samedi 7 février 2015

Yacob Mahi, une voix toujours critiquée (PORTRAIT)

BOSCO D’OTREPPE La Libre Belgique



Très médiatique, Yacob Mahi s’est aussi fait connaître par le biais de nombreuses polémiques.

Yacob Mahi est un interlocuteur bien connu des médias. Voici vingt ans (depuis l’affaire Dutroux et la disparition de Loubna Benaïssa) qu’il participe aux débats médiatiques, invité pour y exprimer le ressenti de la communauté musulmane. Très à l’aise, très franc et sûr de lui, il est resté “un bon client” pour contribuer aux débats.

Proche à une époque de nombreux catholiques et de mouvements tels qu’Action pour la famille, il participe également au renouveau d’une société civile de sensibilité religieuse, bien en vue lors des débats autour de la question de l’euthanasie ou de l’adoption par des couples homosexuels.

Pourtant, sa visibilité a toujours été émaillée de nombreuses polémiques.

LES CRAINTES DE PIERRE HAZETTE

En 2003, Yacob Mahi passe avec brio les examens organisés par l’Exécutif des musulmans de Belgique lui ouvrant le poste d’inspecteur des cours de religion islamiste. À la surprise générale cependant, Pierre Hazette, alors ministre de l’enseignement secondaire de la Communauté française pour le compte des libéraux préfère l’écarter de ce poste. Les raisons évoquées ? Les opinions de Yacob Mahi seraient incompatibles avec la démocratie, entre autres sur l’égalité homme-femme explique le ministre. Ces sévères accusations s’appuyaient non seulement sur des propos tenus au JT de la RTBF (“Les valeurs démocratiques de notre pays ne doivent pas se considérer comme les seules normes porteuses de sens”), mais également sur un avertissement émis par le ministre de la Justice le désignant comme membre des Frères Musulmans.

Soucieux de démentir fermement cette accusation, le professeur Mahi reste cependant fidèle à ses convictions.

Sans jamais remettre en cause l’holocauste, Yacob Mahi se reconnaît dans le très controversé Roger Garaudy (politicien communiste français, converti et condamné pour négationnisme avant de mourir en 2012) qu’il considère comme son “maître à penser”.

Pourfendeur des “lobbies de la pensée unique”, critique envers le “laïcisme exacerbé”, l’islam qu’il défend est “engagé” et animé d’une foi mise au “service de la cité” expliquait-il en 2013.

LES “BRILLANTS ÉLÈVES” PARTIS EN SYRIE

 

Ce mercredi, dans sa lettre ouverte où il rappelle ses engagements pour une société plurielle, il revient sur toutes les critiques qui ont émaillé son parcours, en confirmant l’ensemble de ses propos.

Oui, explique-t-il, l’homosexualité est “contre-nature” aux yeux de l’islam, même si “je n’ai jamais stigmatisé un homosexuel”. Oui, “les jeunes partis en Syrie ne posent aucun problème d’intégration dans notre pays. Ils sont de bons vivants belges et surtout beaucoup sont de brillants élèves. La vraie question est de savoir pourquoi nos autorités judiciaires ont laissé aller les citoyens belges vers la mort” continue-t-il en dénonçant, entre autres, la politique israélienne. Oui Tareq Al Suwaïdan, interdit de Foire musulmane en novembre dernier a été victime de “censure”. Oui, “la vision impériale des médias et des lobbies” contribue à une “dictature intellectuelle”.

À travers ces charges, Yacob Mahi se pose comme l’avocat d’une société qu’il souhaite en substance ouverte, critique, tournée vers le futur, se construisant dans la diversité et laissant de la place à l’expression d’une foi “militante”.

Pourquoi la parole d’un humaniste musulman fait-elle donc tant peur ?” “La catégorisation médiatique entreprise actuellement à l’encontre de ma personne est une sorte de justifications idéologique […]. Ma voix restera sonore et énergique” prévient, péremptoire, ce docteur en histoire et sciences des religions.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SO WHAT ?

S’il devait s’avérer que tout lettré qu’il est, il est à l’initiative de cette pétition contre son collègue, nous serions confrontés à un très solide problème de déontologie, un cas patent de « leurs » valeurs contre « nos » valeurs. En cas de mise à pied de ce professeur on peut imaginer le tollé sur la toile.



"DYAB ABOU JAHJAH NOUS A SAUVÉS DE LA RADICALISATION"

Joel De Ceulaer

Vif Source : Knack

"Si nous ne voulons pas que les jeunes se radicalisent, il faut commencer dans nos écoles " estime Fouad Gandoul, le secrétaire de EmpoweringBelgian Muslims. "Si nous repoussons les jeunes, ils apprendront à haïr la société".


Fouad Gandoul © Saskia Vanderstichelen

"Un jeune confronté en permanence à des enseignants qui le considèrent comme inférieur est perdu. Et à l'heure actuelle, je n'entends plus que ça : il y a des professeurs qui demandent aux musulmans de leur classe s'ils trouvent que les décapitions en Irak sont normales. C'est de la folie. Comment ces enfants doivent-ils se défendre ? Comment leurs parents doivent-ils réagir?"

La semaine dernière, Gandoul a lancé un manifeste dans lequel des musulmans belges s'unissent contre la radicalisation. Il sait par expérience que la haine de l'islam mène à la radicalisation. "En 2001, j'étais en première licence à la VUB. Le 11 septembre, j'étais en train d'étudier à mon kot. La télévision était allumée et j'ai vu les deux tours touchées sur CNN. J'ai entendu des acclamations sous ma fenêtre. Plusieurs étudiants marocains trouvaient que l'Amérique n'avait eu que ce qu'elle méritait".

ÉTIEZ-VOUS AUSSI DE CET AVIS ?

Fouad Gandoul: Non. Mon père m'a appris à ne jamais jubiler de la misère de l'autre. Et j'ai su tout de suite ce qui nous attendait. Je savais qu'il y aurait une réaction violente, qu'on pouvait s'attendre à une poussée de haine radicale, d'islamophobie sans précédent. Et c'est ce qui s'est passé. À la VUB, cette réaction a entraîné un réveil islamique.

CHEZ VOUS AUSSI ?

Gandoul: Absolument. J'appartenais à un petit groupe de jeunes qui sortait régulièrement, parfois je buvais même de l'alcool. À moment donné, j'ai arrêté et je me suis focalisé sur l'islam, justement à cause de cette méfiance accrue.

QUE FAISIEZ-VOUS PRÉCISÉMENT?

Gandoul: Nous approfondissions notre connaissance de l'islam. Cela allait assez loin, vous savez. J'avais plus de cent CD, mais pendant notre phase de recherche nous avions lu des textes de savants du Moyen-Orient qui affirmaient que la musique vient du diable. Et donc nous nous sommes débarrassé de tous nos CD.

EN FAIT, VOUS ÉTIEZ EN TRAIN DE VOUS RADICALISER.

Gandoul: On peut dire ça. Et c'était la conséquence de ce que la société ne nous acceptait pas. Nous avons reçu le signal que nous ne faisions pas partie de la société. Et que se passe-t-il quand on démolit l'identité de quelqu'un ? Il se construit une identité pour lui-même, au besoin faite de rancoeur. À cette époque, mes lectures ne portaient que sur l'islam. Et j'allais à la mosquée presque tous les jours.

Y AVAIT-IL UN COMBATTANT SYRIEN POTENTIEL QUI SE CACHAIT EN VOUS?

Gandoul: Non. J'étais simplement à la recherche d'une identité. Et je suis toujours resté critique. C'est ce que mon père m'a appris: que je devais toujours garder mon esprit ouvert.

CONNAISSIEZ-VOUS LA LIGUE ARABE EUROPÉENNE À CETTE ÉPOQUE ?

GandoulDyab Abou Jahjah était mon adversaire absolu. Il était un nationaliste arabe et je lisais des livres du fondateur des Frères musulmans, que Dyabqualifierait aujourd'hui de "fascistes". Nous n'étions pas du tout sur la même longueur d'onde. J'avais choisi une interprétation politique de l'islam, à laquelle il était radicalement opposé. Cependant, Dyab était extrêmement intelligent et brillait dans les débats. Il a sauvé les jeunes qui étaient en train de se radicaliser.

ABOU JAHJAH LES A REMIS SUR LE BON CHEMIN ?

GandoulDyab a détourné la radicalisation qui menaçait les jeunes de la VUB. Il a pu réfuter nos histoires sur l'islam. Les jeunes l'admiraient. Si les politiques et les médias n'avaient pas criminalisé et ridiculisé Abou Jahjah et la Ligue arabe européenne, Sharia4Belgium n'aurait jamais existé.

QUE CONSEILLEZ-VOUS AUX PARENTS DONT LES ENFANTS SONT ATTAQUÉS PAR LEURS ENSEIGNANTS?

Gandoul: Ils doivent immédiatement envoyer une lettre recommandée à l'école. J'ai déjà aidé un certain nombre de personnes. Nous ne pouvons pas repousser les jeunes, car alors ils apprendront à haïr cette société".

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COMMENTAIRE DE DIVERCITY

Exceptionnellement ? Et en raison d’une très forte grippe je laisse le soin au lecteur de commenter lui-même ces deux   papiers importants.

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