dimanche 22 mars 2015

Enseignement officiel: Les écoles devront occuper les élèves dispensés des cours de religions

BELGA LA LIBRE 



La ministre de l'Éducation, Joëlle Milquet, a promis devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles le dépôt le mois prochain d'un avant-projet de décret visant à rendre facultative, dès septembre, la participation aux cours de morale laïque ou de religions dans l'enseignement officiel, conformément à l'arrêt rendu jeudi dernier par la Cour constitutionnelle. Il appartiendra dans un premier temps aux écoles d'occuper ces élèves dispensés. Le texte législatif, a assuré jeudi après-midi la ministre lors d'un débat extraordinaire en commission Éducation de Parlement, sera déposé d'ici la fin avril au plus tard. Il pourra ainsi être approuvé par le Parlement avant la trêve estivale, et permettre de la sorte sa pleine application dès la prochaine rentrée scolaire.

Dès septembre, les parents qui le désirent pourront donc demander que leurs enfants inscrits dans l'enseignement officiel soient dispensés des cours de religions ou de morale laïque, obligatoires jusqu'à présent.

Mme Milquet ne s'attend toutefois pas à une avalanche de demandes de dispenses.

En Flandre, où la présence aux cours de religions ou de morale laïque est facultative depuis plus de dix ans déjà, les élèves dispensés ne représentent que 0,8% de l'ensemble des élèves de l'enseignement officiel, a-t-elle relevé.

Plusieurs députés, tant de la majorité que de l'opposition, se sont toutefois inquiétés des activités qui seront proposées à ces élèves dispensés.

"Le nombre de ces élèves dépendra évidemment de l'offre alternative qui leur sera offerte", a notamment pointé Caroline Désir (PS, majorité).

"J'espère que ces heures ne seront pas perdues et qu'elles pourront être utilisées à des fins éducatives", a insisté de son côté Joëlle Maison (FDF, opposition).

"On ne va pas mettre (ces enfants, ndlr) dans un placard! ", a répliqué Mme Milquet. "Ces élèves bénéficieront d'un encadrement pédagogique adéquat", avec une "garantie de sécurité", mais dans "le cadre de l'autonomie de gestion des établissements", a-t-elle ajouté.

Interrogée par plusieurs députés sur l'opportunité de créer éventuellement un nouveau cours pour ces élèves dispensés, la ministre a écarté la chose vu les contraintes budgétaires qui pèsent sur la Fédération. Pour "créer juste une heure de cours en plus, c'est 76 millions d'euros (par an)! Et je ne les ai pas! ", leur a-t-elle lancé.

Pour Mme Milquet, la question d'une offre d'activités alternatives ne pourra clairement être tranchée qu'après une première année.

Celle-ci permettra notamment d'avoir une idée plus précise du nombre d'élèves dispensés, de leur répartition géographique, etc. Cette réflexion devra par ailleurs être liée à l'introduction programmée, dès la rentrée 2016, d'une heure de cours de citoyenneté dans l'enseignement officiel en remplacement d'une des deux heures de religion ou de morale laïque, comme prévu dans l'accord de majorité PS-cdH de juillet dernier.

"On est devant un page blanche. Il faudra peut-être réfléchir de manière moins classique...", a suggéré Mme Milquet qui fait part de sa volonté de négocier ce contenu avec les acteurs du secteur éducatif.

"Je ne vais pas venir avec une proposition ex cathedra...", a-t-elle ainsi promis.

Selon ses vœux, les référentiels de ce futur cours de citoyenneté devront être prêts pour la rentrée de septembre 2016, ce qui n'empêchera pas des initiatives dès l'année prochaine, a-t-elle ajouté, mais sans plus de précisions.

Le débat de jeudi en commission aura aussi mis en lumière la distance qui sépare les partenaires de la majorité sur ce sujet.

Pour rappel, mardi dernier, le PS affichait son ambition de remplacer à terme les deux heures de cours de religions ou morale données aujourd'hui dans l'enseignement officiel par deux heures de cours d'éthique citoyenne, et ce tant dans le primaire que le secondaire.

Jeudi en commission, la cheffe de groupe du cdH, Marie-Martine Schyns, a livré un autre son de cloche.

Pour elle, l'arrêt de la Cour constitutionnelle confirme que l'école officielle doit continuer à organiser des cours de religions ou morale, mais que leur suivi ne peut désormais plus être contraint.

"Il ne faut pas laisser l'éducation religieuse uniquement à la sphère privée. L'école a un rôle à jouer à ce niveau-là", a ainsi défendu Mme Schyns.

Dans l'opposition, Jean-Paul Wahl (MR) s'est fait un plaisir de relever ces divergences entre partenaires de majorité qui, selon lui, vont à présent s'employer à "enterrer" ce dossier qui les divise.

Le débat de jeudi aura enfin permis d'esquisser différents points d'interrogation d'ordre administratif, voir juridique après cet arrêt historique.

Plusieurs députés, dont Marie-Martine Schyns, ont notamment rappelé que ces cours de morale ou de religions sont aujourd'hui sanctionnés par des examens certificatifs, conditionnant ainsi l'octroi du diplôme.

L'opposition MR, par la voix de Georges-Louis Bouchez, a mis le doigt sur une autre insécurité juridique: "Imaginons qu'un élève redouble l'année scolaire en cours en raison d'un échec à son cours de religion, celui-ci pourra introduire un recours et se tourner vers le Conseil d'État où il fera valoir qu'il a échoué en raison d'un cours qui n'est pas... obligatoire...", a-t-il notamment mis en garde.

Une analyse réfutée toutefois par la ministre Milquet.

L'arrêt de la Cour constitutionnelle est un arrêt interprétatif puisqu'il répondait à une question préjudicielle du Conseil d'État, a-t-elle souligné. Il en aurait été autrement si la constitutionnalité du décret avait été directement attaquée devant la haute juridiction, ce qui ne fut pas le cas présent, a-t-elle conclu.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES DINDONS DE LA FARCE


Ce seront forcément les chefs d’établissement qui devront bien évidemment organiser des heures dites « d’étude » pour encadrer deux périodes par semaine les élèves en école buissonnière. C’est là, en effet, qu’on envoie les élèves en cas d’absence d’un prof. C’est ici que les chefs d’école devront faire preuve d’imagination. On sait qu’à l’étude on fait tout sauf étudier surtout si le pion manque d’autorité. L’étude risque d’être très encombrée et ce tout au long de la semaine?

« L’étude » -on fait stuut- pourrait par exemple être transformée en deux heures de méthode de travail.

On pourrait aussi les envoyer dans la classe où enseigne un de leurs professeurs ou systématiquement au cours d’éducation physique, mieux, on pourrait les envoyer dans un centre de documentation bibliothèque tel qu’en possèdent déjà certaines écoles, je songe à Charles Jansssens etc.

MG


LETTRE OUVERTE À MADAME MILQUET, MINISTRE DE L'ENSEIGNEMENT

Ce texte a été publié dans La Libre du 17 mars 2015.

Madame la Ministre,

Deux mois se sont écoulés depuis les tragiques événements qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo et frappé la communauté juive de France. Durant ces deux mois, j’ai eu l’occasion de recueillir bon nombre de témoignages d’enseignants, mais aussi d’élèves, tant du primaire que du secondaire ou du supérieur. Et ce que j’ai entendu m’a effarée.

Trop souvent, le silence ou l’équidistance ont été la position adoptée par les enseignants pourtant chargés de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures » (décret « Missions », article 6-3°).

Le silence : de trop nombreux professeurs ont préféré ne pas parler des événements. Soit parce se sentant insuffisamment outillés pour le faire d’une manière qui ne soit pas contre-productive, soit parce qu’effrayés par la perspective d’un débat sur ce thème éminemment sensible, soit – et c’est peut-être le plus préoccupant – parce qu’eux-mêmes estimaient qu’ « on en faisait trop » autour de ce qu’il faut pourtant bien nommer un attentat terroriste, islamiste et antisémite, en plein Paris, en 2015. Et dans certaines écoles, des consignes auraient également été données par la direction afin que les enseignants n’abordent pas le sujet !

L’équidistance : de trop nombreux professeurs ont choisi de parler des événements en laissant les élèves débattre, mais en refusant de se prononcer eux-mêmes, invoquant pour cela leur devoir de neutralité. De la même manière que certains enseignants laissent tenir des propos homophobes sous prétexte qu’ils n’ont pas le droit de prendre parti, on a donc assisté à des cours lors desquels des élèves (parfois minoritaires) ont pu défendre la liberté d’expression, tandis que les autres affirmaient tranquillement que Charlie Hebdo « l’avait bien cherché », et « n’avait au fond que ce qu’il méritait » entre autres arguties religieuses justifiant le meurtre des blasphémateurs.

Madame la Ministre, cette situation témoigne d’un manque effarant de connaissances, de la part de beaucoup d’enseignants – et même de directions -, de leurs droits et devoirs en termes de neutralité. Beaucoup semblent ignorer qu’ils ont non seulement le droit, mais même le devoir de sortir de leur attitude de neutralité lorsque les principes fondamentaux d’un Etat de droit sont bafoués. Et comment ne pas voir que lorsque des êtres humains sont abattus en pleine rue pour leurs idées ou pour leur supposée confession ou identité, ces principes sont gravement, profondément, scandaleusement bafoués ? Comment ne pas voir qu’il n’est plus temps de pratiquer l’équidistance en s’efforçant de comprendre la réaction des musulmans blessés dans leur foi, mais urgent de dire haut et fort que rien ne justifie ces meurtres et que le blasphème, aussi choquant puisse-t-il être parfois, est un droit dès lorsqu’en démocratie, les préceptes religieux ne sauraient avoir force de loi ?

Non, la neutralité ne saurait devenir sans grave distorsion du décret qui la définit cette dramatique équidistance entre démocrates et terroristes, juifs et antisémites, homosexuels et homophobes.

Je ne jette pas la pierre aux enseignants, tantôt mal informés, tantôt mal outillés pour faire face à des débats aussi sensibles. Pour être moi-même enseignante depuis 25 ans, je sais à quel point il peut être difficile d’aborder certains sujets avec toute la rigueur, l’intelligence et la finesse nécessaires pour n’aboutir ni à cabrer certains élèves, ni à donner l’impression dramatique que tout se vaut. Je ne demande pas à tous les enseignants d’être capables de répondre à un élève qui demande pourquoi on pleure Charlie alors qu’on poursuit Dieudonné en justice, à un autre qui confond anticléricalisme et racisme ou à un autre encore qui invoque un mystérieux complot pour réfuter les faits tels qu’ils ont été relatés par les médias.

J’ai pu le constater de mes yeux : si à Uccle, Ottignies ou Woluwé, les locaux sont fréquemment décorés de couvertures de Charlie Hebdo ou de dessins de soutien réalisés par les élèves eux-mêmes, rien de tel à Forest ou à Molenbeek, où l’on préfère trop souvent s’en tenir à un silence prudent ou à un nébuleux : « Tu as le choix d’être Charlie ou de ne pas l’être ». Amen, inch’Allah et basta.

Je sais aussi le travail extraordinaire que font certains enseignants, y compris dans des écoles au public réputé « difficile » pour permettre à leurs élèves de penser par eux-mêmes, dans un laborieux et patient travail d’extirpation du dogme et des diktats communautaires.

Pour autant, on ne saurait se satisfaire de bricolage en la matière, ni compter sur le seul hasard pour permettre à tous les élèves d’aborder en classe, de manière cadrée, des questions aussi sensibles et fondamentales que celles de la liberté d’expression, de l’antisémitisme ou de l’homophobie.

Il n’est pas normal que, comme ce fut le cas dans certaines écoles, le traitement de l’ « affaire Charlie » soit renvoyé aux cours de religion et de morale, lieu par essence où les diverses visions du monde ne se confrontent pas. L’heure hebdomadaire de cours de citoyenneté qui devrait voir le jour bientôt constituera sans doute un début de réponse à ces difficultés, même si je reste convaincue qu’il ne s’agit que d’un premier pas, timide mais louable, vers la suppression des cours de religion et de morale. Pour autant, il me semble que le temps où les enseignants pouvaient se contenter d’être des experts de leur discipline est révolu. Aujourd’hui, il importe que les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme soient portées collectivement et explicitement par l’ensemble des équipes enseignantes.

Aussi, il me paraît qu’il y a urgence à pallier les difficultés évoquées, par exemple en organisant une formation obligatoire pour tous les enseignants sur le principe de neutralité tel que définit dans les décrets du même nom (seuls les enseignants diplômés après 2003 en ayant bénéficié), mais aussi en constituant des équipes mobiles d’intervention spécialement formées à aborder ces questions avec des publics variés. C’est le vivre ensemble qui est en jeu, et il n’est déjà que trop gravement menacé par les fanatiques : il est du devoir de l’institution scolaire de défendre sans tergiverser les principes démocratiques qui, seuls, nous permettront de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes.

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie

Maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, catégorie pédagogique (Defré)


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LES PRÉCEPTES RELIGIEUX NE SAURAIENT AVOIR FORCE DE LOI » 

« APPRENDRE AUX ÉLÈVES À PENSER PAR EUX-MÊMES »

« C’est le vivre ensemble qui est en jeu, et il n’est déjà que trop gravement menacé par les fanatiques : il est du devoir de l’institution scolaire de défendre sans tergiverser les principes démocratiques qui, seuls, nous permettront de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes. Le temps où les enseignants pouvaient se contenter d’être des experts de leur discipline est révolu. Aujourd’hui, il importe que les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme soient portées collectivement et explicitement par l’ensemble des équipes enseignantes. » Voilà qui est dit avec hardiesse et beaucoup de bon sens. Autrement dit, la balle est dans le camp des enseignants. D’excellents profs il y en a toujours eu et aujourd’hui, sans doute, autant qu’hier. Mais il y en a aussi de moins bons comme en témoigne un bouquin qui vient de sortir. Mais je vous rassure tout de suite, il concerne uniquement une poignée d’enseignants qui sévissent chez nos voisins français.

MG   


LES «MAUVAIS PROFS» MIS AU PILORI DANS LE LIVRE D'UN ENSEIGNANT

Figaro

 


Dans un témoignage à charge, le professeur d'anglais Stéphane Furinadresse un portrait au vitriol de certains de ses collègues enseignants. Il les accuse de rabaisser les élèves.

Les témoignages critiques sur l'Éducation nationale sont très souvent le fait de professeurs. Mais habituellement ils se plaignent du niveau des élèves ou de leur administration, sans forcément se remettre en question. Le pamphlet Pires que les élèves, lui, met les pieds dans le plat. Stéphane Furina, professeur d'anglais dans un établissement scolaire du Nord, s'en prend à la «petite poignée» de professeurs qui dans chaque établissement scolaire seraient selon lui incompétents, méprisants et «casseraient les élèves».

 

GÉNÉRALISATION DE CAS EXTRÊMES

Certains de ses collègues, eux, l'accusent de «généraliser quelques cas extrêmes» et de «chercher la notoriété». «Ton livre dessert l'Éducation nationale», s'est-il entendu dire. «Ils sont pour la liberté d'expression à partir du moment où cela ne les affecte pas. Cela m'est égal. De toute façon, je n'avais déjà pas beaucoup d'amis parmi mes collègues. Cela ne changera pas ma vie», explique au Figaro l'enseignant qui «ne supporte plus ces professeurs qui rabaissent systématiquement leurs élèves». Il a toutefois fait le choix de ne pas évoquer ses collègues actuels et de changer, évidemment, toutes les identités des précédents.

Le thème parle visiblement à beaucoup de monde. Son éditeur Pôle Nord édition n'en revient toujours pas. L'ouvrage initialement édité à 500 exemplaires la semaine dernière est en rupture de stock. Il vient d'être réimprimé. «Je ne pensais pas qu'un tel sujet aurait tant de succès», explique Gilles Guillon qui se dit «peu au fait des questions d'éducation». Ce sont les parents d'élèves qui s'arrachent l'ouvrage lors des séances de dédicaces. Même si certains enseignants remercient aussi l'auteur pour avoir «osé lever un tabou».

Stéphane Furina alterne d'un chapitre à l'autre, entre ses souvenirs d'élève très sensible confronté à la maladresse de ses enseignants à la fin des années 1980, avec son témoignage de jeune professeur nommé dans une quinzaine d'établissements dans le nord de la France. Morceaux choisis de cet ouvrage très touffu qui aurait mérité quelques élagages.


● POUR CERTAINS L'ÉLÈVE EST UN ENNEMI

«Pour certains, l'échec est impardonnable, l'élève est un ennemi. J'avais une collègue qui avait un excellent élève de troisième qu'elle adorait. Quelques années plus tard, elle a eu son petit frère, dont le profil intellectuel était bien différent du grand. Elle a tout simplement refusé de l'appeler par son prénom et lui a donné le prénom du grand frère. J'en ai connu un autre qui faisait des croche-pieds aux élèves dans les couloirs dès qu'ils couraient.»

● INTERDIT DE REMETTRE EN QUESTION UNE CORRECTION

«Les déléguées se plaignent de monsieur Templart: apparemment, il leur aurait fait signer une charte en début d'année dans laquelle était stipulé, entre autres, qu'il est interdit de remettre en question la correction d'une évaluation.

— Il m'a mis 14/20 à mon devoir surveillé mais en recomptant mes points, je me suis rendu compte que j'avais 17. Je suis allée le voir, il m'a tendu la charte devant les yeux, celle qu'il nous a obligés à signer. Comme j'avais contesté sa notation, il m'a mis deux heures de colle et un zéro pointé, se plaint Déborah.

— Tu es sûre? Ça m'étonne quand même…

Je mens, c'est évident. Quand je regarde leurs moyennes en histoire, elles sont anormalement basses. Je n'ai que neuf ans d'ancienneté dans l'Éducation nationale, je peux me tromper, mais je les connais tellement bien, ces profs.»


«MON DIEU, DONOVAN! UN LÉGUME, CE GOSSE!»

«J'ai quelques minutes de répit quand Martine et Ernest entrent dans la salle des professeurs. Ernest est très remonté:

— Putain, mais il est con ce môme!

— Il ne comprend toujours rien? dit Martine, très amusée.

— Bah, il est dyslexique. Donc, par définition, il ne comprend rien!

— Pléonasme, dit-elle. Tu as déjà vu un dyslexique qui comprend, toi?

— Mais pourquoi, ô grands Dieux, pourquoi est-ce toujours moi qui me les coltine?

— Ils savent que tu es un bon prof, c'est pour ça.

— Le bon prof, il en a marre d'expliquer dans le vide… Salut Victor, dit-il en me voyant. Je ne réponds pas.

— Je peux réexpliquer cinquante fois, ce sera pareil: il ne comprendra jamais rien. Tous les dyslexiques, c'est comme ça!  Ils ne savent pas, pourquoi s'acharne-t-on?

— Je n'en ai pas cette année. Mais l'année dernière, j'ai eu le jeune Donovan en 6e B.

— Mon Dieu, Donovan! Un légume, ce gosse!

— Mais carrément! Des fois il me faisait rire, je lui expliquais quelque chose et il me regardait la bouche ouverte.»

● LES PÉTITIONS SANS EFFET DES ÉLÈVES DE SIXIÈME

«Depuis que je suis arrivé, des professeurs m'ont raconté que plusieurs demandes de pétitions avaient été signées contre elle par les classes de sixièmes à chaque fois. Quand je demande les raisons d'un tel acharnement, on me répond qu'elle est spéciale avec les élèves, qu'elle leur mène la vie dure et qu'elle ne respecte pas le programme. Pire! Ses cours de sport ne seraient pas des cours de sport ; à part leur faire mettre du matériel au sol et le ranger, elle hurlerait, hurlerait et hurlerait à longueur de temps. Et pourtant, personne ne fait rien, ne dit rien, malgré les convocations du chef. Signer une pétition contre un professeur est rare mais quand ce sont des sixièmes qui la signent, c'est ahurissant. Et ce, tous les ans! Il serait peut-être temps d'agir efficacement, de comprendre, de voir ce qui ne va pas.»

● LA SALLE DES PROFESSEURS EST SACRÉE

«Je vois un élève de sixième arriver près de la salle - la porte est toujours ouverte. Il toque timidement, avance d'un malheureux petit pas pour donner un papier à Christine qui se trouve à deux mètres de lui. Ernest Gens sort de ses gonds, très violemment:

— Non mais ho! Tu te prends pour qui? Tu dégages de là! C'est la salle des professeurs ici, tu n'as pas le droit d'entrer! Dégage! Recule! Le petit bonhomme panique, il fait tomber sa feuille qui, malheureusement pour lui, glisse du côté de la salle.

— Voilà le résultat! Ne compte pas sur moi pour aller la chercher! Tu n'avais qu'à pas entrer sans autorisation!

Il referme violemment la porte sur le gamin. Je pensais que Christine allait dire quelque chose, mais elle sourit et remercie Ernest pour sa présence d'esprit. C'est sûr qu'il a été très présent, on a dû l'entendre à des kilomètres de là!

— Pourquoi tu t'énerves comme ça? dis-je.

— Il n'a pas à entrer dans la salle des profs!

— Il n'est pas entré, voyons, il a toqué, il a vu que Christine se trouvait juste à côté de lui, il a cru bien faire en s'approchant d'elle pour lui remettre son papier.

— Les élèves savent qu'ils n'ont pas le droit d'entrer, point final!

— Tu aurais pu le lui dire gentiment. Je l'ai, ce gamin, il est en sixième, il ne ferait pas de mal à une mouche. Pourquoi t'es-tu senti agressé pour si peu?

— Ils doivent respecter les règles ici, si tu n'imposes pas de barrières, ils vont te bouffer!»

● EUX CE SONT DES ÉLÈVES, NOUS ON EST PROFS

«L'adjoint passe dans la salle des professeurs et affiche une note: Les copies sont à rendre à mon bureau au plus tard pour le 15 mai 2008.

Bernard Templart et Claude se lèvent pour lire la note.

— Alors là, il peut se brosser! dit Bernard. Je pars en Corse pendant les vacances, ça me laissera à peine quinze jours pour corriger les copies en rentrant, impossible!

— Quel fumier ce Damier! précise Claude. Il veut nous donner des ordres! Il n'a pas à nous dire quand rendre nos copies, il nous prend pour des gosses ou quoi?

Dis-moi, Claude, tu donnes des devoirs de maths à tes élèves, je suppose?

— Oui pourquoi? dit-il avec méfiance.

— Et j'imagine que les élèves doivent te les rendre à une date précise, non?

— C'est pas pareil, tu vois, tu comprends jamais rien! Eux, ce sont des élèves, nous, on est profs! Le chef n'a pas à nous dire ce qu'on doit faire, c'est tout.

● JE NE VAIS PLUS EN COURS D'ANGLAIS

«Alors si c'est comme ça, je ne vais plus en cours d'anglais! Et elle s'en va.

— Eh! Attends deux secondes! Comment ça, tu n'y retournes plus? Tu seras bien obligée!

— Ah non, c'est hors de question, je l'ai eue l'année dernière, j'étais à moitié en dépression, elle est horrible, elle n'arrête pas de nous insulter, je n'irai pas, un point c'est tout! (...) J'ai des gros soucis avec mon père, on ne s'entend pas ensemble. Il nous a quittées, ma mère n'a plus d'argent.

— OK, donc quel rapport avec madame X? Elle n'y est pour rien, elle.

— Elle n'y est pour rien, mais la prof principale lui en a parlé.

— Tant mieux, elle est obligée de le savoir, ta prof principale a bien réagi: quand un élève a des problèmes, l'ensemble de l'équipe pédagogique doit être informé, le but est de traiter l'élève différemment ou du moins d'être plus indulgent sur ses notes ou son caractère.

— Oui mais elle, c'est le contraire! Quand j'ai une mauvaise note, elle dit que c'est à cause de mon père, qu'il a bien fait de nous laisser tomber et que ma mère n'a que ce qu'elle mérite. Et c'est pas tout, dit l'autre camarade. Tous les élèves qui n'ont pas la moyenne en anglais, elle les insulte. À moi, elle m'a dit que je pouvais direct arrêter l'école, que j'étais inutile à la société et que je pouvais aller pointer à l'ANPE. Alors que mes notes ailleurs sont correctes. Elle nous dégoûte!»

● CLÉMENT, 17,96 DE MOYENNE MAIS PAS DE FÉLICITATIONS

«Clément: 17,96 de moyenne.

— Le trimestre est excellent dans toutes les matières, cependant, il est très imbu de lui-même et se vante beaucoup. Je décide de ne lui mettre ni les félicitations ni les encouragements. Vous en pensez quoi?

— Je suis d'accord avec toi, dit Ernest. Tout le monde acquiesce. Sauf moi, évidemment.

— Écoute, je ne suis pas d'accord. On ne valorise pas l'enfant de cette façon.

— Ne t'inquiète pas, il se valorise lui-même, me dit-elle.

— C'est peut-être son éducation. Ses parents le poussent certainement à donner le meilleur de lui-même et il en est fier.

— Il y a donc un problème d'éducation.

— Justement, ce n'est pas de sa faute. Il est jeune, il veut bien faire, il pense que tout le monde sera fier de lui.

— Oui, mais il doit être plus modeste.

— Ce n'est pas ton problème.»

 

 

 

 

 

 

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