances au Maroc. Au lendemain de l’assaut donné à Verviers, il fut présenté à tort par certains sites djihadistes comme étant l’une des deux victimes de la fusillade.

«VICTIMES» D’UN COMBAT DÉSÉQUILIBRÉ

Cette vidéo est de facture «professionnelle» (sauf le jeu décousu de l’intervenant). Au moins trois caméras filment simultanément son intervention qui se déroule sous le drapeau du Daesh. Ce document de propagande est l’un des premiers qui appelle explicitement de jeunes musulmans francophones à venir rejoindre les rangs de Daesh, sous peine d’être «punis par Allah». Les combats récents ont entamé les rangs de Daesh qui s’est lancé dans une campagne de recrutement, comme le montre l’inflation prévisible de ces diffusions sur l’internet.

UN LANGAGE INHABITUEL POUR DAESH

Autre point d’intérêt de cette vidéo: l’intervenant se plaint d’être en infériorité matérielle par rapport aux forces de la coalition. Ce langage est inhabituel pour Daesh qui, habituellement a à cœur de vanter sa toute puissance. Ce message présente donc les combattants islamistes comme des «victimes» d’un combat déséquilibré dont ils disent être sûrs de sortir malgré tout vainqueurs.

Daesh a ordonné à ses combattants étrangers de ne plus diffuser d’initiative, comme ils en avaient l’habitude, des vidéos sur l’internet. La communication propagandiste procède désormais d’une stratrégie bien définie. Elle a aussi pour objectif d’éviter que des lieux de cantonnement ne soit repérés sur les images transmises, comme ce fut le cas d’un centre de formation qui fut détruit par l’aviation des coalisés. Tous les fonds d’images sont désormais neutres.

Daesh a également diffusé ce week-end des images montrant des combattants kurdes et des enfants enfermés dans des cages auxquelles les terroristes menacent de bouter le feu.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DAECH LAVE PLUS BLANC



« Des enfants enfermés dans des cages auxquelles les terroristes menacent de bouter le feu. » « La décapitation d’hommes qu’il présente comme 21 Égyptiens de confession chrétienne copte, récemment kidnappés en Libye. »

En somme, ces gamins immatures et violents manipulés par des chefs sans aucun scrupule rivalisent de brutalité et de cruauté avec les pires bourreaux du régime nazi.

On se demande ce que les pays coalisés contre Daech attendent pour créer un corps de militaires volontaires, prêts à en découdre au sol avec ces voyous et leur imposer une formidable raclée.

Obama a cru bon de liquider Ben Laden, pourquoi laisse-t-il faire Daesh à sa guise ? Attend-il que l’escalade dans la cruauté monte encore d’un cran ou deux pour intervenir au sol et risquer le rapatriement de body bags de tirailleurs yankees ? Ou craint-il d’être à devoir faire face à une double guerre, à la fois au Moyen Orient et demain en Ukraine ? Vous avez dit Réalpolitik ?

MG



CHRÉTIENS DÉCAPITÉS: L’ÉGYPTE RÉAGIT EN BOMBARDANT L’ÉTAT ISLAMIQUE EN LIBYE

avec Belga
Le Soir

L’État islamique affirme avoir décapité 21 chrétiens égyptiens en Libye.

 Reuters

Re
Reute

Avec ces exécutions revendiquées par sa branche libyenne, quelques jours après l’annonce de la décapitation de huit personnes par sa branche égyptienne, l’organisation djihadiste démontre qu’elle a exporté ses méthodes d’extrême brutalité en dehors de sa « base », dans les régions qu’elle contrôle en Syrie et en Irak et où elle a multiplié les atrocités.

L’ÉGYPTE BOMBARDE L’EI EN LIBYE

Des avions de combat égyptiens ont bombardé lundi des positions du groupe État islamique (EI) en Libye, quelques heures après que cette organisation y eut revendiqué la décapitation de 21 chrétiens égyptiens dans une vidéo, a annoncé l’armée au Caire.

« Nos forces armées ont mené lundi des frappes aériennes ciblées contre des camps et des lieux de rassemblement ou des dépôts d’armes de Daech en Libye »,(l’acronyme en arabe de l’EI), lit-on dans un communiqué de l’armée.

En Égypte, où les autorités ont annoncé un deuil national de sept jours, le président Abdel Fattah al-Sissi avait convoqué d’urgence dimanche soir le Conseil national de défense et juré de punir les « assassins » de la manière « adéquate ».

L’Égypte avait été accusée en 2013 d’avoir mené des frappes aériennes en Libye mais les autorités avaient nié. Des responsables américains avaient également affirmé que les Emirats Arabes Unis avaient conduit ces frappes, en utilisant des bases militaires égyptiennes.

DÉCAPITÉS AU COUTEAU

Sur la vidéo, diffusée sur internet dimanche, des hommes portant des combinaisons oranges, semblables à celles d’autres otages exécutés ces derniers mois en Syrie par le groupe djihadiste, sont alignés sur une plage les mains menottées dans le dos, avant que leurs bourreaux ne les décapitent au couteau.

En janvier, la branche libyenne de l’EI avait affirmé avoir kidnappé 21 coptes égyptiens et Le Caire avait confirmé que 20 de ses ressortissants avaient été enlevés en Libye voisine dans deux incidents séparés.

Au milieu de l’alignement, un homme habillé en treillis militaire s’exprime en anglais avec un couteau à la main alors que les autres bourreaux, un derrière chaque prisonnier, sont intégralement vêtus de noir et silencieux. Tous sont masqués.

Une incrustation au début de la vidéo situe la scène dans la province de Tripoli (« Wilayat Tarabulus » pour l’EI) et un autre message écrit explique que les victimes sont « des gens de la Croix fidèles à l’Église égyptienne ennemie ».

Un des bourreaux masqués s’adresse en anglais à la caméra en brandissant un couteau et déclare : « Aujourd’hui, nous sommes au sud de Rome, sur la terre musulmane de la Libye (…) cette mer dans laquelle vous avez caché le corps du cheikh Oussama ben Laden, nous jurons devant Allah que nous allons la mêler à votre sang ».

Le groupe djihadiste dit également agir en représailles à d’anciens incidents sectaires en Égypte, durant lesquels l’Église avait été accusée par ses détracteurs d’avoir empêché la conversion présumée à l’islam des épouses de deux prêtres coptes.

« UN CRIME TERRORISTE »

Réagissant à la vidéo, l’Église copte orthodoxe s’est dite « confiante » que les autorités égyptiennes ne laisseraient pas s’échapper les auteurs de « ce crime abominable. » Al-Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions théologiques de l’islam sunnite basée au Caire, a qualifié ces exécutions de « barbares. »

La Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) a «  condamné fermement  » la décapitation de ces chrétiens égyptiens, évoquant un « crime terroriste » qui « doit être dénoncé par tous les Libyens ».

Le président français François Hollande, dont le gouvernement doit signer lundi la vente de Rafales avec L’Égypte, a de son côté « exprimé sa préoccupation face à l’extension des opérations » de l’EI en Libye.

La dernière vidéo d’exécution diffusée par l’EI remontait au 3 février, lorsque le groupe djihadiste avait montré un pilote jordanien brûlé vif dans une cage. Il avait été capturé en Syrie en décembre après le crash de son avion alors qu’il effectuait une mission dans le cadre de la coalition internationale antijihadistesmenée par Washington.

LE GROUPE ÉTAT ISLAMIQUE BIEN IMPLANTÉ EN SYRIE ET IRAK

Le groupe État islamique a profité de la guerre civile en Syrie et de l’instabilité en Irak pour s’emparer de vastes régions dans ces deux pays.

Accusée de nettoyage ethnique et crimes contre l’Humanité, l’organisation a reçu l’allégeance de plusieurs groupes djihadistes, notamment en Libye et en Algérie, exportant avec un succès redoutable ses méthodes brutales et ses pratiques médiatiques.

Le groupe djihadiste le plus puissant d’Égypte, Ansar Beït al-Maqdess, s’est ainsi rallié à l’EI et revendique régulièrement des attentats spectaculaires contre les forces de l’ordre, publiant sur les réseaux sociaux des vidéos chocs tournées durant ces attaques ou filmant des décapitations.

Depuis l’été dernier, l’EI a décapité cinq otages occidentaux enlevés en Syrie, trois Américains et deux Britanniques. Il a également exécuté deux otages japonais en janvier.

La Libye est plongée dans le chaos depuis la chute en 2011 de Mouammar Kadhafi, les autorités ne parvenant pas à contrôler les dizaines de milices formées d’ex-insurgés qui font la loi face à une armée et une police régulières affaiblies.



LE RETOUR DE LA RÉALPOLITIK

Gérald Papy

Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Les deux dossiers chauds de l'actualité internationale, le conflit en Ukraine et la guerre contre le djihadisme, révèlent combien le court-termisme a régi la politique étrangère des Etats occidentaux.

Vladimir Poutine ne nourrirait pas un tel sentiment d'impunité après l'annexion de la Crimée si la guerre du Kosovo, lancée il y a quinze ans en dépit de l'opposition du Conseil de sécurité des Nations unies, n'avait pas abouti à l'indépendance imposée de la province serbe. L'Irak ne serait pas livré à l'arbitraire de l'Etat islamique si les Etats-Unis n'avaient pas contribué à marginaliser la minorité sunnite après le renversement de Saddam Hussein, en 2003. Les exemples pullulent de l'incohérence et de l'inconsistance dans le traitement des dossiers de politique étrangère. La palme du fiasco revient sans conteste à l'administration américaine et à la CIA, responsables d'avoir créé, pour affaiblir le rival soviétique engagé dans une aventure périlleuse en Afghanistan, l'hydre islamiste Al-Qaeda qui, vingt-cinq ans plus tard, continue d'attiser la haine des... Occidentaux.

On pourra tenter d'expliquer ces revirements par la glorieuse incertitude de la démocratie qui fait alterner les gouvernements et modifie donc potentiellement les politiques menées. Outre qu'une réflexion pourrait être développée sur la nécessité d'une continuité de la diplomatie par-delà les considérations partisanes, cet argument néglige l'incroyable légèreté des recours à l'engagement militaire. Hormis, peut-être, celle au Mali, toutes les guerres contemporaines, en Afghanistan, en Irak, en Libye, conduites de façon efficace militairement, ont péché par l'impréparation de la consolidation de la paix.

RIEN DE SERT DE S'ILLUSIONNER SUR LA CAPACITÉ DES OCCIDENTAUX À ENCORE RÉGIR LE MONDE

Les dernières évolutions laissent cependant augurer que Barack Obama, Angela Merkel ou François Hollande ont retenu quelques leçons des errements de Bill Clinton, de George W. Bush et de Nicolas Sarkozy, même s'ils n'ont pas fini d'assumer l'héritage de leur politique. L'initiative de la chancelière allemande et du président français dans le conflit ukrainien, bien que tardive, a le mérite de pérenniser un dialogue avec le maître du Kremlin. Redescendu de son piédestal de chef de guerre sauveur des russophones d'Europe de l'Est, Vladimir Poutine est ainsi contraint, malgré lui, d'oeuvrer à l'éclosion de solutions concrètes répondant aux complexes réalités ukrainiennes, à la fois pro-européennes et prorusses. A cette aune, cette relance de la diplomatie, plus franco-allemande qu'européenne, peut constituer un tournant dans le conflit.

C'est aussi à un tournant que certains ont cru pouvoir assister en observant les représailles exercées par la Jordanie sunnite contre l'Etat islamique après l'atroce et répugnante immolation du pilote-otage Moaz al-Kasasbeh. Or, les bombardements aériens, aussi intenses fussent-ils, ne suffiront pas à déloger les djihadistes des territoires qu'ils ont conquis en Irak et en Syrie. Faute de possibilité de négociation avec ces terroristes nihilistes, la victoire passe par l'engagement militaire au sol et la reconquête des coeurs. Mais parce que les nations occidentales ne sont pas les mieux armées pour mener à bien ces deux missions - suscitant des réactions de rejet, elles renforcent les extrémistes -, elles n'ont d'autres solutions que de s'appuyer sur des forces locales : les troupes irakiennes, les forces kurdes, l'Armée syrienne libre (aujourd'hui fantomatique) en Irak et en Syrie, la redoutable armée tchadienne au Nigeria...

Rien ne sert de s'illusionner sur la faculté des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France... à encore régir le monde et à mener un combat au nom des droits de l'homme en Ukraine et en Irak alors qu'ils opèrent ou cautionnent à tout-va des exécutions extrajudiciaires d'islamistes par drone. Dans cet univers devenu apolaire, le pragmatisme prévaut de plus en plus. C'est le grand retour de la realpolitik.


 

 

 

 

Aucun commentaire: