vendredi 6 mars 2015

Assises de l'interculturalité: le MR veut "rattraper le temps perdu"

ASSISES DE L'INTERCULTURALITE DU MR : Clap première... - LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Le MR organise à partir de ce lundi et durant quatre semaines ses "Assises de l’interculturalité". Des rencontres annoncées en janvier par le président des libéraux Olivier Chastel et présidées par le chef de groupe à la Chambre Denis Ducarme. L'idée est de débattre du fameux "vivre ensemble", entendre chacun des cultes présents en Belgique et le monde laïc pour voir comment faire baisser les tensions dans la société. Un objectif louable, même s’il faut bien avouer que l’initiative est loin d’être la première du genre, notamment côté libéral.

A chaque période de tensions dans la société belge, à chaque attentat ou agression ces dernières années, sur fond ou non de conflits au Proche-Orient, la ritournelle est toujours la même. Surfant sur l'émotion du moment, le monde politique a tenté de réagir, avec une série de "grands messes" pour débattre "sans tabous", "améliorer le vivre-ensemble", "construire des ponts", "rétablir le dialogue", etc. Il y eut ainsi chez nous, après les attentats du 11 septembre 2001, la commission du dialogue interculturel (CDI), lancée par la PS Marie Arena, alors ministre fédérale de l'Intégration sociale et de l'Egalité des chances. Une CDI qui aboutit à un rapport en 2005 et des recommandations demeurées lettre morte.

Il y eut en 2009, sur fond de polémique sur le voile islamique - trois élèves exclues de deux écoles de Dison pour port du foulard en contradiction avec les règlements d'ordre intérieur -, les Assises de l’interculturalité lancées par le Fédéral et la ministre cdH Joëlle Milquet, vice-Première ministre en charge de l’Emploi et de l’Egalité des chances, chargée de la Politique de Migration et d'Asile. Des Assises torpillées par les dissensions politiques.

DÉJÀ LE MR EN CAVALIER SEUL... CONTRE TOUS

Avec le MR qui, dès 2003, avait décidé de jouer sa propre partition, sous la direction de Daniel Bacquelainealors chef de groupe à la Chambre. Avec déjà une série de propositions que les libéraux voulaient voir couler en lois, notamment sur le dossier épineux du port de signes convictionnels dans l’enseignement et l’emploi public. En 2014, sur ce dossier, rien n’est encore réglé ni au Fédéral - où le ministre N-VA de la Fonction publique, Steven Vandeput, a annoncé une initiative dans sa note de politique générale en novembre -, ni dans les régions et communautés. Côté wallon, en avril, le parlement a approuvé une résolution sur l'interdiction du port d'insignes religieux par les fonctionnaires, sur base d'une proposition de la MR Florence Reuter, amendée et approuvée par les autres partis, mais qui doit encore être mise en œuvre par le gouvernement wallon.

"DIX ANNÉES PERDUES"

Et revoici donc des "Assises", nouvelle mouture, menées par les libéraux et présidées cette fois par le chef de groupe MR à la Chambre, Denis Ducarme. Avec la volonté de "rattraper le temps perdu" et, dit l’invitation, "d’aborder sans tabou" des sujets comme le financement des cultes et notamment la finance islamique étrangère, les "accommodements raisonnables", mais aussi la nécessité d’un parcours d’intégration obligatoire pour les ministres du culte, la neutralité dans le secteur médical, etc.

Durant quatre semaines en mars, tous les lundis, Olivier Chastel président du parti et Denis Ducarme, en présence de tous les parlementaires fédéraux MR, vont donc recevoir à huis clos les représentants de tous les cultes reconnus chez nous, ainsi que des représentants du monde laïc, pour entendre et débattre. Ce lundi, est ainsi prévue une rencontre avec l'Exécutif des musulmans de Belgique. Le 9 mars, avec la communauté juive. Le 16 mars, avec le monde catholique. Et le 23, avec le monde laïc.

Des Assises qui doivent déboucher sur la rédaction d’une "charte de la citoyenneté" à intégrer dans le programme et les futures actions du MR, histoire de se définir une ligne et une seule. Bref, l’Histoire comme la politique est un éternel recommencement.

Fabien Van Eeckhaut


 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« UNE CHARTE DE LA CITOYENNETÉ" ?


« Des Assises qui doivent déboucher sur la rédaction d’une "charte de la citoyenneté" à intégrer dans le programme et les futures actions du MR, histoire de se définir une ligne et une seule. »

Le MR a t-il vraiment l’intention de réussir là où Joëlle Milquet avait assez lamentablement échoué il y a à peine quelques années. 

Ce qui est sûr c’est que l’interculturel et l’inter-convictionnel n’est pas la tasse de thé du PS très engagé dans la voie du clientélisme communautariste.

Le très bouillant et très brouillon Ducarme fils, chef de file des bleus au parlement fédéral  va-t-il faire de ces ( de ses assises) assises un véritable incubateur d’interculturalité, la question mérite d’être posée. En aura-t-il le temps et surtout le talent ?  On aimerait qu’un municipaliste de terrain pilote cette opération et s’y attèle à temps plein. 

Le moins qu’on puisse dire c’est que le MR n’a pas vraiment réussi à établir un lien avec les membres des communautés immigrées. Que ne l’a-t-on écrit et répété ici, la nouvelle classe moyenne des petits commerçants issus de l’immigration qui ont réussi à créer leur emploi et celui de plusieurs membres de leur famille constituent un vivier de petits entrepreneurs qui, comme monsieur Jourdain, seraient des libéraux qui s’ignorent. Feu Daniel Ducarme ne cessait de le répéter mais visiblement son parti avait alors d’autres priorités. Le MR tend à les snober au profit des bobos et des nantis des beaux quartiers. C’est du court terme et une formidable erreur de stratégie.

On attend avec une certaine impatience de découvrir le contenu de cette « charte de la citoyenneté » en espérant qu’il puisse d’agir de l’esquisse d’une charte de l’interculturalité.

Rappelons à toute fin inutile que l’interculturel se doit de favoriser les interactions entre gens de culture différente qui se respectent et qui acceptent,sans renoncer à leur identité profonde, de faire un pas vers l’autre et sa culture et d’entamer un dialogue avec lui. C’est à Saint-Gilles que cette mayonnaise semble prendre le mieux et à Molenbeek le moins bien. C’est que, comme le disait déjà De Gaulle, on peut tenter de mélanger l’huile et le vinaigre, ils auront toujours tendance à se séparer ensuite. Autrement dit la dynamique interculturelle suppose un volontarisme qui n'est pas le fait du citoyen lambda.  Cela exige un engagement extrêmement fort, une grande ténacité et une belle endurence.

MG

 

 

 

NOUREDINNE SMAÏLI: «L’EXÉCUTIF DES MUSULMANS DE BELGIQUE A TOUJOURS TENDU LA MAIN À LA SOCIÉTÉ»

Nouredinne Smaïli était invité ce lundi par le MR aux Assises de l’interculturalité.



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Nouredinne Smaïli  ©Belga.

Nouredinne Smaïli, président de l’Exécutif des musulmans de Belgique, était invité au siège du MR ce lundi, à l’occasion des Assises de l’interculturalité, organisées par le parti libéral. Interview express.

DE QUOI AVEZ-VOUS PARLÉ LORS DE CETTE RENCONTRE AVEC LE MR ?

Nous avons constaté que nous voulons aller dans la même direction : assumer un rôle éducatif, prôner les valeurs européennes… Nous avons répondu aux questions qui nous étaient posées – sur les cours de religion, la formation des imams, les visites en prison… – sans faire de notre côté de demandes ou de réclamations. L’Exécutif des musulmans de Belgique a toujours tendu la main à la société, si le MR nous la tend également, nous la prenons bien volontiers.

SUR LES COURS DE RELIGION, REJOIGNEZ-VOUS LES POSITIONS DU MR ?

Nous allons nous inscrire dans la réforme de l’État, qui souhaite passer à une heure de cours par semaine, au lieu de deux. Nous souhaitions garder les deux heures, car nous estimons que les enseignants ont un rôle formateur bénéfique. Mais nous allons suivre cette réforme, qu’y pouvons-nous ?

EN AUTRICHE, CETTE SEMAINE, LE PARLEMENT A VOTÉ L’INTERDICTION DE FINANCER LES LIEUX DE CULTE OU LES IMAMS PAR DE L’ARGENT ÉTRANGER. DE TELLES LOIS POURRAIENT ÊTRE VOTÉES AILLEURS EN EUROPE. QUE PENSEZ-VOUS DE CETTE QUESTION DU FINANCEMENT ?

En ce qui concerne la Belgique, nous n’acceptons pas que des intérêts étrangers fassent de l’ingérence dans le financement de notre culte. Je pense que notre État est capable de financer les cultes par lui-même, avec la coordination de l’Exécutif des musulmans de Belgique, pour ce qui concerne l’islam. Nous souhaitons tout naturellement que la loi actuelle sur le financement des cultes perdure.

 

 

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