mercredi 18 février 2015

Vous êtes nous!


Béatrice Delvaux éditorialiste en chef 
Le Soir

Je suis belge et je suis juive, dois-je partir ?  » Que dire, sinon notre tristesse et notre honte à la vue de ces compatriotes jeunes, vieux, femmes ou hommes qui arborent, dans des vidéos, une pancarte qui nous pose cette insupportable question ? Tant d’autres s’interrogent, donnant le sentiment d’en être venus à penser, que « nous », ce ne serait pas eux, et que « chez nous », ce ne serait pas chez eux. «  Nous ne serions pas les mêmes sans la Communauté juive  », déclarait hier la Première ministre danoise. C’est plus simple : nous ne serions tout simplement pas nous.

Comment vous l’écrire ? Il est insupportable que cette question du retour en Israël et du départ des Juifs d’Europe soit posée. Insupportable que le doute même surgisse dans les esprits de ceux qui tissent la trame de notre histoire, de notre culture et de notre vie commune.

«  Votre place est ici  » : comment imaginer que nous aurions à écrire ces lignes tellement évidentes, nous dont l’enfance, puis l’adolescence ont été nourries par les récits atroces des camps de concentration, nous qui avons vu et revu les images de l’Holocauste, nous qui avons entendu les récits de l’horreur dans la bouche de tant d’amis chers, persuadés qu’il n’y aurait plus jamais ça !

La réalité hélas nous confronte à l’atroce constat : l’antisémitisme est de retour. « Mort aux Juifs » est non seulement écrit dans les couloirs de nos métros ou les toilettes de nos universités, mais depuis quelques mois des Juifs, parce que Juifs, sont assassinés sur notre sol danois, français, belge.

C’est en luttant ensemble – Belges, Français, Danois de confession ou de culture juive, catholique, musulmane ou laïque –, que nous défierons les barbarismes et les désespérances et que nous construirons un nouveau vivre ensemble. Nous devons à l’évidence garantir sur notre sol la sécurité, le respect et la dignité des Juifs et de tous les citoyens. Mais il est question de se battre solidairement ici, et pas, comme le fait M. Netanyahou, avec un opportunisme électoraliste choquant, en appelant à l’exode. Comme si l’Europe était seule en cause et qu’il n’avait pas, lui, – comme d’autres – sa propre pierre à apporter à l’édifice. C’est à partir d’Israël, et non en « démarchant » la peur sur le sol européen, que M. Netanyahou doit contribuer avec les autres parties/pays concernés, à construire cette paix qui apaiserait la haine de l’autre.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ICI C’EST DÉSORMAIS LÀ-BAS ET INVERSEMEMENT

En appelant les juifs d’Europe à rejoindre Israël, Benjamin Netanyahu confirme de manière officielle qu’ici c’est là-bas et inversement autrement dit que le conflit israélo palestinien de là-bas se traduit par un conflit judéo islamique ici. En cela il prend une responsabilité morale immense, créant un sentiment de panique chez les juifs d’Europe. De plus et surtout, en attirant en masse les juifs d’Europe vers Israël il pratique une politique d’épuration ethnique en cherchant à augmenter sa population juive par rapport à l’accroissement démographique des Palestiniens. C’est de bonne guerre, si j’ose dire car l’homme se bat pour sa toute prochaine réélection et elle n’est pas assurée.

Il faut bien voir que les juifs dits de la diaspora ne se sentent plus les bienvenus dans les établissements scolaires de la ville de Bruxelles, qu’ils redoutent terriblement la montée de l’anti sémitisme musulman au point d’envoyer -s’ils en ont les moyens- de plus en plus leurs filles et leur fils étudier à l’étranger soit en Israël soit aux Etats Unis. Ce phénomène a pris une ampleur considérable et est répercuté par la caisse de résonnance médiatique. 

Manuel Vals et Charles Michel en font des tonnes pour les dissuader de partir convaincus de leur « valeur ajoutée » pour leurs économies respectives. Tout cela est parfaitement insupportable car les juifs de Belgique et de France sont la Belgique et la France comme les musulmans font désormais parties des meubles. Dans une Europe qui se mondialise rapidement il est urgent de jeter des ponts et non de dresser des murs entre communautés culturelles différentes ?

« Ascendere ad unitatem » devrait être la devise du vieux continent.

MG

 

NETANYAHU APPELLE LES JUIFS EUROPÉENS À IMMIGRER EN ISRAËL

Le Vif

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé dimanche les juifs européens à s'installer en Israël à la suite d'un des attentats à Copenhague contre la principale synagogue de la capitale danoise qui a fait un mort.



Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. © Belga

S'adressant aux juifs européens, Benjamin Netanyahu a proclamé dans un communiqué: "Israël est votre foyer. Nous sommes préparés pour accueillir une immigration de masse en provenance d'Europe". "A tous les juifs d'Europe: je dis Israël vous attend les bras ouverts", a ajouté le Premier ministre. "De nouveau le terrorisme de l'islam extrémiste a frappé en Europe. De nouveau un juif européen a été tué parce qu'il était juif et ce genre d'attentats devrait se reproduire".

Benjamin Netanyahu a par ailleurs indiqué que son gouvernement allait adopter un plan pour encourager l'immigration de juifs de France, de Belgique et d'Ukraine d'un montant de 180 millions de shekels (45 millions de dollars).

La police danoise pense avoir abattu dimanche matin à Copenhague l'auteur de deux fusillades, contre un débat sur la liberté d'expression et la principale synagogue de la capitale danoise, qui ont fait deux morts et cinq blessés.

Selon une association communautaire juive, le jeune homme tué devant la synagogue était un juif qui surveillait les accès aux bâtiments pendant qu'une cérémonie avait lieu à l'intérieur. Les deux attaques de Copenhague pourraient avoir été inspirées par celles visant Charlie Hebdo et une supérette cacher à Paris en janvier.

Le 10 janvier, M. Netanyahu avait déjà irrité Paris en déclarant à l'attention des juifs de France qu'Israël était leur "foyer", après la prise d'otages survenue dans la supérette, qui s'est soldée par la mort de quatre juifs.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES JUIFS ERRANTS

 

Les internautes commentent avec cynisme : « Comme le pays est très petit et déjà surpeuplé, une arrivé massive de Juifs d'Europe donnera une excuse de plus à Israël pour envahir encore un peu plus les territoires Palestiniens. Toujours aussi déterminé Benjamin Netanyahu. » « C'est un appel massif à la colonisation sauvage à toute la Palestine non israélienne » « Et où va-t-il les héberger ? Dans les colonies sous les missiles ? 

LE JUIF ERRANT ENTRE MYTHE ET HISTOIRE. TROIS VARIATIONS SUR LE THÈME DE LA PASSION SELON LE JUIF ERRANT

Conférence de Marcello Massenzio

p. 291-292

Résumé

 

1Le Juif errant est une figure symbolique d’une grande densité, multiple et unitaire à la fois, située au centre d’un univers mythologique dont l’extension notable dans le temps n’est pas moindre que sa diffusion dans l’espace. Un bref passage de l’Évangile de Jean est à l’origine d’une floraison de récits, différents les uns des autres non seulement par la variété des trames et des formes expressives, mais aussi par la diversité des configurations mentales sousjacentes à la narration des vicissitudes du protagoniste. Ces récits, selon nous, se prêtent à être lus comme autant de variantes d’un mythe qui, toutes, le contiennent à un niveau potentiel. Ces variantes, à entendre selon la définition précise de Claude LéviStrauss (Anthropologie structurale, 1966, p. 243), apparaissent de temps en temps à la surface de l’histoire selon des modalités qui peuvent sembler gratuites. Mais cet arbitraire n’est autre que le résultat d’un regard trop rapide car, en observant audelà de la surface, il est possible de distinguer une trame subtile de renvois et correspondances entre une certaine façon de modeler le récit et le type de contexte historique et culturel qui est à l’arrièreplan.

2Il est bien connu que l’histoire du Juif errant a été élaborée et transmise au travers de multiples formes expressives : du conte oral à la forme écrite, des représentations picturales aux mises en scène théâtrales ; les faits et gestes du protagoniste, à leur tour, ne se conforment pas à un schéma narratif fixe, mais ont tendance à subir des variations plus ou moins importantes ; la diversification des messages transmis, enfin, rend encore plus diversifié le cadre d’ensemble. Une telle plasticité intrinsèque, qui n’a pas d’autres exemples hors de la mythologie, est une des raisons qui ont permis à la figure du Juif errant de ponctuer le chemin de la civilisation occidentale chrétienne, sur une longue durée, allant grosso modo du Moyen Âge au xxe siècle (personne ne peut dire si actuellement l’élan initial a épuisé ou non ses propres potentialités).

3Si l’on s’interroge sur les motifs d’une diffusion aussi vaste et d’une aussi longue durée, on ne peut éviter de commencer par l’observation suivante : l’Europe chrétienne à travers la construction du mythe du Juif errant a forgé une image particulière de l’Autre, à laquelle elle ne pouvait pas ne pas confronter sa propre image. Il ne s’agit pas d’un quelconque « autre », mais du plus problématique et « impliquant », marqué par un paradoxe éclatant : le juif, le juif modelé par l’imaginaire chrétien, a le privilège de réunir en lui des pôles opposés dans la mesure où il incarne simultanément la diversité et la similitude. Séparé du monde chrétien par un fossé abyssal, car il n’a pas reconnu le Messie dans le Christ, il est néanmoins le dépositaire d’une vérité fondamentale pour la chrétienté : celle de l’incarnation de la passion du Christ, dont il a été le témoin direct. Le monde chrétien ne peut que prendre ses distances avec lui mais, dans le même temps, ne peut se permettre de l’ignorer : estil possible de résoudre, ou tout au moins atténuer une contradiction aussi marquée ?

 

 

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