jeudi 12 mars 2015

La nuit où les Tokyoïtes ont été «bouillis et cuits à mort»


Libération

ARNAUD VAULERIN CORRESPONDANT À KYOTO



A Tokyo, après le bombardement du 10 mars 1945. Un tiers de la capitale, en grande partie bâtie en bois et à l’habitat serré, a été détruit. (©The Center of the Tokyo Raids and War Damage. Japan Professional Photographers Society.)

 

 

Le 10 mars 1945, l'armée américaine déversait un tapis de bombes explosives et incendiaires sur la capitale pour acculer le Japon à la défaite.

L’attaque a été éclipsée par le feu atomique des 6 et 9 août 1945. Mais ce qui s’était passé cinq mois plus tôt à Tokyo constitue «l’un des raids aériens les plus meurtriers de tous les temps, surpassant Dresde, Hambourg et Nagasaki, d’une échelle comparable à Hiroshima, et certainement l’un des plus destructeurs», écrivait l’historien militaire et ancien pilote américain Kenneth P. Werrell. Ce 10 mars, le Japon commémore les soixante-dix ans de cette attaque conçue par les Etats-Unis sous le nom de code «opération Meetinghouse» au cours de laquelle des milliers de Japonais ont été «brûlés, bouillis et cuits à mort», selon les mots du général d’aviation Curtis Lemay, responsable de ce crime de guerre.

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, le nord et l’est de la capitale japonaise ont subi un déluge de bombes explosives et d’engins incendiaires qui ont réduit à néant plus de 40 kilomètres carrés (un tiers de la ville) et tué 95 000 personnes, selon le chercheur Masahiko Yamabe du Centre de Tokyo sur les raids aériens et les dommages de guerre, qui nous a autorisé à publier une série de clichés attestant de l’ampleur du carnage. En l’espace de quelques heures, 335 B-29, des avions au large rayon d’action, ont déversé plus de 1 700 tonnes de bombes sur Tokyo. La quantité et la densité étaient telles que plusieurs engins s’abattaient en même temps sur une seule et même maison.

DES FOULES PIÉGÉES DANS LE CHAOS

Rare Occidental alors en poste au Japon où il travaillait pour l’Agence France Presse, le journaliste français Robert Guillain a raconté (1) cette«nuitd’horreur» des Tokyoïtes qui ont «subi l’ordalie du napalm». Il a détaillé le plan d’attaque des Américains qui ont envoyé leurs premières forteresses volantes pour «marquer par les flammes le centre de la zone à détruire». Les avions suivants «en délimitèrent le contour et le quadrillèrent de feu pour enfermer les habitants, puis ce fut l’arrosage à volonté. Sous les ailes des terrifiants oiseaux qui semblaient voler en tous sens et à des hauteurs diverses, de 1 500 à 3 000 mètres, tombaient des milliers de cylindres de métal qui déversaient sur la ville une rosée incendiaire, première version du napalm».

Dans une capitale en grande partie bâtie en bois et à l’habitat serré, ce raid de terreur prit d’abord pour cible les civils, des foules en fuite piégées dans le chaos. «Pendant quelque temps, les B-29 étaient encore là, survolant l’enfer, et rouges eux-mêmes comme s’ils étaient en feu, par le reflet des incendies sous leurs ailes, écrit Guillain. Puis ils laissèrent le reste du travail au vent qui se chargeait de faire rejaillir l’embrasement d’un quartier à un autre.» Ceux qui ne périrent pas à cause des «chevelures de feu descendant du ciel», moururent asphyxiés, noyés ou écrasés dans la panique, d’autres furent «bouillis» dans les réservoirs d’eau ou la rivière Sumida, les derniers finirent «rôtis dans des bâtiments modernes de briques ou de béton». Des témoins ont évoqué «l’odeur de la chair humaine grillée». Des historiens, comme le spécialiste du Japon moderne Michael Lucken (2), ont rappelé comment ce «drame éveilla dans les esprits le souvenir du tremblement de terre de 1923». Le 1er septembre de cette année-là, un puissant séisme à Tokyo avait dégénéré en un immense incendie, également très meurtrier.

«En incendiant des quartiers populaires de Tokyo, en détruisant les domiciles, les magasins et les infrastructures, des usines comme la compagnie aéronautique Nakajima, les forces aériennes américaines ont voulu infliger un maximum de dégâts à la capitale pour casser le moral du Japon et le dissuader de continuer sur le chemin de la guerre», analyse Masahiko Yamabe du Centre de Tokyo sur les raids aériens et les dommages de guerre.

«L’UN DES MASSACRES LES PLUS IMPITOYABLES ET BARBARES»

Cette nuit du 9 mars, Tokyo ne subissait pas son premier assaut aérien. Depuis le 24 novembre 1944, les bombardiers américains avaient pris pour cible la capitale. Mais ce n’est qu’à partir de la fin février 1945 qu’ils utilisèrent des bombes incendiaires en grand nombre, notamment des M-69. Ces «bombardements stratégiques» étaient la signature de Curtis Lemay, général d’aviation basé à Guam pour piloter la campagne du Pacifique. Ce dernier avait demandé à ses troupes de multiplier les vols à basse altitude, de déverser des tapis de bombes et de recourir au napalm. Un assistant du général Mac Arthur, le commandant suprême des forces alliées dans le Pacifique Sud-Ouest, évoqua le bombardement de Tokyo comme «l’un des massacres les plus impitoyables et barbares de non-combattants de toute l’histoire».

Ce raid constitua un précédent dans un Japon qui refusait de plier face à l’avancée des alliés dans le Pacifique. Même si la censure et la propagande de guerre atténuèrent l’ampleur du raid, «les Japonais savaient maintenant, cinq mois avant la bombe atomique, qu’ils avaient perdu la guerre», écrivait Robert Guillain en 1986. Les villes d’Osaka, Kobe, Nagoya, puis Tokyo à nouveau (du 24 au 26 mai), Aomori, Hokkaido durent affronter les forteresses volantes jusqu’à la capitulation, le 15 août 1945.

(1) Dans son autobiographie Orient extrême, édité par Arléa/Le Seuil.

(2) Les Japonais et la Guerre, édité par Fayard.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

«L’UN DES MASSACRES LES PLUS IMPITOYABLES ET BARBARES DE NON-COMBATTANTS DE TOUTE L’HISTOIRE».

Bien sûr nous avons tous en mémoire les horreurs commises par le Daesh, mais l’image de ce gamin de dix ans qui s’apprête à faire sauter au revolver la tête d’un otage en combinaison orange monte encore d’un cran le comble de l’horreur. Elles nous révoltent dans notre chair.  L’homme est un loup pour l’homme, le pire des loups. 

Le même jour, un autre journal commémore «l’un des massacres les plus impitoyables et barbares de non-combattants de toute l’histoire». C’est consternant. On ne peut que ressentir une grande compassion pour les victimes d’hier et d’aujpourd’hui et une sainte horreur à l’égard de tous ceux qui provoquent, organisent et instrumentalisent ces crimes de guerre. On ne voit pas en effet comment on appellerait cela autrement. On vient de nous rappeler également que le bombardement de Dresde a fait 250.000 morts et aussi que cet objectif n’avait rien de stratégiques mais participait de représailles que l’on regardait alors comme justes et légitimes au vu des souffrances infligées par le cruel ennemi nazi. 

On n’est pas à l’abri d’une troisième guerre mondiale et on assiste médusés à un retour de la terreur et de la cruauté collective, un remake de la guerre totale semble s’annoncer, cette guerre de tous contre tous comme disait Hobbes. Est-il possible de penser la guerre et de penser la cruauté qu’elle impose aux peuples à qui on apprend à se haïr ? 70 ans après la seconde guerre mondiale les foyers de tension s’embrasent partout dans le monde. L’Ukraine et le califat islamiste sont à surveiller de près. Mais comment, face à ces terribles menaces, éviter le grand embrasement ? C’est la première priorité des hommes et des femmes politiques qui sont au pouvoir mais il est de la responsabilité de nous tous d’éviter autant que faire se peut tout ce qui peut contribuer à une escalade de la violence dans les esprits. Le désarmement c'est d’abord dans les têtes qu’il faut l’amorcer.

MG

 

DAESH EXÉCUTE UN ARABE ISRAÉLIEN ACCUSÉ D’ESPIONNER POUR LE MOSSAD

L.C. avec AFP
Le Soir

C’est un enfant qui procède à l’exécution.



Une nouvelle vidéo sordide. Le groupe Etat islamique (EI) a diffusé mardi une vidéo affirmant montrer l’exécution par un jeune garçon d’un Arabe israélien accusé d’espionner pour le compte des services secrets israéliens.

Sur la vidéo de plus de 10 minutes, on voit un homme présenté comme Muhammad Said Ismail Musallam vêtu d’une combinaison orange, ainsi que son passeport israélien. Il est ensuite abattu d’une balle dans la tête par le jeune garçon, habillé en treillis.

 

UN ENFANT ET LE BEAU-FRÈRE DE MOHAMED MERAH

Ce n’est pas la première fois que le groupe terroriste met en scène un enfant dans l’une de ses vidéos sordides. Dans l’une d’elle, mise en ligne le 13 janvier dernier, on pouvait voir un garçon d’une dizaine d’années abattre deux hommes présentés comme des agents russes.

Après avoir évoqué la récente attaque ayant visé des juifs en France, un djihadiste, s’exprimant en français, menace de s’en prendre aux Israéliens et de conquérir Jérusalem. Il s’agirait d’un Français originaire de Toulouse, selon le spécialiste Romain Caillet. David Thomson, reporter pour RFI, précise que cet homme ne serait autre que Sabri Essid, le beau-frère de Mohamed Merah, le tueur au scooter.

La vidéo se poursuit avec une liste de noms accompagnés de photos d’hommes présentés comme des espions d’Israël.

 

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