dimanche 8 février 2015

Michael Privot, invité du Grand Oral: «Le droit belge prime sur la charia»


G. Lauwerys
Le Soir

Michael Privot, islamologue et figure de proue de la communauté musulmane belge, s’est notamment exprimé sur la manière d’aborder les textes sacrés.




Capture d’écran -    Michel Privot lors du Grand Oral de ce samedi.

Islamologue, doctorant en langues orientales à l’ULG, Michael Privot est une figure montante dans la représentation de la communauté musulmane. Il est le vice-président et co-fondateur de EMBEM (Empowering Belgian Muslims). Converti à l’âge de 19 ans, Michael Privot explique qu’à l’adolescence il a fait son « shopping » sur le marché du spirituel. Il a consulté un imam, un curé et un rabbin avant de faire son choix.

L’Islam lui est apparu comme la religion qui correspondait le plus à ses attentes. Son parcours l’a aussi amené à intégrer l’organisation des « Frères musulmans », mouvement panislamique dont l’objectif est de lutter contre l’influence occidentale. Michael Privot confirme qu’il en a

fait partie mais qu’il s’en est détaché aujourd’hui. 

« Oui, je me suis rapproché des Frères musulmans européens, mais je précise, pas les Frères musulmans égyptiens, ni le Hamas ni autre. La communauté qui se rapprochait le plus de mes attentes, c’est-dire celle d’un citoyen qui a envie de faire quelque chose pour son pays, c’était une communauté qui était proche des Frères musulmans. C’était, par exemple, la seule mosquée à Verviers où on a commencé à faire des traductions des discours, la seule mosquée où on parlait de l’engagement citoyen ».

Michael Privot explique avoir pris ses distances parce qu’il n’a plus trouvé de langage clair au sein de l’organisation, notamment au niveau de l’engagement citoyen. « Il y a des choses remarquables comme l’aide sociale, mais c’est aussi un fourre-tout… Par ailleurs faire partie des Frères musulmans c’est se coller une étiquette qui devient un empêchement littéral parce que les gens disent « frères musulmans » c’est la même chose que le Hamas, c’est anti gay, c’est le refus de l’égalité hommes femmes, etc. Bref, tout le contraire de ce que je veux être en vérité. Et donc cette étiquette est devenue vraiment un blocage. J’ai envie d’agir sur la société au nom des valeurs de justice et d’égalité. Ça, c’est ma lecture de l’Islam. Je ne suis pas du tout dans une optique qui dit que l’islam est LA solution, optique portée aujourd’hui par beaucoup de frères musulmans ».

LE DROIT BELGE PRIME SUR L’APPLICATION DE LA CHARIA ?

Interrogé sur l’organisation de la vie en société, Michael Privot explique qu’il n’est pas partisan de cette dérive communautariste que l’on a pu voir au Etats-Unis où il y a des tribunaux spécifiques pour les affaires familiales au sein de la communauté musulmane. « Ce que je veux c’est la même loi pour tout le monde et que tout le monde puisse en bénéficier de la même façon ».

« Oui bien entendu. Je suis d’ailleurs assez fier que dans le document de convergence que nous avons proposé à 80 associations représentatives, la neutralité de l’état et le respect des lois sont vraiment marqués noir sur blanc, et tout le monde y a souscrit. C’est ça que nous voulons dire : pas de charia, ce n’est pas ce que nous voulons. Il faut rassurer nos concitoyens, ce n’est pas du tout dans ce genre de trip que nous sommes ».

Y A-T-IL DES PROPOS GUERRIERS DANS LE CORAN ?

En tant qu’islamologue, Michael privot a été interrogé sur la présence ou non de propos guerriers et de violence au sein de Coran.

« Oui il y a des propos guerriers, comme dans la Bible ou la Torah. Les livres religieux proposent autant de paix que de guerre. Le problème qui se pose à toutes les religions c’est la théologie ou la grille de lecture. Je m’oppose à ceux qui disent aujourd’hui que « Daesh » ce n’est pas l’Islam, c’est-à-dire nier la dimension musulmane de ces gens-là. Al QaidaDaesh et les autres se fondent sur le Coran, mais également sur un ensemble de textes juridiques qui sont partagés par l’ensemble des musulmans. Après, ce qu’ils y piochent, ce qu’ils en retiennent, ça, c’est la vraie problématique. Ces gens-là ont développé une théorie de la violence mortifère qui leur fait lire dans les textes tout ce qui peut appeler à la violence la plus crue et la plus abjecte. C’est là que les musulmans doivent porter le fer ».

« Le problème c’est qu’au sein des communautés musulmanes on n’a jamais travaillé de manière systématique sur l’émergence du discours de paix. Ce n’est pas qu’il n’existe pas, il est là, mais de manière très dispersée. Il y a des champs énormes à investir. Je plaide, par exemple, avec d’autres, pour le développement d’une théologie de la diversité. Si on prend le Coran et uniquement le Coran on y trouve tous les éléments d’une gestion extrêmement positive de la diversité cultuelle, de la diversité ethno-raciale, de la diversité des genres etc. IL faut donc travailler sur ces textes aussi ».

POURQUOI NE TRAVAILLE-T-ON PAS SUR CES TEXTES, POURQUOI NE SONT-ILS PAS MIS EN AVANT ?

« Il faut se mettre dans un continuum historique. Un des problèmes au niveau de la conscience musulmane, c’est que nous sommes la suite d’une série de fractures historiques qui remontent très loin. Le premier choc qui a mis à mal la civilisation musulmane c’est la chute de Bagdad devant les Mongoles. Puis sont venues les croisades. Ça a donné un coup terrible à la communauté musulmane. Elle ne s’est jamais remise de ce double choc. Ajoutons encore l’épisode colonial, puis la fracture migratoire. Tout cela explique que la communauté s’est repliée sur elle-même en mettant en avant une pratique extrêmement rigoriste de la religion ».


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE VRAI PROBLÈME


Pourquoi mettre en doute la sincérité de ce garçon ? Se demander plutôt en quoi il est représentatif d’un véritable courant. On s’étonnera évidemment de ce qui pousse ce Belge de souche à adhérer aux « Frères musulmans , un mouvement panislamique dont l’objectif est de lutter contre l’influence occidentale »

Que ne l’avons-nous dit et répété, on trouve tout en islam de Belgique le pire et le meilleur. La vraie question est de savoir ce qui en train de prendre le dessus. La stratégie du Daech est de pratiquer le pire et pire encore pour faire exploser l’islamophobie en Europe et, pensent-ils, par ricochet la radicalisation de l’islam dit modéré. Cette stratégie du pire est, nous semble-il, partiellement en train de réussir. Il suffit de parcourir les forums de quotidiens sur le net pour s’en persuader rapidement.

MG

 

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