dimanche 8 mars 2015

La reine Mathilde au Soir: «La Journée de la femme reste importante»


Propos recueillis par Béatrice Delvaux, envoyée spéciale à Washington (Le Soir)

En mission à Washington, la Reine a donné une interview au Soir. Morceaux choisis d’un entretien à découvrir dans notre supplément spécial « L’égalité, c’est pour quand ? »



• 
Photo Bel

«  Je veux attirer l’attention sur les femmes et les filles dans les conflits armés. Il est tellement important de donner une voix à toutes les femmes et jeunes filles qui sont terriblement vulnérables dans les conflits. Mais elles continuent à rêver  ».

IL Y A DES FEMMES QUI ONT ÉTÉ VOS ICÔNES ?

«  Ce qui m’a le plus frappée, ce sont toujours les rencontres sur le terrain. Même avant mon mariage. Je partais sac à dos et dans ces voyages en Asie ou en Amérique latine notamment, j’ai rencontré des femmes avec une force incroyable. Même maintenant, lors de mes voyages au Mali ou au Niger, toutes ces femmes sont formidables. Pas parce qu’elles ont de grands noms, connus, mais les témoignages uniques de ces femmes, qui ont vécu des choses si terribles, vous donnent des énergies positives.  »

QUE FAIRE POUR POURSUIVRE CETTE CONSCIENTISATION ?

«  Il faut continuer, pas à pas. Aller dans les pays, continuer à parler de la problématique, ne pas se taire. La Journée de la femme reste importante. Vu ce qui se produit chaque jour encore aujourd’hui, la défense de la femme est encore extrêmement nécessaire. Cela ne se fera pas en une fois. »

ET POUR LES JEUNES GÉNÉRATIONS ?

«  J’ai donné le livre de Malala (la jeune Afghane Prix Nobel de la paix, NDLR)à ma fille. J’ai été très surprise de sa réaction : quel message ! Elle ne voyait pas Malala comme une victime, mais comme une battante. »

VOUS AVEZ ICI UN RÔLE POLITIQUE, CAR LA DÉFENSE DES FEMMES FAIT PARTIE DU PROGRAMME DU GOUVERNEMENT. LES LOIS, COMME LES QUOTAS, FONT CHANGER LES CHOSES ?

«  Je ne peux pas répondre à des questions politiques. Mais je pense très important d’encourager les femmes à jouer un rôle dans l’économie. J’ai toujours eu un grand plaisir à rencontrer des femmes chefs d’entreprise lors de missions, à les encourager. Je poursuivrai dans les limites de mon possible. »

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE RETOUR DU PENDULE


 

Comme à son habitude, Kroll va à l’essentiel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un formidable retour du pendule après cinq ou sept décennies d’émancipation féminine ininterrompue, du moins en Europe. Sous l’influence de l’islam et plus singulièrement de sa variante l’islamiste, le balancier repart à toute allure dans la direction inverse. L’enjeu est essentiel sur le terrain du vivre ensemble. Pour nous autres européens sécularisés et émancipés de la chape des dogmes religieux, une régression du statut de la femme est tout simplement non négociable. Et voici qu’on est vraiment à la croisée des chemins : ou bien l’islam accepte de se moderniser en se conformant aux acquis de la démocratie pluraliste ou alors il tente, via sa version salafiste et intégristes d’islamiser l’Europe. S’il persiste dans cette ambition insensée, ce sera la guerre, une guerre sans merci dont personne ne connaît l’issue. Mais voilà que d’ici et de la s’élèvent, timidement, des voix musulmanes réformatrices qui annoncent comme le frémissement de changement. Il faut s’en réjouir tout en demeurant extrêmement vigilants.

MG


ELIO ET CHARLES AIMENT-ILS VRAIMENT LES FEMMES ?

ANNICK HOVINE  La Libre Belgique



Non, dit Ecolo. Qui dénonce "les mesures antisociales" du fédéral.

Un anniversaire, normalement, ça se fête. Mais le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, on a rarement le cœur à boire des bulles. Au-delà des discours "gender mainstreaming" lénifiants, la réalité est plus soda plat que champagne. Pire : en ces temps d’austérité, ce sont les femmes qui trinquent d’abord et majoritairement.

Les décisions socio-économiques prises par le fédéral n’en finissent pas de détricoter les droits des femmes et de les précariser, dénonce Vie féminine.

"POUR ELLES, C’EST LA DOUBLE PEINE"

Ecolo, dans l’opposition, a chiffré "les mesures antisociales" de ces gouvernements "qui n’aiment pas les femmes". L’équipe Michel en prend pour son grade, comme l’ex-majorité emmenée par Elio Di Rupo. "Dans une société en crise, ce sont d’abord les plus fragiles : les femmes, les jeunes, les cohabitants… qui boivent le bouillon. Depuis les premières mesures socio-économiques du gouvernement Di Rupo, les femmes écopent de la double peine. Le gouvernement Michel en rajoute une couche" , déplore Emily Hoyos, coprésidente sortante d’Ecolo.

La litanie des mauvais sorts réservés aux femmes dans la vie professionnelle est connue et objectivée : un taux d’emploi inférieur à celui des hommes; des emplois de moins bonne qualité, moins bien rémunérés et en dessous de leur diplôme; elles sont davantage confrontées aux temps partiels subis, au chômage et aux interruptions de carrière.

Plutôt que de renverser cette tendance inégalitaire, les récentes mesures prises par le gouvernement Michel, qui prolongent celles du gouvernement Di Rupo, la renforcent et l’aggravent, accusent les Verts, arguments chiffrés à l’appui.

1 - LES TRAVAILLEUSES À TEMPS PARTIEL . L’accord de gouvernement Michel s’en prend à l’Allocation de garantie de revenus (AGR), qui offre une petite compensation si on gagne un salaire insuffisant parce qu’on travaille à temps partiel de façon involontaire. Précision : le temps partiel involontaire est très fréquent dans les titres-services, le nettoyage et la distribution, des secteurs très féminisés où les salaires sont déjà très bas. Un : le gouvernement Michel a raboté, depuis janvier 2015, le salaire brut maximum pour prétendre à cette AGR. Il n’était déjà pas lourd (1 559 €); il tombe à 1 501 € - on vous fait grâce des centimes. Deux : sauf pour les chefs de ménage, on rogne sur les compléments par heure (3,05 € jusqu’à décembre 2014) qui tombent à 2,14 € pour les isolés et 1,21 € pour les cohabitants - ici, on laisse les centimes : ils comptent ! Trois : à partir de 2017, ceux (et surtout celles) qui reçoivent une AGR depuis deux ans en verront diminuer le montant de moitié. Bref, la diminution de l’allocation garantie de revenu touchera 80 % des travailleuses à temps partiel avec une perte de revenu de 23 %, ont calculé les Verts francophones.

2 -LES PENSIONNÉES . A la fin de leur vie professionnelle, 58 % des femmes touchent moins de 1 000 euros de pension, contre 32 % des hommes, rappelle Ecolo. L’inégalité devrait encore se creuser après les mesures décidées successivement par les équipes Di Rupo et Michel. Les revenus qu’on touche à la pension découlent du parcours professionnel. Le gouvernement Di Rupo a, entre autres, réduit l’assimilation du crédit-temps dans le calcul de la pension. Or, qui limite son temps de travail via le crédit-temps chez les 25-49 ans ? Réponse : les femmes, dans 84 % des cas. Résultat : ce sont elles qui bénéficient d’une plus petite pension. Le gouvernement Michel en remet une couche, en diminuant la prise en compte des périodes de chômage, de prépension ou de crédit-temps de fin de carrière dans le calcul de la pension. Les Verts pronostiquent donc que 60 % des femmes percevront moins de 1 000 euros par mois à la pension, contre 34 % des hommes.

3 -LES DEMANDEUSES D’EMPLOI . On l’a écrit : deux tiers des personnes privées de leurs allocations d’insertion - mesure prise sous l’ère Di Rupo - sont des femmes. La dégressivité renforcée des allocations de chômage, aussi décidée sous Di Rupo, frappe le plus violemment les cohabitant(e)s qui perdent jusqu’à 4 1 % de leurs allocations, dont plus de 50 % sont des femmes. Le gouvernement Michel entend poursuivre dans cette voie, comme il veut durcir les mesures de contrôle et de sanction. "Il y a plein d’effets induits qui font que cela touche plus les femmes , commente Emily Hoyos. Si je dois suivre une formation mais que je ne trouve pas de place d’accueil d’urgence pour mon bébé de 16 mois, clac, je serai exclue du chômage. Parce que je suis une femme. Ça donne la chair de poule."

LE SÉNAT AU SECOURS DE LA GENT FÉMININE

Grande première vendredi au Sénat. L’assemblée, telle que réformée par la 6e réforme de l’Etat, a voté son tout premier rapport d’information - l’une de ses dernières compétences. Il portait sur "le suivi de la mise en œuvre de la Plateforme d’action de la quatrième Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes (Pékin)". Il s’agissait de faire le point sur l’état des droits de la femme vingt ans après la conférence de Pékin.

"La Belgique n’a pas à rougir de son bilan, même si des progrès restent à faire ,résume Valérie De Bue, sénatrice MR. En vingt ans, nous avons pas mal légiféré en la matière, mais cette législation est trop peu utilisée. Le cadre existe, mais il n’est pas assez appliqué. L’une des principales recommandations est donc la recherche d’une meilleure coordination entre le fédéral et les entités fédérées, ainsi qu’un meilleur échange des bonnes pratiques entre régions."

Parmi "les inégalités persistantes" entre hommes et femmes pointées dans le rapport :

- le taux d’emploi des femmes est passé de 49,2 % en 1995 à 61,3 % en 2013, mais reste inférieur aux 75 % que l’Europe veut atteindre dans le cadre de sa stratégie 2020;

- les femmes sont surreprésentées dans les régimes de travail à temps partiel;

- l’écart salarial restait de 10 % en 2011;

- l’écart entre les pensions est de 23 %;

- on a enregistré 3 072 viols en 2013;

- dans les sociétés cotées en Bourse du Bel 20, on est passé de 11 % en 2011 à 20 % en 2013 de femmes dans les conseils d’administration;

- en moyenne, les femmes sont largement sous-représentées dans les fonctions dirigeantes : pouvoir exécutif, hautes juridictions, Cour constitutionnelle, entreprises, etc.

Une large délégation féminine débarquera à New York en début de semaine avec le rapport du Sénat sous le bras. Et ce, dans le cadre de la 59e session de la commission des Nations unies sur le statut de la femme, qui fera le bilan vingt ans après la conférence de Pékin. Valérie De Bue en fera partie, tout comme les sénatrices Christine Defraigne (MR) et Christie Morreale (PS). Ainsi que la secrétaire d’Etat fédérale à l’Egalité des chances Elke Sleurs (N-VA) et son homologue francophone, Isabelle Simonis (PS).

A. C.

 

Aucun commentaire: