jeudi 19 février 2015

Sodomie honnie, licornes chéries et DSK en ultime sortie


LIBÉRATION

L'AUTEUR  LUC LE VAILLANT

Je commençais à en avoir soupé de la saga DSK. Cette fois, c’était décidé, je ne lèverais pas le petit doigt pour cet hybride du marquis de Sade et de Gilles de Rais, rien de moins. Et puis, à force de voir frétiller la cornette des bonnes sœurs qui font l’émotion, m’est venue l’envie de trouver de mauvaises réponses à de médiocres questions.

Pourquoi la France veut se venger de DSK ? Notre Marianne nationale se vit comme une gigolette trompée. DSK aurait abusé de la confiance de cette jolie fleur bleue, oubliant de régler la note du sentiment patriotique puis lui foutant la honte devant la Terre entière. Furieuse d’avoir failli se jeter au cou de ce président amant, Marianne veut désormais trouer la peau au queutard céleste, en passant au révélateur ses addictions, ses négligences et ses textos. Lesquels n’ont sans doute rien à envier dans le graveleux à ceux des hôtesses moquant les michetons rançonnés. Comme de temps en temps, les juges d’instruction servent de bras armé à l’opinion revancharde. Souvenons-nous qu’un des magistrats, acharnés à la perte de celui qui est déjà très dans la dépense, a déjà sévi lors de l’affaire d’Outreau.

Est-ce dommage qu’elles soient des putains ? Il n’existe peut-être pas de prostitution heureuse, mais il existe une prostitution volontaire. Des êtres, autonomes et majeurs, décident parfois de monnayer leurs faveurs. Ils et elles ne sont pas automatiquement esclavagisés par les mafias ou fragilisés par leur passé. Le passage à l’acte se déclenche sous des prétextes divers : goût des expériences extrêmes, défi ordalique, moments particuliers d’une vie, recherche sans scrupules d’une aisance financière, approche décontractée du sexe. Pour permettre à chacun de faire ce qui lui plaît, l’Etat se doit d’intervenir pour valider le libre choix des travailleurs sexuels. Seule la puissance publique dispose des moyens de police suffisants pour ce faire.

A qui appartient le corps des femmes ? Il est intéressant de voir comment l’affaire du Carlton sert de cheval de Troie à une cause politique. Les abolitionnistes recommandent la pénalisation des clients. Ils croient à l’interdit et pensent que les rapports sexuels doivent rimer avec amour sincère et respect angélique quand les libidos, masculines comme féminines, portent parfois un masque de fer et apprécient des violences pas si douces. Le gouvernement PS a, un temps, relayé la demande abolitionniste avant de la laisser s’enliser. Le mariage pour tous avait laminé son énergie sociétale qui, déjà, n’était pas très gaillarde. A Lille, les associations de réinsertion, souvent d’obédiences chrétiennes, sont à la manœuvre. Elles espèrent forcer la main à la représentation nationale et font allégrement valoir que toute passe est un viol, que toute prostituée est aliénée, que toute femme est forcément victime de la domination masculine. Il faut voir comment Jade, l’une des accusatrices, reprend les éléments de langage des tenants de cette noble cause. De là à dire que Marie-Madeleine a troqué les exigences de Dodo-le-Maquereau contre celles de nouveaux souteneurs à la parfaite moralité il y a une limite qu’on évitera de franchir, un pas de clerc qu’on ne fera pas.

Pourquoi la sodomie est-elle un élément aggravant ? L’une des scènes clés de l’accusation se résume ainsi. Le méchant marquis du FMI brutalise la blanche colombe qui larmoie d’autant plus qu’il la force en la sodomisant au lieu de la besogner en missionnaire, façon papa-maman. Ou, si vous préférez, le goret méprisant va où son noir désir le porte, et se fiche comme d’une guigne de la répulsion qu’il déclenche, bloqué au stade anal de sa concupiscence, sourd à toute autre voix que celle de sa déraison. Je vous fiche mon billet que la prétendue contre-nature de l’acte n’est pas neutre dans l’effroi surjoué de Marianne la très catholique devenue si difficilement laïque. Car, un libertin sans remords doublé d’un sodomite pas même pédé ne peut trouver grâce aux yeux du familialisme ambiant. Lequel dissocie toujours mal sexualité et enfantement, comme il peine à imaginer les noces souillardes du sperme et de la merde, sans parler des félicités des anus horriblement malmenés.

A quelle peine symbolique condamner DSK ? On pourrait proposer à Marianne de se métamorphoser en licorne. Au front, il lui pousserait une corne torsadée avec laquelle pourfendre l’auroch. Doté de ce sceptre virginal, notre femme, enfin phallique, chasserait le spectre du machisme à front de bœuf que le féminisme puritain continue d’associer à DSK. Pénétré par cette flèche spirituelle, lardé de ce rayon solaire, transpercé par cette épée de Dieu, le pourceau de l’hôtel Murano échapperait au supplice du pal. Le pire, c’est que massage de la prostate aidant, il finirait peut-être par apprécier ce renversement de toutes les saveurs. Revanche assouvie, Marianne calmerait sa joie, DSK retournerait à ses plaisirs mieux consentis et, moi, j’arrêterais de parler de ça.

Luc LE VAILLANT




 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TERRASSÉ LE DRAGON ?


Et si, en terrassant le dragon, en déshabillant le minotaure surtout on avait, paradoxalement rendu à DSK sa vérité pour ne pas dire sa virilité, voire sa virginité politique ? Ce procès de la « bien pensense » effarouchée, de la glauque transparence aura eu pour lui le grand avantage de montrer qu’après tout il se révèle bien moins pire que ce que les esprits les plus mal tournés s’étaient autorisés à imaginer : 12 partouses tarifées-à l’insu de son plein gré- en quatre ans, la belle affaire.  Pas de quoi rivaliser avec le divin marquis à qui volontiers on le compare.

DSK outragé, DSK bafoué, ridiculisé mais DSK libre et sans doute guéri pour de bon de son travers, libre de retourner à son fantasme favori : la grandepolitique.

On peut imaginer que ce procès dont il sort à peu près blanchi lui aura servi de traitement de choc pour renoncer pour de bon à son démon de midi. Vous avez dit démon ?  N’a-t-on pas suggéré et écrit même que la majorité des Français l’estime infiniment plus compétent que le président en exercice dont il aurait pu ou dû assumer le mandat. Maintenant qu’on sait tout de ses frasques et que la messe des puritains et des puritaines est dite, pourquoi l’homme fort du FMI ne retournerait-il pas à la politique ? Qui se souvient des frasques kennedyennes, « happy birthday mister Président », de l’affaire Levinsky qui fit couler plus d’encre quelle ne répandit de sperme. Bill, homologue priapique de DSK, sera bientôt à nouveau mister President par Hilary interposée. Sic transit gloria Americae.

Après tout, lequel des deux Présidents fut il le plus efficace du vertueux Obama ou du très volage Bill Clinton ? Et surtout la vie amoureuse de François Hollande est-elle vraiment plus édifiante et mieux conduite que celle de l’ancienprésident de FMI ? La libido gaullienne ou adenauérienne sont franchementpassées de mode depuis longtemps et n’a-t-on pas pardonné largement au divin Winston  son addiction au havane et au whisky écossais ? DSK for président ? Certes, mais de quel parti ?


MG

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