vendredi 20 mars 2015

Charles Michel a l’indignation européenne

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef le Soir


Photo News

La Belgique a de beaux restes européens et elle n’a pas manqué de le faire savoir ce jeudi. C’est en effet à ce petit pays souvent si discret et bâtisseur de consensus que le président du Conseil européen, Donald Tusk, doit son premier vrai « scud » public. Charles Michel s’est en effet illustré hier comme défenseur du fonctionnement normal des instances européennes, selon la « méthode communautaire ».

L’indignation belge a été suscitée par l’initiative de Donald Tusk de réunir un sommet informel entre « grands » en marge du Conseil européen, pour y faire le point avec Alexis Tsipras. On comprend le souci de refuser au Premier ministre grec la possibilité de politiser son dossier en le mettant à l’agenda du sommet européen. Mais de là à privilégier un aparté avec la France et l’Allemagne, déjà soupçonnées de diriger l’Europe en tandem – comme lors de l’escapade ukrainienne Merkel-Hollande –, il y a un risque de mise hors jeu jugé intolérable par d’autres Etats membres. Qui sont eux aussi créditeurs de la Grèce.

La Belgique, susceptible, se prendrait-elle pour plus que ce qu’elle n’est ? Cela ne semble pas être l’avis de ses compagnons du Benelux ou d’autres pays, plus discrets, comme l’Espagne, qui ont embrayé sur la colère belge. En remettant les pendules à l’heure, notre pays permet d’éviter un dévoiement du fonctionnement normal européen. Donald Tusk, clairement embarrassé, devrait hésiter à deux fois avant de répéter la chose. Chacun a pris note de la leçon rappelée par le Premier ministre belge, qui a, de son côté, réussi une opération de positionnement rapide car pertinente. Charles Michel marque un intérêt réel depuis le début de son mandat pour l’Europe et s’inscrit ainsi, contrairement à son prédécesseur, dans la tradition belge. Dehaene et Verhofstadt ont ainsi démontré à leur époque que même un petit pays peut compter sur la scène européenne : il suffit d’occuper la fonction.

Les Belges ont, eux, découvert la colère d’un Premier ministre qui joue visiblement plus agressif et indigné en déplacement qu’à domicile. Et laisse Didier Reynders se charger de la réprobation publique, via Le Vif, des sorties antisyndicales de Bart De Wever – «  On ne peut pas faire des réformes en mettant le pays à feu et à sang  » – et des problèmes de positionnement du CD&V et de Kris Peeters – «  Je ne suis pas prêt à supporter indéfiniment que ce genre de situations bloquent des réformes 

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY


« J’AI COMMENCÉ À PERDRE QUAND J’AI CESSÉ DE SURPRENDRE » aurait dit Napoléon. La manière de Charles Michel de remplir le costume de premier ministre n’a rien de pareil à celle de Di Rupo ou Verhofstadt ou Dehaene…Chacun son style. Le sien se rapproche de celui de François Hollande. Charles Michel s’efforce en effet d’être un premier ministre « normal », une sorte de monsieur tout le monde qui ne se prend pas trop au sérieux et qui encaisse les coups, comme un boxeur souple qui danse son combat face à un adversaire lourdingue qui s’épuise, en l’occurrence Marc Goblet. Il divise pour régner, disons plutôt pour gouverner. Son gouvernement très divisé tient, contre vent (le vent mauvais qui souffle depuis la maison communale d’Anvers) et marées (les marées d’équinoxe syndicales et les frondes su CD&V). Et voilà que notre singulier premier se lance sur le parquet glissant des affaires européennes avec un certain succès.

A chacun sa méthode.

MG

 

Aucun commentaire: