mercredi 18 mars 2015

Etudier, et après ?

CONTRIBUTION LECTEUR 

La Libre Belgique


Une opinion de Ikram Ben-Aissa, écrivaine.

Les jeunes diplômés sans emploi se reconnaîtront. Nous avions pensé qu’étudier nous apporterait une meilleure vie. En fait, une vie tout simplement. Nous avions appris qu’il fallait réaliser des études et surtout, "réaliser ce que nous aimons". C’est ce que nous avions fait : étudier les sciences sociales, les sciences politiques, la philosophie, l’archéologie et j’en passe. Mais aujourd’hui, lorsque l’on observe les offres d’emploi, ce que la société semble aimer c’est surtout : les infirmiers, les assistants sociaux ou encore les bouchers et les magasiniers. Pas de chance, ce n’était pas ce que "nous aimions".

C’est ainsi que l’on se retrouve à observer de manière confuse ces différents diplômes que l’on a obtenus. Si le grade indiqué est "distinction" ou la "plus grande distinction" sachez que cela n’a en réalité, aucun effet devant un employeur. En fait, il faudrait d’abord que l’on se retrouve devant cette personne qui cherche un employé. Oui, c’est un miracle si l’on est appelé pour un entretien d’embauche. Non, généralement c’est un email qui se charge de nous souligner à quel point nous sommes inutiles à la société. Autrefois, nous les lisions jusqu’au bout, ces réponses à nos candidatures pour des postes vacants. Actuellement, nous cherchons simplement dans les messages reçus, les mots qui reviennent souvent comme : "au regret" ou "malheureusement". Voilà un aspect du quotidien des jeunes diplômés, nous les jeunes, l’avenir de ce pays.

Ensuite commence la phase de la remise en question. Elle apparaît brutalement dans les esprits et les questions principales posées sont : "Peut-être que ma lettre de motivation n’est pas bien écrite ?" ou "Peut-être que je devrais mettre mes expériences en premier sur mon curriculum vitae ?". Une fois ces modifications réalisées, avec ferveur et conviction, les envois se réalisent à nouveau. De plus, lors de la sélection des offres d’emploi et malgré que la plupart des propositions se limitent à des niveaux "C" ou "B" - équivalence d’un diplôme de secondaire supérieur ou d’un bachelier - nous sommes persuadés que nous, porteurs d’un master, nous serions capables d’honorer le profil indiqué.

Alors, nous envoyons tout de même notre CV et notre lettre, soulignant que nous serions d’accord d’être payés à un niveau moindre que le nôtre. Mais la réponse est toujours pareille, les employeurs ne peuvent nous prendre à cause de notre "titre supérieur". Nous coûtons trop cher, ils ne peuvent nous engager bien que nous détenions aussi, le diplôme de secondaire supérieur et de bachelier. Nous les avons tous, ces "foutus" diplômes et malgré tout, cela se terminera par un "nous sommes au regret de refuser votre candidature". Et plusieurs mois sont passés depuis, parfois plusieurs années et nous nous retrouvons encore sous le toit de la maison de nos chers parents, déprimés et frustrés de ne pouvoir avancer.

D’autres, moins chanceux, doivent se débrouiller pour se trouver un "chez-soi" pas trop cher. Tous, pensant à chaque instant que nous sommes en train de perdre notre temps. Aussi, se demandant comment changer cette situation, parce qu’il faut se l’admettre : sans argent, il est difficile de regarder de l’avant. Ce n’est, du coup, pas étonnant que des études soulignent notre déception face à cette société, notre désir de "fonder une famille", parce que c’est justement impossible sans emploi.

Nous sommes adultes, nous avons fait notre part de travail, à savoir étudier et amasser ces diplômes mais, voilà qu’ils ne serviront pas à grand-chose. On augmente l’âge de la retraite, et on laisse les jeunes sans avenir. Les aînés souhaitant très vite se reposer alors que nous, nous ne souhaitons que prendre la relève. Cela semble assez clair et, pourtant, nous y voilà. Nous sommes condamnés à croiser les doigts afin qu’un jour nous puissions enfin avoir un emploi, et au-delà, pourquoi pas, qui nous plaira…

Certains se retrouvent à travailler dans des supermarchés, ou comme vendeurs parce qu’il le faut bien. D’autres se retrouvent au chômage, enfin, plus pour très longtemps, c’est certain. Puis, il y a d’autres types de jeunes qui ont d’autres parcours, plus difficiles peut-être, moins évidents aussi.

D’autres critères peuvent exprimer cette triste situation, et l’un d’entre eux se nomme "discrimination". Nous avions pensé qu’étudier nous apporterait une meilleure vie. En fait, une vie tout simplement. Mais il faut croire que nous nous sommes trompés.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CRISE DE L’AVENIR


Nous avions appris qu’il fallait réaliser des études et surtout, "réaliser ce que nous aimons". C’est ce que nous avions fait : étudier les sciences sociales, les sciences politiques, la philosophie, l’archéologie et j’en passe. Mais aujourd’hui, lorsque l’on observe les offres d’emploi, ce que la société semble aimer c’est surtout : les infirmiers, les assistants sociaux ou encore les bouchers et les magasiniers. Pas de chance, ce n’était pas ce que "nous aimions".

Faire ce que l’on aime, aimer ce que l’on fait. Je pense avoir eu cette chance à partir d’une licence en lettres c’est-à-dire un de ces diplômes soft comme on dit aujourd’hui. Beaucoup sont dans mon cas. Et si c’était à refaire, le retraité que je suis aujourd’hui emprunterait le même chemin. Seulement il faut savoir se montrer souple et prompt à se remettre en question : flexible, adaptable and…adjustable !

Le diplôme, qu’il soit hard ou soft n’est pas une paire de rails sur lequel circule un tramway nommé plaisir dans lequel il suffit de monter.

Un lecteur commente : « Et si au lieu de ressasser sans cesse (et avec délectation semble-t-il pour certains) ces litanies pessimistes, on parlait de tous ces jeunes (majoritaires je vous le rappelle) qui étudient, réussissent, sont engagés dès l'obtention de leur diplôme dans des domaines aussi variés que le droit, l'économie, l'informatique, l'agronomie, les soins infirmiers, se permettant même de changer d'employeurs quand ils en ont envie et sont bien établis dans la vie à 30 ans (maison, enfants...), cela devrait avoir un effet encourageant, non ? Et en élargissant mon champ de vision, je dénombre encore des enseignants épanouis, comptables, ouvriers de toutes spécialités, indépendants... Et je ne vis pas dans un monde de Bisounours, croyez-moi ! »


Un autre : « On a tellement fait miroiter cette idée aux jeunes qu'ils veulent tous être au top, mais il n'y a pas assez de place en haut de la pyramide et l'ascenseur est en panne. » Un autre encore : « Arrêtons d'ancrer dans la tête des jeunes que la réussite professionnelle et l'épanouissement personnel passent d'office par de "belles" études universitaire/ou haute école! Faisons les réfléchir à ce qu'ils veulent réellement faire et non ce que la société leur dicte. La preuve; des jeunes diplômés au chômage....et énormément de jeunes mal orientés!!! Il y a nombre de métiers épanouissants qui sont dénigrés car soi-disant pas assez bien! Aux yeux de qui svp? » 

« Mieux vaut être boucher, heureux et motivé que so  ciologue, déprimé et au chômage! »

 

« On a oublié de prévenir les jeunes que le premier devoir de chacun est de se prendre en charge, de devenir autonome, de ne dépendre de personne, et surtout pas d'allocs. Y parvenir tout en faisant ce qu'on aime est merveilleux mais ne correspond pas à la réalité du monde et rares sont ceux qui peuvent vivre décemment de leur passion. La responsabilité des dirigeants politiques est écrasante dans ces innombrables déceptions chez les jeunes. Faire des études est aujourd'hui insuffisant, il faut faire les "bonnes études" , il y a trop de diplômespsys, assistants sociaux, journalistes, d'études " softs" et pas assez de bons ingénieurs, de scientifiques en sciences dites dures, de professionnels excellents dans la construction, de techniciens de haut vol, maçons, plombiers, etc. etc. trop de communiquant, de - logues divers. Trop de "helpers" et pas assez de " doers" et les formations en apprentissage de métiers sont de niveau insuffisant. Tout est à repenser mais hélas les politiques dont c'est la tache ont dans ces domaines comme dans d'autres échoue
Enfin, le niveau des études et un cocooning certain font que de nombreux jeunes se sont un peu ramollis par rapport aux générations précédentes, ce n'est pas de bon ton de le dire, mais c'est évident, ce qui les rend moins armes pour affronter les dures réalités de la vie. »


Conclusions ? Cet article est assurément une nouvelle illustration de la crise d’avenir que traverse notre civilisation. Les jeunes sont aujourd’hui persuadés que leur avenir sera beaucoup plus difficile que celui de leurs parents. C’est, qu’on le veuille ou non, un signe de déclin civilisationnel. Notre civilisation européenne serait-elle à bout de souffle ? L’Europe doute d’elle-même. Nos hommes et nos femmes politiques se réfugient dans un cocon nationaliste voire régionaliste. Où sont le grands desseins d’antan ?  Il n’est de rêve plus beau et plus grand que le rêve européen. Et voilà pourtant, que l’Europe tourne au cauchemar. Est-ce vraiment une fatalité ? 

Je n’en suis pas du tout persuadé.

MG

 

 

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