vendredi 13 mars 2015

Cours philosophiques: Milquet annonce un décret pour appliquer l’arrêt

La Libre avec Belga

L’arrêt de la Cour constitutionnelle remettait en question l’organisation des cours de morale et religion dans l’enseignement officiel. 



Joëlle Milquet. © Sylvain Piraux/Le Soir 

 

La ministre de l’Enseignement, Joëlle Milquet, a annoncé jeudi le dépôt d’un projet de décret dans les mois qui viennent pour mettre la législation de la Fédération Wallonie-Bruxelles en conformité avec l’arrêt rendu jeudi par la Cour constitutionnelle sur les cours de religion et de morale dans l’enseignement officiel. Une note d’orientation sur l’instauration d’une heure de cours de citoyenneté dans les programmes généraux, en lieu et place d’une heure de religion ou de morale, sera par ailleurs déposée dans les semaines à venir au gouvernement.

L’arrêt rendu jeudi remet en question l’organisation des cours de religion et de morale dans l’enseignement officiel qu’il juge non conforme à la Convention européenne des droits de l’homme. Selon la Cour, les élèves doivent pouvoir être dispensés du cours de morale ou de religion sans qu’une motivation particulière soit fournie par leurs parents.

LE PACTE SCOLAIRE MODIFIÉ 

Cet arrêt implique de modifier l’article 8 du Pacte scolaire pour faire en sorte que le choix entre un cours de religion ou de morale non confessionnelle ne soit plus obligatoire dans les écoles du réseau officiel subventionné et de la Communauté française.

Un projet de décret sera déposé dans les mois à venir. Pendant les heures consacrées à ces cours, les enfants bénéficieront d’un encadrement pédagogique au sein de l’établissement scolaire sur base de différentes possibilités et modalités qui seront prévues par un arrêté, indique la ministre.

«  Avec cette modification, la Fédération Wallonie-Bruxelles rejoindra la Communauté flamande qui, depuis 2002, a prévu le caractère optionnel de ces cours sans pour autant encore modifier ses décrets. Il est à remarquer que ce changement n’a pas eu beaucoup d’impact en Flandre, étant donné le faible nombre des élèves n’étant inscrits à aucun des différents cours  », a-t-elle précisé.

« UN APPRENTISSAGE DE VALEURS DÉMOCRATIQUES » 

Une note d’orientation sera par ailleurs déposée au gouvernement dans les semaines qui viennent à propos des cours de citoyenneté, conformément à la Déclaration de politique communautaire. La ministre souhaite que les travaux de préparation du référentiel de cours commencent après Pâques, «  selon un agenda et des modalités spécifiques  ».

Des voix se sont fait entendre pour remplacer les deux heures de cours de religion et de morale par deux heures de cours de citoyenneté à la suite de l’arrêt. La ministre s’en tient au principe de la Déclaration de politique communautaire.

«  Le gouvernement instaurera sous cette législature, dans les écoles de l’enseignement officiel, progressivement à partir de la première primaire, un cours commun d’éducation à la citoyenneté, dans le respect des principes de la neutralité, en lieu et place d’une heure de cours confessionnel ou de morale laïque. Ce cours sera doté de référentiels spécifiques, incluant un apprentissage des valeurs démocratiques, des valeurs des droits de l’Homme, des valeurs du vivre ensemble et une approche historique des philosophies des religions et de la pensée laïque. En aucun cas, cette réforme ne pourra entraîner la perte d’emplois pour les enseignants concernés en place  », dit la DPC.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CHRONIQUE D’UN SEISME ANNONCÉ 


Et voici qu’en simple arrêt du conseil d’État met à mal les fondements mêmes du pacte scolaire de 1958. Il s’agit d’un méga tremblement de terre sur l’échelle des tensions  entre les croyants et les non-croyants à Bruxelles et en Wallonie autrement, dit en communauté française. Si la ministre devait mal gérer ce dossier, un dérapage pourrait entraîner la disparition du réseau officiel et la fuite des élèves de confession musulmane vers un nouveau réseau de confession islamique. Dans un premier temps, d’aucuns vont réclamer le remplacement des deux heures de religion ou de morale par un cours d’initiation à la citoyenneté. Mais personne ne semble se demander qui est habilité à donner un tel cours et que va-t-on faire des actuels le professeur de religion et de morale ? D’autant plus que la ministre a déclaré bien fort : En aucun cas, cette réforme ne pourra entraîner la perte d’emplois pour les enseignants concernés en place  ».

Mais si le choix entre un cours de religion ou de morale non confessionnelle n’est désormais plus obligatoire dans les écoles du réseau officiel subventionné et de la Communauté française, est-ce à dire qu’il demeure facultatif ? Cela supposerait qu’il ne soit pas purement et simplement démantelé.

Ce débat qui court depuis des mois prend soudain une tournure franchement dramatique qui est susceptible de bouleverser la paix scolaire par une remise en cause radicale du Pacte de 1958.

Allons-nous vers une transformation de l’enseignement officiel en un réseau qui ne dispenserait que des cours de citoyenneté laissant aux enseignement libres (catho, israélite, demain musulman) le soin d’organiser en interne les cours de religion ? 

Le système actuel permet d’exercer un vague contrôle sur le radicalisme éventuel de certains profs de religion islamique. C’est sans doute un de ses rares avantages. Il est beaucoup trop tôt pour conclure. Il faudra suivre cette affaire de près.

MG


UN INTERNAUTE LUCIDE COMMENTE

« Et c'est parti pour le show... Alors que le choix de suivre ou non un cours philosophique (religion ou morale) existe en Flandre depuis 10 ans, alors que la proposition de créer un cours dit de citoyenneté (ouverture au questionnement philosophique, au dialogue interconvictionnel et interculturel, et à la citoyenneté active) est sur la table depuis des années (aller revoir les débats en ce sens au parlement de la FWB il y a encore 2-3 ans mais bloqués par le CdH et le PS ! (ben oui, chacun défend son réseau), et les propositions Ecolo de l'époque qui étaient déjà celles qui sont subitement réapparues dans la déclaration de politique générale de la FWB), voilà que la presse découvre la lune ce matin et que le gouvernement PS-CdH (encore les mêmes) vont devoir trouver une solution en 3 mois (les vacances scolaires ça existe) puisqu'il faut que tout soit en place en septembre 2015. Donc, ils s'orienteraient vers 1 h de cours obligatoire philo/dialogue/citoyenneté et une heure de religion/morale pour ceux qui veulent... Mais qui donc va donner ce fameux cours "philo" dès la 1ère primaire? Quelle formation est prévue ? Les profs de religion/morale vont-ilsperdre leur emploi ? Est-ce eux qui donneront le nouveau cours ? Quel recyclage est-il prévu ? Quelle formation donner en 3 mois aux régents ayant l'option moral/religion et qui auront leur diplôme en juin ? Sur base de quel référentiel (document cadre qui garantit le contenu d'un cours) les enseignants devront-ils se baser ? Est-il écrit et par qui ? Et que feront les enfants qui ne suivent pas l'heure de religion/morale par choix? Ils iront à l'étude ? Quant aux écoles libres (qui représentent 60% de l'enseignement secondaire), rien ne change ou devront-elles ajouter 1h de "citoyenneté" en plus des 2h de religion catholique ? Pas de cours de "philo/dialogue/citoyenneté" pour ces élèves (un peu d'égalité entre les écoles des différents réseaux ça ferait pas de mal et pourquoi un enfant du libre n'aurait-il pas droit à ce cours) ? Allez les parlementaires MR et Ecolo, vous avez de quoi faire ? » (in Le Soir)

 

 

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